II
5î4 TEJLITEMEXT
L'ulcère ch an creux se détergea, l'odeur fétide disparut, l'humeur ichoreuse et putride fut remplacée par un pus blanc et trouble. Les bords durs, calleux et renversés se ramollirent et s'amincirent, les douleurs diminuèrent, les chairs devinrent vermeilles, les bords de l'ulcère se rapprochèrent. La cicatrice se fît peu à peu.
Le mal céda lentement : mais au mois de novembre 1778 5 c'est-à-dire environ sept mois après le commencement de l'emploi de ia carotte, l'ulcère fut desséché , bien cicatrisé et guéri parfaitement. Le nez n'éloit point défiguré.
Mrdame Dufa mangeoit et dormoit bien pendant son traitement. Après sa guérison elle jouit toujours d'une bonne santé. Elle a vécu jusqu'à l'âge de soixante-seize atts, et elle est morte d'une fièvre catarrhale.
Flilegmasie dartreuse cancer if orme ( nommée par M. Bridault iiimewr carcirwmœtevLse ulcérée du. sein , accompagnée de dartre humide (ij. Madame Peron, née Boutot , eut treize enfants en douze couches. Elle les allaita presque tons. Quelques mois après avoir sevré ses deux jumeaux, elle ressentit dans ia mamelle gauche une tumeur assez considérable, et à rextérîeur, une dartre humide, accompagnée de beaucoup de prurit. On employa l'eau et le sel. La tumeur, aui ieu de se dissiper peu à peu, grossit au contraire beaucoup. Elle s'enflamma sensiblement , devint douloureuse, et forma dans l'espace de quatre ans un carcinome très-volumineux. Ce cancer (2) se développant par degrés occasionna les plus vives douleurs. Il s'ouvrit et
(1) Bridault, Traité sur la carotte,^. 124.
(2) Cette maladie cancériforme prouve jusqu'à quel point une pblegmasie chronique de la mamelle peut arriver, après une longue durée, sans prendre le caractère cancéreux, lorsqu'il n'y a pas chez les malades la prédisposition cancéreuse. Quand cette dernière
DES ÎIALA-DIES CA.>'CÉREUSES. 5l5
donna lieu à plusieurs ulcères chancreux, dont trois assez grands et les autres petits; le pus qui en découloît étoit séreux, fétide et d'une mauvaise qualité.
M. Bridault fut consulté eu ij68. Il jugea que celle tumeur cancéreuse participoit du caractère dartreux, quoique pouvant provenir dans le principe d'un ancien engorgement laiteux.
La mamelle gauche étoit très-grosse, fort dure^ inégaie, tuberculeuse, d'un rouge violet, et ulcérée dans plusieurs endroits. Le pus étoit séreux , acre , putride et fétide ; le carcinome étoit considérable . enflammé, très-douloureux, ouvert et en suppuration ; les bords des ulcères étoient durs, calleux et renversés. La dartre, humide et rongeante, couvroit une partie des tégcmens du seinj le prurit étoit insupportable.
Madame Peron se servit de la carotte crue, râpée, étendue sur un linge. Elle l'appliquoit constamment froide, humide et chargée de son suc sur toute la tumeur. Le pansement étoit renouvelé trois fois par jour. Le sein étoit si tendu , douloureux , enflammé et brûlant , que dès que le cataplasme étoit sec, il faisoit beaucoup souôrii- la malade qui étoit obligée de le renouveler, et qui ne put supporter la pulpe de carotte exprimée.
Ce traitement fut continué pendant long-temips : le sein se ramollit, les trois grands ulcères se réunirent. Les bords durs et calleux s'amincirent par degrés ; le pus devint épais, blanc et louable. La tumeur cancéreuse se détruisit successivement par une suppuration abondante de bonne qua-
existe, la maladie devient véritablement cancéreuse ; et îa malade succombe, comme le prouvent les observations consignées dans la troisième partie de l'ouvrage de M. Bridaiill. Yoyez en particuîitr l'obs. Il, p. 347, et plusieurs autres cbservationsde cette troisième partie.
