II
â3o TEAITEMÈNT
caime les douleurs , mais il dit que bientôt après le mal s'accroît à raison de l'augmentation de la dose. Il a porté celle-ci jusqu'à une once par jour, et il l'a continuée pendant plusieurs mois sans autre effet sensible que l'ivresse et plus d'abondance dans les urines. Il a vu ce remède exciter, dans les cancers de la bouche, un ptyalisme comme le mercure. Cullen (i), ne croit pas comme Bierchen que la ciguë aggrave les maladies véritablement cancéreuses. Il dit avoir vu plusieurs cas où ce remède a modéré les douleurs, amélioré la suppuration et diminué la surface de l'ulcère ; mais il n'a pas vu de guérison parfaite. Il a remarqué que la ciguë étoit utile pour résoudre différentes indurations, et surtout celles qui sont de nature scrofuleuse. Il a vu l'extrait de ciguë guérir des ulcères qui étoient survenus à des tumeurs squirrheuses et environnés de semblables squirrhosités; quelquefois même ces ulcères approchoient de la nature du cancer. Il paroît que les squirrhes, dont parle ici Gullen^ étoient des pblegmasies chroniques, la plupart scrofuleuses; aussi ne dit-il pas que ces ulcères étoient des cancers, mais qu'ils approchoient de la nature des cancers. Il dit que les cataplasmes de ciguë bouillie ne peuvent pas résoudre les squirrhes indolens des ma-. melles, et qu'ils accélèrent leur état de cancer ulcéré.
J . Hunter et Cullen pensent, de même que Bierchen, que la ciguë est quelquefois utile dans les engorgemens vénériens.
M. Alibert (2) dit avoir répété avec soin les expérience? de Storck. Il ajoute : « Plus de cent femmes au moins af- » feclées de squirrhe ou de cancer, à l'utérus et dans d'au- » très parties, ont fait snccessivement usage de ce médica-
(1) Mat. méd., t. 11, 2^ part., ch. 6.
(2} Nouveaux élémens de thérapeut., prem. édit., Paris, an xir,
» ment, dans Tintérieur de l'hôpital Saint-Louis, sans en » retirer le moindre avantage. »
M. Gilibert, médecin , à Lyon, dit avoir guéri, à Grodno, un carcinome à la langue, avec l'extrait de ciguë (i) ; il assure que M. Colin, célèbre médecin de Vienne, et ami particulier de Sîorck, lui a montré plusieurs malades guéris par la ciguë. Les jeunes médecins qui suivoient les visites de M. Colin, affirmèrent tous à M. Gilibert que les guérisons des maladies squirrheuses, cancéreuses, étoient très-ordinaires dans riiôpîtal de Pazmann.
Je pense quïl seroit inutile de rapporter un plus grand
nombre d'avis sur les effets de la ciguë.
Il paroît résulter des divers essais qui ont été faits , que la ciguë est un médicament excitant qui devient narcotique à haute dose; que ce médicament est utile dans diverses indurations scrofuleuses, et dans quelques indurations syphilitiques. Il peut aussi apporter un soulagement momentané dans plusieurs affections cancéreuses. Dans la plupart de ces cas, il paroît contribuer à changer l'état de certaines inflammations qui seroient, dans les parties non cancéreuses, placées au milieu et aux environs des portions cancéreuses ; mais lorsque la ciguë a remédié à ce symptôme, si elle continue à agir comme moyen excitant, elle devient nuisible et exaspère le cancer.
Il est probable que la plupart des guérisons de cancer qu'on a dit avoir opérées par ce médicament , sont relatives à des maladies scrofuleuses, ou à des phlegmasies chroniques prises mal à propos pour des cancers.
Du reste, si dans des cas douteux on essaie la ciguë , je pense qu'il ne faut pas vouloir rectifier le procédé de Storck 5 mais l'imiter parfaitement. Presque toujours on
(1) Démonstration de botanique, t. ii, p. 374, — Lyon, 1795.
perd font l'avant-ige d'un moyen curatif, lorsqu'on prétend le perfeclionner.
Pour f.iire l'extrait de ciguë comme Slorck, on prend dans le mois de mai ou de juin la quantité que l'on veut de celte plante , dans le moment où elle fleurit; on la pile daus un mortier de marbre avec un pilon de bois ; on la met à la presse j on passe le suc au blanchet ; on le fait épaissir à un feux doux jusqu'à consistance d'extrait épais, en le remuant continuellement pour qu'il ne s'attache pas au vaisseau et qu'il ne brûle pas; on mêle cet extrait avec suffisante quantité de poudre de feuilles sèches de ciguë, pour lui donner la consistance pilulaire.
On commence par donner deux grains de cet extrait matin et soir; on en augmente progressivement la dose, que Ton porte au moins à un gros et demi par jour, en deux doses. On fait prendre par dessus deux tasses de thé, de bouillon de veau, ou d'infusion de sureau. Pour obtenir des succès , il faut porter la ciguë jusqu'à une dose suffisante pour qu'elle produise une action marquée, comme nn léger vertige ou une gêne dans les yeux, un léger mal de cœur, une sorte de tremblement, une légère diairhée ou quelque autre symptô*ne nerveux.
Il faut augmenter la dose assez promptement pour produire un efïet marqué , et cependant avec assez de prudence pour éviter les accidens qui peuvent résulter d'une trop forte dose de l'extrait de ciguë.
Comme cet extrait n'a pas constamment la même énergie, lors même qu'il a été préparé de la même manière, il faut toujours en diminuer la dose et l'administrer avec défiance lorsqu'on ne fait plus usage du même extrait.
Une femme qui en prenoit déjà 60 grains faillit être empoisonnée, par une dose de 20 grains par laquelle elle commcnçoit l'emploi d'une nouvelle provision de cet extrait. On n'administre pas seulement la ciguë à l'intérieur, on
DES MALADIES CANCEREUSES, - 553
remploie encore extérieurement. On emploie sur la lumieur ulcérée ou non ulcérée, i° des fomentations d'infusion de ciguë; 2° des cataplasmes de feuilles de ciguë; 5° l'emplâtre de ciguë.
Si on n'a pas de la ciguë fraîche , on emploie les feuilles sèches de cette plante. Pour cela, on remplit un sachet de feuilles sèches et coupées de ciguë ; on le fait tremper quelques minutes dans l'eau bouillanle, on le presse légèrement, et on l'applique encore cliaud sur les parties affectées : on le renouvelle quand il commence à sécher. On peut dans la nuit le remplacer par l'emplâtre de ciguë, indiqué dans les pharmacopées. Pendant l'emploi delà ciguë, on prescrit les autres remèdes qui peuvent devenir nécessaires. Il faut quelquefois employer la ciguë pendant plus de deux ans. Ce médicament, d'après Sîorck, diminue la douleur, procure un sommeil tranquille, augmente l'appétit et les forces, détermine desselles plus fréquentes, une sécrétion abondante d'urine, et il procure la sérénité de l'esprit. A trop haute dose il produit des vertiges, des con-i strictions de la gorge , des mouvemens convulsifs , des vomissemens ; les vomitifs, les acides, etc., font cesser ces symptômes (i). Hik.mann,'qui a vu employer avec profusion l'extrait de ciguë, dans l'hôpitiil des bourgeois de Tienne, par Collin, dans les affections cancéreuse:^, prétend qu'il agit foiblement et médiocrement sur Iç virus cancéreux ; mais qu'en revanche il est fort efficace pour détruire les embarras lymphatiques et glaireux, et qu'il convient dans les engorgemensscrofuleux... (Gazette salutaire)?
M. Monlblanc (2) a vu la ciguë long-temps employée à l'Hôtel-Dieu, de Lyon, sans aucun avantage contre des can-
(1) Mitag.-midi. — Act. deraéd. de Montp., p. 262.
