‹ Traité des maladies cancéreusesChapitre 18 sur 121 · C.AXCER TIFS MAMET.TES. l · texte numérisé non relu

C.AXCER TIFS MAMET.TES. l

distinguer, penchnit la vie j les cancroïiles d'avec les caiirets coiiséciitifij.

Le tîiui^no.^tic des ulcères en ncroïMes et des cancers coiibécutifs des niaiiielles est si peu avancé , qu'il seioit très-possibîe que, dans la p'iiparr des cas , les ulcérations (iu\>n reo.irde C(^iiinie des cancers niaininaires survenus sai s squirrhe antécédent, ne fussent réellement point cancéreuses.

Article VI.

Causes du Cancer des mamelles.

Il ne s'agit point ici de la cause procliaine du cancer, ni de la disposition particulière, inconnue dans sanature , qui favorise la nai>sance des canceis , et que nous nonim >ns cilathèse cancéreuse ^ ou pins siniplement disposition au cancer. Nous traiterons ailleurs de la cause prochaine du cancer et de la dia thèse cancéreuse j nous ne nous occuperons ici que des causes occasionnelles du cancer des mamelles.

Les contusions produites par des coups , des chutes , des pressions , etc. , peuvent souvent i:ontribuer an développement d'une tumeur cancéreuse du sein chez les sujets prédisposés à cette maladie.

Les changemens qui s'opèrent dans toute l'économie vers l'âge de la cessation des règles, paroissent donner à la disposition cancéreuse une hien plus grande éneigiej aussi à cette époque les causes occasionnelles, les plus légères en apparence , sufïiseut-elles (quelquefois pour déterminer l'apparition d'une tumeur cancéreuse des mamelles. »

Les suppressions subites des règles , les engorgemens du seiu produits par quelque cause que ce suit, sont sou-

l86 CANCER DES MAMELLES.

Tent suivis , à cette mémo époque j de rappaiition d'une

induration cancéreuse.

Lesdivers principes morLifiques , etles vices spécifi(|ues qui existent chez les individus prédisposés an cancer^ peuvent contribuer aussi, lorsqu'ils portent leur action sur les mamelles , à favoriser la naissance des tumeurs cancéreuses du sem.

On doit encore ranger au nombre des causes occasionnelles du cancer des mamelles , les diverses maladies du sein qui peuvent simuler le cancer dans ses diveis degrés, et dont nous avons esquissé le tableau ci-dessus, art.4« Mais comment les coups , les chutes^ les contusions, les principes moibificjues non cancéreux, les engorgemens inflammatoires, liiitenx, etc., contribuent-ils à la production du cancer ? L'explication que nous pourrions donner de ce fait seroit conjecturale 5 mais le fait est in-^ contestable, il est prou\é par de nombreux exemples pub.iés par divers auteurs. Il nous paroît, en conséquence, qu'on ne doit jamais être parfaitement rassuré contre la crainte d'un cancer lorsqu'il y a une tumeur inflammatoire . aiguë ou cliroui(|ue, à la mamelle ou aux environs , quoique l'inflammation et le cancer soient deux maladies tout-à-fait différentes.

Quoiqu'il ne soit point prouvé que Pinflammation simple ait une tendance naturelle à se transformer en squirrbe et en cancer , il est certain du moins que des tumeurs qui d'abord étoient ou paroissoient inflammatoires , ont pris eusuile les caractères d un squirrhe indolent, puis du cancer occulte, et enfin du cancer ulcéré,

A la vérité , il est extrêmement probable qu'une pareille terminaison n'a lieu que chez des individus déjà prédisposés au cancer 5 il est également probable que l'inflammation ne devient pas un squirrhe , mais qu'elle favorise seulement son apparition , qu'elle contribue à

son développement, etcela seulement quand il y adéjà une prédisposition au cancer ; ensorle que , dans ces cas , l'iuflammation ne devient point la cause du cancer, comme la senaence devient la cause de la plante 5 mais elle contribue à son développement , comme la chaleur et l'humidité favorisent la germination d'une semence , qui sans leur secours n'auroit point levé et auroit même peut-être été détruite.

INIais , de quelque manière que l'inflammation contribua à la production et au développement du cancer au sein , il y a trop de faits qui prouvent que cette inflammation peutêtre suivie du cancer, pour qu'on ne doive pas, ainsi (jwe nous l'avons dit, avoir beaucoup d'inquiétude sur l'issue d'une tumeur glanduleuse, ou autre, développée sur cette partie , lors même qu'on seroit assuré que cette tumeur est une simple phlegmasie chronique. Il y a seulement une grande différence relativement à la conduite qu'il convient de tenir. Car l'on ne doit jamais désespérer de la résolution de la phlegmasie chronique : si après l'avoir tentée en vain on se détermine à extirper la tmneur, on peut compter sur une guérison parfaite, pourvu que la dissection de cette tumeur montre qu'elle étoit dans un état de simple phlegmasie 5 tandis qu'on ne doit jamais être rassuré complètement sur l'avenir, lorsque la dissection a montré que la tumeur extirpée étoit squirrheuse , parce que très-souvent le cancer n^est pas seulement une maladie locale, mais bien une ma-" ladie constitutionnelle.

Tout ce que nous venons de dire de l'inflammation , nous le dirons aussi des autres maladies non cancéreuses des mamelles , parce que toutes peuvent être suivies d'un cancer du sein. On trouve dans Fabrice de HiJrlen (1)

(i) Cent. 2 j obs. ^8,

l88 CANCER DES MAMELLES,

deux exemples de cancers qui se sont développés à la suite de tunrieurs laiteuses. Nous pourrions citer aussi des exemples de cancers survenus à la suite de chacune des nialadies mentionnées ci-dessus , art. 4*

Les diverses causes occasionnelles qui peuvent contribuer à faire naître le cancer du sein chez les individus prédisposés à cette maladie j peuvent aussi , en irritant un cancer qui étoit dans un état de squirrhe indolent , le faire passer à Fétat de squirrhe douloureux , et accélérer ainsi la marche d'une maladie cancéreuse. Cette proposition est encore fondée sur une multitude de faits consignés dans les auteurs.

Les chagrins profonds , la violation des règles de l'hygiène n'étant point des causes plus spéciales du cancer du sein que des autres maladies cancéreuses j nous ne nous en occuperons pas ici. ^

ApcTicle vil

Traitement du Cancer des mamelles.

Le traitement du cancer des mamelles est jusqu'ici très-peu satisfaisant : aucun spécifique connu ^ aucune méthode empirique devenue rationnelle par une connoissance exacte de son emploi et de ses modifications^ ne peuvent être mis en usage avec succès. Tout se, réduit à combattre les causes occasionnelles de la maladie et celles qui peuvent accélérer sa marche , à déterminer les cas où il convient d'extirper la dégénération locale 5 à prendre des précautions contre la récidive de la tumeur cancéreuse lorsqu'elle a été extirpée j et enfin , dans les cas où la partie dégénérée ne peut pas être enlevée , on ne tente point la guérison , on ne cherche qu'à prolonger les jours des tristes victimes du cancer ^ et à diminuer

leurs souffrances en combattant les effets de la maladie. Malheureusement , sous ces divçrs rapports , les notions que la médecine a acquises sont extrêmement bornées 5 incertaines, et peut*être même en partie illusoires. Nous les exposerons ici avec franchise, sans chercher à exagérer les ressources de Part, ou son impuissance, Nous diviserons en quatre paragraphes ce qui concerne le traitement du cancer. Le premier renfermera ce qui . concerne le traitement préservati'f du cancer 5 dans le deuxième j nous parlerons du traitement curatif : dans îe troisième, nous exposerons ce qui a trait à Popération 5 dans le quatrième j nous indiquerons le traitement palhatif des cancers que rien n^a pu guérir.

§. 1". Traitement préservatif du Cancer des mamelles.

Que nous reste-t-il à dire du traitement préservatif da cancer des mamelles ? S'il est vrai , comme on rCen. saiiroit douter, que les phlegmasies chroniques du sein j de même que les engorgêinens sanguins , scrophuleux ^ laiteux , arthritiques , dartreux et autres (art. 4) 5 peuvent donner naissance au cancer (art. 6), n'avons -no us pas enseigné à prévenir cette dernière maladie , lorsque nous avons indiqué les moyens de guérir ces phlegmasies chroniques et ces diverses espèces d'engorgemens ? Si Poa nous objecte qu'un grand nombre de tumeurs cancéreuses ne commencent point par une phlegmasie chronique , ou par une des maladies désignées art. 4 ? nous répondrons que ces tumeurs sont alors cancéreuses dès leur principe , et qu'en jes traitant , supposé qu'on les reconnoisse , on ne se propose point de prévenir un cancer, puisque le cancer existe déjà. La nature de la tumeur est-elle douteuse , nous avons dit ( art. 4 9 résumé n°. 5) de quelle manière on doit se conduire pour la traiter le plus convenablement.

iCp CAÎNCFTI DES MA!\:ELÏ.ES.

La guérison des twiiisurs non cancéreuses est en effet très avantageuse ponç combattre une ou plusieurs caubes occasionnelles du cancer , mais combattre y et même tlétruire dans quelques cas une affection qui peut devenir la cause occasionnelle d'une maladie j ce n'est pas connoître un moyen de préserver de cette maladie.

Les moyens préservatifs du cancer du sein doivent donc être aussi variés que les causes occasionnelles de cette maladie j et même en combattant avec efEcacité ces causes occasionnelles j on ne préserveroit du cancec que les individus chez lesquels^ sans ces causes occasionnelles 5 le cancer ne se seroit point manifesté.

Pour prévenir le cancer du sein , il faudroit détruire le principe cancéreux s'il y en a un j ou raptitude à la dégénération cancéieuse s'il n'y a pas de principe cancéreux. Cette aptitude ^ que nous nommons prédisposition cancéreuse (art. 6), suffit pour qu'il se forme des tumeurs cancéreuses dont il seroit impossible d^indiquer nettement 5 et sans préoccupation ^ la cause occasionnelle 5 et ces tumeurs cancéreuses parcourent leurs diverses périodes, sans qu'on puisse les résoudre fi aucune époque. Or , parmi les squirrbes du sein ^ il en est un trèsgrand nombre qui naissent sans cause occasionnelle : et parmi ceux auxquels une cause occasionnelle a donné naissance , il y en a peu qui ne soient suivis de la récidive d'une autre maladie de même nature lorsqu'on les a extirpés j ce qui nous fait présumer que la cause occasionnelle accélère seulement , dans la plupart des cas , Tapparition du squirrlie qui auroit paru un peu plus tard.

Au reste , comme il est très-probable que la prédisposition cancéreuse reste souvent inerte , lorsqu'aucune cause occasionnelle ne lui donne un nouveau degré d'activité j on peut présumer j avec quelque fondement , qu8

CANCER DES .MAMELLES. igi

certains individus sont en effet préservés dn cancer des mamelles, lorsqu'on a détruit les causes occasionnelles internes ou externes qui pouvoient favoriser le développement d'un cancer du sein 5 nous pensons donc c^mW est très-important de combattre ces causes occasionnelles, et de traiter convenablement les maladies des mamelles qui, en lésant ces organes, tendroient à y faire naître une dé"énération cancéreuse. On diminue ainsi les chances de la maladie , on éloigne le danger, on le prévient peutêtre quelquefois 5 mais affirmer bardiraent'dans ces matières obscures , c'est aller au-delà de nos connoissances et s'exposer à répandre de nouvelles erreurs.

Nous n'entrerons pas ici dans le détail de toutes les causes occasionuelles capables de contribuer au développement des squirrbes cancéreux du sein j nous en avons parlé dans Part. 4? en traitant des maladies des mamelles qui peuvent simuler le cancer du sein et devenir des causes occasionnelles de cette maladie 5 nous avons fait mention des moyens de combattre ces maladies ^ nous ne reviendrons pas sur ce sujet.

Mais il y a plusieurs principes morbifîqnes qui peuvent, dans quelques cas , favoriser le développement du cancer : tels sont le vice scrophuleux, la disposition arthritique ou rhumatismale, le vice dartreux , etc., et peut-être quelques autres vices particuliers. Certaines dispositions morbifiques , certains changemens physiologiques peuvent aussi produire des effets analogues 5 ainsi la pléthore générale ou locale, la suppression des règles, leur dérangement accidentel y les troubles déterminés dans toute l'économie, et particulièrement aux mamelles, par l^age critique, et une foule d'autres circonstances , peuvent contribuer puissammeut à faire développer les tumeurs cancéreuses , sans faire naître d'abord des engorgemens de nature non cancéreuse. On doit y par les

ig2 CANCER DES MAMELLES.

moyens indiqués dans ces diverses circonstances , combattre la cause occa^ioîmelle dont on. craint la funeste influence : nous ne parierons pas ici de ces moyens , dont le nombre est anssi varié que celui de ces causes occasionnelles, qu'il suffit d'indiquer 5 mais, nous le répétons, en combattant toutes ces causes occasionnelles , on remplit un devoir rigoureux , on se conduit avec sagesse , et cependant on n'a aucime certitude de prévenir le cancer

du sein.

Lorsqu'il existe dans une mamelle une tumeur cancéreuse j indolente ou douioiireuse , non ulcérée ou déjà ulcérée j si'irveniie spontanément ou à la suite d'une cause occasionnelle , on retarde la niaiche de la maladie en combattant, comme nous venons de le dire, les causes occasionnelles et les dispositions rnorbifi({ues qui peuvent contribuer à faire développer le cancer, et qui indubitablement accélèrent la marche de la maladie lorsque déjà elle est caractérisée.

Quelques femmes arrivées à l'époque critique , ou dont les règles ont été accidentellemeitt supprimées, ont une tumeur cancéreuse indolente dans le sein 5 d'autres y ont une tumeur non cancéreuse , un engorgement sanguin , etc. Hippocrate (1), Galien , de Houppeville (2) , et en dernier lieu Huffeland , ont conseillé une méthode de traitement très-rationnelle dans ces divers cas et dans ceux où la menstruation a éprouvé quelque dérangement sans être entièrement supprimée.

ce Les indications (3) de la Méthode Thérapeutique de

(i) Traité des Maladies des Jeninies ^ inséré dans la collectioci des Œuvres d' Hippocrate.

(2) La Guérison du Cancer ^ pag. 166.

(3) Recueil Périodique de la Société de Médecine , t. XXYIII, pag. 221,

CANeER DES Mamelles. ig5

Hufeland, sont, i°. de faire diversion à la tendance des humeurs vers les mamelles; 2°. de combattre la pléthore locale établie sur ces parties; 5°. de modérer en conséquence la sensibilité exaltée de ces organes. Lorsque après la cessation de la menstruation il existe des sqnirrhosités anciennes ou récentes au sein , et que ces sqnirrhosités deviennent douloureuses, il prescrit une saignée (celle du pied seroit d'abord préférable ). Il ordonne ensuite des sangsues sur le lieu même de la douleur^ et il fait appliquer sur la tumeur des compresses imbibées du mélange suivant :

Prenez eau de roses «. . f iv.

extrait de Saturne 5 p»

teintvire d^opium 5 p.