5l6 TRAITEMENT
lité. La dartre, qui exciloit beaucoup de démangeaison et de cuisson à la peau ( et qui pouvoît être le principe de rengorgement des glandes et du carcinome ) , se dissipa également ; les plaies devinrent belles et vermeilles ; elles se cicatrisèrent.
La cicatrice est plate, blanche et solide. La plus grande ressemble à un croissant. Elle est peu éloignée des bords de l'aréole. Les autres, répandues dans la circonférence du sein 5 imitent les marques de petite vérole. Le mamelon est très-court, retiré et adhérent à la plus grande cicatrice.
Depuis 1768 que cette dame a été guérie, elle a eu deux enfans qu'elle a nourris dti sein droit. Le gauche n'a éprouvé aucun accident. Il est mou, blanc, sans aucune dureté, tumeur, rougeur, douleur ni démangeaison. L'ancienne dartre n'a plus reparu.
Remarques. Les maladies cancériformes ne sont j>as fort rares : elles sont souvent jugées légèrement par les hommes de Tart les plus instruits, qui prononcent après un examen superficiel. Ces maladies ainsi jugées cancéreuses guérissent quelquefois spontanément. D'autres fois , elles sont traitées et guéries par des hommes peu instruits, ou par des charlatans qui les guérissent et qui croient de bonne foi être parvenus à découviir un remède infaillible pour guérir le cancer. Comment douter de leur réussite dans lis cas les plus désespérés ? Ils impriment la décision des maîtres de l'art, qui avoient affirmé Tincurabilité de Id maladie dont ils ont opéré la guérison On ne sauroit être i trop en garde contre ces phlegmasies chroniques qui simulent les cancers, et qu'il est quelquefois très -difficile de distinguer et de reconnoitre avec certitude môme après l'examen le plus attentif.
DES MALADIES CANCÉREUSES. Sly
Anii'sepiiques. — Peyrillie (i) cojiseille l'acide carbonique, qu'il nomme gaz silvestre. 11 regardoit cet acide comme un anli-scplique capable de changer la nature de la suppuration cancéreuse, et de modifier ainsi le cancer vilcéré qui , par ce moyen, auroil pu être conduit à une bonne cicatrisation. li avoit employé cet acide contre un cancer cutané de la face et contre un cancer ulcéré du sein. Il avoit amélioré la suppuration, mais le cancer de l'une des malades éloit trop avancé, et la constance de l'autre malade ne fut pas assez ferme pour que la guérison pût couronner les essais faits par Taulfeur.
II paroît qu'en 1776, il avoit été plus heureux, car, en parlant de Tacide carbonique, il dit dans une note ajoutée (îoco cit., p. ii3) : «Non-seulement ses bons effets se «sont soutenus, mais même dans des circonstances favo- » râbles, j'en ai obtenu rentier succès. »
Il exposoit chaque jour plusieurs fois l'ulcère cancéreux au gaz acide carbonique , qu'il faisoit dégager des cendres gravelées. Pour cet effet , il mettoit dans un vase de terre quelques onces de cendres gravelées ( résidu de la combustion des lies de vin), étendues d'un peu d'eau et mêlées à une petite quantité de camphre. Il fermoit ce vase avec un entonnoir de carton , afin de conduire directement les vapeurs à l'ulcère, tan lis que, par vme ouverture particulière, il versoit sur les cendres gravelées tantôt du vinaigre, tanlôt de l'acide nitrique.
Il ne paroît pas que cet acide carbonique, annoncé avec tant de confiance, ait produit d'assez brillantes cures pour autoriser l'auteur à parler avec tant de mépris du célèbre Stork , qui , quelques années avant , avoit proposé
(ij PeyrilbC; Dissertation sur le cancer^ Paris, 1776; p. UO et suiv.
5l8 TRAITEMENT
les préparations de ciguë contre les maladies cancéreuses.