(2) Act. de méd. de Montp., t. i, p. 223.
cers, les uns ulcérés, les autres non ulcérés et occultes ; elle ne diminuoit pas le volume de la tumeur et n'amélioroit pas la suppuration. Nous terminerons cet article par une observation sur l'emploi de cette plante.
Tumeur à la mamelle guérie par Vusage de Cextrait de ciguë (i). — Une fille, âgée de 22 ans, d'une constitution cacochyme, avoit été sujette dès son bas-âge aux engorgemens glanduleux. Sa mamelle du côté droit offroit depuis quatre mois une glande tuméfiée et qui avoit grossi successivement, jusqu'à acquérir le volume d'un œuf de canne. Il survint des douleurs lancinantes, suivies de la perte de l'appétit et du sommeil, ce qui détermina la malade à consulter M. Gasc, le (21 floréal au xii) 1 1 mai 1804. Il examina la mamelle droite et trouva la tumeur dure , squîrrheuse, et du volume déjà indiqué. La portion des tégUmens qui la recouvroient, ofl'roit une rougeur érisypélateuse. La sensibilité de la partie extrêmement vive, et les douleurs lancinantes presque insupportables avec défaillances , douleurs épigastriques , agitation , pouls fréquent et développé, faisoient craindre la formation d'an cancer. M. Gasc fit appliquer des cataplasmes émollienS, et administra intérieurement des narcotiques. Ayant uû peu assoupi les douleurs, il eut recours, le (24 floréal) 14 mai, à la ciguë administrée en extrait intérieurement, et à son application extérieure. Il commença par un décigramme (deux grains) par jour, et il augmenta graduellenient jusqu'à 8 décigrammes (16 grains); il continua jusqu'au (25 prairial) i4 juin suivant sans interruption, ce qui fut suffisant pour résoudre tout-à- fait l'engorgement squii*rheux de cette glande mammaire. Les douleurs s'étoient dissipées comme par enchantement après quatre à cinq fours de l'administration de la ciguë. Ce médicament.
(1) Par J.-Ch. Gasc, D.-M., Recueil périodique, t. xiui, p. 160.
comme c'est assez l'ordinaire , ayant un peu détérioré les forces digestives, et affoibli la sensibilité et l'irritabilité d6 l'estomac, il devint nécessaire d'employer un léger laxatif et ensuite un tonique ; les pilules de Belloste , les eaux de Barèges furent employées et tous les accidens se dissipèrent.
Cette observation prouve qu'une tumeur du sein , accompagnée d'inflammation chez une jeune fille scrofiileuse, a été guérie, au bout d'un mois de traitement , par le moyen des applications locales et de quelques autres médicamens. Elle montre encore que ces sortes de phlegmasies d'abord chroniques, ensuite aiguës , doivent être combattues avec soin, parce qu'elles pourroient devenir la cause occasionnelle d'un cancer. Mais leur guérison ne prouve pas que l'extrait de ciguë guérit les cancers. Les douleurs qui avoient lieu tenoient à une phlegmasie aiguë; elles ne doivent pas être confondues avec ces douleurs nommées aussi lancinantes, qui se font sentir dans les tumeurs cancéreuses qui n'ont point encore changé de couleur.
Du reste, M. Gasc ne cite pas cette guérison comme un exemple de l'effet anti-cancéreux de la ciguë , mais comme une preuve de son efficacité dans quelques engorgemens qui pourroient déterminer des ulcères cancéreux.
Lézard gris (Lacerta agilis, Lin.) (i), — En 1^82, on imprima, à Madrid, un mémoire de Joseph Florès, membre de l'université de Guatimala, dans le Mexique, sur les propriétés médicinales du lézard gris contre diverses maladies, et surtout contre le cancer. Ce mémoire avoit déjà été im-
(1) Lézard gris ^ Daubenton, Encycl. méthod. — Yalmont de Bomaro, Dict. d'hist. nat. — Lacépède, Hist. nat. des quadrupèdes ovipares, t. n, p. 8. Lézard gris des murailles , Daudin. Buffbn de Sonnini, Reptiles, t. m, p. 2 11, pi. xxxviii, fig?. 1.
primé à Giiatimala, en 1781. L'auteur rapporte quelques observations de guérison de cancer (1).
Don Joseph Ferrer portoit, depuis un an, à la lèvre supérieure, un cancer qui avoit rongé la moitié de la joue y étoit descendu à la lèvre inférieure, s'étoit porté jusqu'à la mâchoire, d'oii il avoit fait tomber quatre dents molaires, avoit gagné le gosier et étoit sur le point d'attaquer la carotide; de sorte que le chirurgien qui pansoit la plaie craignoit à tout moment qu'il ne survînt une hémorrhagie mortelle : ce cancer dont l'odeur étoit très-fétide avoit résisté à tous les remèdes de l'art. Le malade se mit à l'usage des lézards j il en mangea trois, un chaque jour. Le cinquième jour, il sentit dans lout le corps une chaleur extraordinaire, accompagnée d'une abondante sueur; il s'établit en même temps une salivation épaisse et jaunâtre: l'odeur de la plaie diminua. Le malade continua alors l'usage des lézards et en mangea cinq autres en cinq jours. Dans peu la salivation cessa; la plaie se nettoya, prit un belle couleur, et enfin se cicatrisa, au point qu'à peine il en restoit quelque vestige. (Il y a ici certainemenl de l'exagération sur la maladie ou sur la cicatrice et peut-être sur les deux.)
Charles Suncin portoit, depuis plus de 5o ans, un cancer au nez qui depuis quelque temps n'avoit fait aucun progrès. Trois lézards, mangés un chaque jour, ont suffi pour opérer son entière guérison. îl a éprouvé la chaleur , la sueur, la salivation, etc.
Pour manger ces lézards on coupe la tête et îa queue, oa oie les entrailles et on enlève îa peau du lézard; on le mâche ensuite et on l'avale tout de suite , de manière à ce qu'il conserve encore un reste de vie. On peut aussi pour éviter le dégoût , hacher le lézard préparé et l'avaler tout
(1) Mém.delaSoc. roy, de médeciîie, pour les années Î780 et 178Î,
DES MALADIES CANCEREUSES. 6dJ
de suite en bol. L'ouvrage de Florès est suivi d'une lettre sans nom d'auteur, datée du Mexique, le 25 mai ; celte lettre renferme le fait suivant :
Un religieux, âgé de 63 ans , portoit depuis long-temps un ulcère chancreux à la langue, qui avoit gagné et rongé jusqu'à la racine de cet organe, au point qu'on craîgnoit à tout moment de le voir se détacher et tomber. A peine nrticuloit-il quelques sons qu'on ne ponvoit comprendre, il ne pouvoit avaler aucun aliment solide. Le lait et le bouillon passoienl seuls, même avec peine ; la plaie exhaîoit une odeur excessivement fétide; le pouls étoit frès-foible et déprimé ; enfin on s'attendoit à cba(|ue instant à le voir expirer. Il avala un lézard le 21 mai en deux bols, qui eurent beaucoup de peine à passer. Il les continua pendant les quatre jours suivans. Dès le premier jour, il ressentit une chaleur extraordinaire dans tout le corps ; il se trouva mieux le lendemain , il avala les deux bols sans peine et parla avec beaucoup moins d'embarras. La salivation s'établit ensuite en petite quantité, mais jaunâlre, et la sueur ne survint que le quatrième jour. Au moment oii l'auteur écrivoit celte lettre, qui étoit le cinquième jour du traitement, la fétidité avoit disparu, la plaie avoit une très- belle couleur, et beaucoup moins d'étendue; la tuméfaction étoit dissipée; le pouls avoit pris de la force; le malade parloit avec facilité et avaloit sans peine des alimens solides : il se promena dans l'infirmerie.
Ces observations, 5/ elles sont vraies, dit M. Carrère (i), ne laissent aucun doute sur l'efficacité du lézard de Guafimala, dans le traitement des affections cancéreuses.
