TUMEURS DERMOÏDES DE LA RÉGION DES MAXILLAIRES
On rencontre dans la région des maxillaires des kystes et des tumeurs kystiques dont la disposition présente, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut (p. 25), de très grandes variétés. Certaines tumeurs congénitales , tout à fait comparables aux tumeurs sacro-coccygiennes dont il vient d'être question, offrent comme elles des relations étroites avec les monstruosités. D'autres kystes, au contraire, étudiés déjà depuis longtemps, mais dont la pathogénie n'a été bien élucidée qu'à une époque tout à fait récente, sont beaucoup plus simples dans leur composition et se rattachent par leur histoire pathologique à l'évolution dentaire ; bien qu'ils diffèrent certainement des kystes appelés communément dermoïdes, ils présentent avec eux le caractère commun d'être revêtus d'un épithélium dérivé du feuillet corné ; à ce titre ils nous semblent mériter d'occuper une place dans la grande classe des tumeurs dermoïdes que nous avons réunies dans ce travail, et cette place est d'autant plus légitime que le mécanisme de leur formation présente avec celui des kystes dermoïdes proprement dits une analogie remarquable, sur laquelle
nous aurons à revenir au chapitre de la pathogénie. D'ailleurs, nous ne donnerons pas de ces tumeurs une description détaillée. Nous nous attacherons seulement à bien préciser les différentes sortes de tumeurs kystiques que Ton peut rencontrer sur les maxillaires et celles dont la formation peut être rattachée à l'évolution du tégument. Nous insisterons particulièrement sur les tumeurs très complexes que l'on observe en cette région et sur les rapports qu'elles présentent avec les monstruosités.
Les faits les plus simples, c'est-à-dire les kystes désignés communément sous les noms de kystes des maxillaires, kystes dentaires, ne nous arrêteront pas longtemps. Pour leur description complète, nous renvoyons aux ouvrages classiques, notamment à l'article Maxillaires par Guyon dans le Dictionnaire encyclopédique ; nous renvoyons surtout pour la structure et la pathogénie aux récents travaux de Malassez, qui ont éclairé d'un jour nouveau cette intéressante question *. Il nous suffira de signaler quelles sont les principales variétés de ces kystes et comment elles dérivent toutes d'une origine semblable ; c'est là d'ailleurs pour nous le point particulièrement intéressant de leur histoire.
Les auteurs avaient multiplié les divisions ; ils en distinguaient plusieurs classes et plusieurs espèces, auxquelles s'appliquaient des appellations nombreuses et variées. Aujourd'hui la question s'est simplifiée : Malassez a montré que tous ces kystes, à quelque variété qu'ils appartiennent, se développent aux dépens des mêmes éléments, aux dépens des petites masses épithéliales auxquelles il a donné le nom de débris épithéliaux paradentaires. Ces amas épithéliaux, persistant chez l'adulte , représentent les restes non utilisés de ces bourgeonnements épithéliaux de dentition auxquels donne naissance chez le fœtus le revêtement ectodermique des gencives. Partant de cette donnée, voyons maintenant quelles variétés
1. Archives de physiologie, 1883, 15 février, p. 129; 15 mai, p. 309; 30 septembre, p. 379.
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peut comporter la transformation kystique de ces masses épîihélialos.
Les kystes dont il s'agit sont tantôt uniloculaires, tantôt multiloculaires. Les kystes uniloculaires sont eux-mêmes de plusieurs sortes. Si le débris paradentaire , en se développant en kyste, reste complètement indépendant de toute dent, il donne lieu à un kyste uniloculaire simple du maxillaire, variété correspondant à ce que Broca appelait kyste de la période embryoplastique. Si ce débris, tranformé en kyste, est en rapport avec une dent incluse et incomplète, il en résulte le kyste de la période odontoplastique selon la nomenclature de Broca; si la dent est encore incluse mais complète, c'est le kyste dentigère (kyste de la période coronaire de Broca) ; enfin si la dent est complète et sortie, c'est le kyste radiculo-dentaire, autrefois appelé kyste périostique (Magitot).
Quant aux kystes multiloculaires, ils résultent de néoformations kystiques développées dans la paroi de kystes paradentaires ; ce sont alors de vérital)les kystes prolifères, et cet état, représente ce qu'on pourrait appeler la maladie kystique de cet épithélium paradentaire.
Nous ne donnons ici que les principaux types de kystes des mâchoires ; entre ces différents cas il existe des combinaisons multiples et des intermédiaires qui donnent lieu à de nombreuses variétés. Mais toutes sont unies par une parenté commune et, grâce h la connaissance de Tépithélium paradentaire, il est possible d'en faire la synthèse pathogénique.
Quant aux affinités de ces kystes avec les kystes dermoïdes, elles ne résident pas seulement dans le mécanisme de leur formation, mais aussi dans leurs caractères anatomîques ; témoin le cas de 3Iikulicz *, décrit par son auteur comme un kyste dermoïde du maxillaire inférieur et qui s'interprète aujourd'hui d'une manière fort naturelle par un kyste paradentaire.