» A ces moyens il joint un exutoire au bras du côté malade; l'usage des deux gros de crème de tartre, prise tous les malins, durant les époques présumées de la menstruation, et un régime approprié. »

Mais comme les tumeurs des mamelles, qui, à l'âge critique, existent depuis un certain temps, sont presque toujours squirrheuses, il arrive ordinairement que, malgré tous ces moyens , elles augmentent de volume et bientôt il y survient des douleurs lancinantes. La maladie est alors arrivée à son troisième degré : on ne peut plus ramener le squirrhe à l'état de crudité. Si on veut préserver les malades d'une mort certaine, on est forcé d'en venir à l'opération , lorsque rien ne s'y oppose d'ailleurs. Non -seulement on ne guérit point les cancers commençans, mais encore on ne peut pas toujours empêcher un engorgement survenu par une forte contusion, ou par une autre cause accidentelle , de passer à l'état de cancer ulcéré, surtout vers l'époque de la cessation absolue des règles. Quant à cette disposition intérieure ,

inconnue dans son essence , mais bien constatée par ses I. i5

effets, de laquelle il résulte qu'une phlegmasie chronique du sein , ou toute autre espèce de tumeur, dégénère en cancer chez certaines femmes, quelque chose qvi'on fasse pour s'y opposer, tandis que chez d'autres ces mêmes tumeurs auraient fini par se résoudre; c'est une question qui appartient à l'histoire générale des maladies cancéreuses. Nous en traiterons dans la troisième partie de cet ouvrage.

Nous n'entreprendrons pas de passer en revue tous les moyens qu'on a proposés avec plus ou moins d'assurance pour prévenir le cancer du sein. Plusieurs auteurs nous avaient fait espérer qu'on pourroit fréquemment prévenir cette maladie; M. Piobert (i) nous assure qu'on le peut toujours. Nous applaudissons avix vues philantropiques de ceux qui nous ont fait part du résultat de leurs méditations à ce sujet, et qui au lieu de rembrunir le tableau de cette épouvantable maladie , font couronné des rayons de l* espérance (2) , nous félicitons ceux qui, eu publiant des observations sur le cancer, n'ont point voulu attacher leur nom à des tables nécrologiques (5); nous mettrions un grand prix à les imiter, et surtout nous désirerions pouvoir compter sur les moyens qu'ils nous proposent pour guérir toutes les tumeurs indolentes des mamelles; nous célébrerions avec satisfaction une découverte aussi rassurante pour l'espèce humaine, et aussi honorable pour la médecine; mais jusqu'ici on nous a fait à cet égard des promesses pompeuses , et l'expérience n'a point sanctionné l'efïicacité des moyens préservatifs qu'on a tant préconisés. A la vérité , toutes les personnes qui ont reçu une contusion au sein n'ont pas

(1) UArt de prévenir le cancer.

(2) Ibid. , pag. 53.

(3) Ibid,

CANCER DES MAMELLES. igS

une naaiaclie cancéreuse à la suite de cet accident ^ et toutes les tumeurs indolentes du sein ne deviennent pas des cancers ulcérés; il eu est même plusieurs qu'on parvient à résoudre ; mais tout cela ne prouve point qu'on ait guéri des cancers commençans, ni qu'on possède V art de prévenir le cancer. Les espérances que ces cures ont fait concevoir ne sont fondées que sur des erreurs de diagnostic. Il est facile, d'après ce que nous avons dit (art. 4)5 concernant les maladies qui simulent le cancer dans ses premiers degrés , de remonter à la source de ces erreurs, et de comprendre comment elles ont conduit à des conclusions inexactes. Quelques médecins ayant à traiter des tumeurs des mamelles qui ressembloient à des squirrhes ( art. 1*» de ce chapitre, et I'^ partie, cliap. 1" ) , et qui n^étoient pas de la même nature, sont parvenus à les guérir. Si parfois ils ont rencontré des squirrhes, qui, rebelles à leur traitement, ont fini par dégénérer en cancers ulcérés; au lieu d'en inférer que leur traitement avoit été inutile ou nuisible , ils ont mieux aimé croire , forts de leur expérience antérieure, que ce traitement avoit été commencé trop tard, ou qu'il n'avoit pas été suivi avec assez d'exactitude. C'est ainsi que le docteur Fearon se flatloit de prévenir le cancer au sein par des saignées et des applications réitérées de sangsues. C'est de la même manière que d'autres médecins , également trompés par les apparences , et confondant sous le nom de squirrlie toutes les indurations chroniques du sein , ont cru pouvoir guérir toutes ces tumeurs , et prévenir ainsi les cancers par l'usage de certaines substances ordinairement amères et toniques , auxquelles ils attribuoient la vertu de purifier les humeurs ; et d'autres fois , par différons remèdes pris dans la classe des fondans, qui paroissent agir en entretenant une excitation habituelle

§ur les membranes muqueuses des voies alimentaires , et

196 CAHCtfe DES MiMEItES.

sur la plupart des organes de la digestion. Sans doute, de pareils traitemens ont dû réussir, et réussissent encore dans bien des cas, puisque nous avons vu (art. 4) qu'il est des tumeurs du sein dépendantes d'une phlegmasic chronique, d'un engorgement sanguin , du vice scrophuleux, ou de quelques autres causes qui ne demandent, pour se résoudre, que l'emploi bien dirigé des évacuations sanguines, des antiphlogistiques, des toniques, des amers, des purgatifs , des révulsifs , etc. ; mais aucun fait ne prouve qu'on puisse guérir de celte manière les tumeurs vraiment squirrheuses (I" partie, chap. i" , et introduction , chapitre II ) : c'est là pourtant ce que prétendent ceux qui croient avoir des moyens pour préserver du cancer toutes les femmes qui ont dans le sein des tumeurs dures et indolentes. L'anatomie pathologique prouve jusqu'à l'évidence , que parmi ces tumeurs dures et indolentes, il en est qui ont absolument la même structure que la base du cancer ulcéré des mamelles : ce sont précisément celles que nous désignons sous le nona de squirrlie , et nous sommes bien convaincus que si elles ne restent point stationnaires , elles doivent tôt ou tard passer à l'état de cancer ulcéré , de quelque manière qu'on s'y prenne pour les traiter.

En résumé , le traitement préservatif du cancer au sein se réduit à combattre , par les moyens les plus convenables , un certain nombre de maladies qui ne sont point cancéreuses , mais qui peuvent le devenir. Ces maladies n'étant pas toutes de la même nature , ou , si Ton veut, ne tenant pas toutes à la même disposition intérieure , n'exigent pas toutes les mêmes remèdes. Nous les avons signalées aussi bien que nous l'avons pu ( art. 4 )-> et nous avons indiqué les bases du traitement qui nous paroît convenir le mieux à chacune d'elles. Si on veut de plus amples détails à ce sujets mi pourra en chercher

CaKCER des MjLMELLIS, îgy

dans les ouvrages qui ti ail eut spécialement des maladies des femmes. On pourra également mettre à profit ce que l'expérience a appris concernant Tefficacité de certains moyens propres à guérir les squirrhes du sein ( III* partie ); mais au lieu d'appliquer ces méthodes à toutes les tumeurs dures et indolentes, indistinctement, on reconnoîtra des cas où la plupart d'entr'elles ne sauroient convenir.

Toutes les fois qu'une tumeur dure et indolente n'a point de caractère bien déterminé, on peut commencer par lui appliquer le traitement des phlegmasies chroniques (art. 4? du §. 1" au §• 5 ), et continuer ce même traitement jusqu'à parfaite guérison, s'il produit de bons effets. Dans le cas contraire, il faut en venir au traitement des autres espèces de tumeurs ( art. 4 ? du §. 6 au §. 12). Si l'on ne réussit pas davantage, on peut alors essayer, avec prudence , quelques uns de ces traitemens empiriques qui paroissent avoir guéri des tumeurs qui présentoient les mêmes apparences extérieures que le squirrhe.

Lorsqu'une tumeur du sein a résisté pendant un certain temps à ces diverses méthodes employées l'une après l'autre , ou combinées et modifiées suivant une foule de circonstances individuelles , on doit renoncer à l'espérance d'en procurer la résolution, et s'abstenir désormais de fatiguer une personne, d'ailleurs bien portante, par des remèdes, dont le moindre inconvénient seroit l'inutilité. Il ne reste alors que deux partis à prendre : extirper la tumeur avec l'instrument tranchant , ou n'y rien faire du tout. Si quelques raisons dont nous parlerons bientôt ( sect. 2 ) , détournent d'entreprendre l'opération , ou obligent de la dififérer quelque temps , on se contentera de prescrire un régime adoucissant et convenable à la constitution de l'individu ; on lui conseillera

XgS CANCER DES MAMELLES.

de porter sur le sein une peau de cygne, ou quelque chose d'analogue , et de garantir cette partie de toute espèce de froissement ou de contusion; en un mot, on éloignera autant que possible toutes les causes d'irritation 5 soit internes , soit externes ; car il ne faut jamais oublier que ces causes sont capables de provoquer la dégénération cancéreuse, pour peu que le sujet y soit disposé 9 ou d'accélérer les progrès de cette dégénération , si déjà elle existe.

Tant que la tumeur est absolument indolente , il reste encore quelques doutes sur sa nature ( art. 5. ), même après tous les essais dont nous venons de parler. En effet, une pareille tumeur peut bien être squirrheuse, quoiqu'elle soit indolente ; mais elle peut aussi être fibreuse ou enkystée (art. 4? S* ^^ ^* §• '4)j et dans cette dernière supposition elle ne causera jamais d'autre incommodité que celle qui pourra résulter de son volume. Au reste, cette alternative n'est pas un motif suffisant pour détourner de l'opération; il vaut mieux encore, dans l'incertitude, extirper une tumeur non squirrheuse, que de laisser une femme exposée aux terribles suites d'une tumeur cancéreuse. Cela vaut d'autant mieux , qu'une tumeur fibreuse ou enkystée, ou de toute autre nature, peut, à la longue, par l'irritation qu'elle détermine dans les parties molles, devenir la cause occasionnelle d'un cancer ( art. 6).

Enfin , si la tumeur sur laquelle il restoit encore quelques doutes , devient le siège de douleurs lancinantes ( art. 5 , n" lo), et que cependant elle soit toujours insensible à la pression, on prononcera sans hésiter qu'elle est de nature cancéreuse. Il ne s'agit plus alors de prévenir le cancer , puisqu'on a la certitude qu'il existe ; il faut désormais songer à le guérir si on le peut, ou en d'autres termes, s'occuper du traitement curatif.

§. II. Traitement curatif du cancer des mamelles.

Une tumeur squirr lieuse, dans le sens que nous avons attaché à ce mot, c'est-à-dire une tumeur dont la structure intime est la même que celle de la base du cancer squirrlieux [V" partie, chap. II) «est- elle susceptible de résolution ? Yoici ce que dit à ce sujet Alexandre Monro , l'un des hommes qui ont le mieux connu les maladies cancéreuses : « Jd conviens que la résolution d'un cancer est une chose fort rare; mais ayant vu guérir deux tumeurs de cette nature , ou du moins que fat supposées telles , je ne voudrois pas nier absolument que cela ne fût possible» (1). Assurément il ne nous appartient pas d'assigner des bornes à la puissance de la nature, et sous ce rapport il serait peu philosophique de dire que la résolution d'un cancer est impossible; mais il suffit que nous n'en trouvions pas un seul exemple bien constaté parmi plusieurs milliers d'observations , pour que nous soyons en droit d'affirmer que cette terminaison du cancer n'est pas dans l'ordre des choses . et pour que nous devions nous conduire comme si elle était impossible. C'est d'ailleurs ainsi que nous raisonnons dans une infinité d'autres cas en médecine.

Quoi qu'il en puisse être de la possibilité de guérir un cancer squirrheux, sans intervertir les lois de la nature , tout ce que nous avons dit jusqu'ici du cancer a dû nous conduire nécessairement à cette fâcheuse conclusion, que le cancer est une maladie incurable de sa nature. En effet, qu'on le prenne dans son principe lorsqu'il est encore dans l'état de squirrhe indolent , on dans toute autre période, qu'il soit circonscrit dans un espace égala celui

(1) Essais de médecine d'Edimbourg , locn. V, art. 52, p. 5a4'

d'un pois , ou bien qu'il forme une tumeur d'un volume énorme avec un large ulcère , il n'est pas plus curable dans un cas que dans l'autre. Nous allons même plus loin , et nous ne craignons pas d'avancer que l'incurabilité est le caractère le plus général et le plus constant des maladies cancéreuses, quoiqu'il ne suffise pas pour les distinguer, parce que quelques maladies susceptibles de guérison présentent les mêmes sjmplômes physiologiques que les cancers, et que d'un autre côté plusieurs maladies organiques ne sont pas moins incurables que les dégénéralions cancéreuses. Mais, nous dira -t-on , Stork, Collins, Vanswieten , M. Gilbert, et beaucoup d'autres médecins non moins respectables , assurent avoir guéri ou vu guérir des cancers au sein , et non-seulement des cancers dans l'état de squirrhe indolent, mais encore des cancers occultes et des cancers ulcérés. Que conclure de là, sinon qu'on a pris pour cancéreuses des maladies qui ne l*étoient point, et qui étoient susceptibles de guérison ? Cette conclusion n'a rien qui doive surprendre , si l'on considère qu'avant les dernières découvertes de l'anatomie pathologique, nous n'avions aucun moyen sûr pour distinguer dans tous les cas une maladie cancéreuse d'avec une autre lésion organique.

Puisque nous regardons le cancer des mamelles comme une maladie incurable, il paraîtra peut-être surprenant que nous nous occupions de son traitement curatif. A cet égard, notre justification sera facile.

