CHAPITRE HUITIEME
Cancer de la face et de l'intérieur de la bouche.
Les caijcers de la face ont été désignés sous le nom de noll me tangere. Ils sont très-communs; j'en ai vu sur toutes les parties du visage et de l'inlérieur de la bouche; et en particulier sur le nez, sur les paupières, sur les joues-, sur le menton, sur les lèvres, sur la langue, à la voûte palatine, aux gencives, au voile du palais et au pharynx.
Faira connoître Tiiistoire de ces cancers, signaler les maladies qui peuvent les simuler, et indiquer îe traitement qui leur convient, telle est ia tâche que nous nous proposons de remplir dans ce chapitre.
ARTICLE PREMIER
Histoire des cancers de la face et de l'intérieur de la bouche.
On a cru mal à propos que tous les cancers de la face et de l'intérieur de la bouche commençoient à la surface de la partie sur laquelle on les observe; il en est quelques-uns qui doivent leur naissance à une tumeur qui s'est développée au-dessous de la peau ou d'une membrane muqueuse. On peut donc diviser les cancers de la face et ceux de l'intérieur de la bouche en deux séries bien distinctes. La première série comprend les tumeurs cancéreuses qui, développées sous la peau ou sous une membrane muqueuse, ont fini par déterminer un ulcère cancéreux dont la surface est excavéeet les bords renversés. La deuxième série comprend
les ulcérations cancéreuses qui tiennent primitivement à une altération spéciale de la surface de la partie qui est le siège du cancer; les ulcères qui appartiennent à cette deuxième série n'ont pas une surface profondément excavée, elle est plutôt inégale et comme bourgeonnée; leurs bords ne sont point épaissis et renversés, ils sont seulement gonflés et dentelés. Nous décrirons les maladies qui appartiennent à la première série sons le nom de tumeurs cancéreuses ou cancers squirrlieux de la face (i"^* part., cliap. 2, art. 2}. Les ulcérations qui appartiennent à la deuxième série seront décrites sous le nom de cancer rongeant ou d'éruption cancéreuse (i''°part., cliap 2, art. 2).
§ I Tumeurs cancéreuses ou cancers squirrlieux de la face.
Les tumeurs cancéreuses de la face, confondues par la plupart des auteurs sous le nom de noli me iangere avec les éruptions cancéreuses de la face, sont d'une nature bien différente de ces dernières; celles-ci affectent primitivement le tisj^u de la peau, et n'ont que des rapports éloignés avec le cancer du sein. Les tumeurs cancéreuses, au contraire, n'affectent la peau que secondairement; elles ont par leur origine, par leur aspect et par leur structure intime, une analogie frappante avec le cancer des mamelles; ce sont de vrais cancers squirrlieux et non des cancers rongeans. Les tumeurs cancéreuses de la face se manifestent aux mêmes , époques de la vie, que les cancers du sein, elles commencent par une petite tumeur indolente, située au-dessous de la peau, et présentant les apparences d'une petite glande engorgée ou plutôt d'une petite loupe, sur laquelle la peau n'est point adhérente.
La tumeur, après être restée un certain temps dans un état stationnaire, s'accroit peu à peu, elle devient adhérente à la peau, et bientôt après les malades commencent à y res-
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sentir de légères douleurs. Si on l'incise en partie, ou si on la traite par des caustiques qui ne la détruisent pas en entier, on aperçoit manifestement au bout de quelques jours, un ulcère à surface inégale et à bords renversés, et cet ulcère, eu continuant ses progrès, ne permet pas de méconnoître la nature cancéreuse de la maladie.
Si ou livre la tumeur à elle-même lorsquelle n'est point encore ulcérée, elle prend un volume plus ou moins considérable, cardans son étatstationnaire elle égale quelquefois à peine une lentille, et d'autres fois elle est déjà plus volumineuse qu'un marron dinde. Lorsquelle a acquis un volume considérable, elle gêne et comprime plus ou moins les parties voisines; près du nez elle le comprime et finit par rendre la respiration très-pénible; près de l'œil elle peut le fermer presqu'en entier; mais si elle est éloignée du nez et des yeux, elle peut acquérir beaucoup de grosseur sans nuire par son volume. Au bout d'un certain temps, à dater de l'époque où elle a contracté une adhérence intime avec la peau, il .se forme vers le centre de la tumeur tantôt une tache livide, tantôt une sorte d'éruption sèche qui finit par dégénérer en un véritable ulcère cancéreux, dont la surface est inégale, les bords renversés, les alentours souvent variqueux, les douleurs lancinantes, la suppuration ichoreuse, sanieuse, fétide.
