‹ Traité des kystes congénitauxChapitre 22 sur 99 · CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES TUMEURS DERMOÏDES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES TUMEURS DERMOÏDES

Nous avons vu précédemment combien sont nombreux et variés les différents types dont se compose la grande classe des tumeurs congénitales à structure dermoïde ; nous avons montré déjà la gradation qui existe entre ces productions et qui permet, malgré leur diversité, de les relier toutes les unes aux autres, depuis les plus simples jusqu'aux plus compliquées. L'étude anatomique de ces tumeurs nous confirmera dans cette manière de voir, et nous montrera mieux encore dans quelles limites étendues la composition de ces produits est sujette à changer, et combien sont multipliés les éléments qui peuvent y prendre part, en se mélangeant et en se combinant de manières diverses. Tout est variable dans ces tumeurs, aussi bien la forme et les caractères extérieurs que la structure intime.

Le volume des kystes dermoïdes est très inégal ; les plus simples ont parfois les dimensions d'un pois ou d'une lentille; les plus volumineux, qui s'observent surtout dans les cavités viscérales, dans le scrotum, à la région sacro-périnéale, peuvent atteindre des proportions considérables : ainsi dans un cas de Péan la ponction donna issue à 20 litres de liquide, et le poids

de la tumeur opérée s'élevait à 5,500 grammes. Boestler a extirpé un kyste dermoïde pesant vingt-quatre livres.

Mais dans ces régions où s'observent en général les kystes volumineux, il peut s'en rencontrer de très petits : ainsi Cruveilhier a trouvé un ovaire de dimensions normales transformé en kyste pilifère et Flaischlen a vu, dans ce même organe, un kyste dermoïde gros comme une noisette; dans le scrotum, Tilanus a rencontré une tumeur dermoïde de 12 lignes sur 6, et Kocher mentionne une pièce de la collection de Giessen où la tumeur avait le volume d'une noix. Un kyste dermoïde de la région sacro-coccygienne enlevé par Després avait également le volume d'une noix.

Ces kvstes sont tantôt uniloculaires, tantôt multiloculaires.

Aux premiers appartiennent la plupart des kystes dermoïdes sous-cutanés de petit volume et en outre un certain nombre de kystes profonds, qui peuvent, dans l'ovaire par exemple, atteindre d'assez grandes dimensions.

Dans les kystes multiloculaires, il peut arriver que le volume des loges soit très inégal, et que l'une d'elles notamment prédomine beaucoup sur les autres. Dans ces mêmes kystes, toutes les cavités peuvent être dénature dermoïde (par exemple kyste de la commissure intermaxillaire, de Verneuil); mais d'autres fois, le plus souvent même, les différentes loges n'ont pas la même structure, ni par suite le même contenu. Lebert insiste particulièrement sur les cas de kystes ovariens dans lesquels on trouvait, associés à des kystes dermoïdes, des kystes séreux, gélatineux, colloïdes. Ce mélange de kystes à contenu varié se rencontre aussi bien d'ailleurs dans le scrotum et la région sacro-périnéale.

La multiplicité des loges et la complexité du contenu ne sont pas en rapport avec le volume de la tumeur. Si d'ordinaire les kystes de petit volume sont simples et uniloculaires, et si les grands kystes sont fréquemment complexes et multiloculaires, ce fait du moins ne saurait être érigé en loi. Ainsi, des kystes

dermoïdes volumineux peuvent être uniloculaires et assez simples dans leur composition, et d'autre part des kystes composés n'ont parfois qu'un petit volume : témoin le fait déjà cité de Flaischlen qui, sur un ovaire enlevé par Schrœder, trouva une tumeur grosse comme une noisette et renfermant un kyste prolifère, un kyste tapissé d'épithélium pigmenté et un kyste dermoïde avec poils, glandes, dents et tissu osseux. De même encore certaines tumeurs scrotales renfermant des kystes multiples à contenu varié : séreux, muqueux, gélatiniforme , sébacé, présentaient seulement le volume d'un œuf de poule (Guersant et Verneuil, Labbé et Verneuil, Lang).

Outre les cavités kystiques et leurs parois , les tumeurs dermoïdes complexes peuvent comprendre dans leur constitution des tissus extrêmement divers, répartis sans aucun ordre apparent. Enfin nous avons vu , à propos des tumeurs complexes de la région sacro-périnéale et des maxillaires, qu'on y rencontre des parties fœtales bien caractérisées par la forme. Or, tous ces éléments peuvent se combiner entre eux dans les proportions les plus variables pour former ces productions. C'est là ce qui rend impossible une description générale de la composition de ces tumeurs, et nous oblige à étudier séparément leurs divers facteurs. Toutefois, parmi ces derniers, nous négligerons les parties fœtales que renferment les tumeurs les plus complexes ; elles n'offrent en effet d'autre intérêt anatomique que leurs caractères extérieurs, dont nous avons déjà donné une idée lorsque nous avons décrit les tumeurs sacrococcygiennes et celles des maxillaires, et elles ne présentent aucune particularité digne de remarque au point de vue de l'anatomie générale. II reste donc à étudier les parties kystiques et les divers tissus qui peuvent s'y associer, et parmi les kystes il faut encore faire une distinction, selon que la nature de la paroi est ou non dermoïde.

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