Les médecins espagnols ayant fait usage de ce remède et en ayant éprouvé quelques bons effets, la Société royale de
(1) Mém. de la Soc. de méd. pour les années 1780 et 1781, p. 337 de l'hist.— Paris, 1785.
médecine de Paris voulut connoître d'une manière précise Tespèce de lézard qu'on avoit employé en Espagne. M. de Vergennes en fit venir d'Espagne, et MM. d'Aubenton et Mauduyt reconnurent que c'étoit le lézard gris qu'on trouve à Paris. La Société royale fit graver la figure du lézard gris de Paris et celle de celui d'Espagne, volume cité, planche xiï. Il paroît que les médecins français n'obtinrent au- l| cun effet de ce médicament , car ils n'en ont presque plus parlé.
On a recueilli , dans le reste de l'Europe , des observations relatives à la guérison des cancers, par le secours des lézards gris ; mais on a été obligé d'en donner une beaucoup plus grande quantité que dans le nouveau Mexique. On en a porté quelquefois la dose jusqu'à 80; mais communément on n'a pas eu besoin d'en donner un aussi grand nombre. A Cadix (1), une dame qui portoit depuis longtemps au sein un cancer ulcéré et onze glandes au col, et dont la tête étoit presque paralysée, prit 22 lézards en 22 Jours. Le cancer disparut, huit glandes se dissipèrent, les trois autres étoient diminuées ; la tête s'étoit raffermie.
A Palerme (2), une françoise, mariée dans cette ville, âgée de 25 ans, souffroit depuis plusieurs années au sein droit d'une tumeur squirrlieuse grosse comme un œuf de poule, adhérente aux côtes supérieures; les remèdes des plus habiles médecins ayant échoué, M. Méo, doyen de la Société de médecine , et premier médecin-physicien du grand hôpital de Palerme , après l'avoir fait saigner lui donna des pilules de lézard. Dès le premier jour, elle rendit abondamment une salive écumeuse et blanche ; ce symptôme dura jusqu'au quatrième jour. La nuit du cinquième^
(1) Essai en forme de lettre sur l'usage des lézards, trad. de l'italien de J.-B. Meo, par M. Martinet, 1786.
(2) Méo, loc. cit.
DES MALADIES CANCEREUSES. oSg
elle eut un travail considérable et douloureux dans les in* testins avec desselles presque dysentériques; le sixième^ les douleurs devinrent atroces : il falloit continuellement les apaiser avec quelques tasses d'eau tiède. Les crachats, les selles, les urines se succédoient, celles-ci étaient biîieu* ses, acres, fétides ; en même temps elle ressentoit une sorte de fourmillement sous le sein, avec un peu de spasme du côté droit, de la chaleur, de l'ardeur, et un certain sentiment comme si on lui arrachoit quelque chose dans la partie malade. Elle s'effraya de ces symptômes, craignant d'y succomber, et elle interrompit le remède.
Déjà cependant l'état du sein étoit bien amélioré, la tension dure etrénitente qu'on y avoît observée avoit fait place à la mollesse élastique qui caractérise l'état sain. La tumeur étoit réduite à la grosseur d'une noisette ; il n'y avoit plus d'adhérence, et la tumeur parfaitement mobile ne faisoit plus éprouver aucun ressentiment de douleur.
Plusieurs autres malades firent usage de ce remède , à Palerme; les uns furent guéris, les autres simplement sôU^ lagés, parce qu'ils n'eurent pas le courage de supporter les violens effets produits par ce médicament.
Il occasionne ordinairement de la chaleur, de l'ardeur et la fièvre ; il excite la salivation , la sueur , les urines, les selles j il suscite quelquefois le spasme, des convulsions , des anxiétés, des défaillances.
On peut non-seulement le donner à l'intérieur, mais encore l'appliquer en cataplasmes.
Une religieuse, ayant avalé deux lézards en deux jours, fut soulagée en deux jours d'un cancer affreux dont elle souffroit depuis trois mois des douleurs qui la réduisoîent au désespoir. Se trouvant mieux, elle ne voulut pas continuer ce remède ; mais quelque temps après les douleurs étant revenues, elles fut également soulagée avec des cataplasmes de lézards, dont on employoit trente à quarante
par jour, parqu'il faut les renouveler souvent, afin qu'ils ne se corrompent pas sur l'ulcère.
Pour remédier aux effets de ce remède , lorsqu'ils sont trop violensj M. Méo en suspend l'usage pendant quelques jours, et il prescrit un régime adoucissant. Lorsqu'il survient des accidens graves, il fait prendre des acides , surtout le vinaigre.
Dans l'ancien journal de médecine (i), il est fait mention d'un ouvrage publié en 1784) dans lequel il y a quelques faits relatifs à l'emploi du lézard gris contre les cancers.
M. Jean-Marie Mazzi , médecin à Milan , est parvenu à guérir avec ce médicament un carcinome à la matrice et au vagin. M. Trévison, médecin à Gastelfranco, cite îa guérison d'une femme âgée de cinquante ans, qui avoit au visage un cancer qui avait commencé à l'angle externe de l'œil.
Filippo Baidini, médecin de îa cour de Sicile (2-) , Bassîoni Carminate (in Opuscula tlierapeutica ), vantent aussi l'efficacité du IczarJ gris.
En 1788 , on prôna aussi les lézards en Allemagne. Le docteur Roëmer recommande l'usage du lézard vert. J.-P. Grass publia vers le même temps , à Helms^adt, une thèse (Z>g lacerta agUi) sur le lézard gris. Malgré tous ces travaux, l'usage médical du lézard fut négligé et même oublié. Mais le docteur Gourlay vient de publier [en 1810 ou 1811) un mémoire sur l'île de Madère, dans lequel il exalte les propriétés anti-cancéreuses du lézard gris. «Ses observations sont si justes et ses assertions si directes, qu'on en parlera sans doute encore , et qu'à présent, on pourra ou adopter ou rejeter l'usage du lézard gris. » (Royston , Esquisse hisl. sur les progrès de la médecine en 1810 ^t 1811).
(1) Journ. de méd., 1787, t. lxxh, p. 314.
(2) Ann. de litt. méd. élrang., t. xiv, p. 217.
DES MALADIES CANCEREUSES. 54l
D'après tous ces faits, on croiroit pouvoif compter sur le lézard gris pour opérer l» guérison du cancer ; malheureusement, il paroît que, depuis cette époque, on n'a pas vu ce remède produire des effets bien merveilleux, et Paletta ne lui a trouvé aucune efficacité (i).
Je l'ai essayé sur un malade qui avoit une lumeur cancé- -reuse à la face : il a pris 5o lézards gris presque vivans en quinze jours, sans en éprouver aucun effet sensible, soit physiologique, soit thérapeutique; si ce remède a quelque efficacité, ce n'est sans doute que dans quelques pays trèschauds.
Préparations de cuivre. — On avoit autrefois proposé l'emploi de quelques préparations de cuivre administrées à l'intérieur pour remédier à diverses maladies. L'acétite de cuivre avoit été donné à titre d'emménagogue, à la dose ÂQ trois à. huit grains par jour (2). Mais comme les préparations métalliques produisent très-souvent de tâcheux accidens, elles étoient presque généralement abandonnées^ On en avoit peu fait usage dans le traitement du cancer, excepté à rextérieur.
Gcflach rapporte dans les Éphémérides d'Allemagne (centurie Yl% obs. 45) que le vitriol bleu seul ou réduit en forme d'onguent avec l'huile d'olive avoit guéri un cancer à la lèvre (3).
Dans ces derniers temps , on a beaucoup prôné les sels cuivreux administrés à l'intérieur dans le traitement des mialadies cancéreuses.
Gamct , chirurgien de Lyon , a publié en 1772 un ou-
(l)Paletta, in opuscoli sceltidi Milano, t. vni, cité dans Plouquet, article Carcinoma.
(2) Etuiullerus, in Schrode.i dilucidati mineralogiâ, t. n, p. 373. Lugdun., 1690.