Nous savons que jusqu'ici on a enlevé des cancers , et qu'on a par ce moyen conservé les jours de quelques malades qui auraient succombé à une dégénération cancéreuse. Nous croyons que les tumeurs qui ont été guéries par résolution , de même que les ulcères des mamelles qui ont été cicatrisés sans qu'il restât au-dessous vuie induration sqnirrheuse- n'étoient pas des maladies

cancéreuses , et qu'il y a eu dans ces cas erreur de diagnostic : tel est notre avis. Mais nous sommes loin de nous croire infaillibles ; des praticiens d'un très-grand mérite ont été d'un avis différent du nôtre ; ils étoient plus instruits que nous ; si nous n'adoptons pas leurs opinions , c'est parce que nous sommes bien décidés à ne rien admettre sur l'autorité des hommes , tous sujets , comme nous, à l'erreur; or^ les raisons sur lesquelles ils se fondent ne nous paroissent pas solides. D'un autre côté, comme nous ne connaissons qu'un seul caractère qui établisse d'une manière infaillible l'existence du cancer, et que ce caractère est la structure intime de la dégénération, il nous est impossible de prouver qu'aucune des tumeurs qui ont été guéries n'avoit la même organisation que les cancers. En second lieu, lorsqu'on a dit avoir guéri des tumeurs d'abord indolentes , ensuite lancinantes, et enfin ulcérées, nous croyons qu'on avoit mal examiné la marche de la maladie , et qu'on a été induit en erreur par quelque circonstance qu'on n'a pas sufiisamment pesée; or, ce jugement que nous portons pourroit être faux, car si les faits ont été bien observés, toutes nos raisons sont illusoires : il est incontestable que ce qui est arrivé étoit possible (ab actu ad possibile valet conseqaentia).

D'ailleurs , on peut découvrir dans la suite le moyen de guérir les maladies cancéreuses. Qui oseroit assigner les bornes que la nature a prescrites à la possibilité de guérir les maladies? Ce qui n'a pas été découvert peut l'être un jour. Si on ne parvient pas à résoudre les tumeurs cancéreuses , il est au moins certain qu'on arrache à la mort certaines malades qui, abandonnées aux seules ressources de la nature, auroient péri d'un cancer dont on les a débarrassées. Il est incontestable que divers praticiens ont guéri des maladies qui présentoient les mêmes

symptômes que le cancer des mamelles. Ces faits, et les remarques que nous avons faites sur la difficulté du diagnostic des tumeurs des mamelles ( art. 5 ) , doivent nous porter à ne rien négliger de ce que la prudence permet de tenter pour résoudre les indurations aiguës ou chroniques du sein.

L'art doit tenter d'obtenir la terminaison des maladies, par les mêmes voies que suit la nature lorsqu'elle opère leur guérison. Or, les tumeurs des mamelles sont guéries par résolution lorsqu'elles disparoissent spontanément. Les cancers ulcérés , bien caractérisés , dont la nature a délivré quelques malades , ont été séparés des parties non cancéreuses par la gangrène qui a frappé de mort les parties cancéreuses qui se sont alors spontanément séparées des parties vivantes. L'art peut donc tenter de résoudre les tumeurs indolentes susceptibles de résolution. Il doit enlever celles qu'il ne peut pas résoudre et qui deviendroient funestes.

Nous allons examiner les circonstances qui permettent de tenter la résolution , celles qui détournent de recourir à l'extirpation de la tumeur qu'on ne peut résoudre ou cicatriser, et celles enfin qui engagent à entreprendre cette opération.

On peut établir comme une règle générale , que toutes les fois qu'il reste quelqu'in certitude sur le caractère d'une tumeur survenue aux mamelles , on doit chercher à obtenir sa résolution : et si la maladie est ulcérée , mais cependant d'une nature non évidemment cancéreuse , il est utile de la combattre par les moyens capables d'améliorer l'état de l'ulcère et d'en procurer la cicatrice. Ces moyens ont été indiqués dans le paragraphe précédent , et surtout dans l'article 4 de ce chapitre. On pourra encore 5 dans les cas où la maladie paroît évidemment cancéreuse, faire l'essai de quelques-uns des moyens qui,

CANCER DES MAMELLES. 2o5

d'après le témoignage de quelques praticiens instruits, ont guéri des maladies qui présentoient les mêmes apparences, et qui étoient aussi jugées cancéreuses. Nous parlerons de ces moyens dans la quatrième partie de cet ouvrage.

Dans les tentatives que l'on fait pour obtenir la résolulion d'une tumeur de la mamelle qui persiste depuis un grand nombre de mois, et qui est indolente, il faut agir avec la plus grande prudence. Cela devient encore bien plus nécessaire lorsque la tumeur paroit être un squirrhe cancéreux indolent ^ et que cependant on veut tenter quelque moyen pour s'assurer si elle est en effet impossible à résoudre.

On sait que presque toujours les applications que l'on fait sur les squirrhes indolens sont tout-à-fait ineffiOctces , et que lorsqu'elles produisent un effet marqué, elles font passer la tumeur de l'état de squirrhe indolent à celui de squirrhe douloureux , etc. Aussi , tous les grands praticiens, de tous les temps, ont-ils fortement recommandé de n'employer aucun topique sur les squirrhes confirmés et indolens. Vacher, chirurgien de Besançon, qui écrivoit en 1740? insiste particulièrement sur ce précepte.

Le seul moyen de délivrer les malades d'une tumeur contre laquelle l'art est impuissant, c'est d'en faire l'extirpation, s'il est possible.

Mais lorsqu'il s'agit de prendre un parti , relativement au cancer des mamelles , il se présente des difficultés bien autrement embarrassantes que la possibilité physique de l'amputation de la partie affectée. Il ne suffit donc pas de décider si l'amputation est possible, il faut encore savoir si elle est avantageuse , et si elle ne sera pas suiTie de la récidive. Nous entrerons dans tous les dé-

ao4 CANCER DES MAMELLES.

tails qui nous paroîtront pouvoir répandre quelque éclaircissement sur la décision de ces trois questions importantes.

Après avoir retranché une tumeur cancéreuse de la mamelle, on a vu très-souvent, au bout de quelques semaines, de quelques mois, ou de quelques années, un nouveau cancer se reproduire , soit dans l'endroit même où il existoit , soit dans quelqu'autre partie du corps, et sa marche a presque toujours été beaucoup plus rapide qu'elle ne Tétoit primitivement (i). Il semble que le vice cancéreux acquière un nouveau degré de violence , et qu'il se répande avec plus de furie dans toute l'économie animale aussitôt qu'on a retranché la partie dans laquelle il s'étoit fixé , et qui lui servoit en quelque sorte de pâture , suivant l'expression énergique des anciens.

Frappés de ces terribles résultats , plusieurs médecins célèbres de tous les temps ont avancé qu'il seroit plus avantageux de ne jamais entreprendre l'extirpation du cancer.Telle était la doctrine d'Hippocrate(2), deCelse(3), de Mercatus (4), etc. Triller, professeur de chirurgie à "Wittemberg , étoit convaincu , d'après une longue expérience , que l'opération étoit plus nuisible qu'utile à la plupart des personnes affeetées de cancer au sein (5).

On a même avancé qu'après l'opération , le cancer récidivoit toujours. Hippocrate l'insinue (6) , Celse l'assure

(i) yoyez, pour resplication de ce fait, l'article 3, §. lo de ce chapitre, et le §. 2, n° 29 de ce septième article.

(2) Aphor. 38, sect. 6.

(3) Dtf re mediea^ lib. 5, cap. xxviii.

(4) Decomm, mulier. affectionibus y Ub. i, cap. xTii.

(5) Denocivâ cane, invet, extirp, dissert, , Witlemberg, lySa.

(6) Loco citato.

casccr des mamelles. ao5

positivement (i), Monro est presque du même avis (a), et plusieurs praticiens célèbres ont adopté son opinion. D'un autre côté , si nous consultons sans prévention Texpérience de ceux qui nous ont [précédé . et les faits qui se passent chaque jour sous nos yeux, il est impossible de ne pas reconnoître que les auteurs qui conseillent de ne jamais entreprendre Textirpation du cancer, ont porté trop loin la défiance des ressources de la chirurgie, et que ceux qui ont assuré que le cancer se reproduisoit toujours se sont trompés. On a des exemples bien authentiques de guérison parfaite , sans récidive de la maladie, à la suite de l'opération du cancer, soit indolent, soit occulte, soit ulcéré. On en trouve un dans Fabrice de Hilden ( Cent. 5, obs. '87, ex. 5 , et Cent, 2, obs. 78. ). De Houppeville en a consigné quatre dans son ouvrage (5) ; on en trouve huit dans celui de Vacher (4) ; le mémoire de Ledran , consigné parmi ceux de l'Académie royale de chirurgie , offre cinq observations du même genre (5). Presque tous les praticiens qui ont opéré beaucoup de cancers ont vu des guérisons qui se sont soutenues constamment. « Il y a à-peu-près vingt- cinq ans, dit M. Deschamps (6), que j'ai opéré d'un cancer ulcéré depuis six mois , la concierge du château d'Iverly. La

(i) Loeo citato.

(2) Essais de médecine d'Edimbourg y tom. V, art. 5*2.

(3) La guérison du cancer au sein. Iloncn, 1690, chap. V, obs. i'% 2« , 5^ el 6^

{^) Dis sert, sur le cancer, pag. 119, i^(\ , 127, i54? ii57, l^o, 142 et 174.

(5) Méni. de CAcad. de chir., tom. III, pag. 20, obs. 19 et 20; pag. »6, obs. 21; pag. 35, obs. 25; pag. 4°* obs. 67.

(6) Reeueit périodique de la Société de Médecine de Paris^ tom. XXII, pag. 172.

malade jouissant depuis d'une très -bonne santé, a eu plusieurs enfans. »

Unzer ( Gazette Salutaire, lo mars 1791 ) amputa un squirrhe ulcéré qui pesoit huit livres , à une femme qui vivoit encore vingt-six ans après l'extirpation.

Lecot ( Journal de médecine, 1761, t. XIV, p. 268) a extirpé et guéri un cancer ulcéré , fongueux , avec glandes sous l'aisselle et carie d'une côle.

M. Genouville a opéré depuis cinq ans un squirrhe au sein, très - volumineux , et prêt à s'ulcérer, chez une femme qui, depuis cette opération, jouit d'une santé parfaite (octobre 1812 ).

Feu M. Sabattier avoit fait, avec succès, l'extirpation d'un cancer occulte assez volumineux : lorsque l'observation fut publiée (1), la femme qui en avoit été le sujet vivoit encore, et jouissoit d'une bonne santé depuis trentedeux ans que l'opération avoit été faite. A l'époque où celle femme avoit été opérée, son sein étoit fort gros , et les douleurs lancinantes qu'elle y ressentoit se renouveloient souvent. Le même auteur déclare que plusieurs autres malades qu'il a opérées depuis long-temps, vivent encore.

Nous connoissons nous-mêmes des femmes très -bien portantes, qui ont été opérées du cancer des mamelles depuis un assez grand nombre d'années.

Les faits que nous venons de rappeler sont encourageans, et nous pourrions en citer im bien plus grand nombre. Il faut cependant convenir que les exemples de guérison parfaite et soutenue sont fort rares, et ceux de la récidive de la maladie extrêmement communs. On les trouveroit bien plus communs encore, si on faisait l'ouverture du cadavre de toutes les femmes qui ont été opé-

(1) Médecine opératoire, i^^' édit., loin. Il, p. 555.

CàNCEE des MàMELLES. 20^

rées d'nn cancer , lorsqu'elles viennent à mourir d'une autre maladie. Parmi celles qu'on croit avoir été bien délivrées du cancer, l'expérience nous a prouvé qu'il en est qui meurent d'une maladie chronique véritablement cancéreuse. Les unes ont une tumeur cancéreuse au cerveau, d'autres un squirrlie du foie ou de l'estomac , et d'autres enfin une afifectiou de la même nature dans quelqu'autre partie.

Ces tristes suites de l'alTection cancéreuse ne doivent pas cependant toujours détourner de l'opération. Quand on n'éloigneroit le terme fatal que de six mois, ou d'un an, on auroit obtenu un grand avantage ; quelquefois on éloigne la mort de plusieurs années ; et dans quelques cas , la maladie paraissant tout -à-fait locale, on a obtenu des guérisons qui ont été radicales.

En supposant donc que, parmi les faits qui militent en faveur de l'opération , il se trouve quelques cas où l'on a extirpé des tumeurs qui n'étoient pas véritablement cancéreuses, dans le sens qu'on doit aujourd'hui attacher à ce mot; en supposant que dans quelques autres cas la maladie se soit reproduite dans quelque viscère où elle aura été méconnue, il est encore un assez grand nombre de guérisons parfaites qui se sont soutenues pendant longues années , quoiqu'on ne puisse raisonnablement élever aucun doute sur le Ciractère cancéreux de la tumeur qui a été retranchée ; et ces derniers cas nous paroissent assez nombreux pour qu'il ne faille point renoncer absolument à l'opération. Il importe donc de décider, d'après l'expérience , quel est le conseil qui doit être donné aux femmes qui ont une tumeur, contre nature, au sein , et de déterminer ce qu'on doit espérer ou craindre de l'opération dans les diverses périodes et dans les diverses variétés du cancer des mamelles, afin d'éviter autant que possible des opérations inutiles ou nuisibles ,

sans se priver (i*une ressource qui , dans certains cas, est inappréciable.

i\ Le médecin instruit ne conseillera jamais l'extirpation d'une tumeur dure et indolente, avant d'avoir essayé avec prudence les divers traitemens dont nous avons parlé à la fin de la première section de ce chapitre, afin d'acquérir, sinon la certitude, au moins de grandes probabilités de l'existence du squirrhe. Si ces principes éloient généralement admis, on ne verroit pas aussi souvent tourmenter, par une opération cruelle, de jeunes personnes bien portantes, pour quelque induration du sein qu'on ai^roit pu guérir par des moyens beaucoup plus doux. Nous sommes cependant bien éloignés de conseiller aux médecins de rester spectateurs oisifs, lorsqu'ils sont consultés dans des cas en apparence aussi légers. Nous pensons avec George Nesse Hill, qu'on ne doit pas se hâter trop d'en venir à l'opération ; mais ce praticien judicieux , après avoir montré combien l'art est quelquefois puissant pour résoudre les indurations indolentes du sein, ajoute (i): « Que Ton se garde bien de croire que mon intention est d'inspirer une fausse sëcurité aux personnes atteintes de tumeurs squirrheuses, et de les détourner d'avoir recours à temps à l'opération lorsqu'elle est devenue indispensable. » Les tumeurs véritablement squirrheuses ne se terminent jamais par la résolution .

2". Les signes caractéristiques des vrais cancers n'étant pas infaillibles ( art. 4 et 5), on peut s'être trompé relativement à la nature d'une tumeur du sein dont on a conseillé l'extirpation , soit que la maladie fût une simple induration , soit qu'elle présentât un ulcère bien caractérisé. En conséquence, on doit toujours, après

(i) Annales de Uttér. médic, ctrang.y tom. VIII . pag. 5 12.

