II
5q4 traitement
lorsque la malade n'a pns atteint l'âge de 5o ans. Il prescrit en outre le suc de solanum, employé en topique , et si les malades trouvent que cette application humide est trop gênante lorsqu'ils sortent ponr vaquer à leurs affaires, il conseille dts applications capables de produire le même effet sans avoir Tinconvénient d'entretenir une humidité perpétuelle. Parmi ces applications, il préfère celle qui est composée avec ie pomplioîix (oxide de zinc sublimé ) dont il faisoit aussi usage lorsqu'il traitoit des cancers ulcérés; il coîJseille d'ailleurs une boisson délayante, prise en grande quantité , l'usage du pelit-Iait, des légumes adoucissans et émoliiens , les potirons, les poissons saxatiles, etc. Il conseille d'éviter, avec soin, l'usage des oiseaux aquatiques.
La saignée pratiquée régulièrement au printemps et en iiutomne, et réitérée en outre toutes les fois que les indicaîions générales la rendent nécessaire , comme lorsque l'on observe des signes de pléthore, etc., est un des moyens l«s plus efucaees pour prolonger l'état indolent du squirrhe, et pour ralentir la marche de la maladie, même à l'épo(|ue 011 elle est accompagnée de douleurs. Dans ce dernier cas, l'exaspération des douleurs indique l'utilité d'une iioiivclle saignée. (Yalsaîva, Morgagni, (i) Vacher (2).
Un grand nombre d'autres praticiens très - judicieux l'ont mise en usage avec le plus grand succès. Il n'est pas Hioins utile d'entretenir avec soin la régularité des menstrues ou le iîux hémorrhoidal chez les sujets qui ont l'une ou l'autre de ces excrétions.
L'application réitérée des sangsues sur la tumeur cancéreuse ou aux environs est souvent aussi très-utile, surtout lorsque la tumeur est dans un état d'inertie absolue.
(1} Ép. 39, n° 35.
(2) Diss. sur le cancer, p. 87.
' DES MALADIES CANCÉREUSES. SgS
On a conseillé aussi l'usage des minoratifs, employés de loin en loin (i); ce moyen, peut-être Irop négligé aujourd'hui, doit être souvent avantageux comme révulsif, lors^ qu'il n'y a pas d'ailleurs de raison majeure qui en conlreîndique l'emploi. ^
Ledran a contribué, par ce moyen, à rendre moins prompte la marche d'un cancer qui s'étoit reproduit chez une femme qui avoit été opérée (2).
Galien {Ub. 6, aph. ^1, comm.) dit avoir empêché l'ouverture d'un cancer au sein, à l'aide des purgatifs forts et réitérés.
Le petit-lait, le lait d'ânesse, les bains, et tout ce qui tend à prévenir les dispositions inflammatoires, convient trèsbien dans ces circonstances.
On recommande un régime doux, l'usage du lait si les malades peuvent le supporter; quelquefois une nourriture entièrement végétale , qui paroît généralement préféra- . Lie dans ces cas aux alimens tirés du règne animai.
Dans les autres cas, on conseille les poissons frais et de bonne qualité, tels que la sole, la limande, la truiJe, le merlan, le cabillaud, le turbot, etc.; on défend l'anguiîle, le saumon , la raie , les poissons salés. Les viandes blanches, telles que le po«det, le veau, l'agneau, etc., peuvent être permises : on peut encore permettre un peu de bœuf et de mouton; mais on défend sévèrement les viandes noires, telles que le lièvre, le chevreuil, la bécasse, le sanglier, le cochon , et toutes les viandes salées.
On conseille aussi les œufs, les crèmes de riz, d'orge, le
(1) Galien., De Houppeville.
(2) Méra. sur le cane, iMém.de l'Acad. de chir., t. m. Une dame de 22 ans opérée au sein gancl e.Deux ans après le sein droit devint cancéreuxjtt Lamolle, t. n, p. 252 et 253.