Quelquefois, lorsque la tumeur cancéreuse est bosselée et mollasse, il se forme plusieurs taches d'un rouge livide, et des sortes de boursoufllemens accompagnés d'une apparence de fluctuation; à la fin ces endroits livides et boursouflés s'excorient.
Ce cancer^ comme toutes les autres maladies cancéreus es, détermine la mort lorsqu'on ne parvient pas à le détruire soit en l'extirpant, soit en le détruisant en entier à l'aide des caustiques convenables; mais le premier moyen est bien
préférable au dernier, parce qu'on n'est pas exposé à détruire des parties qu'on veut conserver.
On peut voir un exemple de ce cancer assez bien décrit dans Forestus (obs. chir., lib. 2, obs. 9); on en trouvera deux autres exemples dans les mémoires de l'Académie royale de chirurgie, tom. 5, p. 5, mémoires de Ledran, cbs. 1 et vuie. Nous croyons devoir insérer ici l'extrait de ces trois observations.
i'^ Observation(i). Un marchand, âgé de 63 ans , ayant la face très-rouge, le nez extraordinairement rouge, large et grand, étoit sujet depuis 20 ans à la goutte-rose et il avoit à la joue droite une tumeur très-dure. Cette tumeur prit un volume tellement considérable qu'elle s'éîendoit jusqu'à l'œil. Or, cet homme qui demeuroit à Delft, avoit habituellement les yeux rouges et chassieux. Forestus le vit pour la première fois le 23 juin iS^o.
La tumeur n'étoit point encore ulcérée, mais elle avoit la dureté des tumeurs carcinomateuses, et on voyoil des pustules prurigineuses de mauvais caractère, placées vers son centre. Cette maladie fut regardée comme une affection qui tendoit à devenir cancéreuse, et on crut devoir s'en tenir à un traitement palliatif.
Le 27 juin, il paroissoit y avoir plus d'inflammation, le ig^ août, la tumeur, quoique non ulcérée, paroissoit prendre de plus en plus le caractère cancéreux, et le iiialade y ressentoit une très-grande chaleur.
Le 24 août , la chaleur locale étoit devenue excessive; la tumeur formoit une plus grande protubérance , et elle prenoit le caractère d'un cancer parfait.
Peu de jours après, la maladie empira encore, et elle avoit passé à l'état de cancer confirmé.
Forestus. Observ, dur, iib. 2, 06s. g.
ET DE t'iNTÉRIEt-R DE LA BOCCHE. ^yS
Dans la suite la tumeur, par son volume, comprimoit les narines au point d'empêcher la respiration par le nez. On fut obligé d'y placer une canule pour faciliter la respiration. Enfin, cet homme succomba à cette maladie ainsi que l'avoient prévu les gens de l'art, qui^ dès le principe, s'éloient aperçus qu'il y avoit dans cette tumeur plusieurs ulcérations qui dévoient enfin se montrer au dehors sous la forme d'ulcérations cancéreuses.
2e Observation (i). En i 725 , Ledran extirpa une tumeur carcinomaîeuse, placée au cou sons la mâchoire inférieure, au dessous des dents molaires, derrière le muscle peaucier. Cette tumeur qui étoit ulcérée très-profondément, éloit aussi grosse qu'une balle de jeu de paume. Ledran fit une incision qui s'étendoit presque jusqu'à l'articulation de la mâchoire. Au bout de i5 jours la plaie étant en pleine suppuration , il parut d'un pansement à l'autre, à cet angle de la plaie, une glande gonflée, de figure ovale et de la grosseur d'un noyau d'olive. Un petit bourdonnet de charpie imbibé d'eau mercurielle, et exprimé convenablement, fut placé sur cette tumeur et y détermina une escarre qui détruisit entièrement la glande. La plaie ne tarda pas à guérir.
3e Observition (2). Une femme , âgée de 53 ans, avoit reçu , il y avoit 14 ans, un coup à la lèvre supérieure du côté droit; la lèvre s'enfla, et après l'usage des topiques qu'on y m.it , il y resta une dureté de la grosseur d'une aveline, occupant la partie interne de la lèvres. Onze ans après la tumeur s'accrut considérablement, bouchant les narines et empêchant la respiration. Il s'élevoit sur la tu-
(1) Mém. de l'Acad. royale-de c/iir., iom. 5, pag. 5, I\îém. de Lédran^ obs. i*^*.
