CHAPITRE V
Les kystes séreux congénitaux se présentent sous l'aspect
^e tumeurs dont nous avons indiqué déjà les particularités
:»elatives au siège et au volume^ Leur forme est variable ; en
général, elles sont arrondies et uniformément proéminentes ou
constituées par l'agglomération de lobes et de bosselures que
circonscrivent des sillons plus ou moins accusés. Mais leur
périphérie n'offre pas toujours des cpntours bien nets; il y a
des formes diffuses dans lesquelles la tumeur se continue insen-
ssiblement avec les parties voisines qui sont envahies de proche
«n proche. Dans ces formes diffuses, lorsque la masse morbide
«st peu volumineuse, elle se dessine plutôt sous l'apparence
d'un gonflement de la région que d'une tumeur véritable.
La peau qui recouvre le kyste est, dans la plupart des cas, à peu près normale et seulement un peu distendue. Souvent elle est sillonnée de veines dilatées et très apparentes qui siègent dans le tissu cellulaire sous-cutané et parfois aussi de petites vénosités correspondant à l'injection des réseaux dermiques. Assez fréquemment on remarque, en certaines parties de^ la tumeur, un aspect demi-transparent de la peau et un
reflet bleuâtre. Quelquefois les poils sont hypertrophiés à la surface du kyste. D'ordinaire la peau est parfaitement mobile sur la tumeur ; par exception, néanmoins, on peut la trouver adhérente ; ainsi, dans ime de nos observations, la peau, envahie par la formation kystique, était distendue, amincie et prête à crever (obs. LXVIII). Dans un autre cas (obs. LXVI), la peau offrait en un point les signes d'un état inflammatoire chronique ; elle était indurée, adhérente et d'une couleur foncée , rouge brun.
Au toucher la consistance de ces tumeurs est ordinairement mollasse et spongieuse ; parfois elle est élastique et rénitente. Du reste elle peut différer sur les diverses parties d'une même tumeur. Si Ton cherche la fluctuation, on ne peut souvent la percevoir et le liquide semble fuir sous la main ; d'autres fois on sent une fluctuation partielle en. certains lobes seulement ; quelquefois aussi la fluctuation n'est pas obtenue tout d'abord, mais se laisse constater lorsqu'on percute les loges du kyste et lorsqu'on augmente leur tension en les faisant comprimer par la main d'un aide.
Le palper permet encore de sentir les inégalités de la tumeur, les cloisons, les brides qui la divisent. Souvent on y rencontre de petits nodules résistants qui sont quelquefois de petites masses cartilagineuses, de simples épaississements fibreux ou de petits grains kystiques.
Lorsqu'ils siègent exclusivement dans le tissu cellulaire sous-cutané, les kystes séreux composés sont mobiles sur les parties sous-jaccnlcs ; mais il n'en est plus de même lorsqu'ils envoient dos prolongements profonds qui les font adhérer à divers organes et rendent ainsi cette mobilité plus obscure. Ces mêmes prolongements dans la profondeur empêchent également d'atteindre leurs limites do ce côté. Si Ton ajoute à cela l'absonce de contours précis dans les formes diffuses, on voit qu'il n'est pas toujours aisé d'apprécier sur le malade le volume et la configuration de la tumeur.
La compression de la masse n'amène ordinairement aucune
dîminulion de volume. Parfois, cependant, la tumeur semble
réductible lorsque, n'étant pas bien fixée, elle fuit sous la main ; la tension peut alors s'élever dans une loge aux dépens de celle des autres, le liquide se déplaçant el passant d'une cavité à l'autre. Les contracliOQS musculaires, les cris, les efforts.
sont en général sans influence sur la tumeur, sauf dans certaines conditions que nous indiquerons tout à l'heure. Dans les circonstances ordinaires, cependant, la tumeur augmente quelquefois, mais d'une façon peu sensible. C'est là d'ailleurs un fait qui s'explique aisément si l'on tient compte de la vascularisation abondante de ces kystes et aussi de la compression que lesi muscles contractés peuvent exercer sur eux.
Enfin la transparence existe dans certains cas et fait défaut dans d'autres, selon l'épaisseur des parois, la nature du contenu. Elle peut d'ailleurs être seulement partielle.
