‹ Traité des kystes congénitauxChapitre 8 sur 99 · KYSTES DERMOIDES DU COU · texte numérisé non relu

KYSTES DERMOIDES DU COU

Les kystes dermoïdes du cou sont très anciennement connus, puisque Celse parle 'de tumeurs enkystées, développées entre la peau et la trachée, nommées par les Grecs bronchocèles et contenant une matière semblable à du miel, à de l'eau, et quelquefois même des poils mêlés à de petits os : interdum etiam minutis ossibus pili immixti. Mais l'étude anatomique et pathogénique de ces productions, étroitement liée, comme

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nous le verrons par la suite, à celle des fistules congénitales du cou, ne date, comme celle-ci, que de notre époque. C'est à la suite des travaux sur la pathogénie de ces fistules, et principalement des recherches de Ileusinger *, que les relations de ces tumeurs avec les feules branchiales de Tembryon ont été établies.

Ces kystes ont été souvent décrits sous les noms de kystes alhéromateux, athéromes profonds du cou, kystes branchiaux [Kiemengangscysten, Roscr), et, par le fait même de ces dénominations un peu vagues, ils n'ont pas toujours été bien distingués des autres kystes branchiaux, ni même des kystes congénitaux du cou en général. Or, il importe de faire remarquer que les kystes congénitaux du cou ne sont pas tous formés aux dépens des fentes branchiales, et de plus que tous les kystes branchiaux ne sont pas dermoïdes. Cette considération nous impose l'obligation étroite de faire un choix parmi les observations et de n'accepter que les faits dans lesquels la nature dermoïde de la paroi nous parait suffisamment démontrée. Aussi laisserons-nous de côté un grand nombre de kystes très probablement branchiaux et rapportés autrefois à des hygromas de la bourse séreuse de Boyer, à la dilatation des glandules sous-muqueuses glosso-épiglottiques (Xélalon).

Car, s'il y a de bonnes raisons de croire à leur nature branchiale, il n'en est pas moins vrai que la discussion rétrospective de ces faits anciens ne nous offrirait aucune utilité ; d'ailleurs leur détermination exacte serait le plus souvent impossible faute d'éléments, puisque les observations dont il s'agit sont dépourvues du contrôle histologique. Nous donnerons à la bibliographie l'indication d'un certain nombre de faits de ce genre qui restent indéterminés, et nous aurons soin, dans notre relevé, de préciser les distinctions précédemment in-

1. Hcusingcr, Hah-Kiemen-Fisteln von noch nicht beohachteter Fof*m : Virchow's Archiv f.path. Anal, Bd. XXIX, 186 i, s. 358, et Zu den Ilalskiemenùogen Resien : Ibid, Bd. XXXUI, 1863, heft 3, s. 4 il.

diquécs dont on trouvera Texplication au chapitre de la pathogénie.

On a distingué , d'après le siège , deux sortes de kystes dermoïdes du cou : les latéraux et les médians.

Les kystes des régions latérales ont un siège assez variable. En général, ils occupent la région sterno-mastoïdienne à diverses hauteurs; en son milieu (2" cas de Max Schede), à sa partie inférieure au-dessus de la clavicule (Baumgarten) ; mais ils peuvent occuper aussi la région parotidienne (Virchow, Bryant), la région sous-maxillaire (Quain, Esmarch, fig. 2).

Leur volume est variable ; ils peuvent acquérir les dimensions du poing (Esmarch, fig. 1).

Ils prennent parfois extérieurement une apparence bilobée lorsqu'ils sont croisés par une bride aponévrotique ou le tendon d'un muscle.

Ils sont en général situés sous le bord antérieur du sternomastoïdien et s'étendent plus au moins profondément , parfois jusqu'à la colonne vertébrale (Max Schede, 2* cas), ou vers le pharjnix en jetant un prolongement entre cet organe et le larynx (1" cas de Max Schede). Il n'est pas rare de les voir adhérer à la gaine des gros vaisseaux du cou (!*' cas de Max Schede, Virchow, 2 cas de Langenbcck), disposition qui peut donner lieu à des difficultés opératoires et même entraîner la lésion de la jugulaire hiterne pendant leur extirpation (Langenbcck). Dans un cas de Langenbeck, la tumeur adhérait à l'apophyse styloïde.

Les kystes dermotdes de la région médiane du cou ont été divisés un peu artificiellement en sus- et sous-hyoïdiens. Ils sont le plus souvent situés au voisinage de l'os hyoïde, entre cet os et le cartilage thyroïde. Mais ils peuvent siéger plus bas : ainsi dans un cas de Giraldès la tumeur répondait au milieu de la distance qui sépare le cartilage thyroïde de la fourchette stemale. Tachard a extirpé un kyste pîli-graisseux de la partie inférieure de la région sous-hyoïdienne, et Bidder a observé

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un kyste placé immédiatement au-dessus de Téchancrure susslernale.

Us ne sont pas toujours exactement médians; dans une de nos observations le kyste était situé sur la partie latérale gauche du cartilage cricoïde près de la ligne médiane.

Leur volume est plus petit en général que celui des kystes latéraux ; souvent il ne dépasse pas celui d'une noix ou d'une noisette. Toutefois on en a observé de plus gros : Broca en a opéré un du volume d'un œuf de poule.

Les kystes thyro-hyoïdiens sont situés au-dessous des muscles de ce nom ; ils reposent sur la membrane thyro-hyoïdienne et adhèrent fréquemment à l'os hyoïde, directement ou par un pédicule. Ces adhérences sont mentionnées cinq fois dans les observations que nous avons rassemblées et nous les avons constatées dans Tun des deux cas que nous rapportons. En outre elles sont signalées dans plusieurs observations de kystes dont la nature est restée indéterminée *. Dans le fait de Tachard, c'est à la partie antérieure de la trachée que la poche kystique était adhérente.

Les kystes dermoïdes du cou sont ordinairement sous-cutanés et indépendants du tégument. Cependant Heschl a trouvé sur le cadavre d'un homme de soixante-trois ans un petit sac du volume d'une aveline à contenu sébacé, reposant sur une petite dépression peu profonde de l\)s hyoïde, tapissé d'un épiderme couvert de poils et qui s'ouvrait par l'intermédiaire d'un étroit canal à la surface de la peau, un peu à gauche et au-dessous du milieu de l'os hyoïde. Dans ce cas intéressant, le revêtement du sac se continuait avec l'épiderme et l'orifice cutané était tout à fait uni, sans trace de cicatrice, en sorte que la communication du kyste avec l'extérieur était primitive et non accidentelle.

1. Dupuytren , en 1831 , parlant des kystes 8(?reux thyro-hyoïdiens dont il a observé une vingtaine d'exemples et qui sont probablement des kystes branchiaux, note déjà l'adhérence profonde au ligament thyro-hyoïdien moyen.

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