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CHAPITRE XIV

TUMEURS DERMOÏDES DE LA RÉGION S ACRO-PÉRINÉALE

La région sacro-périnéale est un des lieux d'élection des tumeurs congénitales. Ces tumeurs, déjà anciennement connues et souvent étudiées dans le cours de ce siècle, ont fait récemment le sujet de la thèse inaugurale de Lachaud, à laquelle nous renvoyons pour l'historique général de la question. Mais, malgré les nombreux travaux dont elles ont été depuis longtemps l'objet, elles sont restées et elles restent

encore aujourd'hui entourées d'une grande obscurité. Le nombre et la variété des classifications proposées et des explications pathogéniques adoptées successivement par les auteurs qui ont traité ce sujet, témoignent à la fois de la diversité de ces tumeurs et de Tinsuffisance des observations. C'est ce dont On peut d'ailleurs se convaincre aisément en lisant un mémoire publié en 1862 par Constantin Paul, dans lequell'auteur essaye de faire pour Tinclusion sacro-périnéale ce que Verneuil avait fait, quelques années auparavant, pour l'inclusion scrotale et testiculaire ; dans ce travail se trouvent rassemblés un grand nombre de cas fort dissemblables , dont beau-

coup n'ont d'autre caractère commun que leur origine congénitale, et pour lesquels l'insuffisance des détails anatomiques interdit souvent toute appréciation sur leur nature.

La plupart des descriptions anciennes, en effet, portent l'empreinte de cette préoccupation constante qui poussait les auteurs de cette époque à chercher partout des formes d'organes et des vestiges de fœtus ; et cette idée de la forme était alors tellement prépondérante que c'est uniquement d'après les caractères extérieurs que Ton jugeait de la nature des organes et des tissus rencontrés dans ces productions, au grand détriment de l'étude de leur structure. Aussi faut-il, pour ces tumeurs sacro-périnéales, comme plusieurs fois déjà nous avons du le faire pour les tumeurs dermoïdes en d'autres régions, s'en rapporter surtout aux cas récents et rejeter la plupart des cas anciens.

En présence d'exemples aussi complexes et en môme temps aussi variés, avant d'édifier des systèmes et de hasarder des généralisations prématurées, il convient avant tout d'accumuler en grand nombre des faits rigoureusement observés que l'on classera plus tard en les soumettante la critique. C'est dans cette voie d'ailleurs que la question s'est engagée dans ces derniers temps, et les observateurs contemporains se sont justement attachés à faire une étude détaillée des pièces qu'ils avaient*

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SOUS les yeux, en dehors de toute idée préconçue sur leur nature et avec toute la rigueur que comportent les méthodes scientifiques actuelles. Le nombre des faits ainsi rassemblés et qui présentent ces conditions d'exactitude n'est pas encore considérable. Néanmoins, il permet déjà d'établir parmi ces tumeurs certaines distinctions et de rapprocher quelques cas semblables ; nous pensons, en particulier, que les tumeurs dermoïdes peuvent être isolées des autres, et ce petit groupe ainsi constitué, malgré ses imperfections, nous paraît se prêter aune étude fructueuse et permettre quelques comparaisons intéressantes avec les tumeurs dermoïdes en général.

Comme toiitesles tumeurs congénitales du siège, elles peuvent occuper l'espace compris entre l'anus et le coccyx, remonter entre le rectum et rcxtrémité de la colonne vertébrale, ou s'étendre sur la face postérieure du coccyx et du sacrum, et même, lorsqu'elles sont volumineuses, envahir latéralement la région fessière. Les observations n'établissent pas toujours d'une façon précise si le kyste était situé en avant ou en arrière de la terminaison du rachis, et d'ailleurs la tumeur peut même s'étendre à la fois au-devant et en arrière de la colonne vertébrale (cas de Himly). Celles qui sont interposées au rectum et à la colonne vertébrale relient les tumeurs sacro-coccygiennes aux kystes dermoïdes du petit bassin.

Parmi les tumeurs sacro-coccygiennes à structure dermoïde, il en est dont la composition est des plus simples et qui ne diffèrent nullement à cet égard des kystes dermoïdes sous-cutanés en général. Tels sont les cas de Després, de Ballet et de ïerrillon, dans le premier et le dernier desquels il n'y avait même pas de poils. Dans un fait que nous avons observé, la paroi présentait un épiderme, des follicules pileux et des glandes sébacées, et la tumeur offrait en outre un caractère que nous avons déjà maintes fois signalé à propos des kystes dermoïdes sous-cutanés, à savoir l'adhérence au squelette, qui^ dans le cas particulier, consistait en quelques liens fibreux rat-

tachant la poche au cocc)rx; ce kyste se coniporlaît donc exactement comme un kyste dermoïde sous-cutané du sourcil ou du cou, par exemple.

D'autre part certaines tumeursont une structure plus variée, et présentent tous les attributs des kystes dermoïdes compliqués de Fovaire , par exemple ; dans cette série des kystes dermoïdes complexes de la région sacro-périnéale on trouve, aussi bien que pourTovaire, tous les degrés, depuis la tumeur composée de petits kystes à épithélium pavimenteux et à contenu stéatomateux (Heschl), jusqu'aux tumeurs dermoïdes contenant des cheveux, des dents, des os, du cartilage, de l'épithélium vibratile et des cavités muqueuses (Himly, Czerny, Moick, Chédevergne, etc.). Fait intéressant, et sur lequel nous aurons d'ailleurs à revenir, ces tumeurs sont parfois adhérentes au squelette, et peuvent même, lorsqu'elles siègent derrière le sacrum, s'accompagner de malformations de la colonne vertébrale à sa terminaison.

Dans les descriptions anciennes de ces tumeurs dermoïdes, on trouve fréquemment la comparaison des divers produits contenus avec des débris fœtaux plus ou moins mal définis, et, le plus souvent, il est aisé de reconnaître que cette analogie est certainement forcée. Mais, d'autre part, il est des cas où la présence de parties fœtales est mentionnée d'une façon tellement précise que le doute n'est pas possible. Ainsi on a vu dans ces tumeurs sacro-périnéales des extrémités parfaitement reconnaissables, des mains, des pieds, parfois munis d'ongles, des rudiments de membres surnuméraires. (V. la bibliographie.)

Donc, si dans certains faits on trouve des produits informes, comme dans les kystes dermoïdes ordinaires, tels que ceux de l'ovaire, dans d'autres l'on observe des vestiges bien authentiques de fœtus. Mais il faut reconnaître qu'il est impossible d'établir une limite quelconque entre ces deux cas extrêmes et qu'il y a entre eux tous les intermédiaires. Ces exemples

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donnent une idée de la complexité que peuvent atteindre les tumeurs dermoïdes en général. Enfin ils montrent aussi que ces tumeurs se relient aux monstruosités : car il n'y a qu'un degré à franchir pour passer des faits les plus complexes aux cas de membres surnuméraires implan tés sur la région pelvienne.

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