‹ Traité des kystes congénitauxChapitre 29 sur 99 · T. ni, p. 293. V. aussi p · texte numérisé non relu

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lion que l'on donnait des kystes complexes. Ainsi en 1847, à propos d'un kyste pili-graisseux du cou, présenté à la Société anatomiquc par Giraldès, Barth émettait l'hypothèse d'une inclusion, et Cruveilhier rappelait la composition graduée pour ainsi dire des kystes de l'ovaire contenant de la graisse, des poils, et parfois des os, des dents, etc.

La doctrine de la diplogénfese par inclusion, soutenue par plusieurs auteurs et principalement par Pigné {Soc. anat., 1846), fut battue en brèche par Lcbert et phis tard par Broca [Traité des tumeurs, t. Il, et5oc. d* anthropologie , 1873-74).

Broca fit à la doctrine de la diplogénèse des objections dont la valeur est très inégale. La première est tirée de la nature du contenu des kystes dermoïdes qui ne représente pas, dans Timmense majorité des cas, des restes authentiques de fœtus. Il cite à ce propos les trois cents dents du kyste de Ploucquet, nombre qui, dans l'hypothèse d'une inclusion, supposerait au moins six germes inclus dans un septième. Cette objection est évidemment fort sérieuse, et elle prouve au moins que s'il y a inclusion, le germe inclus n'est pas un germe normal.

D'autres objections sont tirées de l'impossibilité matérielle de l'inclusion, étant donnés les faits observés. L'embryon inclus étant nécessairement plus petit que celui qui le contient, et un embryon étant d'autant moins consistant qu'il est plus petit, l'on ne peut concevoir, selon Broca, que l'embryon plus petit et plus mou ait pu pénétrer dans l'embryon plus grand et plus consistant. De plus cette pénétration d'un embryon dans un autre entraînerait des dégâts considérables, dont il resterait toujours des traces très évidentes : ce qui n'a jamais été observé.

Ces objections n'ont pas une bien grande solidité. Il serait facile de répondre, en effet, que la consistance d'un embryon n'est pas uniforme, qu'il y a en lui des parties dures et des parties molles, et qu'on peut concevoir la pénétration d'un petit embryon dans les parties plus molles d'un embryon plus

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grand. En outre il ne s'agît pas dans le mécanisme de cette inclusion de la pénétration violente, pour ainsi dire, d'un embryon tout formé dans un autre également formé : il s'agît, ce qui est bien différent, de la fusion de deux embryons, tous deux en voie de formation, c'est-à-dire de la soudure de deux germes juxtaposés, au moyen de leurs éléments embryonnaires : phénomène qui n'a rien de mécanique, mais phénomène d'évolution, tout à fait comparable à celui qu'on observe en maintes circonstances pendant le développement de l'embryon, toutes les fois qu'il y a soudure de parties primitivement disjointes, par exemple dans l'oblitération des fentes branchiales par soudure de leurs bords libres. Et quant aux prétendus dégâts apparents que devrait causer l'inclusion, ils ne pourraient exister que si la pénétration se faisait violemment et par effraction, au lieu qu'ils doivent manquer si l'inclusion se fait par soudure, si, par exemple, le germe inclus se soude à l'cmbrvon contenant avant la fermeture do la cavité abdominale, dont les parois en s'unissant se referment sur lui de manière à l'englober et à produire ainsi une inclusion abdominale. Cette explication est déjà mentionnée par Is. Geoffroy Saint- Hilaire comme la plus généralement adoptée à son époque *. Enfin l'argument qui, dans la discussion présentée par Broca, ruinerait absolument la doctrine de la diplogénèse par inclusion, s'attaque au point de départ de la théorie. Cette théorie de la diplogénèse a été étendue aussi loin parce que la série tératologiquc est parfaitement naturelle, et qu'il était logique d'admettre pour tous les termes de cette série le principe de la duplicité des germes, qui paraissait bien démontré pour les degrés les plus élevés, à savoir les monstruosités doubles. Si Ton enlève à la théorie cette base solide, il est clair que tout l'édifice s'écroulera : c'est ce que tente de faire Broca, s'appuyant

1. 11 cite, en effet, parmi les opinions émises sur le mécanisme de rinclusion abdominale, l'adhérence du plus petit des deux sujets aux intestins du sujet principal, à l'époque où ils pendent hors de l'abdomen (t. 111, p. 326, note).

sur les recherches de Yalcntin et sur les faits qui tendent à expliquer les monstruosités doubles par Tunité primitive du germe et sa segmentation ultérieure. Cet argument serait péremptoire si la, doctrine de l'unité du germe était établie d'une manière irréfutable. Or, nous verrons qu'il est loin d'en être ainsi, en sorte que l'objection de Broca ne peut renverser la théorie de la diplogénèse par inclusion.

Il s'en faut néanmoins que cette théorie soit applicable à tous les cas, et même qu'elle en puisse expliquer un grand nombre d'une façon satisfaisante.