L'acide muriatiqne oxigéné, employé par quelques hommes de l'art, n'a pas non plus répondu aux brillantes espérances qu'une théorie subtile avoit fait concevoir (i).
D'autres auteurs ont conseillé des medicameris anti-septiques dans le traitement des cancers : i» M. Senebier , de Genève (2), assure que le suc gastrique fournit un topique très utile pour la cure palliative du cancer. 2^ Van Wy, chirurgien d'Amsterdam, a proposé en 1786 de substituer au suc gastrique, qu'il est difficile de se procurer, du sang de bœuf pur et frais.
Esc&rrotiques, — Quelques auteurs et quelques praticiens dogmatiques, très-confians dans les promesses d'une théorie illusoire, ont cru pouvoir apporter de puissans secours contre les maladies cancéreuses , en combattant les bords endurcis de ces ulcères, comme ceux des ulcérations d'une nature scrofuieuse, dartreuse , atonique , etc. Ils ont cru pouvoir réprimer les végétations fongueuses, et modifier la surface sanieuse et blafarde de ces sortes d'ulcérations cancéreuses, comme on modifie celles des autres ulcères.
Ils ont, en conséquence , proposé les détersifs escarrotiques, et même l'application du feu sur les chairs fongueuses. Ils ont fait usage de caustiques ou de corrosifs sur les bords endurcis de l'ulcère, etc. , etc.
Quand on connoît bien les maladies cancéreuses, il est impossible de ne pas prévoir que, dans toutes les maladies de ce genre, qui ne sont pas détruites en entier par ces applications irritantes, on augmente les douleurs, on hâte la
(Ij Voyez aussi riiist. de la Soc. de méd., 1776, p. 324 de l'hist. pour l'acide carbonique.
(2) Observations importantes sur l'usagée du suc gastrique dans la chirurgie.
DES MALADIES CANCÉREUSES. ÔlQ
marche de la maladie, on aggrave les soafirances et on précipite la mort.
On cite cependant quelques exemples de guérison du cancer par le cautère actuel. Ces exemples sont , pour la plupart, relatifs au cancer cutané, qui peut , en effet , céder au cauîère actuel, lorsqu'il est totalement détruit par remploi de ce moyen.
Dans le septième livre des Épidémies, inséré dans les œuvres d'Hippocrate, il est fait mention d'un homme qui avoit un carcinome an gosier, et qui fut guéri par l'application du feu (i).
Mais je n'ai pas vu d'exemple bien manifeste d'une tumeur cancéreuse guérie par l'application du feu ; car le fait cité par M. Pascal n'est rien moins que concluant. En effet, ce chirurgien regarde comme un cancer une tumeur survenue sous l'aisselle d'un jeune homme de i5 ans. Il a appliqué trois moxas sur cette tumeur : il s'en est détaché une escarre. La suppuration a paru de bonne nature, etc. (2). En lisant celte observation, il m'a été impossible de reconnoître un cancer dans les caractères de la maladie décrite par M. Pascal. La guérison d'une semblable maladie seroit donc insignifiante pour décider l'utilité du cautère actuel sur les tumeurs cancéreuses.
On a vanté aussi le feu solaire comme un moyen efïicacc contre les maladies cancéreuses, mais seulement contre les cancers cutanés. îl paroît avoir produit des effets avantageux.
M. Lecomte (3) a appliqué le feu solaire contre une tumeur chancreuse noire et élevée , qui avoit son siège vers la commissure des lèvres.
Il fit placer la malade sur une chaise, en face du soleil,
(1) Hipp., Épid., liv. 7, 11° 123.
(2) Jour, de méd., t. Lxvi,p. 283, année 1786.
(3) Société roy. de nied., an 1770, p. 298 del'hist.
dont les rayons , rassemblés à travers un verre lenticulaire, étoient dirigés du côté de la tumeur. Ils brûlèrent avec beaucoup d'activité, sans que les parties voisines fussent usées par la combustion, comme il arrive souvent lorsqu'on emploie le fer rouge.