5q6 traitement
salep^ etc.; on proscrit le vin pur, les liqueurs alcooliques, le café. L'exercice immodéré, les passions violentes, et surtout les passions tristes , de même que tout ce qui exige quelque contention d'esprit, deviennent aussi nuisibles; en un mot , il faut, par tous les moyens possibles, diminuer l'excitabilité et l'excitation , et tout ce qui tend à accélérer la circulation , tout ce qui dispose à l'inflammalion, et à l'exallalion de la sensibilité; il fautêlre très-réservé sur l'emploi des topiques.
Lorsque le squirrhecst douloureux et lancinant, on emploie fréquemment les sangsues.
La plupart des praticiens se contentent aujourd'hui de faire appliquer sur les squirrhes du sein une peau de cygne, qui y entrelient une douce chaleur, et qui préserve en partie la tumeur des froissemens auxquels elle est exposée.
Les emplâUes résolutifs les plus vantés sont aujourd'hui généralement abandonnés dans le traitement des squirrhes bien confumés; ils ne sont employés que dans les tumeurs dont la nature squirrheuse n'est pas encore parfaitement certaine, et ils ont quelquefois dans ces circonstances un succès marqué.
Quand la nature squirrheuse d'une tumeur est bien avérée , les praticiens les plus sages suivent à son égard le précepte de Lecal, aut blandire, aut seca.
Enfui, quand un cancerest ulcéré, et qu'il n'est pas possible de l'enlever, on suit dans son traitemei»t une méthode en partie rationnelle, en partie empirique, c'est-à-dire qu'on fait usage d'abord des moyens que les indications et l'analogie conseillent, et, si on n'obtient aucun résultat avantageux, en peut successivement en essayer plusieurs autres. Tous ces moyens sont palliatifs, mais c'est un devoir de soulager quand on ne peut plus guérir; il est tout-àfait probable que les médicamens irritans qui ont été con-
seillés pour guérir le cancer sont nuisibles dès qu'ils ne guérissent point : tels sont le sublimé corrosif, l'oxide de cuivre, l'arsenic, le muriate de baryte. Le traitement se réduit alors à combattre les symptômes alarmans ou trop difficiles à supporter.
Ces symptômes sont principalement :
1° La douleur;
20 L'excessive félidité du pus , et la pulridité des parties cancéreuses qui tombent en mortification;
5^ Les hémorrhagies.
Les narcotiques sont mis en visage pour apaiser les douleurs; on peut quelquefois les employer à l'extérieur avec avantage pour apaiser les douleurs dans le squirrhe douloureux non ulcéré. Au nombre de ces médicamens on peut ranger l'opium et les préparations tirées des plantes de la famille des pavots , les autres plantes narcotiques ou stupéfiantes, îelles que la morelle, la jusquiame, la belladone, le tabac frais , la ciguë , et quelques autres ombellifères (i); les applications extérieures de ces moyens, celles de diverses préparations de plomb, telles que la lilharge d'or, la litbarge d'argent , le minium. On emploie aussi l'onguent de pompholix et celui de minium mêlés ensemble. De Houppeviile, (p. 171), dit que ce remède lui a paru fort utile quand le cancer n'étoit pas ulcéré, mais que souvent dans la pratique on est obligé de reconiioître qu'il vaut mieux ue rien mettre sur ceriains cancers qui s'irritent par les remèdes.
Quelques malades sont aussi soulagés par l'application de linges imbibés de suc de plantain , de nénuphar.
On combat la putridité avec le quinquina en poudre, en décoction, en teinture, intérievirement et extérieurement.
(I) Genclron,p. 14G et sq.
avec diverses préparations alcooliques , la teinture d& myrrîiO, le gaz acide carbonique , le gaz acide miirialiqiie oxigéné, le snc gastrique, le gérjnimii roberlianum (herbe à Robert) ( de Houppeville p. 169) 5 le lait virginal fait avec îa dissolution d'alun dans l'eau rose on dans l'eau de morelîe ( Ibid.. 169).
