KYSTES DËRMOIDES DU PLANCHER BUCCAL
Les kystes dermoïdcs du plancher de la bouche forment le groupe des grenouille tles dermoïdes. Ces tumeurs ne sont pas absolument rares et paraissent avoir été depuis longtemps observées, puisque Pierre de Marchcttis en 1670 racontait un fait de mélicéris sublingual, et que Jourdain en 1778 citait deux observations dont une, au moins, paraît se rapporter à la grenouillette dermoïde. II en est de même de l'observation recueillie par Hernu en 1791 et citée dans les Œuvres chirurgicales de Desault. A celte époque l'existence de ces tumeurs était bien connue, puisque Benj. Bell (1796) disait que les loupes du plancher buccal sont aux grenouillettes dans le rapport de 1 à 20. Toutefois les observations anciennes ne peuvent guère présenter qu'un intérêt historique et, ici encore, pour tracer la description de ces tumeurs, c'est à des faits mieux observés et plus récents qu'il faut s'adresser *. En 1881, dans un mémoire adressé à la Société de chirurgie, Combalat (de Marseille) mentionne treize cas publiés de kystes dermoïdes du plancher buccal, auxquels il ajoute une quatorzième observation personnelle. En même temps, à la môme Société, Th. Anger et Duplay en citaient chacun un cas inédit, et Nicaise publiait l'observation d'un kyste dermoïde canalieulé.
Enfin, en 1883, dans un article publié par Ozenne dans les
1. Pour rhistorique de ces tumeurs consultez les thèses de Bertherand, de Landetà, Démons, et le travail de £. Ozenne.
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Archives de médecine, se trouvent rappelés quelques autres faits, accompagnés de la relation d'un cas personnel. A ces exemples il faut encore ajouter ceux de Padieu (d'Amiens) (1874), de Gruber (1880), de Hofmokl (1881), de Barker (1883) et de Dardignac (1884).
La nature dermoïde de la tumeur est mise hors de doute par l'examen microscopique dans les cas de Denonvilliers et Verneuil, E. Cruveilhier, Gaillard, Paquet, Vemeuil, Combalat, Hofmokl, Ozcnne, Barker et Dardignac, et, à défaut d'examen histologique, par la présence de poils dans les cas de Linhart, de Gueterbock et dans un des faits de Richet.
Ces tumeurs sont plus souvent médianes que latérales ; sur 27 cas, nous trouvons 22 fois le siège noté : 14 fois le kyste était médian et 8 fois il était latéral; encore sur ces 8 cas, dans le fait de Nicaise, la tumeur était reliée aux apophyses géni par un cordon canaliculé exactement médian. Ordinairement le kyste est rapproché de la ligne médiane et situé à la partie antérieure du plancher buccal, sous la pointe de la langue*.
Les kystes médians se développent entre les muscles génîoglosses (Linhart, DenouNdlliers et Verneuil, Ed. Cruveilhier, Barker), qu'ils écartent à mesure qu'ils augmentent de volume pour envahir la région sublinguale et faire saillie sous la muqueuse du plancher buccal dont ils se coiffent en se développant. Ils atteignent ainsi le volume d'un œuf et font alors généralement saillie à la région sus-hyoïdienne. Par les progrès de leur développement, ils refoulent la langue en haut et en arrière et les dents en avant, au point que le bord alvéolaire peut devenir presque horizontal (Denonvilliers et Yerneuil). Lorsqu'ils atteignent un certain volume, ils gênent la phonation et la res-
1. Barker divise ces kystes du plancher buccal en trois variétés suivant le siège :
10 Médians entre les géuio-glosses ;
2o Unilatéraux entre les muscles mylo-hyoldiens et génio-glosscs ; 3» Bilatéraux au-dessus des mylo-hyoldiens et au-dessous des génio-glosses.
piration, la mastication et la déglutition, la succion chez le nouveau-né, comme dans le cas de Richet. Dans un fait de Linhart, la tumeur touchait la voûte palatine et empêchait le rapprochement des mâchoires.
Comme les kystes dermoïdes des régions précédemment étudiées, ceux du plancher buccal offrent parfois des adhérences avec le squelette. Dans le cas de Dardignac, Tadhérence se faisait avec les apophyses géni du maxillaire inférieur ; dans le fait de Nicaise elle s'établissait au même point par un cordon canaliculé. Dans le cas de Combalat, il y avait au niveau du kyste une légère dépression du maxillaire au-dessous des apophyses géni. Dans d'autres exemples c'est à l'os hyoïde que le kyste est attaché (Verneuil, Gucterbock). Dans le fait de Denonvilliers et Yerneuil, on trouvait à la partie inférieure de la tumeur des adhérences fibreuses, larges de 7 à 8 millimètres, étendues sur une longueur de 3 centimètres de la symphyse du menton jusqu'au voisinage de l'os hyoïde et très exactement médianes. Enfin, dans le cas rapporté par Ozenne, on remarquait sur la ligne médiane, à la partie profonde de la tumeur, des adhérences fibreuses en deux points : au niveau du frein et près de l'insertion des génio-glosses en avant, sans qu'il existât aucune union avec le maxillaire.
Ici semblerait devoir trouver place l'étude de certains kystes dont la formation se rattache à l'évolution de la muqueuse buccale et par conséquent d une portion du feuillet corné : nous voulons parler des kystes des mâchoires. Toutefois ces kystes se distinguent par certains caractères des kystes dermoïdes précédemment étudiés, aussi bien que de ceux qui vont suivre. En effet, les tumeurs kystiques congénitales qui siègent en cette région des maxillaires sont très variées dans leur nature. Certains kystes, d'une structure assez simple, présentent avec les dents des rapports spéciaux et intéressants au point de vue anatomique et clinique. D'autres, infiniment plus complexes, offrent avec les monstruosités des mâchoires des relations
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étroites et par là méritent d'être comparés aux tumeurs analogues de la région sacro-cpccygienne. Pour ces motifs, nous croyons préférable de renvoyer leur étude à la suite de celle des tumeurs sacro-coccygiennes.