(2) Mém.j Ibidf pag. 10, obs. vni.
meiirdes excroissances en forme de rochers, enfin elle devint douloureuse au loucher , et il y avoit des douleurs lancinantes. M. Sivert observa que l'os maxillaire supérieur étoit découvert de la grandeur d'un pouce, et la surface en étoit blanche. Il extirpa cette tumeur qui pesoit trois onces et un gros. Pour faire cette opération, il leva la tumeur avec la main gauche, et avec un bistouri droit il commença l'incision en dedans de la lèvre à la partie supérieure de la tumeur près du nez, puis coupant du dedans en dehors, il acheva l'opération en conservant une bonne partie de la peau qui couvroit la tumeur. Il recouvrit une partie de la division avec ce qu'il avoit ménagé de peau; il pansa la plaie d'une manière convenable. Le quatrième jour, on trouva la peau reprise et la plus grande partie de l'os recouverte. Il le fut entièrement le sixième jour et la plaie fut guérie.
On voit bien par les détails que donne l'auteur de cette observation, que la tumeur étoit située sous la peau et que cette dernière put être séparée en grande partie de dessus le cancer qui ne l'avoit point encore altérée puisque cette peau put être conservée.
On peut voir d'autres exemples de tumeurs cancéreuses de la face , à l'article du cancer des paupières, obs. de Gendron , obs. de Leveillé.
Consultez aussi le Recueil des observations de Ledran , pag. 77 ; il y a des exemples qui paroissent se rapporter aux tumeurs cancéreuses.
Il peut se former dans l'intérieur de la bouche, comme sur la face, des tumeurs cancérevises, mais cela est assez rare, et ces tumeurs ne présentent aucune particularité qui exige une description spéciale.
ET DE l'iNEÉRIEIR DE LA SOrCHE.
§ 2. Eruptions cancéreuses ou cancer rongeant de la face et de L'intérieur de la bouche.
Je comprends ici sous le nom d'éruptions cancéreuses ou de cancer rongeant de la face et de l'intérieur de la bouche toutes les maladies cancéreuses de ces parties, qui débutent par une dégénération de la surface deTorgane, qui devient le siège du cancer. Le cancer rongeant dont il s'agit ici, n'a avec le cancer des mamelles que des rapports éloignés et qui sont cependant incontestables^ comme on le verra ci-dessous §. 9.
Causes. Les causes du cancer rongeant sont aussi obscures que celles de tous les autres cancers.
Je n'ai pas assez d'observations pour assurer que cette maladie soit héréditaire. J'ai cependant vu lenoli me iangere de la face développé chez le fils d'un homme qui avoit succombé au cancer de la langue. J'ai vu un cancer de l'estomac chez le fils d'une femme qui avoit succombé à un cancer cutané de la face. J'ai encore observé d'autres cas analogues. Je pense qu'elle n'est pas contagieuse, quoique je n'aie fait aucune expérience directe, qui prouve qu'elle ne se communique point par contagion. Ce qui me porte à croire qu'elle n'est pas contagieuse, c'est que parmi les gens du peuple qui prennent assez peu de précaution pour éviter la contagion, je n'ai pas observé cette maladie chez plusieurs individus vivant en famille, quoique j'aie pris des renseignemens précis à cet égard. Il est probable que ce cancer n'est pas plus contagieux que celui de la matrice, qui paroit de la même nature et qui ne se communique point (voyez cancer de la matrice ^ ch. 1, § ^- ^^■^ ("marque s. }. Je pense cependant qu'il est prudent de prévenir toutes les voies de communication qui pourroient prouver sou
effet contagieux dans la supposition où cette maladie pût se communiquer. An reste, quelles que puissent être les causes du cancer rongeant, c'est surtout par ses symptômes et par les altérations organiques qu'il détermine, qu'on peut s'en former une idée exacte.
Le cancer rongeant qui fait le sujet de ce paragraphe présente trois degrés bien distincts. Pendant le premier degré, on n'aperçoit point encore d'ulcération. Dans le deuxième degré on trouve une ulcération manifeste. Dans le troisième degré , le malade plus ou moins souffrant d'ailleurs est dans un état de cachexie ou de marasme. Nous examinerons la maladie dans ces trois degrés.