On combat les hémorrhagies avec les styptiques légers, tels qu'une légère solution d'alun, le vinaigre de saSurne^ l'agaric de chcne , et quelquefois avec un petit nombre de
sangsues.
Gœrtner [Selectte dissert. Germanlcœ, § 49 ^^ sa thèse) assure que l'acide acéteux , intérieurement et extérieurement, administré en topique sur les cancers, soulage beaucoup.
On ne doit rien employer contre les cancers ulcérés immobiles qui ne suppurent pas , et dont la marche est très-lente.
Pissier a indiqué un onguent utile pour éloigner l'ulcération et diminuer les douleurs. Voici sa composition : Pr. huile de lin, deux livres ; minium, céruse, cire neuve , de chaque huit onces; térébenthine , trois onces ; opium, une once : faites selon l'art un onguent un peu solide. On l'étcnd sur de la peau qui doit recouvrir un peu au-delà de la tumeur. L'emplâtre doit être renouvelé tous les huit ]Ourë {Journ. de méd, , mai 1780, cité par JMilag-Midy , Act, de méd.deMontp.j t. i,p. 263).
Le liniment de Pissier soulage souvent les cancers ulcérés. — En voici la formule ; R. huile de lin , quatre oncesj cire blanche, deux onces : faites fondre le tout , et après que le mélange est refroidi , ajoutez une once de teinture d'opium ; on rét(3ndsur de la charpie (Mitag-Midy,p. 295).
DES MALADIES CANCEREUSES. OQ»
RÉCAPiTULiTiON Lorsqu'on a examiné avec soin îes
nombreux moyens qui ont été proposés et employés dans le traitement des mciladies cancéreases, on éprouve involontairement lin sentiment de tristesse profonde.
Une foule d'hommes, les uns brùlanî du noble désir de secourir i'iiumanité souffrante, les autres mus uniquement par une honteuse cupidité , ont annoncé des médicamens capables de guérir le cancer : tous ont rapporté des obser-^ vationsqui sembloient justifier les éloges qu'ils donnoient aux moyens dont ils conseilloient l'emploi; mais tous aussi,, ou presque tous, ont eu la mauvaise foi ou la foiblesse de taire les essais infructueux qu'ils avoient tentés. La plupart^ après avoir observé quelques faits qui n'éloient pas même concluans, ont établi une Shéorie générale sur le cancer, et ont regardé le moyen qu'ils proposoient comme applicable à tous les cas. *
Quelle est donc cette profonde dépravation de la nature humaine , ou cette honteuse faiblesse qi;i semblent forcer les hommes à retenir la vérité captive? L'amour de la vérité et même la prudence sembleroienl devoir engager les médecins qui ont de la probité ou de l'honneur à ne point se diffamer par des promesses trompeuses ou irréfléchies.
Ces médicamens si prônés dans les premiers moiTiens, sont examinés ensuite avec une juste défiance, et bientôt rejetés avec dédain, lorsqu'ils ne prodiùsent pas les effets qu'on avoit droit il'en attendre....
Est-il donc si difficile de tracer avec soin le tableau des maladies contre lesquelles on fait l'essai d'un médicament, d'exposer avec sincérité ce qui est arrivé à la suite de l'administration du moyen dont on a fait usage y. de faire connoître les cas dans lesquels il a paru réussir et ceux dans lesquels il n'a produit aucun effet .'*
f)00 TRAITEMENT
Si on avoit procédé avec ceKe noble franchise rlans la recîierclie des moyens ciiratifs dn cancer, nous possédexions déjà des malérianx précieux , nous pourrions peutêlic connoîtie les circonstances particulières qui permettent d'espérer la j^uérlson par certains moyens qui ont réellement beaucoup d'énergie , mais qui ne conviennent peut-être que danscerlains cas , que nous ne pouvons pas distinguer avec précision, à cause de l'inexactitude ou de la fausseté des renseignemens qui nous ont été transmis.
Jusqu'à ce jour, il n*est aucun remède interne auquel on puisse accorder quelque confiance, dans le traitement des maladies cancéreuses.
