CHAPITRE PREMIER
HISTOIRE DE LA MACHINE A VAPEL'R DEPITS LES TEMPS LES PLL'S ANCIENS JCSQl'A NOS JOURS.
l u traité sur la machine à vapeur ne serait point, suivant nous, réellement méthodique, s'il ne commençait par un aperçu des travaux de Savery, Papin et des autres pères de la science dont les noms Ggurent dans l'histoire de l'Invention de la vapeur. Les découvertes de ces hommes illustres ont, il est vrai, fort peu de rapport avec In machine h vapeur de nos jours; c’est à peine si elles peuvent donner mie vague idée de sa structure et de ses moyens d'action ; mais ce fut, sans aucun doute, de ces premières recherches qu’est sortie la machine & vapeur moderne, et elles tirent de cette alliance un intérêt suffisant pour les rendre dignes d'une juste curiosité. Nous pensons donc qu'une esquisse rapide des moyens en usage dans les premiers temps des progrès de la vapeur est une introduction rationnelle a un pareil ouvrage et en forme le complément Indispensable. Mais nous craignons que nos lumières ne soient impuissantes a s'acquitter de cette tâche; car des ébauches de cette nature veulent un pinceau gracieux et facile , sous peine de paraître fastidieuses. Le grand art consiste à dire juste ce qu’il faut et rien de plus. Et, en effet, l’histoire de la machine a vapeur est la partie la moins importautc d’un traité sur es sujet, et ne mérite qu'une place en rapport avec son peu d'intérêt. Si l'on y consacre des développements Inutiles, ou si l’on donne de l'importance à des essais ridicules, la suite naturelle des choses disparaît, et les nuances principales qui constituent la beauté du tableau ne se distinguent plus.
Ajoutons encore qu'à l'époque industrielle où nous vivons, on n'a ni le temps, ni le goût de suivre d'interminables descriptions de projets avortés; on désire bien connaître quelque chose de la nature de toutes ces recherches, pourvu que l’histoire en soit présentée en quelques mots; mais on ne tient nullement a ees discussions banales qui, par exemple, tendent à résoudre des questions comme celles-ci : Quelle est la première personne qui souleva l’eau par la force élastique de la vapeur? Quelle est celle qui la lit monter dans un vide partiel? Pour être francs, nous devons avouer que de telles recherches nous paraissent tout aussi Importantes que celles de ces savants grammairiens qui passent leur vie à rétablir un cas Prtmièrt Stction. «
î HISTOIRE DE LA MACHINE A VAPEUR
au datif, ou à préciser une mesure ou un accent. La tiche, que nous pourrions prendre de résoudre ces problèmes frivoles, serait tout aussi insignifiante que celle de ces savants personnages ; car, après avoir remonté dans l'histoire, par une marche fatigante, jusqu’au premier homme coupable d'avoir troublé la tranquillité de l'eau par la force élastique de la v apeur, nous pourrions voir s'élever, avec des preuves d'une antiquité encore plus reculée, l'ombre de quelque savant ignoré, florissant autrefois en Chine ou au Japon. L'idole, Jusque-la universellement adorée, serait donc rejetée dans la poussière devant cette nouvelle autorité, destinée elle-même à être bientôt renversée par d'autres découvertes plus récente*. Ce qui est vraisemblable, c’est que la puissance de la vapeur, pour élever l'eau au-dessus de son niveau, était connue dans les temps les plus reculés ; elle parait même avoir été employée quelquefois , par les Grecs et les Égy ptiens, dans un but ridicule ou frivole. Mais ce hit seulement dans les temps modernes que l’on appliqua la vapeur à des travaux d’utilité générale ; et l'histoire des machines à vapeur ne commence réellement qu'à dater de ccs applications.
Nous allons commencer par relever une erreur dans laquelle, suivant nous, sont tombés la plupart des commentateurs. Ils ont attaché une trop grande importance aux travaux et découvertes des individus; et, en même temps, ils ont apprécié trop peu les connaissances générales du siècle , dont ces hommes si vantés ne sont, apres tout, que les représentants. Attribuant les premiers progrès des machines à vapeur uniquement à la perspicacité et aux découvertes de quelques rêveurs Isolés , ces commentateurs n'ont pas remarqué qu'une large part en est raisonnablement due  l’état des connaissances et de l'Instruction générales de l'époque. La conséquence de cette fausse appréciation est de faire briller d’un vif éclat de nombreux faiseurs de projets, dont les travaux tombent dans l'insignifiance, lorsqu’on consulte l’opinion publique des contemporains. On peut, il est vrai, les regarder comme formant l’avant-garde du progrès; mais est-il juste de ne considérer le degré de lumières de la société à cette époque que comme un piédestal sur lequel on les érige?
Quant à nous, il nous [tarait absurde de leur assigner un trop haut rang. Nous ne voyons en eux que des hommes d une assiduité et d’une intelligence ordinaires, comme chaque siècle en produit par milliers; les progrès de In science sont dns plutôt an cours naturel des événements qu'à des édalrs de génie. Ajoutons qu'il est encore plus déplacé de présenter l’un de ces personnages comme Vintxnlettr de la machine a vapeur. Les grandes découvertes sont nécessairement longues à éclore, et elles sont rarement le résultat de recherches indiv iduelles; il faut du temps et de l’expérience, autant que du génie, pour les amener à maturité ; et, dans le fait, les progrès les plus rapides sont souvent l’effet du hasard. Dans le monde intellectuel, comme dans le monde matériel, les plus précieuses productions sont ccHcs qui ne peuvent arriver à la perfection du premier coup. Ou ne demande pas à quelle plaie bienfaisante on à quel rayon de soleil il faut attribuer la grandeur d'un chêne majestueux; est-il plus raisonnable de demander à quelle intelligence Individuelle noos sommes redevables de la création de notre machine à vapeur moderne? Les efforts des differents esprits sont simplement les agents, qui ont heureusement conduit au résultat général , et il serait aussi juste d'attribuer l’invention de nos vaisseaux de ligne à Jasou que la découverte de la machine à vapeur à Savery ou à de Causs.
Quelle que soit d’ailleurs In reconnaissance que l’on doive à ces noms historiques, elle n’est, suivant nous , méritée que par ceux de ees savants dont les travaux ont eu pour conséquence un résultat d'utilité pratique. Les hommes de pure spéculation , qui ont suggéré des moyens d'action , sans jamais les exécuter par enx-mêmes, ne doivent pas être mis au même rang qne ceux qui ont opéré réellement, dans une circonstance qui ne présente d’autre difficulté que l’exécution pratique. Sans discuter, d'ailleurs, le mérite de ees personnes, on ne peut les mettre au nombre des inventeurs réels de la machine à vapeur ; et leurs titres ne doivent être considérés , en toute justice, que comme ceux d'une dusse tout à fait à part de savants. Mais, nous le répétons, ce mérite ne saurait être bien considérable ; car rien n'est plus facile que d’émettre de vagues idées de perfectionnement , tandis qu'il est généralement fort difficile de faire