Le feu solaire eut, en outre , l'avantage de pouvoir être entretenu aussi long-temps que M. Lecomte le jugea nécessaire; il n'eut pas , comme le cautère actuel, l'inconvénient de perlre une partie de sa chaleur dans le moment où l'on u'avoit point encore cautérisé suffisamment la partie malade.
Après la cautérisation, M. Lecomte appliqua sur la tumeur une compresse d'eau de mélisse spiritueuse, et dès le lendemain, il trouva la plaie vive, vermeille, et avec beaucoup de diminution. Pendant quinze jours, il employa le même traitement tous les jours où le soleil se montroit ; la plaie diminua, devint de plus en plus vermeille , et cette* maladie fut radicalement guérie en trois semaines.
L'eflet primitif du feu solaire employé comme cautère actuel est de produire une escarre blanche de la grandeur d'une lentille , si on ne veut pas Tétendre davantage. La douleur est piquante et profonde, mais M. Lecomte la juge plus supportable que celle du fer rouge ; l'escarre tomba aisément du matin au soir, eflfet qui n'arrive jamais par la cautérisation du fer rouge, puisque l'escarre est toujours noire . et plus large que l'application du cautère, et qu'elle est plusieurs jours à tomber par une suppuration lente.
Ce qui donna lieu à M. Lecomte de prati(|uer cette cautérisation, c'est qr.'un de ses parens qui avoit un cancer à la face, avoit été guéri de cette manière par un chirurgien de Gaudelu. Après la mort de ce chirurgien, dit M. Lecomte, bien des gens des environs qui avoient des cancers aux lèvres et qui avoient connoissance de cette méthode.
DES MALADIES CANCBRELSES. 521
«e sont guéris eux- mêmes par cette espèce de cautérisation qu'ils lui a voient vu pratiquer.
Le feu solaire ne paroît pas préférable à l'emploi de la pâte arsenicale ; il est bien plus douloureux dans le premier moment de son application. Il n'a pas été encore employé assez fréquemment pour qu'on puisse juger avec exactitude de ses effets et des circonstances dans lesquelles il pourroit être préférable à tout autre «loyen. Je crois cependant que lorsque la maladie est très-,)eu étendue , on pourroit en faire l'essai ; mais si elle résistoit trop opiniâtrement au feu solaire, il ne faudroit pas négliger de recourir à un moyen dont l'expérience a mieux constaté l'efiicacité.
Belladone. — La belladone a été recommandée comme capable de produire de bons effets contre quelques mala- <lies cancéreuses. Juncker cl Degiier avoient parlé de la vertu anti-cancéreuse de celte plante. En 1709, Mich. Alberti publia une dissertation sur l'usage de la belladone contre les cancers. On y trouve qu'on a obtenu par ce moyen la guérison d'un cancer à la mamelle, et d'un autre à la langue. Mais cet ouvrage, plein de doutes très-sages, contribua peut • être à faire oublier la belladone. En 1754, Lambergen , professeur de médecine à Groningue, réveilla l'attention des médecins sur la vertu anti-cancéteuse de la belladone [atropa beCla/lona, Lin.). L'bisloire de la guérison qu'il rapporte (1) ne paroît cependant pas évidemment relative à une maladie cancéreuse, mais plutôt à une maladie cancériforme , comme presque toutes les maladies prétendues cancéreuses qui ont été guéries par résolution et cicatrisation.
On donnoit une infusion de feuilles séchées, dont on mettoit un scrupule dans dix tasses d'eau. La malade fut — ■ — — — ^
(0 Journ. de médecine, t.vi, 1757, p. 187.
guérie en dix-sept mois. On consomma six gros de belladone.— On donne une tasse d'eau tous les matins à jeun, et on continue à la même dose ou on augmente, pourvu que le malade n'éprouve pas une trop grande sécheresse au gosier et dans toute la bouche , et divers symptômes nerveux trop difficiles à supporter.
M. Darluc, médecin à Gaillan, en Provence, a guéri avec le même remède dçs tumeurs abdominales (i) qu'il regardoit comme des squirrhes.