(3) Heister, Inst.-cliir., p. i, lib. iv, cap» vxui,n*9.
rrage en deux volumes , qu'il avoit fait composer par un avocat, et dans lequel il annonçoit avoir trouvé un secret mev veilleux pour guérir les squirrlies et les cancers (i). Ce remède, dont il ne faisoit point alors connoître la composition , étoit un mélange de cristaux de Vénus ou acétite de cuivre, de limaille de fer et d'extrait de ciguë (2). Le fer, en décomposant l'acétite de cuivre, formoit un véritable vertde-gris (5). En 1777, Gamet publia un nouvel ouvrage, où il précisoit les cas dans lesquels son remède réussissoit, et îlindiquoit la manière de l'administrer [4).
Quelques malades qui avoient des cancers au sein ou des ulcères cancéreux à la matrice, parurent retirer quelque avantage de l'emploi de cette préparation , mais les succès furent rares. La plupart de ceux qui voulurent faire usage de ce médicament furent obligés d'y renoncer; ils éprouvoient des coliques, des nausées, des tiraillemens d'estomac, des tremblemens, etc. (5).
Gamet prescrivoit d'abord son éîectuaire à la dose d'environ 4 grains (6). Il augmentoit cette dose par gradation suivant ses effets, et la portoit à i5, à 16 grains. Il divisoît chaque dose en plusieurs prises. Ainsi, la dose de 16 grains étoit partagée en trois prises, dont deux de quatre grains et l'autre de huit; Il faisoit prendre deux prises de quatre grains chacune à jeun, et la troisième, qui étoit de huit grains, le soir à l'heure du coucher, ou quatre heures après le dîner.
(1) Théorie nouv. sur les maladies cancéreuses, par M. Gamet.— Paris, 1772.
(2) Desbois deRochefort, Mat. méd., 1. 1, p. 224.
(3) Fourcroy, Encyc. méth., Dict. deméd., art. Cuivre.
(4) Traité des affections cancéreuses, pour servir de suite à la Théorie nouvelle, etc. Paris, 1777.
(6) Desbois de Rochefort, loc. cit.
(6) Traité des affections cancéreuses, p. SOetsuiv»
DES MALADIES CÀNGJiREUSESo 543
D'après Gamet , les hommes s'aperçoivent peu de l'effet de cet électuaire, qu'on avale dans du pain à chantera Mais chez les femmes, il excite quelquefois des nausées, des crachotemens et même des vomissemens légers d'humeurs glaireuses.
Cet éîectuaire devient quelquefois purgatif, mais seulement jusqu'à l'époque où le conduit intestinal est débarrassé des saburres nuisibles qu'il contenoît.
Pendantson emploi, on doit s'abstenir de boissons acres, échauffantes et spîritueuses, et des acides; mais on peut faire usage des herbes potagères et des fruits fondans. On doit s'abstenir du cochon, du veau, des viandes noires, du beurre , de l'huile , de la crème et de tous les ragoûts. On peut d'ailleurs manger modérément de totit ce qui n'est pas expressément défendu.
Les tumeurs simples et invétérées cèdent en trois ou quatre mois de traitement. Les cancers occultes après six à dix mois de traitement, et les cancers ulcérés sont toujours guéris au bout d'un an ou 18 mois, quand ils sont encore curables. Mais il est des cancers absolument incurables, soit à cause de l'épuisement extrême des malades, soit à cause des désordres affreux déjà opérés par le cancer.
Du reste , Gamet admettoit quatre espèces de cancer : mais c'étoit plutôt d'après une hypothèse que d'après des faits positifs qu'il établîssoit la plupart de ces espèces, qu'il altribvioit à des humeurs d'une nature différente. Ces espèces sont : le cancer dartreux , le cancer scorbutique, le cancer scrofuleux, le cancer vénérien. Le cancer qu'il nomme dartreux n'est pas, comme on pourroit l'imaginer, un cancer occasionné par une dartre antérieurement existante. Ce n'est pas non plus une complication du cancer et des dartres. C'est la plus mauvaise et la plus redoutable des espèces de cancers, que l'auteur, de son chef, déclare être produite par une humeur dartreuse;âl la nomme cancer
544 TRAITEMEKT
vrai, et il regarde comme des dartres la rougeur et les écailles qu'on observe sur les rougeurs prêles à s'ulcérer qui paroissent sur la tumeur prête à passer à l'état de cancer ulcéré. Les bords de l'ulcère ne se renversent pas, etc. Il donne une description qui a du rapport à celle de nptre cancer compacte.
Le remède de .Gamet nVloit pas encore abandonné, lorsque M. Gerbier , l'un des médecins de Monsieur, distribua, sous le nom de Pilules de Gerbier ^ une composition qui n'étoit autre chose que le remède de Gamet modifié. Jl donnoit deux sortes de pilules : les unes, sous le nom de pilules premières, avoien t pour base le sulfate de fer. Les autres, qu'il nommoit pilules secondaires, avoient pour base le verl-de-gris. Ce médecin prélendoit que ses pilules guérissoient les squirrhes , les cancers et les ulcères invétérés du sein et de la matrice. Malheureusement, l'expérience prouva que ce prétendu spécifique produisoit Irès-commU'nément de fort mauvais effets. Il accéléroit les progrès de la maladie, il produisoit des coliques, des dévoiemens dysentériques, la fièvre hectique et le marasme ; de sorte que la plupart des malades éloient forcés de l'abandonner. La peau et les cheveux prenoient une teinte verdâlre lorsque les malades continuoient les pilules pendant un certain temps (i).
M. Solier de la Romillais , docteur régent de la Faculté de médecine de Paris, fut chargé d'examiner les effets du vert-de-gris, et en particulier des pilules de Gerbier contre les maladies cancéreuses, et, dans une séance publique de la Faculté de médecine de Paris, il rendit compte des résultats qu'il avoit obtenus (2).
(1) Desbois, Mat. méd., t. i, p. 225.
(2) Séance pub. de la Fac. de méd. de Paris, le 6 noy. 1778, in- 4°, Paris, cbezjQuiilau. 1779, p. 87.
DES MALADIES CANCl^REUSES. 545
Il avoit fait préparer devant lui par M. Vassou, premier apothicaire de l'Hôfel Dieu, le remède de Gerbier, tel qu'il est indiqué par cet auteur.
Ce remède se prépare de la manière suivante : Prenez une once de vert-de-gris de Montpellier, meltezladans un mortier de cuivre avec suffisante quantité d'eau; triturez avec un pilon de même métal; ajoutez-y une demi-once d'orge torréfié jusqu'à noirceur et réduit en poudre très-fine. Triturez de nouveau jusqu'à ce que le mélange soit exact. Ensuite, avec une spatule de bois ou d'ivoire, retirez du mortier. Oignez vos mains d'huile pour faire du tout une masse, que vous diviserez en cinq cents soixante-seize pilules. Ce qui fait un grain de vert dc-gris par pilule (i).
Voici comment M. Solier administrait ces pilules : Il conimençoit par une seule, il augmentoit d'une pilule par jour jusqu'à ce qu'il fût arrivé à dix pilules par jour. Il s'dirêioit à une dose plus faible si les vomissemens ou les maux d'estomac l'y obligeoient. Arrivé à dix pilules, il conlinuoit à celte dose pendant long-temps ( quelquefois deux et même trois mois). Chez vui sujet robuste, au quatrième mois , il a porté cette dose jusqu'à douze pilules , dont le malade prenoit six le matin et six le soir. Elles ont été ainsi continuées pendant tout le quatrième mois.
Il purgeoit les malacles de loin en loin si cela lui paroissoit nécessaire; et il leur donnoit pour tisane une solution de gomme arabique , édulcoréc avec du sirop de guimauve.