Quant aux moyens externes , il en est quelques-uns qui ont obtenu des succès, muis c'est presque toujours en extirpant le cancer qu'ils ont agi ; ils deviennent donc inutiles lorsque la maladie ne peut pas être enlevée en entier. Dans les cas même où le cancer peut ê4rè détruit en totalité, que d'incertitude n'a-t-on pas sur les chances d'une récidive I car on ne connoît pas même encore avec exactitude le rapport du nombre des guérisons radicales avec celui des cures momentanées. Parmi les auteurs qui se sont occupés de ce point de doctrine, les uns semblent s'être attachés à ne recueillir que les cas de récidive de la maladie, les autres ont cru qu'il éloit bien plus beau de ne faire mention que des guérisons qui n'ont pas été suivies de récidive.
On a confondu les cancers cutanés avec les tumeurs cancéreuses, et, dans des relevés généraux, on a appliqué indislinctement à tous les cas ce qui n'appartenoit qu'à quelques variétés du cancer.
Une nouvelle source d'embarras se trouve dans la manière dont on a tracé la plupart des observations particulières relatives à la cure des cancers. Plusieurs auteurs ont confondu des maladies cancériformes avec les maladies
DES MALADIES CANCEREUSES. 6oi
cancéreuses , ils les ont mal observées. La plupart les ont décrites après coup, et, au lieu de tracer la description de la maladie qu'ils avaient eue sous les yeux, ils ont, d'après les connoissances générales qu'ils avoient sur le canceVy tracé le tableau d'une maladie cancéreuse de la partie sur laquelle ils avoient observé la maladie qui s'est terminée par la guérison. On conçoit qu'alors des hommes de bonne foi, induits en erreur, ontrédigé des observations fausses, tandis qu'ils crojoicnt dire la vérité avec la plus grande exaclilude.
Il est d'autres prétendus observateurs qui ont rédigé leurs observations avec une mauvaise foi criminelle; ils avoient pour but de s'enrichir en vendant un prétendu spécifique, et plus ils avoient de connoissances réelles, plus leurs observations, rédigées avec nne adresse coupable , deviennent propres à induire en erreur.
On ne peut se décider à regarder comme des charlatans et des faussaires tous ceux qui ont rapporté des observations précises qui sembleroîent constater des guérisons de cancers bien caractérisés, opérées par des médicamens internes, ou par des topiques qui ne sont point corrosifs. Mais aussi il est impossible de ne pas se défier de l'exactitude de ces observateurs lorsqu'on voit qu'ils ont ainsi guéri plusieurs cancers ; puisque lorsqu'on traile, précisément comme ils lindiquent , des malades atteints de la même maladie, située dans le même organe, on n'obtient aucun succès.
On peut, je crois, nier hardiment l'exactitude delaplupart des observations de guérison citées par divers auteurs. Presque toutes peuvent cire regardées comme le triste fruit de la prévention ou du charlatanisme. Mais je pense qu'il seroit in juste de confondre les vices du cœuravecles travers de l'esprit , et les productions du charlatanisme avec celles de la prévention. On ne sauroit vouer à un trop profond
mépris tout ce qui tienî à la dégradation morale ; mais on doit quelque indulgence à la prévention, à l'enlhousiasnie, àrerrenr: elles sont tiop souvent l'effet d'un amour mal entendu pour le bien de i'iuinianité ou d'une imagination mal réglée que les autres facultés de i'inlellij,ence ne peuvent reclifîer.
Enfin, il est quelques observations sur lesquelles il seroit imprudent de prononcer ; les connoissances profondes , la véracité reconnue et la sagacité inconiesiable de ceux qui les ont ra])porlées doivent faire sur nous assez d'impression pour nous forcer à suspendre noire jugement.
On peut donc ranger sous trois classes les cures merveilleuses du cancer:
1° Les cures fausses;
2° Les cures erronées;
5° Les cures . . . , . probables.
