THEORIE? DIVERSES
GROSSESSE EXTKA-rTÉmyE
11 reste encore qm*lques mois à dire sur diverses théories qui ont été propulsées pour expliquer certains kystes dermoîdes, mais qui sont défiour\"ues du caractère de généralité dont sont empreintes les théories précédemment exposées, et que réclament d'ailleurs les considérations présentées plus haut sur les liens unissant entre elles toutes les tumeurs dermoîdes, quel que Suit leur siège et quelle que soit leur structure. Nous ne nous attanlerons pas sur ces inteqirétations partielles, applicables seulement à quelques cas particuliers de la grande série de tumeurs que nous venons de passer en re\*ue, mais leur intérêt historique nous fait un devoir de les mentionner.
L'une des plus importantes parmi ces théories considère les kystes dermoides comme un produit de conception de siège anormal, c'est-à-dire comme le fruit d'une grossesse extrautérine. (À'tle opinion a été invoquée pour tous les kystes dermoides de l'abdomen chez la femme. Elle fut soutenue par de nombreux auteurs.
Nous avons vu que Geoffroy Saînt-IIilaire l'adoptait pour un grand nombre de cas. Cruveilhier admettait également pour les kystes dermoides complexes tantôt la grossesse extra- utérine, tantôt rinclusion. Alquié (de Montpellier) allait même jusqu^à considérer des tumeurs dermoides des deux ovaires, composées de dix poches, comme des grossesses extra-utérines avec les débris de dix fœtus.
A cette doctrine on peut objecter d'abord tous les arguments opposés à la théorie de Tinclusion pour ce qui concerne la prétendue assimilation des productions dermoïdes à un fœtus. II est vrai que Geoffroy Saint-Hilaire avait en quelque sorte répondu par avance à ces objections, en considérant cette conception extra-utérine comme uae conception anormale et le produit comme un fœtus monstrueux. Mais un argument péremptoire contre la doctrine est tiré de rcxistencc de ces tumeurs dermoïdes en des régions très diverses, chez des nouveau-nés et des filles vierges, chez Thommc enfin. Leur formation n'est donc pas limitée à une région , à un âge et à un sexe, ce qui élimine complètement toute idée de gros-
sesse *
Une autre théorie considère encore les tumeurs 'dermoïdes comme un produit de génération ; mais ce n'est plus une conception, une génération sexuée : c'est une génération anormale que Ton doit rapprocher de celle que R. Owen a désignée sous le nom de parthénogenèse , c'est-à-dire une génération
1. En outre, tandis que les tumeurs dermoïdes de Tovaire sont d'une grande fréquence, la grossesse ovarienne est au contraire fort rare. Spiegelberg, en effet, n'en a pu rassembler que 10 cas (Otto Spiogelborg, Zuv Casuislik des Ovarialschy^iigerschaft, Arch. f. Gynxk, 1878, Bd. XUI, h. 1, s. 73), et Puech, éliminant deux des cas précédents n'en cite également que 10 (Albert Puech, De la grossesse de fovaire: Ann. de gynéco/.^ t. X, juillet 1878, p. 1). Quelques autres faits ont encore été publiés : Hall Davis et G. Lawson, Abdominal section for extra-uterine fœtation ; death on secondday : TheLancet, july 14, 1877, vol. II, p. 48. — J.-L. Ilildreth, A case of extra-uterine fœiation: The Boston medic. and surg. Journ., uovembcr 8, 1877, vol. XCVll, p. 519. — Patenko, Zur Lehre von der Extrauterinschwangn'scha/t : Arch.f. Gynxk, 1879, Bd.XlV, h. 1, s. 156. —F. Benicke, Ovarialschwnngerscha/t, Peritonitis, Laparatomie. Heilung, Zeitschrift f. Gehiirtsh. u.gynxk., Bd. IV, h. ^, p. 276 (d'après Centralbl. f. Chir,, 1879, s. 677). — Léopold, Fallvon Ovarialgraiiditxt mit Lithopxdionbildung. Gescllshaft f. Geburtsh. in Leipzig, 26 april 1881 ; Centralbl. f, Gynœk., 1881, s. 370.
Enfin on a vu la coexistence d'une grossesse extra-utérine et d'un kyste dermolde de Fovaire, et la présence du kyste n'était peut-être pas sans influence sur Tanomalie de la grossesse (Spiegelberg, Howitz, Wasseige).
U4 KYSTES DERMOÏDES
produite sans le concours des deux sexes, et accomplie par un seul sexe et un seul individu.
Cette idée est déjà ancienne et a été exprimée notamment par BulTon. Cet auteur, dont on connaît la théorie des molécules organiques et du moule intérieur, pensait que ces molécules pouvaient, sans se mélanger à celles d'un autre sexe, se développer par elles-mêmes et donner naissance, non plus à un fœtus, mais seulement à « ces productions osseuses, charnues, chevelues, rencontrées dans les testicules des femelles et dans le scrotum des mAlos... J\ivoue, dit-il, que je suis très porté à imaginer que dans de certaines circonstances et dans de certains étals la liqueur séminale d'un indi\îdu, mâle ou femelle, peut seule produire quelque chose. Je serais, par exemple, fort tenté de croire que les filles peuvent faire des môles sans avoir eu de communication avec le mAle, comme les poules font des œufs sans avoir vu le coq ^))
Meckcl, qui attribuait les kystes dermoïdes à une génération imparfaite, admettait comme très probable que ces tumeurs pussent naître sans copulation anlérieure, par exemple chez des enfants et des vierges [Lucina sine concubkn). En somme, pour lui, les kystes dermoïdes sont produits par une activité anormale des organes génitaux, et cette activité anormale est, dans certains cas, l'acte vénérien accompli dans des circonstances défavorables ; dans d'autres cas, il n'y a pas d'acte vénérien proprement dit, il n'y a pas de coït, mais seulement une suractivité génitale et ce qu'il appelle « un excitement contre nature des organes génitaux * ».
Plus récemment, cette opinion d'après laquelle les kystes dermoïdes seraient des produits de génération développés indépendamment du coït, fut reprise par plusieurs auteurs, et c'est alors que lui fut appliqué le mot de « parthénogenèse ». Saller,
1. Buffon, Œuvres, augmentées par F. Cuvier; Paris, 1832. Histoire des on*maux, t. H, chap. X, De la formation du fœtus, p. 240.