CAISCER DUS MAMELLES. 20C)

ropération , examiner la structure intime de la tumeur qui a été enlevée , parce que l'anatomie pathologique est ia pierre de touche pour distinguer les tumeurs cancéreuses d'avec celles qui n'ont pas le même caractère. Si la dissection prouve que la maladie n'étoit pas cancéreuse, on peut être sans inquiétude sur les craintes d'une récidive j et lorsqu'on a cru devair extirper une tumeur qu'on ne regardoit point comme cancéreuse , si la dissection prouve qu^elle étoit cancéreuse, on ne doit rien négliger pour prévenir la récidive du cancer,

3**. Les indurations qui se forment dans les mamelles immédiatement après la cessation des règles j ou dans un âge beaucoup plus avancé , ne doivent pas toujours être extirpées, surtout lorsqu'elles sont stationnaires. On voit beaucoup de femmes , de tout âge , qui portent, sans inconvénient , des tumeurs stationnaires pendant un ^^rand nombre d'années sans en éprouver aucun accident (1)5 mais cela est plus ordinaire encore après Tâge critique.

Une demoiselle âgée de cinquante ans (2) vint prier Vacher de lui extirper une tumeur qui , depuis quatre années , lui étoit survenue dans le sein peu de temps après la cessation de ses règles. Sa tuiaaeur étoit du volume <l'une grosse noix , fort dure 5 mais elle ne lui causoit aucune douleur. Cet habile praticien la rassura , lui conseilla un régime doux et humectant, lui défendit d'appliquer aucun topique sur la tumeur 5 et comme cette malade étoit fort sanguine , il lui conseilla en outre de fréquentes saignées. A l'aide de ces moyens , la tumeur resta parfaitement stationnaire , et au bout d'environ dix-sept ans elle n'avoit fait aucun progrès sensible.

(i) Mcm. de VAcad. roy. de Chir. , t«m. III, pag. 20, obs. i5 ^ et p. 22 , obs. i6.

(2) Vacher, pag. 88.

Le même auteur dit, page 87, qu'il coiinoît plusieurs femmes, et surtout plusieurs religieuses, dont les mamelles renferment des squirrbes indolens depuis dix à douze années , auxquelles on ne fait d'autres remèdes que la saignée en temps convenable.

Nos recherches anatomiques nous ont appris que ces indurations du sein , qui restent si long-temps stationnaires , sont souvent dtà véritables squirrhes , mais que d^aulres fois ce sont des tumeurs fibreuses ou des indurations de toute autre nature peu formidables. On les trouve plus souvent chez les vieilles filles que chez les femmes qui ont eu des enfans.

4'^ Il y a des circonstances , heureusement fort rares ^ dans lesquelles il seroit dangereux , ce nous semble j d'entreprendre l'extirpation du squirrhe indolent , lors même que la médiocrité de son volume , sa situation et sa mobilité rendroient cette opération très-facile. Si, par exemple, la femme qui nous consulte pour une pareille tumeur, en avoit quelques autres dans diverses parties du corps 5 si cette même femme , née de parens cancéreux , avoit atteint sa quarantième année , et éprouvoit des dérangemens notsfbles dans la menstruation , ne seroit-ce point s'exposer à accélérer le développement de la diathèse cancéreuse , que d'extirper successivement toutes les tumeurs? Nous pensons que le mieux seroit, en pareil cas , de s'abstenir de toute opération , et de se borner au traitement palliatif, qui consiste , comme nous le dirons bientôt , dans un régime adoucissant , et dans l'éloignement de tontes les causes occasionnelles du cancer. L'expérience a prouvé que la diathèse cancéreuse, ou si l'on veut la disposition au cancer, peut exister pendant loiîgues années chez un individu , sans altérer sensiblement sa constitution , et que même le squirrhe indolent peut rester stalionnaiie jusqu'à ce que quelqu®-

CANCER DÏS MAÎMETLES. 211

transe d^initation extérieure vienne provoquer sa clégénération. Si d'ailleurs , malgré toutes les précautions , dans 1« cas dont il s'agit , les tumeurs sqnirrheuses dégénèrent proraptement en cancers ulcérés, le médecin n'aura pas de reproche à se faire. Il est certain que la maladie étoit dès le principe au-dessus de toutes les ressources de l'art, par la raison que nous ne connoissons pas de spécifique contre le vice cancéreux.

5°. Alexandre Monro, et plusieurs autres auteurs , ont conseillé de ne jamais extirper les squirrhes survenus sponfànément sans cause extérieure 5 car, disent-ils , ces sortes de squirrhes sont nécessairement produits par une diathèse cancéreuse dont les effets contniueront après l'opération 5 tandis qu'au contraire le squirrhe déternaine par une cause extérieure , est , dans le principe , uu «• maladie locale de laquelle résulte , au bout d'un certain temps , la diathèse générale. Mais est-il bien prouvé qu'une contusion , ou toute autre cause extérieure , puisse produire le cancer chez un individu qui n'a pas une disposition intérieure à cette maladie ? Nous avons de grandes raisons d'en douter, et ces raisons seront exposées avec quelques détails , lorsque nous traiterons des causes du cancer en général. Toutefois nous sommesloinde rejeter entièrement le précepte deMonro: il paroît constant que les cancers survenus spontanément sont , toutes choses égales d'ailleurs, plus sujets à récidive que ceux qui ont été déterminés par une cause extérieure. Cette différence ne tient peut-être qu'au degré d'intensité de la disposition au cancer, qui dans le premier cas a été suffisante pour produire le cancer , tandis <pie dans le second elle a eu besoin du secours d'un agent extérieur. M. Monlblanc (i) pense qu'on ne doit pas

(i) Actes de la Soc. de Mcd. de Montpellier, t. I , p. 10 et p. 20.

opérer le cancer du sein qni iiVst pas produit par un» cause externe, ou par un principe nioibifique non cancéreux. Il seroit ordinairement bien difficile de prendre un parti s'il étoit indispensable de suivre cet avis 5 car, comment être certain si un cancer existant n'a été produit que par un vice morbifique non cancéreux ?

6°. Lorsqu'il y a dans une mamelle une tumeur mobile , renittente , indolente et peu étendue , elle ne menace pas d'un dau2.er prochain , surtout lorsqu'elle est stationnaire. Il convient, à cette époque, d'examiner avec la plus scrupuleuse altenlionj quelle est sa naluié. Si, d'après son apparence et d'après les signes qu'elle présente, cette tumeur ne paroît appartenir à aiicinie des maladies décrites ci-dessus (art. 4) j si elle a résisté aux traitemens qu'on a cru devoir mettie en usage (art. ^, §. i*''. , résumé ) , on a tout lieu de croire qu'elle est squirrheuse , et que la malade ne peut en être délivrée que par l'opération , qui doit être conseillée s'il n'y a d^ailleurs aucune contre indication.

7°. M. Deschamps , chirurgien en chef de l'hôpital de la Chanté de Paris, dit que lorsqu'on extirpe de petites glandes isolées de la masse du sein, l'expérience prouve que le succès est assuré. Il ajoute (1) : ce Toutes les femmes auxquelles j'ai fait l'opération de ces sortes de glandes, ont guéri sans aucune récidive. Il est certain que, livrées à elles-mêmes , les onze douzièmes de ces glandes deviennent des cancers , et c'est assez pour se déterminer promptement à l'opération, n

En se décidant à enlever de prime abord toutes les petites tumeurs des mamelles qu'on rencontre, on se hâteroit sans doute beaucoup trop , et on enleveroit bien des tu-

(i) Recueil Périodique de la Société de Médecine de Paris, tom.jXXlI , pag. 169. ,

CANCtR DES 3IAMELT.es. î2 î D

meurs qui peuvent être guéries par la rcsolutiou : mais lorsqu'on a fait tontes les tentatives rationnelles pour résoudre une tumeur indolente du sein, qui persiste depuis plus de six mois , et qui piésente d'ailleurs tous les caractères du squirrhe indolent j il nous paroît très-utile d'en faire l'extirpation.

8°. Lorsque la tumeur, quoiqu'un peu volumineuse, et formée, selon toutes les app^arences, par la tuméfaction d'une partie de la glande mammaire, est unique , mobile y indolente , survenue à la suite d'une cause externe, chez une femme jeune , bien réolée^ d'une bonne constitution , née de parens qui ont été exempts de maladies cancéreuses , on a toutes les chances faTorables qu'on peut désirer pour le succès de l'opération : on ne sauroit y procéder trop promplement, dès que le caractère squirrheux et incurable est bien constaté. On ne peut pas être parfaitement certain que la maladie ne récidivera point 5 mais on a la certitude d'avoir fait tout ce qui convenoit pour empêcher ses ravages , et même pour s'opposer à la récidive 5 car il paroît que les récidives sont d'autant plus probables , qu'on s'est déterminé plus tard à l'opération. 9°. Ce n'est point précisément pour prévenir le développement de la diathèse cancéreuse qu^il convient d'extirper un squirrhe indolent 5 car malgré cette opération , la diathèse cancéreuse ne se développe que trop souvent par la suite. Mais voici une raison qui me semble décisive pour procéder à l'extirpation des tumeurs squirrheuses encore peu volumineuses. On sait que lorsqu'un squirrhe est formé , il ne se termine point par résolution : en continuant à se développer , il transforme en induration squirrheuse les parties voisines ^ il tend à s'ulcérer et à propager la maladie dans tous ses alentours 5 s'il reste dans un état stationnaiie , il ne nuit point •, mais tout ce qui tend à y réveiller q^uelqu'ac-

2 î i- CANCER DES MAMELÎ.ES.

tion 5 tend à le développer et à le faire ulcérer 5 fes approches des règles j un coup ^ une inflammation accidentelle du sein , la cessation des règles y une infinité de circonstances qu'il est impossible de prévoir et d'empêcher j peuvent déterminer nne action dai]s cette tumeur «quirrhense : on voit alors la maladie faire des pro2.''ès rapides. En l'extirpant à cette dernière époque j on n'a pas y à beaucoup près j les mêmes chances de guérisou r|ue si on avoit procédé plutôt à cette opération , d'autant mieux qu'il est impossible de savoir jusqu^à quel point les douleurs qui ont été réveillées^ les terreurs qui précèdent une opération plus effrayante , et peut-être la propagation de la diathèse cancéreuse , out augmenté les chau.ces d'une prompte récidive . ou diminué celles d'une guérison radicale.

10°. L'espoir du succès est d'autant plus grand que la malade est plus jeune , moins irritable et pUis grasse. Il est à désirer aussi fju'aucune femn»e de sa famille n'ait été affectée de cancer , ce qui ne rend cependant pas la guérison impossible par l'opération , comme o^n peut le voir par l'exemple que cite Ledran (1).

11°. Quand il a été impossible de découvrir la véritable-nature d'une ti.meur, nial^ié les perquisitions et les traitenjens déjà indiqués ( n°. 1 ), quels que soient le volume et la fo:ine de cette tumeur dont le caractèie est douteux, il est b<;u de se conduire comme si elle étoit squnrheuse. Il y a peu d'inconvénient à extirper une tumeur inflammatoire ou fibreuse: il est dangereux de laisser un squiiihe. D'ailleurs j les tumeurs non squirrheuses, lors même qu'elles ne deviendroient jamais squiirheuses j sont une cause d'irritation p^ermanente

(i) Mémoire .nir le Cancer ^ obs. 25. Mémoires de V A-cadéinie f tora. m , pag. 35.

CANCER DES MAMELLES. J2l5

qui peut dans la suite faire développer un squinlie dans l'organe où elles siègent. 11 est donc avantageux d'extirper une tumeur cancéieuse encore indolente, parce cjue cela peut éloigner beauconp Fépoque ou un nouveau squnihe pourra nienaceples jours de la malade. Enfin , on aura soin , après l'opération , de disséquer Ja tumeur, comme nous l'avons dit ci- dessus. Cet examen est important pour décider ce qu'on doit craindre ou espérer par la suite , et il fournit des lumières sur le traitement qui doit être prescrit.

12°. Tant que la tumeur est indolente, on n'a pas nrie certitude absolue qu'elle soit cancéreuse , de sorte que l'opéiation ne peut pas être assez urgente pour qu'on .doive y procéder sans avoir cherché préalablement à résoudre la tumeur. Mais lorsque le squirrhe commence à faire ressentir de loin à loin des élancemens douloureux , il n'y a plus de temps à perdre pour prendre un© décision : le caractère de la tumeur n'est que trop certain 5 les praticiens les plus opposés à l'opération , ne pensent pas que si elle doit être faite elle puisse être alors différée. Ou n'hésite pas lorsque la maladie a été la suite d'une cause externe.

Alexandre Monro , qui comptoit très-peu sur les bons rfïéts de l'opération , s'explique clairement à ce sujet (i) : ce Si f dit-il , à l'occasion d'un coup ou de telle autre cause externe , il survient nn cancer occulte à une jeune personne qui se porte bien , l'espérance qu''elle n'aura pas de rechute nous détermine à lui en faire l'extirpation. 3)

Lors même que la tumeur n'a pas été produite évidemment par une cause externe , et qu'elle est volumineuse et accompagnée de douleurs lancinantes , on peut

(i) Essais de Médecine d'Edimbourg- , lora. V, art. Ss , p. 5og ,

21 B CA^T-ER ÛFS MAMELf.ÉS»

encore Popérer si elle est mobile , et si les glandes qui s'étendent sous l'aisselle sont encore saines. A la vérité, on a toujours lieu de craindre une récidive j mais on peut espérer qu'elle ne sera pas imminente , surtout si la malade est grasse ^ et si elle n'est pas arrivée à l'époque de la prochaine cessation du flux menstruel. Dans ce dernier cas , le danger d'une récidive est plus grand , mais il n'est pas suffisant pour détourner d'une opération qui , bien qu'incertaine , laisse du moins quelque espoir de sauver ou de prolonger la vie. M. Deschamps, qui ne compte pas beaucoup sur la réussite de l'opération dans les cas de cancer occulte ^ pense ce qu'on aura lieu d'en espérer un succès favorable si les douleurs soni récentes (i) 5 si la tumeur , quelqu'ancienne qu^elle soit, n'a pas fait de grands progrès ou des progrès rapides 5. s'il n'y a point de glandes engorgées dans le creux de l'aisselle 5 si par un examen attentif de toutes les parties sur lesquelles le vice cancéreux se porte ordinairement, on n'observe aucun engorgement ;, parce que dans ces cas on peut espérer que le système lymphatique n'est pas imprégné du vice cancéreux , et que ce vice n'est que local dans la tumeur principale et dans celles qui l'avoi^sinent de près. y>

i3'\ Si la tumeur est déjà ulcérée, mais encore mobile et peu douloureuse , et d'ailleurs dans les çirconS' tances favorables que nous avons exposées jusqu'ici, on peut encore retirer quelqu'avantage de l'opération .^ M. Deschamps (2) dit, en parlant du cancer ulcéré : ce Si 3) la tumeur paroît encore mobile , si les parties environ- » nantes conservent leur état naturel , si par l'examen

(i) Piecueil Périodique de la Société de Médecine de Paris y tom. XXII , pag. 173.