Je range parmi ces dernières celles qui nous ont été transmises par les hommes respectables dont je viens de faire mention.
Les premières ne peuvent faire sur nous aucune impression.
Les secondes sont presrjue toujours relatives à des maladies qu'on a confondues avec le cancer.
Les troisièmes sont en très-petit nombre : elles sont cependant suffisantes pour nous engagera ne pas désespérer delà curabililé du cancer, lorsqu'on sera parvenu à irouver quelque traitement spécifi(}ueouralionnel capable de produire dans la partie malade et dans toute l'écoîioinie les cliangemens qui sont survenus dans le petit nombre de cas de guérison de cancer rapporlés par des observateurs vévidiques.
Ces cures probables de cancer, si elles ont eu lieu , ont été
DES MALADIES CANCEREUSES. 6o3
le résultat de quelque coïncidence inajierçue, ou de quelque circonslaiîce qui n'a pu être appréciée , car les maladies cancéreuses paroissent toutes essentiellement de môme nature quoiqu'elles ne puissent pas toutes être rangées sous la même espèce. Il est donc probable qu'un moyen curatif, efficace dans un cancer bien caractérisé, devroît avoir la même énergie dans les autres cancers , ou au moins dans ceux qui sont de la même espèce que celui qui a été guéri. Cependant jusqu'ici les exemples de guérisons incontestables d'un cancer bien caractérisé sont des faits isolés.
En employant absolument les mêmes moyens qui ont été employés, et dans des circonstances qui paroissent toutà-fait semblables, on n'obtient pas les mêmes résultats. La guérison a donc ienu à quelque circonstance qui nous est totalement inconnue; mais, si elle a eu lieu, elle suffit pour prouver que le cancer n'est pas essentiellement incurable.
En effi^t, on ne peut prononcer à priori sur l'incurabilité d'une maladie. On peut donc être persuadé , comme nous, que jusqu'à ce jour on ne connoit pas de moyen curatif du cance»', et cependant espérer qu'on si^ra plus heureux dans la suite.
On connoît déjà quelques moyens de guérir plusieurs des malades qui sont atteints d'une maladie cancéreuse. Ces moyens consisient à enlever ou à détruire le cancer en entier.
Il est quelques secours que l'art peut employer avec succès pour ralentir !a marche des maladies cancéreuses qui ne peuvent pas êlie guéries par l'opération ou par des topiques corrosifs; il en est d'autres qui diminuent les souffrances des malades dont la vie ne pont pas être prolongée.
Nous avons donc la certitude de pouvoir être de quelque utilité, en accordant nos conseils aux infortunées qui
6o4 TRAITEME>T
sont attaqués de cette redoutable maladie. Nous pouvons encore espérer de parvenir à trouver le mo^'^en de guérir le cancer, en procédant à cette recherche avec la prudence et la hardiesse convenables et surtout avec une constance imperturbable.
Si on u étoit point parvenu à trouver de moj'ens curatifs de la maladie syphilitique, elle nous paroîtroit aussi redoutable que le cancer. On siit que des symptômes effrayans, des tumeurs énormes, des ulcérations horribles, des éruptions hideuses cèdent quelquefois avec une promptitude étonnante à l'emploi des mercuriaux. Il reste à peine quelques traces de la m<iladie après la guérison. Il en seroit de même sans doute de plusieurs maladies cancéreuses, si nous parvenions à trouver le moyen curatifde cette maladie; il est probable que l'on parviendra plutôt à guérir cette maladie par un spécifique que par un traitement rationnel fondé sur des indications et des vues suggérées par nos connoissances sur les lois de l'économie animale.
Les moyens employés à l'intérieur ou destinés à produire un changement dans toute la constitution pour guérir le cancer, ne sont pas aussi nombreux qu'on pourroit l'imaginer, si on ne r.tiige parmi ces moyens que ceux qui ont été employés avec quelque apparence de succès.
