CHAPITRE PREMIER
KYSTES DERMOÏDES DE l'oRBITE ET DE SON POURTOUR
Les kystes dermoïdes de Torbite et de son pourtour ont été signalés déjà depuis longtemps. Pierre de Marchettis*, Maître- Jean citent des cas de mélicéris et d'athéromes de cette région qui se rapportent selon toute vraisemblance aux kystes dermoïdes. Toutefois l'étude sérieuse de ces tumeurs est de date relativement assez récente. Lawrence est l'un des premiers auteurs qui aient indiqué quelques-uns de leurs caractères les plus importants. Gaillard (de Poitiers) en 1836 en publia 9 cas, et insista sur plusieurs particularités dont il avait remarqué la constance d'après une vingtaine d'observations personnelles. AVecker *, sous le nom de kystes folliculaires, décrit des tumeurs de Torbite qui ne sont autres que des kystes dermoïdes. Depuis, ces tumeurs ont été bien étudiées, non seulement au point de vue analomique et clinique, mais encore au point de vue pathogénique, notamment dans les thèses de Régnier (1869), de
i. Warmont, Thèsede Paris, 1858, p. 57, obs. XXI; p. 62, obs. XXIV et XXV. 2. Wecker, Traité théorique et pratique des maladies des yeux, Paris, 1863 ; t. L
IS KYSTES DERHOIDES
Lamps (1874), de Cusset (1877). Récemment, en 1880, Berlin a donné une description des kystes dermoïdes orbitaires d'après le relevé d'un grand nombre de faits publiés; toutefois cet auteur considère comme dermoïdes presque tous les kystes de l'orbite, opinion sans doute vraisemblable, mais en tous cas
Kytte dermoTdc de la queue du sourcil [obs. XI).
impossible à démontrer avec les observations anciennes. Aussi pensons-nous qu'il faut écarter un certain nombre des cas rassemblés par Berlin comme étant d'une détermination impossible , d'autant plus que notre but n'est pas do faire une statistique jcomplète, et que les faits précis sont suflisamment nombreux et parfaitement comparables.
Parmi ces kystes, ceux de la queue du sourcil sont de beaucoup les plus fréquents. Hs sont ordinairement de petit volume
DESCRIPTION TOPOGRAPHIQUE a
et passent même parfois inaperçus dans la première enfance. En générai, jusqu'à vingt ou vingt-cinq ans, ils ne dépassent pas le volume d'une noix ou d'une pomme d'api ; dans certains cas cependant ils peuvent atteindre celui d'un œuf. Après vingt-cinq ans, selon Després, ils resteraient stationnaires et pourraient même diminuer un peu.
Les kystes du sourcil sont situés au-dessous de l'orbiculaire des paupières, auquel ils sont lâchement unis, et reposent directement sur le périoste du frontal, auquel ils sont, au contraire»
Fia. 2. — Kyste dermoTde frontal (obs. IV).
fréquemment adhérents par un pédicule ou par une portion plus ou moins large de leur paroi. Le plus souvent ils occupent le tiers externe du sourcil, tantôt à l'union du tiers externe avec les deux tiers internes, tantôt plus en dehors jusqu'au niveau de l'angle externe de l'orbite. Mais ils peuvent aussi siéger à la partie moyenne ou sur la tête du sourcil, vers le grand angle de l'œil. Ils ne sont pas toujours exactement sur la ligne du sourcil et peuvent empiéter sur les régions voisines : le front, la tempe; ils sont quelquefois tout à fait audessus de la ligne d'implantation des poils (V. observ. II, IV^
U KYSTES DEItMOIDES
V et SI). On en a rtincontré dans la région intersourcilière,
exactement sur la ligne médiane.
Dans l'orbite les kystes dcrmoïdes ont été observés dans toutes les parties do cette cavité, mais plus fréquemment sur les parties latérales que sur les parois inférieure ou supérieure.
Tantôt ils sont enlièremenl logés dans l'orbite, tantôt ils proéminent en dehors, présentant toutefoi.s un prolongement intra-orbitaire.
Lyford a pratiqué l'ablation do l'œil pour un kyste congénital à contenu stéalonialeux du fond de l'urbile qui entourait complètement le nerf optique. Brœer et Weigert ont publié l'observation d'un kyste dermoïde complexe {lératome congénital) siégeant eu arrière du globe de l'œil, et G. Lawson a observé un cas analogue de lumeur complexe, renfermant des kystes à épithélium pavîmcnteux, mais dont la nature dermoïde n'est pas établie.
Dans un grand nombre de faits, ces kystes présentent avec le squelette des adbérences remarquables, indiquées déjà par Lawrence. Tantôt ce sont simplement quelques Iractus fibreux ; tantôt un pédicule relie la paroi kystique au périoste; tantôt il y a adhérence d'une portion plus ou moins étendue de la poche h ce périoste, et même l'os est souvent creusé à ce niveau d'une petite dépression ou cavité. Cette dépression osseuse, conslatable au toucher, déjà rencontrée par Boyer, Jobert (de Lamballe), Gaillard, n'est pas seulement, comme le dit Després ', le résultat d'une illusion semblable à celle que donne le toucher d'une varice qui passe sur la crélc du tibia; elle existe anatomiquement et a maintes fois été constatée. Nous trouvons, en elfet, dans les cas publiés les adhérences simples indiquées 23 fois et la dépression du squelette 18 fois. Dans nos faits personnels, nous avons rencontré 9 fois ces adhérences cl 1 fois la dépression osseuse.
-e de médecine et de chirurgie pi-aliqw.'. t. X.XXIII, article
DESCRIPTION TOPOGRAPHIQl'E 15.
Cette dépression est très variable ; tantôt c'est une petite fossette très superficielle, capable d'admettre Textrémité du doigt, en forme de godet, dont les bords sont quelquefois rugueux et saillants; tantôt c'est une cavité véritable, longue de l cent. 1/2 {Richet, obs. IV de Régnier), 2 cent. 1/2 (Richet, obs. V de Régnier), capable de contenir un noyau de cerise, un objet plus gros, et dans laquelle s'engage un prolongement du kyste qui adhère intimement à sa paroi. Cette espèce de canal osseux, sous le sourcil, est dirigée en général très obliquement en dehors et ne communique pas avec le sinus frontal (Régnier). Quelquefois le kyste, en partie incrusté dans l'os, en partie au dehors , affecte la disposition en bissac des abcès en bouton de chemise. L'excavation peut intéresser toute l'épaisseur de l'os, €n sorte que le kyste se trouve en contact avec la dure-mère crânienne qui est mise à nu pendant l'extirpation, comme dans le cas d'Esmarch. Dans un kyste orbitaire opéré par Richard, Je doigt porté dans la plaie reconnut que la voûte de l'orbite faisait défaut et put sentir la mollesse du cerveau. {Soc, de /:hir,, 1853.)
L'on a attribué cette modification du squelette à une sorte J'usure mécanique produite par le développement du kyste, et on l'a comparée à celle que l'on observe dans les anévrysmes en contact avec les os (Jobert de Lamballe). Elle paraît se rattacher plutôt au développement de l'os qui se trouve gêné par la présence de la tumeur et par son accroissement. Elle ne se rencontre pas seulement lorsque le sujet avance en âge, comme le dit Gaillard, car nous avons constaté cette fossette dans un cas de kyste du sourcil chez un enfant de trois semaines.
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