Premier degré. Le cancer rongeant se manifieste à peu près aux mêmes époques de la vie que les autres cancers, c'est-à-dire depuis Tàge de 25 ans jusqu'à la dernière vieillesse. Il paroit un peu plus commun dans un âge avancé qu'à toute autre époque. On rapporte cependant plusieurs observations qui sembleraient prouver qu'on a souvent observé cette maladie chez des individus fort jeunes; mais il est presque certain qu'on a été trompé dans ces cas par des ulcères rongeans, syphilytiques, scrophuleux, scorbutiques ou autres, qui, comme nous le verrons (art. 2^), simulent souvent le cancer rongeant.
Ce cancer débute d'une manière peu alarmante. Chez divers malades où il se développe sur la peau du visage , on n'aperçoit d'abord qu'une petite tache jaunâtre ou d'un gris jaunâtre, formée par de petites écailles comme furfuracées, très-minces qui se détachent au bout d'un certain temps et qui sont remplacées par d'autres écailles de même nature , mais plus épaisses , plus brunes, et un peu plus larges. Après un certain laps de tems, les écailles sont remplacées par une petite croûte grise ou d'un gris jaunâtre qui tombe avec facilité et qui se reproduit de même en s'élargissent insensiblement,
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Dans d'autres cas, le cancer rongeant prend son origine dans une petite marque nommée lentille ou envie, que le malade porloit depuis sa naissance, ou bien il se forme dans une sorte de verrue ou de poireau qui s'étoit développé depuis plusieurs années. Dans tous ces cas ces petites elevures qui auparavant n'étoient point cancéreuses le deviennent et prennent l'aspect et le caractère cancéreux, soit spontanément, soit à la suite de quelque cause d'irritation.
Plus souvent le cancer rongeant se manifeste par une trèspelite excroissance qui n'est survenue que depuis quelques mois, et qui est pâle dans quelques endroits où elle ressemble un peu a de la corne fondue, tandis qu'elle est rougeâtre dans d'autres où elle est parcourue par plusieurs vaisseaux sanguins très-rouges, et très-fins. Souvent l'extrémité de cette excroissance est surmontée par un appendice crouteux, d'apparence cornée; tel est le début de ce cancer lors qu'il commence sur les joues, le nez, le front, le menton et les paupières.
Mais, dans d'autres cas, principalement lorsque îamaladie commence sur la lèvre inférieure, sur les ailes ou la cloison du nez, au bord libre des paupières, sur la langue, au bord des gencives, ou à la voûte palatine, elle débute communément sous l'apparence d'une petite induration, d'un bouton, d'une petite vésicule, d'une légère excoriation ou d'une fissure qui semblent à peine mériter quelque attention.
Souvent on ne voit d'abord que le petit bouton, dont la base est endurcie, ou la petite éruption qui ressemble à une pustule miiiaire où lenticulaire qui n'est point douloureuss, mais qui persiste avec opiniâtreté, en faisant d'ailleurs des progrès très-lents.
Le premier degré de ce cancer a une durée très -variable qui peut n'être que de quelques semaines et qui dans bien des cas peut s'étendre à quinze ou vingt ans, et même davantage surtout lors que la maladie est située à une certaine
distance des surfaces muqueuses. En effet lorsque le cancer rongeant commence sur la peau du visage et qu'il est toutà-fait indolent, si on ne l'irrite point la maladie peut rester stationnaire pendant un très-grand nombre d'années. On sait que bien des personnes affectées de ces taches, de ces petites excroissances accidentelles, ou de ces petits boutons, etc., parviennent à un âge très-avancé sans que la maladie finisse par s'ulcérer, et dans ces cas le cancer est plutôt une menace de maladie qu'une maladie réelle.
Les individus n'éprouvent à l'endroit affecté ni démangeaison, ni piccotement, ni cuisson, ni aucune douleur.
Mais lorsque la maladie se manifeste d'abord sur le bord libre de la paupière, à l'orifice antérieur des fosses nasales, sur les gencives, à la voûte palatine, mais surtout aux bords des lèvres, où sur la langue, son premier degré n'est pas d'une aussi longue durée. Le malade éprouve ordinairement à l'endroit affecté un sentiment pénible où même douloureux; c'est tantôt une cuisson, tanlôt un piccotement, tantôt une vive démangeaison qui est tellement insupportable que le malade ne peut s'empêcher de se gratter et d'écorcher ainsi le bouton ou la petite éruption, et d'accélérer le deuxième degré de la maladie.