Lorsque les malades supporloîent difficilement le remède, il le faisoit prendre à dose beaucoup plus foible, par exemple, à huit pilules par jom-, et quelquefois il par-
(i) Séance pub. déjà cit., p. 86.
tageoil ces pilules en deux doses, dont Tune étoit prise le matin et l'autre le soir.
M. Gerbier assuroit avoir administré sans accident 20, 3o et même 40 pilules par jour ; M. Solier n'a pas pu donner plus de 10 pilules sans des accidens graves , quoique trois des malades fussent très-robustes. Il n'a pas vu les déjections prendre une couleur verte; mais ce remède a paru évidemment provoquer les règles. Il les a rétablies chez la malade qui a été guérie. Il a fait rendre aux ulcérations cancéreuses une suppuration très-abondante.
Comme les observations recueillies par M. Solier de la Eomillais sont importantes à connoître pour porter un jugement exact sur les effets du vert-de-gris, nous insérerons ici les plus intéressantes, mais en les abrégeant plus ou moins, selon le degré d'intérêt qu'elles présentent.
Obs. I. — ■ Cancer cutané guéri par l'usage interne du vertde-gris (ï), — Julienne, fille âgée de vingt-six ans, devenue mère à vingt ans, commença à faire usage du vert-degrîs le 7 juillet 1777. Elle avoit un cancer à la face depuis environ dix mois, et elle n'étoit pas réglée. Ses règles s'étoient supprimées à la suite d'un mal de gorge et d'un panari qu'elle eut au pouce et qui lui donna la fièvre. Deux mois après la suppression des règles , elle eut un écoulement qui fut regardé comme vénérien et qui duroit depuis deux mois, lorsqu'on lui administra des frictions mercurieîlcs au mois de septembre 1776. Après quelques frictions, il lui vint un mal , d'abord léger, au nez, sous la forme à\\n bouton. Elle ne reçut que douze frictions, elle resta sept mois chez le chirurgien qui la soignoit. Pendant ce temps, on s'aperçut que le mal au nez prenoit le caractère cancéreux. L'écoulement fut oublié, on ne s'occupa
(l)ParM. Solier de la Romillais. — Séance publ, de la Faculté de méd. da 5 noY. 1778. — Obs. vi, p. 106.
que du mal survenu au nez, et on le combattit par des topiques qui l'irritèrent ; au bout de trois mois, le mal du nez faisoit des progrès et l'écoulement continuoit. Dans le mois de février, le caractère rebelle de cette ulcération engagea le chirurgien à enlever avec des ciseaux une par- ' lie du nez de cette malheureuse, dont il coupa les cartilages jusqu'à l'endroit de leur insertion aux os propres du nez. La plaie conserva la caractère cancéreux. La maladie ne guérissant point, malgré cette opération et les moyens employés à sa suite , la malade sortit de chez le chirurgien vers la fin d'avril 1777, et elle se rendit à Thôpital St-LouiSj oii elle fit inutilement usage pendant un mois de la liqueur de Van Swieten dans du lait.
Au commencement de juin 1777, les bords de l'ulcère étoient frangés, gonflés, renversés et durs. La malade y ressentoitune chaleur cuisante»^^t il en suintoit une humeur peu
abondante, mais très-âcfe. Déjà la lèvre supérieure étoit dure, tuméfiée , rouge et brûlante. L'écoulement par la vulve étoit toujours le même. La malade assuroît n'avoir jamais eu aucun autre symptôme que l'on pût attribuer au mal vénérien; elle avoit eu au visage quelques boutons, dont on voyoit encore un certain nombre. Il n'y avoit rien d'ailleurs de suspect aux parties de la génération, non plus qu'aux aines, aux aisselles, au col et aux mamelles.
Ayant été purgée le 6 juin 1777, elle commença les pilules le 7. A cinq pilules, elte eut des envies de vomir. Le sixième jour, elle n'en prit encore que cinq; mêmes symptômes, mais sans douleur à l'estomac, ni aux intestins. Le septième jour, six pilules : maux de cœur et nausées. Même dose le huitième jour : diminution des maux de cœur. Le neuvième jour, sept pilules : douleurs d'estomac très-violentes. Repos le dixième jour. Sept pilules le onzième jour : maux de cœur peu sensibles. Huit pilules le douzième jour : les maux de cœur n'augmentèrent pas. Huit
pilules le treizième et le quatorzième : quelques selles ce |our-là. Huit pilules le quinzième jour : gonflement et Couleur sans rougeur à la malléole interne du pied droit. JMême dose le seizième et le dix - septième : le haut de rulcère ailoit un peu mieux et commençoit à se sécher; mais la lèvre supérieure éîoit plus gonflée et plus doulou- . reuse qu'elle ne l'avoit jamais été; les boulons du visage suppuroient beaucoup; on appliquoit sur la lèvre un petit cataplasme émollient. Elle continua à prendre huit pilules chaque jour. Le dix -neuvième, légers maux de cœur, diminution du léger mal de la jambe ; il sortoit beaucoup de «érosité rousse des boutons du visage. Le vingt-deuxième |our, un tiers de l'ulccre étoit séché et tout le tour étoit raîBolli et désenflé; la lèvre étoit aussi désenflée et moins douloureuse. Le vingt-troisième jour, repos. Le vingt-qua- Irième, huit pilules comme à l'oi^lriaire. Elles furent continuées à la même dose depuis ce jour, 5o juin , jusqu'au premier août : elle eut pres([ue tous les jours quelques nausées et quelques maux d'estomac. Pendant ces trentetrois jours, on avoit continuellement appliqué sur l'ulcère la pulpe de carotte.
Au commencement du mois d'août , la malade, qu'on avoit fait coucher avec deux galeuses , avoit contracté la ^ale , mais elle étoit d'ailleurs en bon état. L'ulcère cessoit ÛQ ronger et se guérissoit ; la lèvre supérieure étoit absola- SEient exemple de douleur et réduite à son volume naturel; Il n'y avoit plus de boutons au visage. Le pied droit étoit toul-à-fait guéri ; la malade avoit pris de l'embonpoint. Xfî2août, la malade prit une médecine, qui la purgea peu. Elle continua ensuite les pilviles à huit par jour. Bientôt elle eut des coliques et des maux de reins assez violens. /-Le 7 août, les règles , supprimées depuis si long-temps, reparurent ; le remède fut interrompu du 8 au 1 1 inclusijvement. Le 12 aoû'. soixmte-septiè ne jour du traitement,
les règles, qui avoient coulé comme en pleine santé, étant cessées, les pilules furent reprises à la dose de six. Le i5
. août, elle reprit huit pilules. La Irès-pelite plaie qui restoit au nez avoit rendu un peu de sang par le pansemeûfe, ce qui n'eut pas lieu le lendemain; mais la malade disoît éprouver une sorte de malaise indéfinissable. Du soixantedouzième au soixante- dix -septième jour, tout alla trèsbien : la petite plaie se desséchoit et paroissoit tendre à se cicatriser entièrement ; la gale devenoit plus considérable;
J'écoulement blanc qui avoit lieu par la vulve étoit rédmt à très-peu de chose depuis le rétablissement des règles; mais il étoit survenu depuis trois semaines à l'aiiJe droite une tumeur glanduleuse aussi grosse que la moitié d'on petit œuf de pigeon. M. Solier de la Pvomillais, pour juger plus précisément de la nature de cette tumeur^ crut ne devoir point chercher à y remédier.
Du soixante-dix-seplième au quatre-vingt-unième joirr^ les pilules furent encore continuées à huit par jour. Le quatre-vingt-deuxième jour, elles furent suspendues^ parce que la malade avoit de la courbature, de la fièvre et une douleur au côté; elle prit une tisane adoucissante et une potion huileuse, et se trouva mieux le lendemain. Le quatre-vingt-quatrième jour, elle prit une médecine : eîîe fut bien purgée , et l'ulcère du nez paroissant parfît-tement guéri , les pilules ne furent point reprises. Elle avoit avalé en tout une once de vert-de-grls moins 2a grains.