M. Anioreux, médecin à Beaucaire (3}, rapporte l'observation de la guérison d'un ulcère du sein qui datoit de plus de quinze ans, et qui paroissoit cancéreux, mais qu'il décrit assez mal. On n'employa pour obtenir cette guérison qu'une fomentation continuelle faite avec une décoction de belladone. On n'en fit pas usage à l'intérieur.
M. Marteau de Grandvilliers, médecin à Aumale (3), a employé la belladone en teinture contre diverses maladies cancéreuses qui n'ont pas été guéries , mais qui n'ont pas été exaspérées par ce moyen, auquel il conseille d'avoir recours^ parce que celte teinture ne produit pas les mauvais efifets qu'on craint en donnant l'infusion.
M. Compardon (4) a fait usage de l'infusion de feuîUes^ de belladone pendant quelques jours seulemenî, et il a vu diminuer les souffrances déterminées par un cancer au sein.
Cullen (5), dont l'ouvrage sur la matière médicale renferme un si grand nombre (^*e faits précieux , dit avoir vu la belladone guérir entièrement un cancer de la lèvre , et dissiper absolument une squirrliosité située sur la mamelle
(1) Journ. de méd., t. xii, 1759, p. 499.
(2) Journ. de méd., t. xiii, 1750, p. 47.
(3) Journ, de méd., t. xvi, p. 449.
(4) Observ. sur le traitement des cancers, Journ. de méd., 1781, t. Lv, p. 633.
(5) Mat. méd., 2^ part., ch. vt.
DES BlALiDIES CANCÉREUSES. 525
d'une femme ; celte sqnirrhosité étoîl; du genre des squirrhes qui se changent souvent en cancers. D'autres fois, l'usage de celte plante a amélioré l'état de diverses ulcérations cancéreuses. Cullen avoue en même temps que l'usage de la belladone n'a pas répondu à ses espérances dans plusieurs espèces de squirrhosités et d'ulcères.
Ces divers esj»ais sont siiffisans pour prouver que la belladone, employée avec une sage cîrcoospeclion , peut soulager quelques sujets qui ont des iiiaîadles cancéreuses, et qu'elle peut guérir quelques affections cancéreuses ou qui ressemblent beaucoup aux maladies cancéreuses.
Le docteur Schléger a guéri en peu de temps à Moscou une ancienne tumeur cancéreuse de la face , en y faisant appliquer des cataplasmes chauds faiîs avec la racine d'ellébore blanc (i).
Quel est cet ellébore ? est-ce le veraîrum album ou un hel' leborus ?
Le fenouil d'eau [pheliandrlum aguatlcum , Lin.) est recommandé en cataplasme par M. Gilibert pour arrêter les progrès du carcinome (2). Lange faisait usage delà graine de cette plante en poudre pour la goérison des ulcères cancéreux (3), On a encore conseillé à l'extérieur l'extrait de jusquiame (4)> la digitale pourprée (5) , la lessive (6) faite avec des cendres qu'on fait réduire an quart par l'ébuUition. On en imprègne un gâteau de charpie qu'on met sur
(1) Ann. lilt. de méd. étr., t. 11, p. 293, mars 1806. '{2} Dém. élém. de bot., Lyon, 1796, t. 11, p. 376.
(3) Baumes, Jlnji. clin., t. xxiv, p. 173, 174, 176. — Von den, etc., Wasserfeuchel, Francfort, 1776, p. 48, 50.
(4) De Belgii plantis, etc., Brux., 1774. — Ann. clin., t. xxiv, p.
(5) De digit. purpureâ, auct. C. Ch. Schiemann, Gœtting., 1786. —Ann. clin., t. xxiv, p. 145.
(6) Ann. de litt. méd. étrang., t. vn, p. 290.
l'ulcère. La douleur est aussitôt soulagée , il se forme une escarre noire. On peut aussi employer une dissolution de potasse. Ce moyen a été proposé par le docteur Barker.