Au moment du passage du premier au deuxième degré on remarque dans l'aspect de la maladie des changemens de jour en jour plus sensibles, et qui varient selon que le cancer a débuté sous la forme d'iuie tache, d'une croûte, d'un bouton, etc. La tache, d'apparence dartreuse, s'excorie, la croûte se détache et laisse apercevoir le tissu de la peau dénudé. Le bouton ou la vésicule se percent; la verrue ou le poireau s'ulcèrent à leur sommet, la fissure s'élargit et forme un ulcère manifeste, etc.; en un mot quelle que fût jusques là l'apparence de la maladie, elle prend la forme d'une petite ulcération.
On a vu le cancer cutané prendre naissance à l'occasion
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de Tulcération d'une de ces petites tumeurs nommées cancroïdes par M. Alibert (maladies de la peau, t. i, p. 417). Plus souvent le cancer cutané succède à des excoriations spontanées, à des ulcères d'abord simplement vénériens, scroplîuleux ou dartreux, et d'autres fois à de petites loupes excoriées ou ulcérées par quelque cause accidentelle.
Deuxième degré. Lorsque la maladie commence à l'occasion d'une entamure accidentelle, ou bien lorsqu'elle se développe dans une ulcération, qui d'abord n'étoitpas cancéreuse, le cancer rongeant semble arriver à son deuxième degré sans avoir parcouru le premier, qu'il n'a pas été possible de distinguer du second; il en est presque de même des cas où le cancer cutané débute sous la forme d'une petite pustule ou d'une fissure spontanée, qui est accompagnée dès le moment de son invasion de douleur^ de prurit, de cuisson, etc.; mais ces divers cassent assez rares, et ceux dans lesquels le premier degré est bien distinct du second sont assez communs >
On peut donc avancer en général qu'après une durée indéterminée et très-variable, les éruptions cancéreuses passent tantôt spontanément tantôt à la suite d'une irritation locale à l'état d'ulcération cancéreuse bien évidente.
Quand la maladie est arrivée à ce deuxième degré , son apparence extérieure reste quelquefois presque la même, tandis que ceux des malades qui jusques làn'avoient éprouvé dans la partie affectés aucune souffrance, commencent à y ressentir une démangeaison, un picotement, des élancemens, une légère cuisson, nubien un sentiment désagréable, semblable à celui qui seroit produit par une fourmi qui se promeneroit sur la face.
A dater de cette époque la mialadie cesse d'être stationnaire, et elle fait des progrès proportionnés aux douleurs qu'elle occasione ; de sorte que ces progrès sontquelqueî. 3i
fois assez rapides^ mais pour l'ordinaire ils sont exlraordinairement lents.
Lorsque la maladie a commencé sur la peau de la face par une couche comme dartreuse, l'ulcération reste superficielle pendant long-lems. Elle ne se guérit jamais, mais elle fait des progrès très-lents. Elle ne détermine alors pour l'ordinaire aucune douleur; ses bords sont peu rouges quelquefois ils paroissent sans altération à la vue, mais en les touchant on les trouve un peu durcis. Si le cancer a débuté sous la forme d'une verrue ou d'un poireau luisant et comme transparent , la marche est un peu moins lente; et la plupart des malades y ressentent de tcnis à autres des élanccmens douloureux, qu'ils comparent à des coups d'épingle. Les bords odront dans divers endroits une couleur blanche et une sorte de transparence, ce qui donne à ces points un aspect un peu analogue à celui d'une substance gélatineuse concrète, ou au moins d'une partie un peu infiltrée.
Lorsque l'ulcère existe depuis long-tems, et qu'il a acquis une certaine étendue, il prend toujours la même forme, et il suit la même marche , de quelque manière que la maladie ait débuté.