Quelques jours après, la malade quitta l'hôpital St-- Louis et se rendit à Bicêtre pour se faire guérir de la gale^ et même de la maladie vénérierme, si elle en étoit atteinte^ Elle u'avoit presque plus d'écoulement et la glande inguinale étoit à peine sensible. On crut, en conséquence, devoir chercher uniquement à la guérir de la gale, et on j»-^
gea qu'elle n'avoit point de maladie vénérienne. Elle fat bien guérie de la gale.
M. Soliei* ayant revu cette fille au mois de mars 1778, plus de six mois après la guérison de l'ulcère, il Texamina avec soin : le nez étoit en fort bon état, la cicatrice étoit solide et ne s'étoit plus rouverte. La malade se regardoit comme guérie, et ce médecin la jugea guérie. Les règles avoient continué à reparoître à chaque époque ; les Aeurs blanches reparoissoient un peu lorsque les régies éloient moins abondantes. Le gonflement de la glande inguinale étoit absolument dissipé. Il est fâcheux qu'on ait employé la carotte si on vouloit constater l'effet du médicament qui paroi t avoir guéri cette malade.
Obs. II (1). — Cancer à la face très-diminué par l'usage du, vert-de-gris. — Pierre Chervert, garçon, âgé de trente-neuf ans, robuste et d'un tempérament sanguin , eut un érysipèle universel à trente-un ans. Bientôt après, il eut derrière le cou une espèce de dartre qui gagna le visage et surtout le nez, qui devint le siège d'un noU me tangere. L'ulcère détruisit complètement les cartilages du nez et la peau qui les recouvre. Lorsque ce malade commença les pilules de Gerbier, le nez étoit bien cicatrisé depuis dix mois, tout le visage étoit défiguré par des cicatrices, les deux yeux étoient éraillés. Il avoil à la face deux ulcères cancéreux très-rongeans et recouverts de croûtes épaisses j l'un de ces ulcères étoit placé sur la partie latérale externe droite de l'os frontal , d'où il s'étendoit sur l'os temporal jusqu'à l'apophyse zygomatique. L'autre ulcère étoit placé sur la bosse droite de l'os frontal , de sorte que ces deux ulcères étoient presque continus. Le traitement dura du 7 juin 1777 jusqu'au 5o septembre.
(l)|Par M. Solier de la Romillais. — iSéance pub. de la Faculté de méd., p. 95, obs. iv.
Ce malade prit en cent seize jours deux onces moins 18 crains de vert-de-gris. Au dixième jour, il prenoit déjà dix pilules ; il les continua jusqu'au quatre-vingt-quatrième jour. Au cent seizième, il prit chaque jour douze pilules , mais en deux doses. Il fui purgé le cinquante-septième jour ^t le quatre-vingt-sixième. Vers la fin de ce traitement, il fut pris d'une toux sèche assez forte , surtout la nuit, et sentant la poitrine fatiguée, il abandonna le traitement au quinzième jour de cette toux d'irritation , que les adoucissans guérirent au bout d'un certain temps.
L'ulcère qui recouvroit la partie supérieure du muscle crotaphyte étoit cicatrisé à la fin de ce traitement. Celui qui étoit placé sur la bosse frontale droite ne se cicatrisa point, mais il devint moins rongeant.
En juillet 17^8, c'est-à-dire près d'un an après la cessation du traitement, M. Solier de la Romillais trouvoit que cet ulcère du front n'avoit fait que très-peu de progrès depuis la fin du traitement : il paroissoit en quelque sorte fixé, et sembloit plutôt un égoùt analogue à ceux qu'on établit artificiellement, plutôt qu'un ulcère véritablement cancéreux et rongeant. Cet homme , son ulcère à part , se portoit très-bien,
Obs. m. — Cancer ci la main, — Jean-Baptiste-Louis, âgé de quarante ans, avoit eu une gale légère à l'âge de vingt*cinqans. Il n'avoit jamais eu de maladie vénérienne.
En défaisant une roue de carrosse, une petite écharde de fer lui entra dans la main , à la partie externe du méta'carpe, sur l'os qui soutient le petit doigt. Il en résulta une plaie d'abord très-petite, qui prit promptement le caractère cancéreux. L'ulcération devint tellement ran»geante, que, deux mois après cet accident, le petit doigt se détacha complètement. Bientôt, le doigt annulaire subit
(1) Ibid., p. 89.
le même sort, et déjà, au cinquième mois , le doigt du milieu étoit ébranlé. La vue de cet ulcère éfoit des plus hideuses. Il étoit d'un rouge pâle, rempli d'inégalités fongueuses, et abreuvé d'un ichor cru, vitré, sans consistance et extrêmement fétide. On y apercevoit des débris de muscles, des bouts de tendons détruits, d'autres à demirongés. Tous les jours, ce malheureux remarquoit les progrès du dégât que ce cancer lui faisoit à la main et à l'avant-bras, qu'il voyait se détruire en détail. Il étoit, de plus, en proie à une fièvre qui le consumoit, et qui avoit déjà produit un état de foiblesse et de marasme considérable.
Il prit en onze jours quarante-un grains de vert-de-gris, savoir : un grain le premier, deux le second , trois le troisième ; au septième jour, les sept grains lui donnèrent des envies de vomir. Le huitième et le neuvième jour, il n'en prit pas. Le dixième jour, il en prit six grains, qui occasionnèrent quelques vomissemens. Le onzième jour, il en prit sept : il ne vomit pas; mais se trouvant très-foible et lout-à-fait découragé, il renonça à ce traitement. Il mourut irois semaines après.
Remarques. — On auroit probablement conservé la vie de cet homme, en ayant recours à l'amputation de Tavantbras lorsqu'il en étoit encore temps. Je n'oserois affirmer que cette maladie étoit un cancer : il faut cependant avouer qu'elle offre la plupart ces caractères des ulcérations cancéreuses. Mais comme on ne parle pas de l'état des os, il est possible qu'il y eût une carie, et que l'ulcération fût entretenue par cette cause, qui donne quelquefois aux ulcères une apparence cancéreuse. Nous avons vu dans un cas de carie des médecins , d'ailleurs instruits, tomber dans une méprise évidente, en regardant comme un cancer l'ulcération produite par la carie.
Obs. IV. — Cancer du sein (i). — Louise Delacroix , fille, âgée de quaranle-sept ans, d'un tempérament délicat, foible d'esprit et de corps, ayant cessé d'avoir ses règles depuis six mois, portoit un cancer au sein, lorsque RI. de la Romillais commença à lui administrer les pilules de Gerbier, le 7 juin 1777.
Cette maladie avoit commencé sans cause connue il y avoit 8 à 9 ans : il avoit d'abord paru au sein droit plusieurs petites glandes, qui bientôt se réunirent pour former une tumeur, qui occupoit tout le sein, naturellement peu volumineux ; la tumeur, devenue douloureuse et cancéreuse, s'ulcéra ; elle suppura beaucoup pendant un mois et ne diminua pas de volume : elle se cicatrisa au bout de ce temps, et il y resta de vilaines cicatrices.
Neuf ans après l'invasion de cette maladie , la tumeur cicatrisée, qui occasionnoit de vives douleurs, occupoit toute la mamelle droite qui étoit fort engorgée et fort dure.
. Le sein gauche étoit aussi affecté; il n'y avoit que deux mois que les glandes s'éloient tuméfiées, et il étoit déjà presque aussi engorgé et aussi dur que le droit. Il ne s'étoit fait aucune ouverture à la tumeur du sein gauche.
Celte malade avoit une petite fièvre lente qui l'avoit beaucoup affoiblie. On ne donna qu'une pilule le premier jour, deux le second, trois le troisième : elle eut alors des douleurs d'estomac. Le quatrième jour, elle prit quatre pilules, de même que le cinquième. Mais ayantressenti alors de vives douleurs d'estomac et d'entrailles, elle renonça à ce médicament. De sorte qu'elle ne prit que treize grains de vert-de-gris de Montpellier en cinq jours.