(3) Recueil Périodique , tom. XXII , pag. 175.

ONCER DES MAMELLES. 21 7

55» attentif on ne reconnoit aucun engorgement, on aura 5) lieu d'espérer que ropération aura du succès 5 cepen- 3) dant, excepté dans le cas où la maladie est très-ré- 5) cente, le succès n'est jamais assuré. 5) Or j la maladie n^'est presque jamais récente quand le cancer est ulcéré ; et si l'ulcère a suivi de très-près la formation de la tumeur, il est presque certain que la maladie n'est pas un cancer 5 aussi M. Descliamps dit dans le même endroit : €c Concluons que le succès de l'opération du cancer de la mamelle et du testicule est toujours douteux j et que les quatre cinquièmes ne réussissent point. »

i4°» Lorsque dans des cas analogues à ceux dont il a été question précédemment j la tumeur est immobile et comme fixée sur les os , c'est ordinairement une circonstance fâcheuse 5 néanmoins , lorsque cette mobilité n'est pas d'ailleurs accompagnée d'autres contre-indications y elle n'est pas toujours un obstacle absolu au succès de l'opération. Divers praticiens ont amputé, avec succès^ des mamelles cancéreuses adhérentes (1) > ils ont même emporté des portions des côtes altérées et cariées (2). Il est cependant bonde savoir que dans ces sortes de cas Pespoir du succès est trop incertain et les dangers trop réels, trop imminens, pour qu'on puisse conseiller l'opération. On a cité un ou deux exemples de succès 5 mais combien de fois ces tentatives imprudentes n'ont-elles pas exaspéré les souffrances et abrégé la vie !

i5°. Quand les glandes axillaires sont déjà tuméfiées, très-dures , indolentes, et qu'elles présentent les signes que nous avons dit annoncer la dégénération squirrheuse

(i) Lecat , Prix de l'académie de Chirurgie , tom. I^'". , p. 261 , obs. I et 3.

(2) Lecat, Journal de Médecine 3 1761 , tom. XIV, pag. 2^^. Fabrice de Hilden , Cent. 3 , obs. 87 , pag. 269.

des glandes lymphatiques (i) , le danger de la récîdiv© est trcs-grand 5 niais la guérison n'est pas toujours impossible y pourvu qu'on enlève avec soin toutes les glandes dégér.é)ées.

16°. Comme les glandes lymphatiques, situées sur le trajet du sein à l'aisselle , sont quelquefois prises à'nue tuméfaction inflammatoire (2) chez les femmes qui ont aux mamelles une tumeur douloureuse , on a vu réussir l'extirpation de la tnmenr , quoiqu'on n'eût pas enlevé toutes les glandes tuméfiées. Ces glandes sont revenues à leur ét^t naturel lorsqu'ell*es n'ont plus été irritées par la tumeur du seui qui avoit détermujé leur engorgement sympathique. Sœmerring (3) , qui savoit très-bien que toutes les glandes tuméfiées ne sont pas cancéreuses j fait remarcjuer que les glandes engorgées par la suppuration 3ie sont pas squirrheuses , et il ajoute que c'est en conséquence de ce principe que Louis , Desault , Assalini , et lui-même ^ ont extirpé avec succès des cancers au sein sans enlever les glandes axillaires tuméfiées^ mais non squirrheuses.

17°. On peut cependant avancer qu'il est très imprudent d'opérer dans les cas où toutes les glandes tuméfiées ne peuvent pas être enlevées , parce (lu'il est impossible de distinguer avec certitude si ces glandes sont déjà cancéreuses , ou si elles ne sont affectées que d'une phlegniasie sympathique.

A la vérité j lorsque le sein cancéreux est enflammé et très-douloureux y si la tuméfaction des glandes a eu lieu en fort peu de temps j et a coïncidé avec les glandes iu-

(i) F'orez Part. 4 du chap. III de cette II^ Partie , relatif au Vajicer des glandes Ijin-phatiques , art. 4-

(2) Voyez ihid. , art. 4-

(3) De niorhis vas i ahsorb. , in-80. de 223 pages , art- Suppuratio.

CANCER DES MAMELT>î:S. 2 1 Q

flammatoires , on peut présumer avec beaucoup de probabilité que cette tuméfaction est seulement inflammatoire 5 mais on peut encore se tromper , et si on ne connoît pas un plus grand nombre d'événemens funestes après ces tentatives imprudentes ^ c'est que ceux (|ui les ont faites n'en ont pas fait connoître les résultats , tandis qu'on a publié avec grande ostentation les cas de guérison après une tentative aussi hasardeuse.

i8°. On peut conclure de ce qui précède , que lorsqu'il y a sur le tiajet des vaisseaux lymphatiques qui s'étendent depuis la mamelle jusqu'à l'aisselle ^ une ou plusieurs tumeurs mobiles ou des olandes tuméfiées même sous l'aisselle , on peut encore procéder à l'extirpation de la maladie , pourvu que toutes les parties dégénérées puissent être parfaitement enlevées. Si on en laissoit quelques-unes , il seroit possible que la maladie ne récidivât point , parce qu'il est dés cas où Tengorgement ji'est que sympathique et inflammatoire , comme dans les exempter, cités par Yacher (i) et par d'autres auteurs (2) ; mais il est impossible d'avoir aucune certitude a cet égard , et si l'engorgement est cancéreux , comme c est le plus ordinaire j la inaladie se reproduira comme dans un cas que rapporte Vacher (3).

19°. Les cancers peuvent récidiver lorsqu'il y a déjà des glandes squirrheuses sous l'aisselle j au moment de l'ampmtation j soit qu'on enlève ces glandes, commeT dans le cas cité par Ledran (4)^ soit qu'on ne les enlève pas , comme dans le cas rapporté par Vacher.

(i) Dissertatîcn sur h Cancer, obs. , pag. i34, oLs. , p. 171.

(sjZina,, Méni. de Golingue , obs. 5, tom. I-"-. , pag. 366 et 367 , cité dans VEncrcl. nu'th. Mcd. , tom. Il , pag. 534.

(3) Ouvr. cité , obs. , pag. loô.

{^) Mém. de VAcud. roy. de Cliir. , tom. III; pag. 3i. Mém. de Ledran , obs. 23.

î22a CANCEP.. DES ma:^telli:s.

20^. Le même acculent est A craindre lorsque les 2;raîsses sont altérées^ quoiqu'on n'aperçoive pas dégonflement des glandes j comme dans l'observation aa du Mémoire de Ledran (i), et qu'on enlève les graisses altérées.

21**. Lorsque la tumeur n'est pas unique , mais qu'on aperçoit auprès de la grosse masse endurcie d'autres indurations d'un plus petit volume , le danger de la récidive est bien plus grand que s'il n'y avoit qu'une seule tumeur. Cependant cette circonstance ne doit pas détourner de l'opération , si d'ailleurs il n'y a pas d'autre contre-indication majeure,

22°. On a vu réussir l'opération , même dans des cas où le cancer ides deux seins nécessitoit deux amputations. Voici une observation remarquable à ce sujet (a).

La femme d'un cocber vint trouver M. Foubert et lui demander son avis sur deux cancers qu'elle avoit aux mamelles , dont l'un étoit ulcéré. M. Malaval s'y trouva, et il fut conclu que le seul moyen de guérir cette femme étoit l'amputation des deux mamelles. Elle s'y détermina, et tout ayant été préparé, le jour fut pris pour l'opération 5 elle souffrit la première amputation avec beaucoup de courage , si bien qu'ayant été pansée avec l'appareil convenable pour arrêter le sang , elle dit qu'elle avoit moins souffert qu'elle ne s'y étoit attendue , et qu'elle se seutoit assez de force pour supporter tout de suite l'amputation de Pautre mamelle si on le jugeoit à propos. On y procéda sur-le-cbamp. Les accidens ne furent pas plus intenses que si on n'a voit fait qu'une opération , et la guérison ne fut pas plus tardive. Cette femme jouissoit d'une bonne santé lorsque l'observation fut publiée ^ c'est-à-dire huit ans révolus après l'opération.

(i) Ihid. , pag. 28.

(2) M.ém. de VAcad. de Chir. , tom. III , pag. 25 , obs. 3o.

M. Genoiiville, qui réunit beaucoup de modestie aux connoissances les plus solides, a opéré avec succès une femme qui avoit un squirrhe lancinant à une mamelle, et un s(|uirrlie indolent à Tautre. Cette femme , que j'ai Tue plusieiirs fois^ a été bien guérie.

AIali;ré ces exemples encourageausnous pensons qu'on devra très -rarement opérer dans des cas semblables, parce que la maladie est ordinairement le résultat d'une diathèse cancéreuse , qui la reproduira presque toujours après l'opération.

20". Indépendamment des obstacles locaux qui s'opposent à la réussite de l'opération, il en est d^autres qui dépendent de la marche que la maladie a suivie depuis son début.

Lorsque la tumeur indolente , douloureuse , ou déjà ulcérée, est survenue spontanément, qu'elle ne cesse pas de faire d*îs progrès depuis son invasion , et qu'elle est accompagnée d'un engorgement notable des glandes axillaires du mêuie c<>té , l'opération donne peu d^espoir de succès^ et cet espoir est d'autant moindre que les douleurs sont plus vives et raccroissement de la tumeur plus rapide.

Si la malade est maigre et nerveuse , si elle a le teint pâle et plombé , si elle a des mouvemens fébriles ou une fièvre hectique , lors même que la maladie paroit locale^ l'opération présente peu de chances favorables. On Pa vue cependant réussir, du moins pour un temps , dans des cas analogues. Morgagni en rapporte un exemple remarquable (1).

24°* Si la tumeur est survenue à la suite d'un coup , d'une chute , ou d'un autre accident analogue ^ et que cependant il y ait quelque glande engorgée à l'autre ma-

(i) De Sed. et Caus. morh. , ep. 5o , n». 16.

inelle , ou sods Taisselle , du côté opposé à la tumeur j on doit peu compter sur le succès de l'opération. L'accident qui a favorisé le développement du cancer , a coïncidé avec les conirnencemens d'une affection cancéreuse 5 la maladie n'est pas locale, quoique son origine paroisse tenir à une cause accidentelle. Cependant l'opération peut réussir dans quelques cas analogues. (^Voyez cidessus j n*^. 22. )

25°. I^ y a très-peu d'espoir de succès, lorsque, latunieur cancéreuse de la mamelle étant accompagnée de douleurs vives et de la dégénération squirrheuse d'un grand nombre de glandes depuis le sein jusqu'à l'aissel'e , la malade est en même-temps maigre et sensible y on accablée de chagrins , ou arrivée à l^époque de la cessation du flux menstruel. L'espoir est moindre encore , si dans de pareilles circonstances d'autres femmes de la même famille sont mortes d'une uialadie cancéreuse,

26°. Tout le monde convient qu'on ne doit point tenter d'opérer le cancer lorsque les enviions de la tumeur sont tellement affectés de la dégénération cancéreuse, qu'il est devenu impossible d'enlever toutes les parties dégénérées.

27*^. Lors même qu'on n'apercevroit pas d'induration aux environs de la tumeur^ il ne faudroit pas opérer si l'on avoit heu de présumer que la dégénération a pénétré jusques dans l'intérieur de la poitrine. Une douleur pongitive entre la seconde et la troisième côte , à l'endroit où les vaisseaux mamïnaires sortent de la cavité thorachique, est, selon Camper (1) , un signe assuré de l'incurabilité du cancer j parce qu'à l'époque où cette douleur se fait sentir , l'affection cancéreuse ayant gagné les glandes lymphatiques sous-sternales, qui établissent une

(i) Gazette Salutaire ;, 17 août 1780.

GoiTimiiriicatiolî entre les deux mamelles au moyen de.s Taisseaux lymphatiques , l'opération seroit nécessairement inliLictueuse j la Régénération cancéreuse ne poutant pas être entièrement extirpée (i). En ouvrant des femmes qui avoient subi Pextirpation d'une mamellti cancéreuse, et dont quelques-unes avoient survécu à la giiérison de la plaie, ce célèbre anatomiste a tu des champignons cancéreux s^élever des glandes sous-sternales , s'ouvrir un passage à travers les muscles intercostaux , et faire saillie sous les tégumens de la poitrine (2).

28''. Il est des cas où, malgré le danger de la récidive, il devient indispensable de recourir à l'opération. Alexandre Monro étoit si bien persuadé de cette vérité, que dans un mémoire où il établit l'inutilité presque constante de l'oDération , il dit : (3) ce Lorsqu'un cancer ulcéré dont on peut faire l'extirpation , affoiblit tellement la malade^ qu'il est à craindre qu'il ne l'emporte en peu de temps j il paroit hors de doute qu'il faut en venir à l'extirpation", comme le seul moyen de prolonger sej» jours. »

Quelquefois ^ dans ces circonstances extrêmes où Pou n\ivoit d'autre intention que d^éloigner le terme fatal , on a obtenu des guérisons que rien ne pouvoit faire espérer ; mais on a trop souvent abusé de ces exemples extraordinaires de réussite, pour entreprendre des opérations téméraires.

29". L^espèce ou la variété du tissu cancéreux, lorsqu'on parvient à la reconnoître , peut aussi éclairer le praticien sur le parti qu'il convient de prendre. Justa-

(i) Sœmering, de Morh. <vas. ahs. carcinomu. . ,

(2) Gazette Salutaire , loco citato.

(3) Esiuis de Médecine d'^dùnhoiirg, toiii. Y, art. Zz , p. 524.

224 CANCER DBS MAMELLES-

mond (i) , cité par M. Montblanc (2) et par M. Mitagmidy (3) , qui adoptent son avis , assure qu'on ne doit jamais opérer le cancer qui commence par l'induration subite et universelle de toute une mamelle , parce que dans ce cas il se développe en même-temps des tumeurs de niêrae nature dans d'autres parties. Il dit qu'il a toujours vu récidiver les cancers de cette espèce , lors même qu'on les a opérés dès le commencement de la maladie.

Ce précepte de Justamond nousparoît très-sage^ parcd que les cancers dont il est ici question sont formés par un tissu particulier , qui ne peut qu'être exaspéré par l'opération y et dont nous avons exposé les caractères , art. 3 5 §. 1 j 3^ ^ et 10.