Ces moyens sont : Ln saignée; — Le lézard gris; — L'extrait de ciguë; ■ — La belladone et quelques narcotiques; — La digitale pourprée ; — La carotte ; — Le phellandrium aquatîcum; — L'oxide d'or; — Le sublimé corrosif; — Le vert de gris; — Diverses préparaiions de fer; — L'arsenic ; — Le muriate de baryte ; — L'eau pure pour toute nourriture.
La saignée , recommandée par Fearon , paroît destinée à prévenir le cancer ou à ralentir sa marche, plutôt qu'aie guérir, lorsqu'il est bien caractérisé.
DES MALADIES CANCEREUSES. 6o5
Le lézard gris n'a point paru réussir en France ; il est probable que l'espèce qui a été mise en usage dans le Mexique n'est pas celle que nous avons en France, et d'ailleurs les observations qu'on a citées peuvent n'être pas exactes.
L'extrait de ciguë paroît avoir guéri des maladies qui se présentoient sous l'apparence du cancer plutôt que de vrais cancers. Il n'a pas réussi en France, et il paroît ne pas être fort employé actuellement même à Vienne, comme moyen curatif efficace.
La belladone n'a pas obtenu des succès bien nombreux ni suffisamment constatés.
Il en est de même de l'usage interne du phellandrium aquaticum, et de la digitale pourprée.
La carotte a réussi contre les dartres et prévenu le cancer plutôt qu'elle ne l'a guéri.
L'oxide d'or n'a réussi que contre des engorgemens utérins ; il n'a encore été employé que par très-peu de médecins, et il est probable que les maladies dans lesquelles il peut être utile, sont plutôt des phlegmasies chroniques de la matrice que des squirrhes ou des cancers.
Le sublimé corrosif a guéri des maladies cancériformes plutôt que des maladies squirrlieuses.
Le vert de gris n'a pas soutenu un examen impartial , il semble cependant avoir obtenu un succès plus décidé que les autres moyens, mais c'est seulement contre le cancer cutané qu'il a paru réussir.
Les préparations de fer, l'usage interne de l'arsenic, le muriate de baryte, n'ont pas même obtenu une réputation éphémère.
6o6 TRAITEMENT
L'eau pure prise pour tonte nourriture a été prônée par la prévention plulôt que d'après des résultats décisifs.
De sorte que parmi les moyens employés jusqu'ici il n'en est aucun qui puisse inspirer quelque confiance.
Si nous parcourons les moyens employés pour guérir le cancer par un effet local, abstraction faite de l'influence de ces moyens sur toute l'économie, nous trouverons que [)armi les moyens locaux dont on a vanté l'usage , il n'en est aucun qui guérisse le cancer. Ceux qr.i ont réussi ont enlevé le cancercomme on l'v'înlèvepar l'extirpation. Aucun ne l'a guéri par ses propriétés médicamenteuses.
Ces moyens sont : L'extirpation; — La gangrène ; — Le cautère acluel ; — Le feu solaire; — L'arsenic ; — Le sublimé corrosif; — Quelques préparations de fer; — L'oxide de plomb; — L'électricité ; — La suie ; — L'orpin brûlant ; — La carotte ; — Et quelques autres moyens.
L'extirpation enlève la maladie locale, elle ne peut pas Être mise en usage dans tous les cas; elle ne prévient pasles récidives.
La gangrène n'a pas plus d'avantage que l'extirpation ; elle fait courir des dangers plus grands, et on ne peut pas la déterminer à volonté.
Le cautère acluel ne réussit pas aussi sûrement que l'extirpalion , et fait souffrir au moins autant.
L'application des préparations arsenicales ne convient que dans les cancers cutanés et dans des végétations cancéreuses consécutives placées tout-à-fait à la surface du corps, elle n'agit peut-être qu'en détruisant les parties affectées de cancer.
La suie n'a agi qu'en déterminant la gangrène, et elle la délermineroil rarement.
lien a été de même du laudanum liquide, si Tobservation qu'on a cilée est exacte.
Le sédum acre compte encore un petit nombre de succès , et cela seulement dans des cancers cutanés.