2* SECT. — Traitement interne du cancer. — Hippocrate (Aphorîsmes, sect. 6, aph. 58 ) dit qu'il ne faut pas traiter ceux qui ont un cancer occulte, parce que si on les traite, ils meurent plus tôt, et que si on ne les traite point, ils vivent long-temps.
Galien (i) pense qu 'Hippocrate entendoit par cancer occulte ceux qui sont cachés dans quelque endroit profond du corps, soit à l'anus, soit à la matrice, soit au palais, et ceux encore qui, placés à l'extérieur, ne sont pas encore ulcérés {Com. in Aphor.^ Hipp., liv. vi , aph. 58; Fabrice de Hilden, même avis, obs. 87), Alliot (2), De^hayes-Gendrou, Justamond , M. Gardien, M. Beaumes (5) et G. Mont- Blanc (4)j pensent que l'auteur des Aphorismes veut désigner sous le nom de cancer occulte la disposition du cancer à la récidive , c'est-à-dire le cancer constitutionnel et spontané. Je ne sais pas sur quelle bonne raison ils prouvent que c'est là l'opinion d'flippocrate.
L'auteur du livre des maladies des femmes, inséré dans les œuvres d'Hippocrate, paroît entendre sous le nom de cancer occulte le squirrhe douloureux, comme la plupart des auteurs modernes [Des maladies des femmes ^\\\ . 2, n°2i).
Philoxène, cité par Van Wi (Com., § 494? *• i)> dit que les cancers occultes étoient les cancers de l'utérus et des viscères internes.
Celse (5) réunit sous le nom de carcinome les cancers
(1) Galien, Comm., in aphor. 38, lib. vi.
(2) Traité du cancer, prem. part., art. v.
(3) Ann. clin.,t.xxv, p. 184.
(4) Mém. inséré dans les actes de la Soc. de méd. de Montpr, t. 1, an. 1807, p. 208.
(5) Celse, De re medicâ, lib. v, cap. xxviii.
DES MALADIES CANCEREUSES. 525
cutanés elles tumeurs cancéreuses. Il dit que cette maladie peut survenir à la face, au nez, aux oreilles, aux lèvres, aux mamelles des femmes. Il distingue d'abord ce que les Grecs nomment î^axov^eç ; ensuite le carcinome qui n'est pas ulcéré, celui qui est ulcéré, et en dernier lieu, le tliymium, maladie sur laquelle je n'ai pu trouver de renseignemens satisfaisans, ni dans Celse, ni dans ses éditeurs, mais qui paroît désigner les excroissances que présentent les ulcères cancéreux. D'après Celse, parmi toutes ces maladies, celle qui est nommée -/a/cov(Js; par les Grecs est la seule qui peut être guérie; toutes les autres s'exaspèrent par le traitement. Mais, dit Celse, personne ne peut discerner le jcazov^s; qui permet un traitement, d'avec le carcinome qui ne peut être traité. On ne peut les distinguer qu'à Taide du temps et par les tentatives. Or, comme les moyens d'essai qu'on emploie sont des irritans, et qu'il paroît qu'ils réussissoicnt quelquefois, je suis porté à croire que la maladie qu'il nomme cacoeihes étoit une tumeur scrofuleuse cancériforme, confondue avec les tumeurs véritablement squirrheuses. Il appliqnoit des médicnmens brûlans et si la maladie étoit exaspérée, il ne faisoit plus usage que de moyens palliatifs. Quant aux carcinomes dont on ne doit pas entreprendre la guérison , voici ce qu'il en dit : « Les uns les ont brûlés avec du fer, les autres les ont excisés avec le scalpel. Le traitement n'a été utile à aucun malade. Les carcinomes traités par le feu ont été irrités, ils ont augmenté de volume jusqu'au moment où ils ont déterminé la mort. Les cancers excisés ont reparu lors même que la plaie s'étoit cicatrisée, et ils ont fait périr les malades. On voit au contraire un grand nombre de personnes qui ont un carcinome parvenir à une extrême vieillesse, lorsqu'on n'a point cherché à détruire cetle maladie et qu'on se contente delà flatter en quelque sorte et de l'adoucir avec des topiques simplement lénilifs. »
Il est assez clair^ d'après cette doctrine de Celse, que les cancers doivent être traités seulement à l'aide de palliatifs, et que la maladie nommée cacoethes étoit une induration confondue avec les squîrrhes, mais susceptible de résolution quand elle n'est pas squirrheuso.
