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CHAPITRE IV

PATHOGEME

La question de Torigine des kystes séreux congénitaux est certainement la plus controversée de leur histoire. Des opinions aussi nombreuses que variées ont été professées à ce sujet et tour à tour abandonnées, puis reprises avec des fortunes diverses. Aujourd'hui même, malgré les progrès accomplis dans Tétude de ces kystes, malgré l'appoint important fourni parles recherches histologiques en particulier, bien des côtés restent encore obscurs dans leur pathogénie.

Nous résumerons en premier lieu quelques théories applicables seulement aux kystes de certaines régions et par conséquent insuffisantes ; puis nous exposenms en les discutant les opinions qui s'adressent à la généralité des cas.

Au premier groupe appartient la théorie qui assignait à ces productions une origine glandulaire et faisait dériver les kystes (lu cou des glandes salivaires. (^ette opinion se fondait sur la disposition mulliloculaire, qui pouvait à la rigueur s'accorder avec le développement kystique aux dépens des acini glamlulaires. et sur la ressemblance des kystes du plancher buccal avec la grenouillette. ('/est même sous la désignation de grenouillettes que ces kystes ont été pour la première fois décrits par Redenbacher en 1828. Enfin, à Tappuide cette thèse semblait encore venir s'ajouter une observation rapportée par Blachez, dans laquelle une des glandes sous-maxillaires faisait défaut ainsi que les glandes sublinguales. Mais ne voit-on pas d'autre part, dans la majorité des cas, les kystes séreux rester dans une indépendance complète des glandes salivaires ? L'absence de quelques-unes de ces glandes, constatée une fois seulement,

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ne peut-cllc tMre considérée simplement comme une malformation concomitante, du même ordre que la division du maxillaire inférieur mentionnée tlans la même observation? Au surplus, rien dans la structure des kystes séreux du cou n'autorise à leur attribuer pour point de départ les acini glandulaires. Au con-

traire, nous avons vu dans un cas la g'Iande parotide envahie par le développement kystique; mais ce développement des lo^t'S était seuli'menl inlerRtitiel et les lobules glandulaires demeuraient inaltérés dans leur structure, bien que dissociés et enveloppés pour ainsi dire par les cavités kystiques (obs. LIV, p. ;U8, et fig. 40, p. 311).

Une seconde tbéoriL', moins restreinte que la précédente, plaçait l'origine de ces kystes dans des organes k vésicules

closes : la glande de Luschka pour les kysles du siège, el le ganglion iotcrcarotidien d'Arnold pour les kysles du cou. Celle conceplion s'appliquait seulement, comme on le volt, aux: kystes de deux régions, c'est-à-dire, il est vrai, à la majorité de ces

tumeurs ; mais elle laissait complètement inexpliqués les kystes des autres parties du corps. De plus, même pour les tumeurs du cou et du siège, il pouvait apnori sembler assez étrange d'attribuer h des organes si peu importants, si imparfaitement connus et si fréquemment introuvables, des aptitudes pathologiques aussi étendues et des transformations aussi compliquées. ËnQn,

la structure des kystes séreux congénitaux n'est pas du tout en rapport avec la structure, d'ailleurs mal déterminée, des deux organes en question. Les vésicules de la glande décrite par Luschka sont tapissées d'un épithélium glandulaire, parfois muni de cils vibratiles : rien de semblable dans les kystes séreux congénitaux. Tout au plus la glande de Luschka pourrait-elle être mise en cause pour le développement de certaines tumeurs complexes du périnée, dans lesquelles on rencontre des cavités à structure variée , dermoïdes ou mucoïdes , associées ou non à des kystes séreux. Mais une semblable origine ne convient nullement pour les tumeurs plus simples, offrant tous les caractères que présentent là, comme ailleurs, les kystes séreux composés. Déjà, parmi les tumeurs kystiques de Texlrémité inférieure du tronc, nous avons établi des divisions fondées sur la structure et nous avons isolé les cavités dermoïdes et les cavités mucoïdes; suivant les mêmes principes, on peut distinguer maintenant les parties qui présentent la structure des kystes séreux composés. Nous savons que l'extrémité pelvienne est par excellence le siège de ces tumeurs complexes, renfermant des tissus de toute sorte et des kvstes de toute structure ; aussi n'est-ce pas en ce point qu'il faut chercher, à Tétat de pureté pour ainsi dire, les différentes espèces de kystes congénitaux. C*cst bien plutôt dans les régions où ne s'observent pas d'autres variétés de kystes et où ces productions se montrent avec la composition la plus homogène, par exemple aux membres et sur les parois du tronc, qu'il convient de recueillir des renseignements sur la structure et le développement des kystes séreux. Or, ici il ne saurait être question d'organes plus ou moins analogues à la glande de Luschka, et l'on doit par suite éliminer complètement les organes h vésicules closes de la pathogénie des kystes séreux congénitaux.