La carotte paroit réussir à prévenir le cancer du sein produit par les dartres, et à guérir certains cancers cutanés plutôt qu'à guérir des tumeurs cancéreuses.
Le sublimé corrosif , les préparations de fer, l'oxide de plomb, rélectricilé, etc., etc., n'ont pas même obtenu ime réputation passagère.
On n'a donc jusqu'à présent aucun moyen généra, ni local sur lequel on puisse compter pour guérir le cancer. Le traitement en usage se réduit à suivre le conseil de Lcr cat: btandire aut seca.
On ne sauroit donc trop engager les personnes profondément instruites à faire de nouveaux essais dans le traitement des mal'adies cancéreuses. Ces tentatives dirigées avec prudence, ne peuvent pas devenir nuisibles aux malades. On ne les feroit que dans les cas où la maladie est placée de telle manière , ou tellement avancée que les secours qu'on peut administrer dans l'état actuel seroient tout à-fait insufïïsans.
Celui qui exposeroit la vie des malades pour s'instruire, pour se faire un nom, ou pour constater les effets d'un nouveau médicament, mériteroit sans doute l'aniaiadversion des gens de bien s'il faisoit de pareilles tentatives lorsque déjà l'art possède des moyens de guérir ces maladies , ou lorsque ces affections ne sont pas constamment mortelles si on les livre aux seules ressources de la nature.
Ainsi, les tumeurs fibreuses de la matrice formées^ dans l'abdomen , et donnant à cette partie im développement considérable, ne doivent pas être combattues par des inédicamens quand elles sont stationnaires, parce qu'elles peuvent souvent être portées pendant une longue suite
GoS TRAITEMliNT
d'années sans abréger la vie, et que d'ailleurs il est impossible que les médicamens internes puissent détruire une partie solide et fibreuse, accidentelle à la vérité, mais aussi ferme, aussi consistante, aussi vivante et aussi vivace queles parties qui entrent naturellement dans la structure du corps humain.
Mais, il n'en est pas de même du cancer; on ne peut le garder sans courir le plus grand danger. Les parties qu'il occupe et qu'il n'a pas encore détruites pourroienl être conservées, si on parvcnoit à guérir le cancer. Si on n'y parvient pas , le cancer détruit toutes les parties (pi'il avoisine.
Le volume et la consistance des tumeurs cancéreuses ne doivent pas nous faire déscs])érer de la possibilité de les guérir.
Lorsque la rate est devenue très-volumineuse à la suite de fièvres intermittentes; lorsque la matrice a pris un développement énorme pentlant la grossesse ,* si on dissèque ces parties avec soin , on voit qu'elles ne sont pas seulement engorgées, mais qu'elles ont réellement augmenté de volume en ne considérant que les parties solides. En lavant et desséciiant une pareille matrice, elle conserve une masse solide bien supérieure à la masse d'une matrice revenue à son état habituel.
La rate tuméfiée, la matrice développée reviennent cependant par la suite à leur volume naturel. Il en est de même de quelques engorgemens syphilitiques chroniques." après leur guérison, il n'en reste pas de trace.
La solidité des tumeurs cancéreuses , le volume qu'acquièrent certaines parties frappées de cancer, ne sont donc pas des preuves incontestables de l'impossibilité de guérir les maladies cancéreuses et même de voirrevenir àleur état naturel la plupart des organes qui ont été frappés de cancer. Je suis persuadé que le moyen à l'aide duquel on parviendra à guérir ce cancer sera un spécifique, car ce qui constitue
le caractère au cancer me paroîtia même lésion , modi» fiée dans les diverses espèces de cancers, mais absolument la même sons le rapport de ses apparences physiques , ou de ses effets morbifiques.
Les maladies syphilitiques se présentent sous des formes bien plus nombreuses que les maladies cancéreuses; mais tenant au même principe, elles cèdent au même médicament. Pourquoi n'en seroit-il pas de même des maladies cancéreuses, si elles tiennent aussi à un même principe, ce qui paroît très-probable?