Les squirrhes sur lesquels il s'est formé des cicatrices , ne doivent pas non plus être extirpés 5 ils peuvent être formés par le tissu cancéreux lardiforme à petites cellules (jart. 3 j §. 3) j ou par le tissu cancéreux chondroïde ( art. 3 j §. 1er. , ou par le tissu bunioïde (art. 3, §. 4 )• Dans les deux premiers cas , la marche de la maladie est extrêmement chronique 5 dans le troisième ^le cancer paroît tenir constamment à une disposition cancéreuse universelle. Dans tous ces cas , l'extirpation de la tumeur ne peut convenir sous aucun rapport.

Il ne seroit point avantageux non plus d^opérer les cancers ulcérés ^ mais peu douloureux , qui sont ordinairement formés par une des espèces ou variétés précédentes du tissu cancéreux j et dont les progrès sont extraordinaîrement lents. Lorsque ces sortes de cancers existent chez des femmes âgées déplus de cinquante ans j »i ■ «1 'I I II . 11 I

(i) Gazette Salutaire.

(2) Actes de la Société de Médecine de Montpellier , tom. I, pag. 2o5 et 220.

(3) Ihid. t pag. 270.

CANCEa DES MAMELLES. 225

On les reconnaît à leur caractère chronique, à leurs bords taillés à pic, etc., et tout fait présumer qu'ils n'abrégeront pas sensiblement la vie des malades dont les souffrances sont très-supportables.

L'amputation du sein , dans les cas dont il s'agit ici , ne serait pas seulement inutile, elle deviendroit encore nuisible par suite des accidens que l'opération peut entraîner à sa suite, tels que la fièvre, l'irritation universelle, etc. Ajoutez à cela que si la maladie récidive, comme on a toujours lieu de le craindre, elle sera d'un plus mauvais caractère. On sait que plusieurs praticiens célèbres ont remarqué que > lorsque le cancer récidivoit après Topera tion, sa marche étoit plus prompte et ses effets plus formidables. Ce triste résultat n'a rien qui doive nous surprendre; à la suite d'une opération infructueuse, la malade est en proie aux plus cruelles inquiétudes, et en outre nous avons vu ( art. 5, § lo ) que le parenchyme cancéreux qui se reproduit , est moins dense et plus disposé à suivre une marche rapide que celui qui existait d'abord.

Le cancer cutané des mamelles est ordinairement un cancer rongeant ■( art. 5, §.7). Il est toujours avantageux d'en faire l'extirpation. En le détruisant, on a lieu d'espérer qu'il ne se reproduira point. Si on ne le délruisoit pas, indépendamment des accidens qui tiennent à sa nature, on auroit à craindre qu'il ne contribuât à faire naître quelque dégénération cancéreuse dans la mamelle irritée par l'ulcération cutanée.

Les cancers , formés par le tissu lardiforme , à grandes cellules , par le tissu cérébriforme , par le tissu hyaloïde , par le tissu colloïde , et les cancers composés , qui sont les plus communs de tous , doivent être extirpés , soit lorsqu'ils sont dans l'état de squirrhe indolent, soit au moment où le squirrhe commence à devenir douloureux. Ils

doivent être amputés encore lorsqu'ils sont déjà ulcérés, î. i5

pourvu qu'il n'y ait pas de signes évidens de diathèse cancéreuse universelle, et qu'en même temps ils puissent être enlevés en entier.

Faut-il opérer une seconde et une troisième fois le cancer qui récidive , en supposant que la forme de la tumeur et ses rapports avec les parties voisines ne mettent aucun obstacle à l'extirpation ? Il est cert?ân que le fait de la récidive est en lui-même une des circonstances les plus propres à éloigner de l'opération. On a tout lieu de craindre que la cnaladie , qui s'est reproduite une fois , ne se reproduise vine seconde fois et même une troisième, puisqu'on ne connaît aucun moyen d'en détruire la cause. Si le cancer repullule dans le même endroit où il existoit primitivement, les sujets de crainte seront un peu moindres que s'il se reproduit dans toute autre partie du corps; car, dans le premier cas, on peut attribuer la récidive à quelques portions de chairs dégénérées qui auront échappé au bistouri de l'opérateur, tandis que dans le second on ne peut avoir aucun doute sur l'énergie de la diathèse cancéreuse qui seule a suffi pour reproduire la maladie.

On trouve dans la médecine opératoire de feu M. Sabatier (i) deux exemples remarquables d'opérations de cancer , pratiquées avec succès dans les circonstances dont il est ici question. « Une femme, dit cet illustre chirurgien , s'est soumise deux fois à l'opération qui a été cruelle , vu la grosseur de la masse à emporter; elle a joui dix ans d'une bonne santé. Il y avoit cinq ans qu'elle avoit été opérée pour la seconde fois , et elle se portoit encore bien en 1796. »> De même un officier, qui avoit une tumeur cancéreuse à la mamelle, s'étoit soumis trois fois à l'opération en différens temps. Sa santé étoit aussi fort bonne en 1796.

(i) Médec. opér. ^ioin. ?.. pag. 555, inédit. J796.

M. Lacombe (i) rapporte avec des détails très -circonstanciés l'histoire d'une couturière qui , à l'âge de 49 ans , six mois après la cessation de ses règles, fut affectée pour la première fois d'un cancer à la mamelle droite. Un an après l'apparition de la tumeur , on en fit l'extirpation , parce qu'elle avoit fait des progrès et qu'elle étoit devenue douloureuse. Quinze jours suffirent pour que la cicatrice fût complète. Environ six mois après il se forma une nouvelle tumeur qui fut extirpée comme la première.

Enfui le cancer , ayant reparu deux autres fois , fut de nouveau enlevé à mesure qu'on le voyoit reparoître.

Ce n'est qu'après la quatrième extirpation du cancer, que cette femme fut récompensée de son courage. Elle jouissoit depuis plus de cinq ans d'une parfaite santé, lorsque M. Lacombe publia cette observation en i8o5.

De tels exemples prouvent qu'on ne sauroit trop peser toutes les chances de guérison avant d'abandonner les malades à leur malheureux sort.

Nous parlerons, dans la section suivante, de l'opération du cancer des mamelles. Et supposant ici qu'elle a été faite méthodiquement, et que la plaie résultante de l'opération est cicatrisée, nous indiquerons les précautions qu'il convient de prendre pour l'avenir.

On sait que le cancer se reproduit très-souvent après qu'il a été extirpé. Nous parlerons de cet accident dans le troisième paragraphe de cet article , où seront indiqués les moyens qui sont quelquefois mis en visage avec succès lorsqu'il s'élève des fongosités cancéreuses à la surface de la plaie. Mais quand la cicatrice est faite , on n'est pas à l'abri de la reproduction du cancer.

Existe-t-il quelque moyen de prévenir la récidive du

(i) Propositions sur le cancer ^ thèse soutenue à Paris , le 28 germinal an xui (i8o5) , par A. A. Lacombe , de Mâcon^ pag. 12.

cancer des mamelles, après l'opération ? Tout n'est que conjectures sur cet article important. On est forcé de convenir que l'art ne possède encore aucun mojen de prévenir la récidive du cancer, mais il convient de faire usage des secours dont on espère pouvoir retirer quelque avantage. Ici le danger est imminent , la nécessité de prévenir la récidive est urgente ; s"il étoit quelque moyen prophylactique, il faudroit en faire usage sans hésitation. Malheureusement on est réduit, faute de remèdes efficaces contre le vice cancéreux, à combattre les dispositions inorbifiques accidentelles, qui pourroient favoriser le développement d'une nouvelle tumeur. On traite les maladies coïncidentes ; on remédie , autant qu'on le peut , aux dérangemens de la menstruation , s'il en existe ; on prescrit un régime adoucissant; on ne néglige rien pour éloigner toutes les causes d'irritations, soit internes, soit externes, et toutes les passions tristes ; en un mot, on prescrit l'exacte observation des règles de l'hygiène.

Cependant la thérapeutique fournit aussi quelques secours qui dans bien des cas paroissent avoir été avantageux. Ceux qui ont paru les plus utiles sont surtout la saignée, plus ou moins réitérée, suivant la constitution du sujet, et la diète blanche, ou du moins un régime rafraîchissant et adoucissant.

Vacher, qui exerçoit la chirurgie à Besançon , et qui a fait un très-bon traité sur le cancer du sein, qu'il a fréquemment opéré avec succès, dit expressément (i) «que rien ne concourt tant à l'heureux succès de l'opération , que de la faire suivre de la diète blanche continuée , et de fréquentes saignées auxquelles on doit toujours assujettir les malades... ; parce que, sans ces deux puissans secours,

(i) Dissert, sur (e cancer , png. i3o.

on ne peut jamais se flatter du succès de Topéralion , même la mieux laite. »

Il faut convenir que , de tous les moyens préconisés pour prévenir la récidive du caucer , il n'eu est aucun qui soit comparable à ceux que Vacher conseille. Ils ne sont pas sufiîsans pour prévenir toujours la récidive, mais ils sont très-avantageux et bien préférables à tous les autres qui ont été recommandés dans la même vue. Nous nous conlenterons de parler ici des cautères qui sont conseillés par la plupart des chirurgiens et rejetés par un certain nombre de praticiens d'un grand poids.

« Quelle confiance peut-on avoir dans l'établissement d'un cautère? dit M. Deschamps (i), chirurgien en chef de l'hôpital delà Charité et membre de l'institut national; quel effet, quelle action peut -il produire sur le vice cancéreux ? L'expérience prouve que, malgré tous les cautères, les malades périssent quand le vice est général , et que ce moyen est plus inutile encore quand le vice n'est que local.. J'ai sacrifié au préjugé en faisant mettre des cautères..; peut-être un jour on en sentira généralement l'inefficacité. »

M. Garnier (2) a publié l'histoire de plusieurs femmes, chez lesquelles l'application de deux, trois, et jusqu'à quatre cautères, ui\ à chaque membre, n'a pas empêché la maladie de récidiver. D'autres fois on n'a pas eu recours au cautère, et néanmoins l'opération a eu tout le succès possible.

Il est hors de doute que les cautères n'ont aucune action directe sur le vice cancéreux; mais ils peuvent être utiles pour remplir quelque indication particulière indépendante de ce vice ; par exemple , lorsqu'on a lieu de soupçonner ,

(1) Recueil périod. de la Société de méd. , loin. 22, pag. lyS.

(2) Dissert, sur le cancer ^ Paris, au s.

25o Cancer des mamelles.

chez la personne qui a été opérée , un vice scrophulenx ou dartreux, etc., qui coïncidoit avec le cancer et qui peutêtre en avoit été une des causes déterminantes.

Comme il est très-rare que les femmes auxquelles on a enlevé une tumeur cancéreuse soient parfaitement guéries f et que , dans la plupart des cas j elles sont reprises d'un nouveau cancer, Monro propose comme une règle générale de ne faire l'opération que lorsqu'on y est forcé par la violence des douleurs que souffrent les malades , et dans ceux encore où la tumeur étant venue à la suite d'une cause externe, tout fait espérer un heureux résultat^le l'opération.» Dans tous les autres cas, ajoute ce célèbre praticien (i), ce n'est que la pressante sollicitation des malades, à qui on a bien fait comprendre le danger de la rechute, et non l'envie du chirurgien, qui doit déterminer à en venir à l'opération- « Cette règle, que propose Monro, est bien moins étendue que celle qu'avoit établie Gallien' ; car il est d'avis de faire l'opération quand la maladie a été produite par vme cause externe chez un sujet jeune, et dans ceux encore où les douleurs sont trop vives, tandis que la règle établie par Callien n'admetloit point d'exception. Ce célèbre médecin et ses nombreux sectateurs ne conseilloient l'opération que pour les malades qui l'auroient demandée avec instance , comme le remarque de Houppeville , qui approuvoit hautement cette doctrine, en 1693 (2)^ et qui la suivoit, sans en être détourné par les cures radicales qu'il avoit obtenues par l'opération.

Nous avons vu précédemment qu'on avoit opéré avec succès des malades dont le cancer n'avoit pas été occasionné par une cause externe , et que l'espoir du succès diminuoit d'autant plus que la maladie avait fait plus de pro-

{1) Essai de méd, d'Edlmb, , tom. 5j art. 02 , pag. 524 6t 54o« (2) La guérison du cancer, Ilouen , 1690, pag. 56.

CANCER DES MAMELLES. 23 l

grès , et qu'elle étoit arrivée à une période plus avancée. Ainsi nous sommes bien éloignés d'adopter en entier l'avis de Monro; mais en même temps nous sommes persuadés qu'à quelque époque de la maladie qu'on soit consulté, on ne doit procéder à l'opération qu'après que la malade à laquelle on a fait part de l'avantage qu'elle doit en retirer, veut bien s'y soumettre. Il me paraît en outre qu'il est du devoir du praticien de ne point exagérer les avantages de l'opération et les dangers de la tumeur, car je ne vois pas trop ce qui peut autoriser un homme délicat à tromper ceux qui lui demandent conseil, et à leur faire courir des chances auxquelles ils ne veulent pas s'exposer.

N" 54. D'après ce qui a été dit depuis le n° i jusqu'au n" 33, on peut établir quelques propositions dont on peut tirer un grand secours , pour décider ce qu'il convient de faire, de craindre, et d'espérer, lorsqu'on est consulté relativement à une tumeur cancéreuse du sein. Voici ces propositions :

1° On n'est jamais certain après l'extirpation d'une tumeur squirrheuse, soit indolente, soit douloureuse, quelque petite , quelque récente qu'elle soit , que la maladie ne récidivera point. 2° On ne peut point assurer non plus que la maladie récidivera, quand mcme elle seroit déjà trèsavancée , pourvu qu'il n'existe point de symptômes bien évidens de diathèse cancéreuse. 3° Plus la maladie est récente, moins on a de chances de récidive, et réciproquement, plus la maladie est avancée , plus on a lieu de craindre qu'elle ne se reproduise, toutes choses égales d'ailleurs.

4" Le cancer qui s'est formé spontanément repullule plus souvent que les tumeurs cancéreuses qui doivent leur origine à une cause externe.

5' Plus le cancer est douloureux, plus il est formidable ; il est probable qu'il se reproduira après l'opération ; et

232 CiNCER LES MAMELLES.

si on n'opère point, il fait périr le malade en fort peu de temps.

6° Quand le cancer est peu douloureux et que sa marche est très-lente, il est prudent de ne point l'opérer. Si on l'enlève et qu'il se reproduise , sa marche sera plus prompte et il sera plus douloureux.

^' Plus le cancer est petit et mobile, plus les chances de l'opération sont favorables. Plus il est volumineux et adhérent , plus l'opération est difficile et la récidive probable.

8° Les cancers secs et ratatinés , de même que ceux sur lesquels il s'est formé des cicatrices, ne doivent pas être opérés.

9° Les tumeurs indolentes et stationnaires des mamelles, chez les femmes âgées de plus de 5o ans, sont rarement assez formidables pour qu'on doive les extirper, parce qu'elles n'abrègent point ordinairement la durée de la vie.