Hippocrate et Celse paroissent ainsi avoir regardé le cancer comme une maladie qu'il falloit ne point s'obstiner à vouloir guérir, si on clierchoit plutôt l'avantage des malades que sa propre réputation. Celse paroît avoir connu aussi que quelques malades avoient été guéris ; mais d'une tumeur en apparence squirrheuse ; on aperçoit en le lisant qu'il ne counoissoit pas trop le moyen de distinguer les tumeurs curables de celles qui étoient sujettes à reparoître et à produire le cancer ulcéré. Nous ne sommes guère plus avancés aujourd'hui. On ne peut pas toujours distinguer, surtout avant l'opération, certaines indurations inflammatoires chroniques d'avec les squirrlies indolens ; et dans les cas même de squirrhe douloureux et de cancer ouvert , notre pronostic a toujours quelque chose d'incertain. On voit reparoître le cancer chez des femmes qui sembloient n'avoir qu'un squirrhe produit par une cause externe bien manifeste; et quelquefois le cancer ne reparoît point chez une femme qui avoit un cancer ulcéré survenu spontanément.
Il ne paroît pas que les anciens aient connu de traitement interne pour la cure des maladies cancéreuses. Les moyens que Celse conseille pour les carcinomes qui peuvent être guéris sont le feu et le scalpel (i). Hippocrate ne conseille aucun traitement. L'auteur du livre des Maladies des femmes {2) -prélend qu'en rappelant les règles à l'aide d'une espèce de soupe qu'il décrit et dont il donne une
singulière étîologie, on guérit des tumeurs dures qui se
« ■ • I ... I I j iiii " Il
(1) Celse, lib. v, cap. xxviu.
(2) Des maladies des femmes, liv. 11, n° 21.
forment aux mamelies à la suite de cette maladie, et qui se terminent par des cancers occultes. Mais il déclare en même temps 'que si les tumeurs dures sont en état de cancer avancéj la giiérison est impossible ; de sorte que le traitement qu'il prescrit et qui tend à rappeler les règles, est plutôt destiné à prévenir le cancer qu'à le guérir quand il est bien caractérisé.
L'auteur du second livre des Épidémies (i conseille Télatérium et un léger cathérétique dans les cancers qui sont la suite d'une toux rebelle ou d'une douleur d'entrailles. Quelle est la maladie qui cède à ces moyens ? est-ce un cancer? Il n'auroit pas beaucoup de rapport avec ceux que nous connoîssons.
Galien {De artc car. ad Glaac, lib. 2, cap 11) dit avoir souvent guéri les tumeurs cancéreuses dans le moment de leur formation , mais que sans l'opération , personne n'a jamais pu guérir ces tumeurs dès qu'elles ont acquis un volume notable. Et dans le chapitre suivant (cap. xn], il conseille des moyens capables de ralentir la .marche des tumeurs cancéreuses.
Parmi les modernes, on a fait usage d'un très -grand nombre de médicamens internes contre les maladies cancéreuses ; mais il n'en est pas que les praticiens regardent comme capable de guérir la maladie. La plupart de ces moyens sont destinés à la prévenir ou à raleniir sa marche, ou bien à combattre les symptômes înquiétans qui surviennent pendant sa durée. Nous allons passer en revue les principaux de ces moyens.
