CANCER DE LA GLANDE TYROÏDE
menr. La peau qui la recouvroit n'avoit éprouvé aucun changement de couleur, et on n'apercevoit aucun vaisseau variqueux à sa surface; elle ne [résenlait pas les bosselures qui se remarquent sur la plupart des tumeurs squirrheuses : elle offroit une dureté considérable et étoit indolente dans presque toute son étendue. Dans l'endroit seulement où elle avoit commencé, c'est-à-dire derrière rattache à la clavicule du muscle sterno-mastoïdien du côté gauche, des élancements se faisoient ressentir deux ou trois fois par jour^ et une douleur sourde avoit lieu continuellement dans b même endroit. Cette douleur étoit accompagnée d'un engourdissement quis'étendoit jusqu'au bras, qui lai-même était un peu infiltré, La malade y éprouvoit souvent des picotemens, ainsi que dans l'épaule; mais ce qui l'incommodoit le plus, étoit la gêne de la respiration qui avoit commencé à avoir lieu dès les premiers temps de la formation de cette tumeur et qui avoit augmenté à mesure que celle-ci avoit pris plus de volume. Il n'y avoit que deux mois que cette femme avoit ressenti les premières douleurs au col et déjà depuis un mois la respiration étoit gênée à un tel point qu'elle faisoit entendre une sorte de bourdonnement, comme si la malade respiroit à travers un tube de bronze fort mince. La toux étoit fréquente et sourde, et il sembloit que le larynx et la trachée étoient obstrués par une grande quantité de mucosités. L'expectoration étoit en petite quantité, ne se faisoit qu'avec beaucoup de peine, et elle étoit formée par de la matière muqueuse transparente. La voix avoit un timbre rauque et comme étouffé. L'haleine étoit fétide repoussante; son odeur se rapprochoit beaucoup de celle qu'exhalent les squirrlies internes ulcérés. La déglutition étoit très-difficile^ cependant les potages et les liquides passoient assez facilement, mais le pain et les autres aliments solides ne pouvoient être avalés. Dans certains moments la déglutition étoit moins gcnée que dans d'au-
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très. L'appétit qui s'étoit assez bien souleuu dimiiiuoit depuis quelques jours. Les digestions se faisoient bien. Le pouls étoit un peu fréquent, assez développé et mou; ses pulsations se faisoient sentir avec plus de foi'ce du côté gauche, malgré le plus grand développement de la tumeur de ce côté. Les pommettes étoient d'un rouge presque violet; le reste du visage avoit une teinte terreuse et la peau se recouvroit partout de crasse; comme on l'observe très-souvent dans les maladies chroniques.
Durant le peu de jours que la malade fut soumise à notre observation, la tumeur continua à faire des progrès, elle fut toujours également dure dans tous les points. On la recouvrit d'un emplâtre de Vigo cum JiJcrcurio qui ne produisit d'autre effet que d'apporter un obstacle mécanique qui augmenta la gène de l:i respiration. Il fat enlevé et on posa sur la tumeur des sangsues qui firent éco\der une assez grande quantité de sang sans que celte évacuation produisit aucun effet sensible sur la maladie locale. L'extrait de ciguë fut donné à l'intérieur et on en augmenta graduellement la dose jusqu'à 16 grains. La gène de Id respiration devint de plus en plus grande et elle étoit surtout plus marquée dans certains momens. Pendant les derniers jours elle empGchoit entièrement le sommeil : la déglutition devint encore plus pénible qu'elle ne l'étoit; mais elle ne fut jamais totalement suspendue. L'œdème du bras gauche ne fit presque aucun progrès et les forces se soutinrent assez pour que la malade pût sortir de son lit sans être aidée. Elle eut toujours un peu de constipation.
Elle mourut le dixième jour de son entrée à la Charité et un peu plus de deux mois après le début de cette maladie.
Ouverture du corps.
Etat extérieur. L'embonpoint était encore assez marqué. La face injectée étoit, ainsi que les lèvres, d'un rouge violet.