En cfifet, si l'on peut admettre l'inclusion d'un fœtus dans un autre pour quelques cas tout à fait exceptionnels dans lesquels on a trouvé des fœtus complets et parfaitement reconnaissables, il n'en est plus de même pour les kystes dcrmoïdcs proprement dits et pour la plupart des faits rapportés à l'inclusion. H faut un grand effort d'imagination et beaucoup de bonne volonté pour reconnaître dans un simple kyste dermoïde, dans un simple petit sac formé de peau , souvent même sans papilles ni glandes sudoripares, le représentant d'un individu distinct. Dans les kystes plus complexes qui forment la transition entre les kystes simples et les tumeurs considérées comme des inclusions, il est généralement bien difficile, pour peu qu'on examine les choses avec attention, de reconnaître des vestiges d'embryons bien déterminés, des parties fœtales ayant une ressemblance manifeste avec le type normal. Les organes que l'on y rencontre sont le plus souvent informes et incomplets, et il serait impossible, à un esprit non prévenu, de trouver entre ces productions et la conformation normale autre chose que des analogies spécieuses. En outre, certains détails de structure sont complètement en désaccord avec l'hypothèse d'un embryon inclus. Pourquoi une seule tumeur renfermet-elle jusqu'à trois cents dents? Pourquoi les dents sont-elles disposées sans groupement régulier et parfois même enchâssées simplement sur la paroi sans implantation osseuse? Pourquoi

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le revêtement cutané tapisse-l-îl la face interne du kyste au lieu de se trouver à la face externe du prétendu fœtus? Quant aux soi-disant placentas, qu'on a décrits dans certaines inclusions monstrueuses, on sait la valeur qujil faut attribuer à ces grossières ressemblances , fondées uniquement sur Faspect extérieur, depuis qu'Ercolani, examinant au microscope quelques-unes de ces pièces, et notamment celle de Santo-Fattori, reconnut qu'elles ne renfermaient aucune partie rappelant par sa structure un placenta ^

11 serait facile de dépouiller les diverses observations d'inclusions fœtales et de montrer combien la ressemblance est lointaine avec l'état normal, lorsque les descriptions sont données avec quelques détails. Au contraire, dans les cas de fœtus enkystés, lors de grossesse extra-utérine, la plupart des parties sont parfaitement reconnaissables et Ton y retrouve les caractères généraux de la conformation normale; le squelette , en particulier, est toujours conservé et offre une configuration régulière ; les divers appareils sont représentés, non par quelques fragments des tissus qui les composent, mais par des organes bien caractérisés dans leur forme. Enfin, le fœtus enkysté est complètement étranger à l'organisme maternel; au bout d'un certain temps ses éléments anatomiques subissent des altérations remarquables d'atrophie et de mortification, au lieu que la tumcnir dormoïdo continue à vivre de la vie commune et à se développer sans que les propriétés de ses éléments se modifient. C'(»st là une différence fondamentale entre ces deux produits: le fœtus enkysté est un cadavre, la tumeur dermoîde est une partie vivante.

Si Ton accepte la théorie de l'inclusion, les rapports que nous avons signalés entre la complexité du contenu et le siège des tumeurs dermoïJes restent également un profond

1. 11 fait mémo de la présouce du placonia un Piémont de diagnostic auatomique entre la f^rossesse extra-utérine et l'incluïtion fn»tale. (Ercolaui, Délia placenta nei monstri pcr inclusione : Mrmorin delVArrademia délie scienze delVlnstiiuto diBologna, série 3, vol. V, d'après Revue des sciences juédicales, 1876, vol. VH, p. 67.)

mystère : pourquoi les kystes à contenu complexe s'observentîls seulement en certaines régions? comment expliquer la singulière prédilection que montrent pour les parties périphériques les simples kystes pilifères, ces prétendus fœtus, réduits pour ainsi dire à leur plus simple expression ?

En outre les cas de kystes dermoïdes des deux ovaires h la fois, considérés par Lebert comme « un des plus forts arguments contre l'origine de ces productions par inclusion fœtale », ces cas dont la rareté n'est pas très grande, supposeraient un concours de circonstances bien extraordinaires, puisqu'il faudrait, d'après cçtte théorie de l'inclusion, qu'il y eût deux fœtus inclus dans un troisième, et que de plus ces deux inclusions se fissent en des points symétriques.

Tout ces faits montrent qu'il ne faut pas, comme se sont évertués à le faire un grand nombre d'auteurs, vouloir trouver quand même dans ces productions dermoïdes une ressemblance avec des parties fœtales. Ils font voir le danger qu'il y a à forcer les analogies et à accommoder les faits aux théories. Ils mettent encore en lumière un point important : c'est que la forme des parties est accessoire dans la question et qu'elle est sujette à de trop grandes variations pour servir de base solide à une théorie pathogénique.

Ce n'est assurément pas le moindre mérite de Lebert que d'avoir montré le peu d'importance de la forme dans la pathogénie des productions dermoïdes, d'avoir substitué à cette idée de la forme l'idée du tissu, à une notion d'anatomie descriptive une notion d'anatomie générale, et d'avoir fait resssorlir toute la valeur de cet élément dans la question.

En résumé, la théorie de la diplogénèse par inclusion, non seulement n'est pas une théorie générale, mais encore elle est en désaccord avec plusieurs particularités importantes que présentent dans leur structure et dans leur répartition les tumeurs que nous étudions, et, en définitive, elle ne nous paraît convenir qu'à des cas tout à fait rares et exceptionnels.

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