Mais arrivons à des théories plus générales.

Les kystes qui nous occupent siègent à peu près en toutes les parties du corps et se développent principalement dans le

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lîssu conjonclif sous-cutané en s'étendant aux organes voisins par rintermédiaire du tissu conjonclif interstitiel; de là ce corollaire obligé, que le lieu de formation de ces tumeurs existe dans le tissu conjonclif et se Irouve comme lui répandu dans tous les organes et dans tous les poinls de l'organisme. C'est donc dans le tissu conjonclif que doit être recherchée l'origine de ces productions.

Dire avec Wernher qu'il s'agit d'une néoformation de produits pseudo-plastiques, ce n'est pas avancer la question : car il faudrait au moins montrer de quelle manière se forme ce système compliqué de cavités kystiques, qui est le caractère le plus saillant de ces tumeurs. S'agit-il de cavités séreuses accidentelles, comme semble l'indiquer la dénomination ancienne d'hygromas kystiques congénitaux? Assurément il ne saurait être question, pour la plupart des kystes mulliloculaires, de véritables cavités séreuses; la disposition caverneuse des loges, l'existence d'une couche musculaire dans la paroi, ne permettent pas l'assimilation du plus grand nombre de ces tumeurs avec les hygromas. Il n'en est plus tout h fait de même si l'on considère les rapports qui existent normalement entre les cavités séreuses, les voies lymphatiques et les espaces conjonctifs; il y a peut-être, au point de vue de la morphologie générale, des relations analogues entre les différents kystes séreux congénitaux et ces divers organes, et même entre les différentes cavités d'une même tumeur. Mais les communications du système lymphatique avec les espaces conjonctifs sont encore un sujet de discussion, et en attendant que ce problème d'analomie générale ait reçu une solution définitive, c'est en somme sur l'origine vasculaire et lymphatique de ces kystes que se concentre l'intérêt de la question.

Le développement des kystes séreux congénitaux aux dépens de l'appareil circulatoire est admis depuis un certain temps déjà par différents auteurs. Ce furent d'abord les vaisseaux sanguins exclusivement que Ton mî* ' dans cette patho-

génie. Holmes Coote, rapportant, en 1849, un fait observé àla clinique de Lawrence, dans lequel se trouvaient, en un point de la masse extirpée, des vaisseaux dilatés et flexueux, se fondait sur cette disposition pour conclure à Texistence d'une tumeur éreclilc ayant subi la transformation kystique. Cruveilhier *, Broca ' pensaient également que les kystes séreux cong'énilaux pouvaient, dans certains cas au moins, être considérés comme des kystes vasculaîres, développés au sein de tumeurs érectiles dont certaines portions auraient cessé de communiquer avec la circulation générale pour s'isoler et donner lieu à des kystes. Dans les poches ainsi formées, le contenu, primitivement sanguin, subissait ultériouremont des modifications variées jusqu'à devenir complètement séreux; selon que la transformation kystique était plus ou moins étendue- et plus ou moins ancienne, on observait soit des tumeurs érectiles avec quelques loges kystiques, soit des kystes composés à contenu à peu près exclusivement séreux. On était ainsi conduit à invoquer le même mécanisme pour les cas dans lesquels rien ne prouvait quun angiome eut jamais précédé la tumeur kystique.

En somme, le principal argument dont se réclamait cette théorie était la présence exceptionnellement constatée de kystes au milieu des tumeurs érectiles. Ce fait indubitable, observé par de nombreux auteurs, avait été généralement expliqué par la transformation des cavités sanguines. Or, une interprétation toute difl'érente pouvait s'appliquer à celte modification kystique des tumeurs érectiles. G. Busch ', en 18S6, avait déjà émis l'opinion que, dans les tumeurs de cette nature, les kystes se développaient d'une manière indépendante et n'entraient que plus tard en connexion avec les vaisseaux sanguins, grâce à une sorte d'usure des parois vasculaires. Cette

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