Au mois d'août , elle étoit encore dans le même état.
(J) Ibid.,^. 90.
Elle mourut cinq ou six mois après avoir abandonné l'usage de ces pilules.
Remarques. — Ce cancer étoit très-probablement un cancer compacte. II a suppuré , s'est cicatrisé , et il a fait périr la malade, dont les deux mamelles étoient devenues squirrheuses. Il paroît qu'il n'étoit pas survenu de nouvelle ulcération à l'époque de la mort.
Le résultat obtenu par M. Solier est remarquable : ce médicament fut administré à sept malades dans l'hôpital St-Louis. Cinq de ces malades avoient un cancer cutané 9 et deux un cancer au sein. Une malade qui avoit uo can-^ cer cutané fut guérie; deux autres malades qui avoient chacun deux cancers cutanés retirèrent un avantage marqué du traitement, continué pendant trois ou quatre mois; car, l'un et l'autre n'avoient plus qu'une seule ulcération cancéreuse en finissant le traitement, qu'ils furent obligés de discontinuer, à raison des accidens qui étoient survenus. L'un de ces malades étoit encore sous les yeux de M. Solier un an après. L'ulcère étoit resté stationnaire. Un quatrième, chez lequel le can«cer étoit compliqué de scorbut, se trouva plus mal, à raison du scorbut qui, quoiquetrès-léger d'abord, se développa rapidement et devint grave, sans que le cancer qu'il avoit au nez fût adouci. Deux autres malades moururent du cancer: l'un avoit un cancer à la main, il périt peu de temps après avoir fait usage de ces pilules; l'autre mourut d'an cancer au sein, cinq mois après les avoir abandonnées. Néanmoins , dans ces deux cas, le verdet ne parut avoir ni aggravé la maladie, ni occasionné la mort. Mais il n'en est pas de même à l'égard de la septième malade. Cette femme, nommée Marie Deshays , âgée de trente-cinq ans, portoit depuis dix-neuf ans à la mamelle droite une maladie qui, pendant dix-sept ans, avoit eu la forme d'une petite glande mobile et roulante, et qui , depuis deux ans^ avoit pris, à
DES MALADIES CANCliREUSES. 555
a suite d'une fausse couche, un volume de plus en plus considérable. En même temps, la tumeur étoit devenue dure et douloureuse. Enfin, depuis huit mois, elle s'étoit ulcérée. L'ulcère, large comme une pièce de 24 sols, et profonde de trois à quatre lignes, avoit des bords calleux, renversés et remplis d'inégalités. Il n'étoit pas très-rongcant ; et cette femme , qui avoit toujoure joui d'ailleurs d'une bonne santé, avoit un bon teint, la bouche saine, le sommeil, l'appétit et les forces, comme dans l'état de bonne santé.
Elle commença le remède le 3 août 1777. On augmenta la dose avec précaution et on la diminua quelquefois, parce qu'elle déterminoit des maux d'estomac et même des vomissemens. A la fm , on s'arrêta à dix pilules , mais divisées en deux doses de cinq pilules, l'une prise le matin et l'autre le soir.
Cette malade qui, avant le traitement, paroissoit encore jouir d'une santé florissante , vit tous ses maux s'aggraver pendant l'usage de ces pilules, qu'elle s'obslina à ne pas discontinuer. Au bout de deux mois, elle avoit de la fièvre, elle étoit maigrie, elle avoit perdu l'appétit et le sommeil ; la tumeur avoit beaucoup augmenté de volume et s'étendoît jusque sous l'aisselle. L'ulcère s'étoit élargi etrendoit une très-grande quantité de suppuration. Cependant cette femme voulut encore continuer à prendre des pilules pendant quinze jours ; mais ce terme écoulé, M. Solier de la Romillais ne voulut plus lui laisser prendre ce remède ; la tumeur avoit alors gagné le bras qui étoit prodigieusement enflé. Au bout de quelque temps, il survint une toux sèche que rien ne put guérir. La malade succomba environ sept mois après avoir cessé ce remède , qui, à ce que pense M. Solier, abrégea beaucoup sa vie, en accélérant la marche du cancer, qui, jusque-là, n'avait fait que des progrès assez lents.
Il résuUe donc du rapport de M. Soiicr de la Romillais que le vert-de-gris n'a produit aucun effet avantageux contre les cancers du sein, et qu'il a agi trois fois sur des cancers cutanés de manière à produire une guérison , et deux améliorations remarquables dans l'état des malades. Dans un cas où le cancer cutané éloit très-avancé et déjà accompagné de marasme et de fièvre hectique, le vert-degris n'a presque produit aucun eflet sensible. Enfin, chez un individu qui avoit des symptômes scorbutiques, le scorbut s'est aggravé pendant l'usage des pilules d'oxide de cuivre.
Il résulte encore de ce rapport que ce remède donné à quatre ou cinq grains par jour seroir supporté par la plupart des malades; tandis qu'à 8, lo ou 12 grains, on est presque toujours forcé d'y renoncer à cause des vomissemens, de la foiblesse, du dévoiement et de la toux.
Il est cependant peu de moyens qui, employés à l'intérieur, aient produit contre les maladies cancéreuses cutanées des effets aussi marqués que ceux que rapporte M. de la Romillais, qui ne paroit cependant pas partisan de ce remède. Il est donc probable qu'on pourroit en faire de nouveau l'essai, en le modifiant comme cet auteur le conseille, et en le donnant d'ailleurs à des doses incapables de produire des vomissemens ou des coliques. ' Il me paroît que si on en faisoit usage , on pourrait employer la préparation suivante (que j'ai prescrite à la vérité sans en obtenir aucun effet thérapeutique, mais seulement des effets physiologi(iues tels que des nausées^ une suppuration verte, etc.), en l'administrant précisément comme Gamet administroît son électuaire, à la même dose , aujc mêmes heures et en suivant le même régime.
Pilules. % Acétate de cuivre. ... ) r^ ..
> aa J jjss..
Limaille de fer )
Triturez pendant très-long-tempsdans un mortier de cuivre avec un pilon de cuivre.
Ajoutez : extrait de ciguë. . . 3j.
Mêlez parfaitement , faites des pilules de deux grains. Il faudroit commencer à la dose d'un grain et n'augmenter qu'autant qu'il n'y auroit pas des envies rie vomir. En portant ce médicament à la dose de huit à seize grains par jour, partagés en trois prises, il est probable que la plupart des malades le supporteroie^it assez facilement, et on pourroit en faire l'essai môme sur les cancers du sein ^ car M. de la Romillais l'a employé dans un trop petit nombre de cas pour que ses effets contre cette maladie puissent être parfaitement appréciés.
Comme on ne peut cependant pas compter sur l'efficacité d'un pareil traitement, on ne devroit y recourir que . dans les cas où lextirpation du cancer du sein par une opération scroit devenue impossible. Il ne faudroit pas non pbis en faire usage contre les cancers cutanés , tant qu'ils peuvent être détruits par la pâte arsenicale ou par l'extirpation ; car on s'exposeroit à faire perdre aux malades un temps précieux et à devenir ainsi la cause de leur mort.
D'après Mitag-Midy (p. 296), le remède de Gamet a guéri des cancers de la matrice, du gosier, du palais, des aisselles, des aines, des mamelles, etc. ; ces cures sont attestées par des gens de l'art prévenus contre le remède (composé d'acétate de cuivre), dont ils îgnoroient la composition.
r>Iitag-3iidy a trouvé, dans le muriate de baryte, un moyen assez efficace contre le cancer, j)our avoir peu d'occasions d'employer les préparations cuivreuses... elles ont cependant produit de bons effets quand il les a prescrites, quoiqu'elles n'aient pas guéri dans tous les cas, probablement (à ce que pareil présumer l'auteur) parce que les
malades ne les ont pas continuées avec assez de persévérance.