§. III. Ablation du cancer des mamelles.

On a vu quelquefois la nature (i) se débarrasser d'une tumeur cancéreuse, en déterminant autour de cette masse une inflammation suivis de la gangrène.

Cet heureux événement est tantôt l'effet d'une fièvre continue, tantôt la suite d'une inflammation spontanée, et quelquefois le résultat des moyens employés dans l'intention de soulager ou de guérir les malades. Je crois devoir consigner ici des exemples de ces divers cas.

(i)La nature est l'ensemble des lois établies par le créateur, pour la succession des êtres et la conservation de leurs espèces.

(BuFFO?i.)

I« Observation. — Cancer détruit par la gangrène, occaslonée par une fièvre putride (i).

Une femme d'environ 5o ans, d'une bonne constitulion , aperçut au sein gauche plusieurs glandes dures et indolentes, qui grossirent insensiblement, augmentèrent en nombre et finirent par ne plus faire qu'une masse qui occupoit tout le sein , dix-huit mois après leur première apparition. Il survint alors , sans que la malade sut à quoi les attribuer, des douleurs vives et lancinantes par intervalle; alors la tumeur s'accrut rapidement, les douleurs devinrent plus aiguës et plus rapprochées, enfin elles devinrent si insupportables que la malade se décida à aller à dix lieues de son domicile pour y être opérée. A peine futelle arrivée auprès du chirurgien qui devoit lui donner ses soins, qu'elle fut prise d'uneTièvre adynamique (putride). Pendant la durée de cette fièvre, la malade ne se rappela point avoir senti son cancer, sinon au quatorzième ou quinzième jour que la douleur y parut de nouveau , et avec plus de force que jamais. L'inflammation , puis la gangrène s'en emparèrent successivement , et enfin la gangrène détruisit entièrement la tumeur cancéreuse, de sorte que le 25^ jour la malade étoit débarrassée de son cancer. L'ulcère se détergea; la cicatrice fut complète le 56* jour , et la malade s'en retourna guérie.

(i) Dissert, sur le cancer^ thèse de M. Garnier, soutenue à l'Ecole de Médecine de Paris, le 4 nivôse an xii ( i8o3 ), pag. 12.

a* Observation. -— Cancer détruit par la gangrène oceasionée par une inflammatioîi spontanée (i).

Une femme d'environ 48 ans , mais d'une forte complexion ^ étoit venue à l'hôpital Saint-Louis avec un engorgement cancéreux de la mamelle droite. La masse trèsdure s'amollit ; les douleurs lancinantes annoncèrent sa décomposition putride; une inflammation violente s'empara de la peau du sein et de tout le tissu cellulaire environnant; la gangrène en fut la suite. Toute la masse de l'engorgement se détacha avec l'escarrhe énorme qui résulta de la morlification. Un ulcère large et d'un bon aspect succéda à cette perte de substance. On en obtint la cicatrisation en moins de deux mois.

5' Observation. — Cancer détrait par la gangrène oceasionée peut-être par des applications extérieures (2).

Marie-Magdeleine Mangiardi, âgée de 69 ans, avoit eu plusieurs enfans; vers sa 45^ année , ses règles ayant cessé, elle s'aperçut d'un engorgement dur au centre de la mamelle gauche, qui resta indolent et stationnaire pendant trois ans environ.

Dans la quatrième année , la tumeur grossit considérablement, devint globuleuse, et commença à être le siège de quelques légers élancemens qui devinrent ensuite plus fréquens et plus forts. Diverses élévations se formèrent sur

(1) M. Richeraud. Nosographle chirurgicale , 2" édit. , tom. i«' , pag. 081.

(2) BuLletindes sciences médic. , lom. 6, décembre 1810, pag. 4091 et totn. 8 , septembre 181 1 , pag. 197.

la tumeur principale , et, clans le courant de la septième année, la masse de la mamelle avoit acquis une grosseur considérable. C'est à peu près à cette époque que les veines devinrent variqueuses à la surface de la tumeur , que la couleur de la peau changea sur les parties élevées , et présenta des taches d'abord rougeâlres et ensuite violettes. A celte époque, de petites Lilcérations se manifestèrent, lesquelles en s'élargissant donnèrent lieu à l'ulcère qui, lors de l'entrée de cette malade à l'hôpital de la Charité, à Turin, présentoit les caractères suivans.

Cet ulcère qui , depuis six ans environ , occupoit le centre de la tumeur, étoit irrégulièrement rond et concave, et d'un diamètre de trois pouces environ ; ses bords étoient durs , élevés et renversés ; sa surface raboteuse et lardacée ; il en découloit de la sanie et quelquefois du sang. Les légumens autour de l'ulcère étoient encore en assez bon état; la base de la tumeur, d'une dureté vraiment squirrheuse, n'étoit pas bien adhérente aux parties adjacentes, et les douleurs lancinantes fatiguoient toujours de plus en plus la malade, qui inclinoitvers la consomption.

C'est alors qu'on commença à appliquer sur l'ulcère la décoction de suie qui ne produisit aucun effet, quoique continuée pendant deux mois. M. Garreri , chirurgien en chef de l'hôpital de la Charité, à Turin , employa ensuite l'eau vulnéraire de suie de Plenk pendant deux autres mois. Au bout de ce temps il survint une violente inflammation qui fut suivie de la gangrène, de sorte que le cancer se détacha , et il ne resta qu'une plaie simple qui se cicatrisa.

La malade, parfaitement guérie, vécut encore trois ans, et mourut d'une fièvre adynamique.

M. Steidele (i) rapporte aussi un exemple de la guérison

{i) Journal de méd. 1790, toai, 82, pag. 43i.

d'un cancer au sein , opérée par la gangrène déterminée par une application narcotique.

Les malades ne sont pas toujours ass^ez heureuses pour que la gangrène les délivre du cancer. Cette gangrène peut même devenir la cause de la mort. En voici un exemple très-remarquable, rapporté par Quesnay (i).

« Une mamelle carcinomateuse avoit acquis un volume énorme et une couleur rouge, un peu livide... La tumeur s'ouvrit et fournit pendant quelque temps une suppuration piitridc. Mais bientôt la mortification s'empara de toute la partie tuméfiée. La malade eut des syncopes et d'autres accidens qui la firent périr... La substance de celte tumeur devint molle et presque insensible quelque peu de temps avant qu'elle tombât en gangrène. »

Indépendamment des circonstances dans lesquelles la gangrène devient la cause immédiate de la mort , on sent bien qu'on ne peut compter sur une heureuse issue dans les cas de gangrène, survenue à un cancer, que lorsque la tumeur cancéreuse n'est point accompagnée d'une dégénération de même nature des glandes axillaires, ou d'une dialhèse cancéreuse primitive.

Ainsi la gangrène ne peut devenir vitile que dans les cas où l'extirpation de la tumeur cancéreuse pourroit produire les mêmes avantages, sans faire courir les mêmes dangers. Comme la gangrène, lors même qu'on pourroit la produire à volonté 5 feroit courir aux malades plus de dangers que l'instrument tranchant , ce dernier doit être préféré quand il s'agit de faire l'ablation d'un cancer.

Lorsqu'on s'est décidé à opérer la malade, on la prépare en la mettant pendant quelques jours à un régime strict , qui consiste dans la diminution et le choix des alimens. Il est souvent utile de prescrire un vomitif ou des purgatifs ,

(i) Traité de ta gangrène , pag. oxii.

CANCER DES MAMELLtS. îS^

pour prévenir les embarras gastriques, ou intestinaux, et même les fièvres humorales, qui peuvent se déclarer à la suite de l'opération, par l'effet du trouble que cette opération détermine passagèrement dans toute Téconomie.

M. Sabatier a décrit, avec beaucoup de clarté, le procédé opératoire qui convient dans les diverses circonstances.

Comme je n'exerce point la chirurgie, j'e donnerai ici un extrait de ce que ce célèbre chirurgien a publié sur cette opération, dans la 2^ édit. de son traité de médecine opératoire; (Paris, 1810, tom. 3, pag. 282.) J'y ajouterai seulement quelques détails, puisés, les uns dans la thèse de M. Bardel (i), les autres dans ce que l'observation m'a appris relativement aux maladies cancéreuses.

L'opération se pratique d'une manière différente , suivant les circonstances sous lesquelles le mal se présente.

1° C'est une grosse glande, d'un volume médiocre ou même un peu considérable , mais sans altération à la peau.

2° La tumeur occupe toute la mamelle avec une grande extension de la penu qui est très-amincie, ou même la peau est altérée ou détruite, parce qu'elle adhère intimement à la turiieur, ou parce que cette tumeur est plus ou moins ulcérée.

5° Enfin, il y a souvent, outre la maladie principale, des tumeurs placées sous le trajet des vaisseaux lymphatiques qui se rendent aux glandes axillaires, ou bien il y a déjà un engorgement considérable dans les glandes qui avoisinent l'aisselle.

Dans chacune de ces trois circonstances, le procédé opératoire doit éprouver les modifications que réclament le degré et l'étendue de la maladie. Dans tous les cas, lors-

()) Essai sur le canc^^r des manw'U's , Paiis, 1802.

qu'on vent faire l'opération , la malade doit être assise en face d'une fenêtre bien éclairée , sur une chaise immobile, assez élevée pour que l'opérateur ne soit pas forcé de se tenir courbé pendant la durée ]de l'opération. Les vêtemens de la malade sont abaissés jusqu'au niveau du nombril 5 et recouverts par un drap plié suivant sa longueur, et placé comme une ceinture autour d'elle , pour la garantir du sang qui s'écoule pendant l'opération.

La malade est appuyée sur la poitrine d'un aide placé derrière la chaise et contenue par d'autres aides. Le chirurgien est placé en face d'elle , et muni d'un bistouri à longue lame et convexe sur son tranchant.

C'est alors qu'il procède à l'opération qui, comme nous l'avons dit , ne se pratique pas toujours absolument de la même manière.

1° Lorsqu'il ne faut qu'extirper une glande couverte par des tégumens sains, on procède comme il suit... Le chirurgien élève les tégumens en leur faisant faire un pli transversal qu'il donne à contenir à quelqu'un afin de pouvoir le couper, et fait une incision qui tombe de haut en bas, et dont l'étendue est proportionnée au volume de la tumeur; le plus souvent il tend les tégumens avec le doigt du milieu et le pouce de la main gauche , et coupe sur le mal même. La glande mise à découvert, il la détache avec une airigne double, ou avec une pince dont les branches se terminent chacune par une double airigne ; et l'attirant à lui, il détruit ses adhérences et il l'emporte... Il introduit ensuite les doigts dans la plaie, et s'il trouve quelque portion glanduleuse , ou même simplement graisseuse , qui ait contracté de la dureté , il la saisit avec la pince et l'extirpe aussi... La plaie fournit du sang pendant quelques instans. On la nettoie avec une éponge trempée dans l'eau tiède ou froide, après quoi on en rapproche et on en maintient les bords au moyen de bandelettes aggluti-

CANCER DES MAMELLES. 23q

natives, et on la couvre avec de la charpie sèche, pardessus laquelle on met quelques compresses et une serviette qui fait le tour du corps. Ce bandage est médiocrement serré et il est contenu avec un scapulaire.

Dans le cas où la tumeur est déjà parvenue à un certain volume , il faut donner à l'incision la forme d'un T, ou la rendre cruciale, détacher les lambeaux des légumens et opérer pour le reste comme il vient d'être dit : on rapproche la peau avec soin et on la maintient avec des compresses, ou, ce qui vaut mieux, avec des bandes agglutinatives. Le reste se fait comme il a été dit. La guérison n'est pas aussi prompte que lorsqu'on n'a fait qu'une simple incision.

2° Lorsque la tumeur occupe une grande partie de la mamelle, ou cet organe tout entier, et que la peau qui la couvre est tendue ou amincie, on essaieroit en vain de la conserver. Cette peau , en quelque sorte désorganisée et privée du tissu cellulaire qui la soutient, ne peut plusse recoller aux parties sur lesquelles on l'applique. Elle se roule sur elle-même, entretient la suppuration de la plaie et prolonge la cure ; il faut donc en emporter la plus grande partie avec la tumeur. On est à plus forte raison dans cette nécessité lorsqu'elle est devenue cancéreuse, ou lorsqu'elle est en partie détruite , comme il arrive dans le cancer ulcéré. Dans ces cas, l'opération est plus grave et plus importante. Le chirurgien saisit la tumeur de la main gauche et la soulève afin de tendre les tégumens du côté où il va commencer l'incision...

Il y a quelques règles qu'il est nécessaire de suivre. 1° L'incision doit être telle que l'on conserve, le plus qu'il est possible, de la peau saine qui est à la base de la tumeur... 3" Le tranchant du bistouri doit être porté de manière qu'il coupe perpendiculairement et non pas en dé-

dolant..., car si la peau étoit coupée en talus, la plaie seroit plus douloureuse , et elle présenteroit plus de surface. 5° L'incision doit avoir une forme qui réponde aux dimensions de la tumeur, et plutôt oblongue que ronde, car les plaies rondes sont les plus longues à guérir. 4° Enfin elle doit être faite en entier avant de penser à détacher la masse cancéreuse d'avec les parties auxquelles cette masse adhère.

Communément (i) on circonscrit la masse qui doit être enlevée par deux incisions demi-elliptiques , dans le sens horizontal, pratiquées au-dessous et au-dessus de la tumeur. L'incision inférieure doit être faite la première , parce que le sang qui s'écoule gêneroit l'opérateur s'il commençoit par l'incision supérieure. Ces incisions se font de dehors [en dedans , si l'on opère sur la mamelle droite ; et de dedans en dehors, si Ton ampute la mamelle gauche.

L'incision achevée, on coupe le tissu cellulaire qui unit la tumeur avec le grand pectoral, et la partie malade est enlevée.

Souvent il arrive que les graisses qui avoisinent cette masse sont jaunâtres et endurcies. D'autres fois, lorsque le cancer est cérébriforme , elles sont déjà cancéreuses , quoique molles et plus blanches que dans l'état naturel. Toutes ces graisses altérées ne peuvent être emportées avec trop d'exactitvide (2); bientôt elles deviendroient le noyau d'une nouvelle tumeur , qui reproduiroit la maladie. Le chirurgien reconnoît aisément les graisses suspectes, à leur renitence, à leur forme globuleuse et à leur couleur.

(0 Thèse de M. Bardeh (2) j\l. Sabatitr.