Ciguë. — Storck , médecin de Vienne, annonça la ciguë
[conium maculatum, Lin.) comme un moyen capable de gué-
« rir les maladies cancéreuses. Il publia plusieurs disserta-
(1) Collect. des livres attribués à Hippocrate , épid., lib. n, ad fin.
tions (i) relatives aux effets de cette plante ; il rapporta un grand nombre d'oUservalions de maladies guéries par Tueage de la ciguë employée à l'extérieur sous forme de cataplasme et d'emplâtre , et à l'intérieur sous forme d'extrait.
Les médecins de tous les paj-s s'empressèrent de faire usage de la ciguë. Ses effets ne répondirent pas à leur attente. Peu de malades furent guéris, et on éleva des doutes sur la nature cancéreuse des maladies qui avoîent cédé à ce moyen. Il faut avouer que la plupart des malades cités par Sloïck. paroissent avoir eu des phlegmasies chroniques, la plupart scrofuleuses , plutôt que de véritables cancers. Il en est cependant qui ont présenté les symptômes des maladies cancéreuses. Il est probable qu'il s'est contenté de parler des cas dans lesquels la ciguë avoit paru produire de hons effets, car il est impossible qu'il ne l'ait pas employée sur un très-grand nombre de malades chez lesquels elle n'a pas empêché la m.srclie de l'affoction cancéreuse, et il ne parle que d'un très-petit nombre de ces malades.
Un observateur exact n'auroit point manqué de parler de ces exemples nombreux de l'emploi inutile de la ciguë. Slorck ne l'a pas fait. Il eût peut-être été moins célèbre dans le premier moment, mais sa réputation y auroit beaucoup gagné.
De Haen ('2), qui, comme Slorck, exerçoitla médecine à Vienne, dit que la ciguë, employée f>ar divers médecins sur 120 malades, n'a produit aucun effet anti-cancéreux. 3o hommes affectés de squirrhe ou de cancer ont péri misérablement ; aucun malade ne fut guéri d'un vrai squirrhe
(1) Ces dissertations ont été traduites en français. Voyez •Dissertations sur l'usage delà ciguë, par M. Slorck, Paris, 1761. — Observations nouvelles et supplément nécessaire sur l'usage de la ciguë , Paris, 1762.
(2) Murray, apparat, medicam., art. Ciguë.
on d'un cancer. Il cite l'histoire de huit femmes auxquelles il administra lui-même la ciguë dont aucune ne tut soulagée , et qui toutes moururent de cancer malgré le remède. Il pense qu'il y a eu erreur de diagnostic dans les 43bservations de Slorck.
Muller, ou plutôt Lange dans «ne dissertation publiée à Helmstadt en 1764 {Dahla cicutœ veccata , etc.,, dit avoir vu des ulcères cancéreux devenir plus étendus et de plus mauvais caractère pendant l'emploi de la ciguë , qui n'en a pas même corrigé l'ovleur infecte.
Folhergill, en Angleterre, ne reconnut pas les vertus anti-cancéreuses de la ciguë. Il trouva cepen riant que l'extrait de cette plante avoit arrêté les effets des cancers, adouci les douleurs, corrigé la nature et Tàcreté de l'ichor qu'ils fournissent. Il remarqua qu'il ne falloit pas augmenter la dose de ce remède quand il attaquoit les yeux et qu'il déterminoit des selles.
Akenside (1) trouva que la ciguë agissoit comme un puissant anodin dans les cancers utérins qu'elle soulage bien mieux que les pré{»aralions opiacées. Mais d'ïns les autres cancers , quoique les douleurs deviennent d'abord plus supportables, et l'écoulement purulent un peu moins mauvais , la ciguë ne produit qu'un avantage passager, suivi bientôt d'une nouvelle exaspération des symptômes du cancer.
Bierchen^ médecin suédois (2), dit (3) que dans le cancer scrofuleux et dans le cancer syphilitique, l'extrait de ciguë est utile; mais il le regarde comme nuisible dans le cancer véritable. Il avoue que dans le commencement ce remède
(1) Médic. transact,, vol. i, p. 64. — Annal, cliniq., t. xxir, p
(2) Abhandl. von den wahren zÊichen des krebsschadens.
(3) Ann. clin., t. xxiv, p. 166.