L'acélale de cuivre peut être employé aussi en injection, comme le prescrivoit Gamet dans les cancers de matrice.
Milag-Midy dit avoir prescrit à l'intérieur, à petite dose, la préparation suivante donnée par cuillerée, pure ou mêlée à un liquide ou au lait coupé.
^ Verdet (acétate de cuivre). . . un grain.
Ammoniaque deux grains.
Eau distillée trois verres.
Il conseilleroit ce médicament pour ralentir la marche des cancers incurables (tout cela théoriquement). Mais il a obtenu un succès remarquable d'une préparation d'ammoniaque cuivreux. Voici cette observation :
Observation (i) cfun cancer traité par l'ammoniaque calvrcuœ, — Une dame, âgée de 52 ans, portoit depuis deux ans à la mamelle gauche une tumeur sqiiirrheuse de la grosseur du poing; il y avoit sous l'aisselle, du même côlé, une glande squirrheuse de la grosseur d'une fève de marais ; il y avoit un suintement ichoreux au bout du mamelon. Le muriate de baryte, remède efficace pour plusieurs autres squirrhes (p. 245), avoit été mis en usage pendant six mois sans succès. Mitag-Midy, se rappelant qu'une de ses malades avoit obtenu la résolution de plusieurs glandes au moyen de l'clectuaire de Gamet, dans lequel il avoit découvert la présence dvi cuivre , il espéra qu'un remède à peu près pareil pourroit dans le cas présent devenir aussi avantageux; il fit incorporer demi-gros de fleurs ammoniacales cuivreuses Uns veneris deLemery) dans une once d'extrait de ciguë; il donna à celte malade environ huit grains de ce mélange malin et soir, et lui prescrivit le régime tracé par Gamet.
Le remède n'exci la que quelques nausées dans le commen -
(1) Par M. Blitag-Midy. Jet. de med. deMoîitp.y^. 269 et 246.
cernent. Bientôt l'estomac s'y accoutuma, et la malade, qui résidoit à 4ix lieues de distance de l'auteur, prit sur elle d'en augmenter la dose sans qu'il en résultât aucun accident.
Au bout d'environ cinq semaines, Mitag-Midy trouva le sein considérablement diminué ; la tumeur s'étoit divisée en plusieurs autres qui offroient au tact des séparations; elles vacilloient sous les doigts; on s'apercevoit que le remède agissoit intérieurement ; car les tumeurs paroissoient adhérentes aux tégumens et laissoienl un vide du côté des côtes.... Au bout d'environ trois mois de l'usage du remède dont elle avoit dans cet espace redoublé la dose, celte dame revint voir Tauleur ; il ne restoit plus qu'une portion de tumeur qui s'élendoit sous la peau paroissant n'avoir que très-peu d'épaisseur.
La malade se confiant sur son mieux-être cessa le remède... le squirrhe se régénéra comme le reconnut Mitag- Midy. Lorsque la malade vint le retrouver quelques mois après.., la mamelle s'était convertie en une masse presque pierreuse et immobile. Ce praticien est persuadé que l'opération auroit été inutile dans ce cancer qui s'étoit régénéré après avoir été presque totalement fondu ; il pense que la malade auroit guéri radicalement si le remède eût été continué.
Cette malade avoit eu dans son enfance des glandes engorgées qu'on pouvoit soupçonner de nature scrofuleuse, et sa mère étoit morte d'un cancer.
C'est sur cette observation que Mitag-Midy se fonde pour préconiser le cuivre ammoniacal, dans le traitenient des cancers qu'il nomme albumineux : ce cancer n'attaque que les seins, il acquiert un grand volume sans s'ulcérer; il a une consistance comme pierreuse ou comme sabloneusej il est souvent produit par une afFecîion laiteuse.
Préparations arsenicales. — L'arsenic avoit été employé à
56o TRAITEMENT
l'exlérieur en fumigatioiis , dès le temps d'Alexandre de Tralles ; depuis Avicenne et Mesne on en avoit feit usage à l'intérieur pour guérir l'asthme, et dans la suite on Tavoit employé contre les fièvres intermittentes (i); mais on ne Tavoit point encore employé à l'intérieur contre le cancer, lorsqu'on 1776 (2), G. 11. Lefebvre, de Saint -ïldefond, docieur en médecine, annonça l'usage interne de l'arsenic comme un remède éprouvé pour guérir radicalement les cancers (5), soit occultes, soit ulcérés. D'après M. Lefebvre> pour guérir les malades affectés de cancer, on fait dissoudre quatre grains d'arsenic (4) (oxide blanc d'arsenic sublimé) dans une pinte d'eau distillée ; on en fait prendre d'abord chaque jour une seule dose d'une cuillerée à bouche le matin, avec autant de lait et demi-gros de sirop diacode. Au bout de huit jours, on donne une seconde dose de cette solution, à huit heures du soir; au bout du quinzième jour, on en donne trois doses par jour, savoir : le matin, à midi et le soir. Dans la seconde bouteille, on mettra six grains d'arsenic et huit dans la troisième, se bornant à cette dernière quantité; on donne en même temps une tisane adoucissante ou du petit-lait nitré; on fait prendre des lavemens pour tenir le ventre libre, et on purge le malade tous les huit à douze jours avec un minoratif. Il ne faut pas plus de six bouteilles de cette dissolution pour guérir un cancer ouvert; on est cependant quelquefois obligé d'en donner jusqu'à huit bouteilles. La dose est portée moins haut si le sujet n'est pas robuste (on se sert pour les enfans d'une cuillère à café au lieu d'une cuillère à
(1) Geoffroy, Mat.me'd.
(2) Journ. de méd., t. xlhi, p. 478, an. 1775.
(3) Remède éprouvé pour guérir radicalement le cancer^ etc., par M. Leîebvre, e!c. — 1775, une feuille in-S^».
(4) Recueil périodique, 't. xxx, p. 354.
DES MALADIES CANCÉREUSES. SÔî
bouche) : il suffit d'en continuer l'usage plus long-temps. Si le cancer n'est point ulcéré, on fait des lotions arsenicales de huit grains d'arsenic par pinte d'eau , et l'on y ap» plique ensuite des cataplasmes composés d'une livre de pulpe de carotte , demi-once d'arsenic dissous dans du vinaigre distillé; faites bouillir ensemble, ajoutant sur le fetv sucre de saturne demi-once , laudanum liquide un gros et demi, et six gros de feuilles sèches de ciguë.
Les cancers ouverts seront pansés avec la solution arsenicale, coupée de vin rouge ou d'une décoction de quinquina , et avec de petits cataplasmes préparés comme ci--dessvis, de la grandeur seulement de Pulcftre; quand le mal est à la matrice, on y fait des injections avec une décoctioDde carotte, de ciguë et d'opium, toujours animée avec la dissolution d'arsenic. « Aussitôt que la brochure de Lefeb-vre parut, dit M. Desgranges (i), nous avons essayé, à l'hôpital de Lyon, son remède sur plusieurs femmes affectéeS' de cancer au sein , aux aines et à la matrice , exécutant à la lettre sa prescription ; aucune de ces malades n'en a ressenti du soulagement, toutes en ont éprouvé des angois»ses précordiales, des spasmes et des souffrances dans res— tomacetdans les intestins, avec des malaises qui nous firent renoncer à nos essais.
Trois ans après la publication du remède du docteur Lc-=febvrC; de Saiat-Ildefond, M. Roennow publia, dans les Mé-moires de l'Académie royale des sciences de Slokholm, un. mémoire sur l'efficacité de l'arsenic contrôles cancers (2'';: L'auteur assure que depuis 5o ans qu'il fait usage de l'arsenic contre le cancer, il a guéri 20 malades attaqués de-:
(1) Mémoire sur l'usage de l'arsenic. (Recueil périodique^ t. xivp. 356.
(2) Kong!, vetenskaps academiens hondlingor for au 1778. (Stockholm.)