Il les saisit avec les pinces et il les extirpe. Gela fait, il est nécessaire de se rendre maître du sang. Il est rare que l'extirpation des glandes ou celle du corps des mamelles devenues cancéreuses, soit suivie d'une hémorragie grave ; cela est cependant arrivé quelquefois. Il faut donc prévenir cet accident. On ne peut jamais connoître d'avance le nombre d'artères qui pourraient fournir beaucoup de sang. Le calibre des vaisseaux augmente presque constamment , lorsqu'une tumeur volumineuse se développe; et des artères qui auraient été presque capillaires acquièrent quelquefois une grosseur surprenante. Il y a cependant des tumeurs cancéreuses dans lesquelles on trouve peu d'artères considérables. Après l'amputation de la partie malade , lorsque les vaisseaux sont petits , le sang s'arrête pour ainsi dire de lui-même. Lorsqu'ils sont gros, on les lie avec une pince et du fil; s'ils se sont retirés profondément dans les chairs et qu'on ne puisse pas les saisir pour les lier, on applique sur l'endroit par où l'on voit sortir le sang un morceau d'agaric ou , ce qui vaut mieux, un bouton de sulfate de cuivre (vitriol bleu), qui doit être contenu par un appareil un peu plus serré qu'à l'ordinaire.

Lorsque la tumeur est volumineuse, et que sa dissection doit être longue :, il est prudent de lier les artères à mesure qu'on les divise. Si l'opération ne doit durer que quelques minutes , il convient de la terminer tout de suite en faisant réprimer par le doigt d'un aide le jet du sang qui sort des artères à mesure qu'elles sont ouvertes.

Lorsqu'on s'est rendu maître du sang, il ne reste plus qu'à panser la plaie. On la nettoie avec une éponge trempée dans de l'eau froide, et après avoir attendu quelque temps pour bien s'assurer qu'on n'est point menacé d'hémorragie, on panse avec des boulettes de charpie sèche, un gâteau fait de même avec de la charpie , des com- I. iG

24^ CANCER Drs MAMELLES.

presses, une serviette et un scapnîaire ou une bande. Ce dernier moyen est préférable quand on a sujet de craindre une hémorragie , mais il est fort incommode pour les malades, dont il gène la respiration , par suite de la pression qu'il exerce sur la poitrine.

3° Dans le plus grand nombre de cas , lorsque les malades se déterminent à l'opéralion ? il y a des tumeurs cancéreiises placées sur le trajet des vaisseaux lymphatiques qui se rendent sous l'aisselle , et les glandes axillaires sont déjà tuméfiées. La tuméfaction d'une ou de plusieurs glandes axillaires rend l'opération moins facile et le succès plus douteux ; mais il ne met pas un obstacle absolu à l'opération , excepté dans les cas où les glandes engorgées sont nombreuses et intimement adhérentes aux vaisseaux et aux nerfs axillaires. Si les glandes sont roulantes, mobiles 5 isolées , on les extirpe en faisant sur elles une incision longitudinale, qui se dirige vers l'angle externe de la plaie résultant de l'amputation de la tumeur. On la soulève, on la dissèque avec précaution, l'on détache les glandes tuméfiées des parties environnantes, et, pour cette dissection du corps glanduleux, on emploie les doigts armés d'ongles, ce qui vaut mieux que de se servir du bistouri , qui pourrait en se déviant blesser des vaisseaux sanguins qu'il faut respecter sous peine de donner lieu à une hémorragie extrêmement dangereuse. Lorsque la glande engorgée tient aux vaissaux axillaires par un pédicule vasculaire, il faut faire une ligature à ce pédicule avant d'enlever la glande. Si le volume de la glande est considérable , M. Sabatier conseille de faire une ligature à la base et de ne point l'enlever. En opérant ainsi , on ne s'expose point à ouvrir des vaisseaux qui pourraient fournir une hémorragie considérable , et ces glandes liées se détachent par la suppuration.

Il est un cas dont M. Sabatier ne parle point, parce

que probablement il pense que lorsqu'il a lieu, il doit mettre un obstacle absolu à l'opéralion. C'est l'adhérence intime de la tumeur aux muscles pectoraux , et mênie aux côtes. Lecat et d'autres praticiens ont amputé avec succès des cancers qui préseutoient cette fâcheuse circonstance; et parmi les cancers qui jouissent encore d'une certaine mobilité, il en est qui sont déjà intimement adhérents au muscle grand pectoral. Il est donc nécessaire de savoir la conduite qu'il convient de tenir dans ces cas fâcheux.

Lorsque la tumeur est adhérente au muscle grand pectoral, il faut enlever sans hésitation toute la partie de ce muscle qui est adhérente (i). Si la base de la tumeur étoit en quelque sorte cimentée avec les parois de la poitrine , si les cartilages des côtes étoient altérés , si les côtes elles-mêmes étoient dégénérées ou cariées , il faudroit enlever hardiment tout ce qui est affecté, détrviire avec la rugi ne ou même avec le cautère actuel les portions osseuses malades, et ne s'arrêter que lorsqu'on seroit exposé à léser les viscères contenus dans la poitrine. Lecat (2) et Fabrice de Hilden (3) citent des exemples qui prouvent combien il a été avantageux de détruire la partie osseuse cariée à la base du cancer.

L'opération achevée, la malade est remise dans son lit , et placée dans une situation commode. Si l'on n'a extirpé qu'une glande d'un volume médiocre , on peut lui permettre de légers alimens dès les premiers jours. Si la tumeur étoit considérable, et surtout s'il a fallu emporter toute la masse du sein , comme il doit survenir une inflammation et une suppuration proportionnées à l'étendue

(i) M. Bardel.

(2) Lecat. Journal de méd. , an 1761 , lom. i4 ? pag. 268

(5) Cent. 3, oiDsevv. 85, pag. 269.

îi/l^ CAÎsCXr. DKS MAMELLES.

de la plaie , la malade doit êire leiine an bouillon et aux boissons délayantes et adoucissanles , jusqu'à ce que la fièvre de la suppuration soit entièrement dissipée et que la plaie soit bien dégorgée , ce qui n'arrive pas avant le dixième ouïe douzième jour. On est souvent obligé de relâcher l'appareil quelques heures après l'opération , et on ne doit pas refuser ce soulagement aux malades lorsqu'il n'y a plus de crainte d'hémorragie. Les suintemens commencent dès le troisième jour, ils sont déjà abondants dès le qualiième ouïe cinquième, et permettent de changer les serviettes et les compresses qui ont pris une très-mauvaise odeur. Le reste de l'appareil, c'est-à-dire la charpie qui couvre immédiatement la plaie, ne tombe guère avant le sixième jour. Il seroit imprudent et inutile de chercher à l'ôier plus tôt. On occasion neroit des douleurs inutiles.

Dans les pansemens suivans, la plaie doit être couverte de charpie sèche et molle, laquelle doit être soutenue par des bandelettes étroites d'emplâtre agglutinatif qui se croisent pardessus, et dont les extrémités, se collant aux téguments sains qui avoisinent la plaie, empêchent cette charpie de se déranger. Les compresses et la serviette sont appliquées par dessus. Si on éprouve quelque difficulté à les détacher par les bords, on a soin à chaque pansement d'oindre la circonférence de la plaie avec de l'huile que l'on étend dessus au moyen d'un pinceau de cheveux. Dès que la suppuration est bien établie, la plaie se déterge , les ligatures tombent ; bientôt la quantité de suppuration diminue , et les bords gonflés s'affaissent. Dans la suite, lorsque les chairs paraîtront monter, on les réprimera avec la pierre infernale ( nitrate d'argent ) ; enfui on verra la plaie s'affaisser et se rétrécir, et la cicatrice avancer de la circonférence au centre. Si les circonstances permettent d'en rapprocher les bords avec des emplâtres agglutina tifs, on fera usage de ce moyen, qui contribuant adonner

de plus en pins à la plaie la forme d'un ovale allongé en rend la guérisou plus prompte. Lorsque, pendant la cicatrisation, lapeau a prêté autant que le permet sou extensibilité , une pellicule mince et rongeàtre se montre à la circonférence de la plaie , s'avance vers son centre et finit par la recouvrir.

Quelquefois le cancer menace de se reproduire avant que la cicatrise ne soit faite ; on peut encore dans quelque cas remédier à ce redoutable accident.

Si la plaie étant d'ailleurs en bon état, on voit s'élever une ou plusieurs fongosités cancéreuses d'un des points de sa surface, il faut les détruire promptement , car ces fongosités prennent un accroissement rapide. On les détruit , soit en les extirpant avec le bistouri, fait en les touchant avec un bouton de feu qui les consume.

Quand on a enlevé une de ces tumeurs fongueuses avec le bistouri , on réussit quelquefois à en détruire complètement les racines en appliquant sur l'endroit où l'on a fait l'excision une petite couche de la pâte arsenicale , dont nous parlerons à l'article général du traitement des maladies cancéreuses.

Enfin on a vu une nouvelle amputation du sein devenir indispensable , et être couronnée du plus grand succès , comme nous l'avons dit ( Article 2 , n** 5o ).

Quelquefois après l'^piputation du sein, les malades sont parfaitement guéries , mais cela est très-rare.

Lorsqu'après cette opération il ne survient aucun accident et que la plaie paroît disposée à se fermer , on établit un cautère à l'un des bras , si la malade n'en a point et qu'on le juge nécessaire (Art. 2, n°32). Il ne faut jamais négliger cette précaution chez les femmes qui avant l'apparition de la tumeur cancéreuse avoient éprouvé des douleurs vagues, continues ou erratiques; lors-même qu'on n'auroit aucun autre motif pour établir un exutoire.

a46 CAKCER DES MAMELLES.

§. IV. Traitement palliatif du cancer des mamelles.

Lorsque le cancer des mamelles ne peut pas être opéré, et que le caractère de la maladie n'est plus équivoque , le praticien n'a plus d'autre but que de prolonger la vie des malades et de diminuer leurs souffrances. Le même régime, les mêmes règles d'hygiène que l'on conseille pour prévenir la récidive du cancer, doivent faire partie du traitement palliatif.

Tant que le squirrhe n'est pas douloureux, il faut, d'après le conseil des meilleurs praticiens , s'abstenir rigoureusement de tout remède topique , de crainte d'occasionner à la peau une irritation qui pourroit se communiquer à l'intérieur de la masse squirrhe use et accélérer son ramollissement. On conseille à la malade de porter sur le sein une peau de cygne , et de prendre toute sorte de précautions pour garantir cette partie des froissemens même les plus légers. On lui prescrit un régime adoucissant , quelques saignées de temps à autre pour prévenir la pléthore, qui, dans bien des cas, paroît activer la marche du squirrhe, et un cautère si on a lieu de soupçonner un vice scrophuleux ou quelqne autre complication analogue. Dans cette dernière supposition on ne négligera point de mettre en usage les remèdes qui paroissent les plus convenables pour combattre la disposition morbifîque étrangère au vice cancéreux. Quelques élancemens passagers ne doivent rien faire changer à cette conduite.

Mais, lorsque les douleurs sont décidément établies, si elles augmentent au point de troubler le sommeil , il est nécessaire d'avoir recours aux topiques sédatifs. Quelques auteurs conseillent d'appliquer alors sur la tumeur des feuilles fraîches de ciguë, de jusquiame , de morelle, ou de belladone. Un remède bien plus calmant , c'est Tap-

CAKCEft DES MAMELLES. 24?

plicatiou de compresses trempées dans le laiidannm liquide, ou dans une solution aqueuse d'opium, que l'on rend de pins en plus forte , à mesure que l'habitude en diminue l'efficacité; la dose d'opium a été portée quelquefois jusqu'à une ou deux onces par pinte, et même audelà (i). L'eau végéto-minérale a souvent produit de trèsbons effets sur des cancers occultes très- douloureux et prêts à s'ulcérer (2). On imbibe des compresses de cette eau, ou bien on en fait des cataplasmes avec de la mie de pain. Si les topiques ne sont pas sufïisans pour calmer les souffrances, on prescrit des boissons tempérantes, desjalaps narcotiques , ou des pilules d'extrait gommeux d'opium dont on augmente la dose par degré.

Le cancer est-il ulcéré , ce sont encore les mêmes indications a remplir , et conséquemment les mêmes remèdes à employer ; on en varie les formes et les doses selon l'i-» diosyncrasie et la sensibilité de l'individu ; on en prépare des pommades et des linimens qu'on fait pénétrer dans toutes les anfractuosiiés de la surface ulcérée.

Parmi les remèdes , soit externes , suit internes , qui ont été proposés pour la cure du cancer , il en est un certain nombre qui , s'ils ne répondent pas exactement aux promesses pompeuses de leurs auteurs , peuvent du moins être employés avec avantage dans le traitement palliatif; telles sont quelques préparations de plomb, de fer , etc. Mais comme ces remèdes ne sont pas applicables exclusivement au cancer du sein , nous renvoyons pour ce que nous devons en dire à la quatrième partie de cet ouvrage.

(1) Gardien. Traité d'accouchement y de maladies des femmes , etc., tom. I, pag. 434.

(2) Traité sur les effets des préparations de pioinh j par Goularo, tom. 1.

CÀJyCER DES MAMELLE^.

Parmi les symptômes qui tourmentent les malades quand le cancer est ulcéré, aucun n'est plus effrayant que les hémorragies ; lorsqu'elles deviennent inquiétantes, on y remédie diversement selon que le sang sort par transsudation, ou par un conduit vasculaire. Dans le premier cas, on saupoudre avec de l'alun pulvérisé et non calciné la surface ulcérée d'où l'on voit transsuder le sang. Dans le second cas , on applique de l'agaric sur l'orifice du vaisseau par où l'on voit le sang jaillir ou ruisseler. Dans les deux cas , on cherche à prévenir le retour fréquent des hémorragies par l'usage des boissons acidulées ou du lait d'amande ; et même par l'application de quelques sangsues aux environs de la tumeur. L'état des forces et la maigreur ne détournent pas de l'emploi de ce moyen ; on suspend en même temps les médicamens narcotiques, si la violence des douleurs ne s'y oppose pas trop impérieusement; car il est assez généralement reconnu que l'opium favorise la disposition aux hémorragies. Lorsque les malades sont réduites au dernier degré de cachexie et de foiblesse, il n'est plus temps de combattre directement le vice cancéreux; ce seroit fatiguer inutilement les organes digectifs et diminuer les probabilités de la durée de la vie. Il vaut mieux en pareil cas se borner à faire la médecine du symptôme, traiter par les moyens ordinaires les diverses complications qui peuvent exister, telles que les douleurs de poitrine 5 la toux, la diarrhée, l'œdème , le scorbut , etc. ; e* s'il n'existe aucune de ces complications, soutenir les forces par un régime analeptique. Tout ce que nous pourrions dire à cet égard seroit commun à la plupart des maladies organiques parvenues à leur dernier degré.

ARTICLE YIII.

Page 1