KYSTES DE LA MAIN ET DES DOIGTS
On a décrit des kystes dermoïdes à la main et aux doigts. Mais, parmi les observations citées comme des exemples de ces kystes, il convient d'en rejeter un certain nombre qui ne sont nullement démonstratives ou qui se rapportent à une aiTection différente, celle qu'on a désignée sous le nom de tumeur perlée des doigts. CVst ainsi que Rizet, sous la dénomination de kystes dermoïdes, a rapporté six observations de tumeurs des doigts dont plusieurs ne sont ni kystiques ni dermoïdes *. Le fait présenté par Muron à la Société anatomique en 1868 ressemblait à la tumeur perlée*; il en est de même des cas cités en 1883 à la Société pathologique de Londres ^ Nous avons aussi rencontré sur le cadavre d'un homme âgé une de ces tumeurs perlées du volume d'un pois, sous la peau de l'index, en arrière de l'articulation métacarpo-phalangienne. Cette confusion étant signalée, et si l'on songe en outre que le mot de « tumeur perlée » a peut-être été appliqué à des tumeurs différentes, on comprendra sans peine la nécessité qui s'impose de n'accepter que des faits rigoureusement étudiés \
Le nombre de ces kystes des doigts qu'on pourrait considérer
\. Rizet, Kystes dermoïdes des doigts : Gazette des hôpitaux, 20 août 1881, n» 95, p. 755. Cet auteur indique une observation de soi-disant kyste dermolde de Tindicateur droit, rapportée dans le Traité de pathologie chirurgicale de Nélaton, t. V ; mais il y a là une méprise évidente : on trouve seulement dans l'ouvrage cité un fait d'anévrysme cirsolde de l'index droit chez un enfant de quatre ans et demi. (A. Nélaton, Éléments de pathologie chirurgicale, t. V, Paris, 1858, p. 953.)
2. Muron, Kyste dermoïde : Bulletins delà Société anatomique, novembre 1858, p. 539.
3. Transact. of the PathoL Soc. of London, 1883-8i, vol. XXXV, p. 399, et Brit. Med, Journ., 1883, vol. II, october 20, p. 773.
4. Nous renvoyons pour Tétude de ces tumeurs perlées des doigts au travail de M. Gross (de Nancy), Revue médicale de l'Est, 1884, p. 185, 577 et 609.
32 KYSTES DERMOÏDES
comme véritablement dermoïdes est très restreint. Lalitté, dans une thèse récente sur ce sujet, en cite huit cas ; encore faut-il, croyons-nous, faire des réserves sur quelques-uns. On doit en effet conserver des doutes sur deux faits de Rizet, faute de tout examen histologique dans le premier et par suite de rinsuffisance des détails dans le second. L'exemple de Gillette (Soc. de méd. de Paris, 24 juillet 1875) est également dépourMi du contrôle histologique *. Le cas de Gibier, présenté d'ailleurs avec réserves, reste douteux * ; celui de Demay n'est pas non plus démonstratif et son auteur le regardait comme un polyadénome sudoripare '.
Les observations de Polaillon, de Kirmisson et de Ilcydenreich sont plus probantes ; les tumeurs dont il s'agit sont de véritables kystes, et leur paroi est formée d'une couche conjonctive et d'un revêtement épithélial offrant les caractères de l'épidermc ; jamais on n'y a rencontré de poils ni de glandes sébacées; les papilles ont été seulement observées dans le cas de Heydenreich, et quant aux glandes sudoripares mentionnées dans ce dernier fait, on n'a pu établir avec certitude si elles dépendaient de la cavité kystique ou si elles appartenaient à la peau qui recouvrait la tumeur. Le contenu de ces tumeurs est un liquide épais, grumeleux, ou une masse pâteuse comparée à du suif ramolli (Polaillon). Leur dureté est parfois très grande et peut donner l'idée d'un fibrome. Elles sont indépendantes des tendons sous-jaccnts, mobiles sur les parties profondes et adhérentes au contraire à la peau. Elles siégeaient au côté palmaire sur la première phalange de l'index droit (Polaillon), sur la deuxième phalange du médius gauche (Kirmisson), sur la deuxième de Tindex droit (Heydenreich). Dans aucun cas ces
1. 11 en est de même d'un cas de F. Trêves, non cité par Lalittc, et donné comme un type de kyste sébacé {Bril, med. Journ,, 1883, vol. Il, december 8, p. 1 123).
2. P. Gibier, Kyste de la face palmaire de la S° phalange d^ l'index droit: Bulletins de la Société anatomique, novembre 1881, p. Qui y ci Progrès médical, 1882, p. 485.
3. F. L. Demay, Étude clinique et histologique de certaines tumeurs de la main. Thèse de Paris, 1880, p. 73, obs. V.
tumeurs n'ont fait leur apparition à la naissance ou même dans Tenfance et cette particularité leur est commune avec les tumeurs perlées. Ajoutons enfin que, dans le cas de Gibier, le malade avait été opéré auparavant d'un kyste dermoïde du sourcil, et que, dans celui de Kirmisson, on a noté la coexistence d'une petite tumeur parotidienne , probablement de même nature.