Les kystes du cou, lorsqu'ils s'étendent profondément dans l'intérieur de la poitrine, offrent des caractères spéciaux sur lesquels nous désirons appeler l'attention : car, au point de \ue opératoire, il est de la plus haute importance de reconnaître ces prolongements. En règle générale, lorsqu'un kyste congénital occupe la partie inférieure du cou et n'est pas seulement superficiel, on devra toujours penser à la possibilité d'un développement intra-lhoracique et rechercher soigneusement s'il n'existe pas quelque signe d'une tumeur du médiastin. Or la déformation du thorax étant nulle, la compression de la trachée ou des bronches no s'exerçant pas non plus d'habitude, il n'y a guère que la percussion qui puisse fournir une donnée positive à cet égard. Ajoutons-y les résultats du refoulement et la constatation de ce fait que la tumeur du cou disparait par la compression. alors qu'on ne voit apparaître nulle part ailleurs un gonflement qui indique un déplacement du kyste. La réductibilité dans ces conditions devient un caractère précieux. Un siiine plus décisif encore est le suivant : la tumeur est le siège de mouvements alternatifs d'expansion pendant l'expiratioUj^les ci'is, les efforts, et d'un affaissement notable pendant l'inspiration. L'importance de ce caractère fait qu'on doit s'attacher soigneusement à sa recherche et en observer les moindres particularités. Chez une de nos malades obs. LXII) il apparaissait d'une manière remarquable ; à chaque inspiration, non seule-
menl la lumcur cervicale s'aiTaissail et diminuait considérablement de volume, mais une partie des loges du kyste pénétrait dans le thorax, aspirée en quelque sorte dans le mouvement inspiratoire.
Quant k la douleur spontanée ou provoquée par la pression, elle est nulle, honnis le cas d'accidents inflammatoires.
Les kystes séreux congénitaux du cou sont sans exception sous-aponévrotiques ; mais au cours de leur évolution ils
gagnent les parties molles sous-cutanées, et à un moment donné la peau seule les recouvre et finit même par leur adhérer. Il n'en est pas de même dans les autres régions de l'économie.
Les kystes séreux primitifs de la tèto sont extrêmement rares. Si l'on écarte, en effet, les exemples de propagation de kystes du cou au cuir chevelu ou à la face, on ne trouve que de très rares observations de kystes appartenant en propre à c«a régions. Nous avons observé cependant deux faits de kystes de la face présentant d'ailleurs les mêmes apparences cliniques qu'au cou. Dans les deux cas la tumeur était très
molle et dilTuse, formant une saillie arrondie soulevant les téguments, mal limitée profondément; on ne parvenait à y sentir la fluctuation qu'en circonscrivant une ou plusieurs loges principales par la compression (V. obs. LIV el LV).
Les signes des kystes séreux congénitaux dos membres n'offrent rien de spécial en clinique. Exceptionnellement superficiels, ils sont d'babitude sous-aponévrotiques ou à la fois Sûus-aponévroliques el sous-cutanés.
Ils siègent de préférence dans les sections médianes ou à la racine des membres. Leur forme est arrondie ou allongée dans
le sens de l'axe, et ils présentent des lobes ou des saillies multiples dessinant des loges principales ou des agglomérations de cavités plus petites. Les saillies sont séparées par des gouttières plus ou moins larges, plus ou moins profondes, et on rencontre dans les intersections les mômes grains arrondis qu'au cou. Atteignant parfois un gros volume, ils envahissent la peau, qui se trouve amincie au point d'être ulcérée (obs. LXVllIj; ils ne restent pas non plus confinés dans les espaces inlermusculaires, se bornant à séparer les muscles les uns des autres. La propagation se fait également dans le corps des muscles, car ils pénètrent au milieu des faisceaux musculaires qui se trouvent dissociés d'abord et plus tard détruits. On conçoit qu'alors le kysle ne donne plus seulement lieu à uu trouble
fonctionnel dû exclusivement à la présence de la tumeur ; il peut amener une impotence véritable d'une section d'un membre, et même un état permanent de contracture musculaire (obs. LXIX).
Les troubles fonctionnels produits par ces tumeurs n'ont
Fio. 48. — Kyste séreux congénital mnltiloculairc du bras ayec un développement
yasculaire considérable ( obs. LXVI ).
d'habitude qu'une médiocre importance ; ils manquent le plus souvent et lorsqu'ils existent, ils sont généralement peu accusés. Ce sont principalement les kystes du cou qui les déterminent par leurs prolongements sous le plancher buccal ou autour du pharynx et de la trachée. Ces phénomènes consistent en une gêne de la respiration et de la déglutition, due principalement au refoulement de la base de la langue et de l'épiglotte ; dans
lin cas (le Schworin la langue, appliquée contre le palais, rendait tout à fait impossible Talimentation par la bouche. On a signalé encore des vomissements qui ont été attribués à la compression des pneumogastriques (Wernher).
Parrol, chez une petite fille de deux n)OÎs qui portait un kyste multiloculaire du cou, a observé de singulières atiaqaes de cyanose, caractérisées par une apnée complète et un état de mort apparente, avec coloration violacée de la face et persistance des battements cardiaques. Les accès, qui se reproduisaient trois ou quatre fois en vingt-quatre heures, duraient jusqu'à cinquante minutes.
Enfin les altérations que nous avons indiquées du côté des muscles en contact avec la tumeur peuvent déterminer une gène fonctionnelle plus ou moins grande, qui s*ajoute à celle qui résulte simplement du volume et du poids de la masse anormale. Ce n'est que très exceptionnellement que le corps même d'un muscle se trouve envahi ; nous avons cependant onservé la présence de poches kystiques dans Tépaisseur de la portion cervicale du trapèze sans qu'il en résultât autre chose qu'une légère attitude vicieuse de la tête ; le kyste occupait exclusivement la région latérale du cou.