L'ulcération ne fait pas de progrès non interrompus. Elle a des temps d'exaspération et d'autres temps de remission pendant lesquels elle semble redevenir stalionnaire. Dans les temps d'exaspération les malades y ressentent des élancemens douloureux, des picolemens , des cuissons pénibles ou au moins une chaleur brûlante. Dans les autres temps , il n'y a ni chaleur, ni cuisson , ni démangaison , ni aucune souffrance habituelle ; quelques individus y éprouvent seulement de loin en loin quelques élancemens. Durant ces temps de calme, la plupart des malades dorment paisiblement, les autres sont parfois éveillés par un élancement douloureux et ils jouissent d'ailleurs
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d'uue assez bonne sanlé. Aussi un grand nombre d'en Ire eux regardent-ils cetle ulcération comme une indisposition peu grave. On la voit même quelquefois diminuer d'étendue , mais il ne se forme pas une véritable cicatrice sur les bords; ils semblent seulement se dessécher, ils ne fournissent ni pus, ni sérosité. Toute la surface de Tulcère paroît aussi dans quelques cas desséchée, lisse et luisante, ou bien elle se recouvre de petites écailles sèches ou de croûtes irrégulières. Dans tous les cas, ces cicatrices trompeuses , partielles, ou générales sont peu durables. Aussi, au bout d'un certain temps, ces cancers recommencent-ils à paroîlre manilestement ulcérés. S'ils avoient paru cicatrisés dans une partie de leurs bords, ceux-ci, qui étoient restés inégaux, frangés, et dentelés, recommencent à paroîlre manifestement excoriés , les douleurs , les cuissons , etc. se renouvellent en même temps que la maladie lait de nouveaux progrès.
La forme de l'ulcère n'est point la même dans tous les cas. Bien plus, le même ulcère n'a pas la même forme dans les diverses époques de sa durée. Mais, poiu- l'ordinaire, le contour de l'ulcère n'est point arrondi, il est plutôt irrégulier et même plus ou moins anguleux; les bords en sont souvent peu relevés, d'autrefois ils sont un peu épaissis, toujours ils sont frangés et dentelés. La surface ulcérée est plus ou moins inégale, rouge dans certains endroits, pâle, et même blafarde dans d'autres. Assez communément une partie de la surface de l'ulcère est lisse et louge, une autre est inégale, pâle et blanchâtre ; et d'autres sont hérissées de bourgeons charnus, semblables à ceux des bords de Tulcère. Ces bourgeons sont plus ou , moins angvileux, leur base est tantôt large , tantôt rétrécie. Leur couleur est rouge, ou pâle ou blanchâtre. Dans le premier cas, ils paroissent charnus; dans les autres cas, ils sont luisans et plus ou moins transparens, etc. ; ils res-
"ou
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semblent un peu à un cartilage ou à de la corne fondue, ou à de la gélatine durcie, ou à du lard , ou à de la couenne, et quelquefois à de petits grains de grêle. Les bourgeons qui paroissent entièrement rouges dans leur tissu ne le sont pas toujours ; ils doivent souvent cette apparence à des vaisseaux sanguins d'un rouge vif et bien dislincts qui les parcourent; en général ces bourgeons ressemblent assez bien aux dentelures de crête de coq. Ou voit souvent aussi des croûtes dans quelques portions des bords de Tulcèrc. Qnant à la malière de la suppuration, elle n'est pas semblable dans tous les temps. Souvent, quand l'ulcéralioa commence, on n'en voit suinter aucun liquide, on bien il est séreux et peu abondant, et il forme en se desséchant une croûte jaunâtre ou grisâtre. D'autres fois la matière de la suppuration est plus abondante; elle est alors tantôt transparente et séreuse, tantôt moins transparente, filante et même visqueuse ; dans divers cas, elle est sanieuse et rou^ gcâtre, et dans d'autres cas, elle est blanchâtre et purulente; peu ou point fétide dans les ulcères peu étendus, elle ac((uiert une mauvaise odeur à mesure que la maladie fait des progrès, et elle est communément d'une fétidité insoutenable quand l'ulcération occupe une très-grande étendue.
Quand l'ulcération a acquis un ou deux travers de doigt de diamètre, ou même une plus grande étendue, on peut encore la toucher avec le doigt sans y occasioner pour l'ordinaire aucune douleur, et cela même lorsque les picotemens et les éiancemens douloureux se répètent fréquemment. En touchant ainsi celte surface ulcérée, on trouve communément qu'elle ofîre une certaine résistance , et les dentelures et les bourgeons irréguliers qui sont à la surface de l'ulcère, et surtout à ses bords, sont plus fermes qu'on ne se Timagineroitsi on se contentoit de les regarder. On est fort étonné aussi de ne point occasioner de douleur aux
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malades en pressant ces bourgeons darcis. On trouve cependant aussi des bourgeons qui ont une certaine mollesse.
Il ne faut pas cependant croire que Ton puisse dans tous les temps toucher ainsi ces ulcérations sans y déterminer des douleurs; si des médicamens irritans ont été appliqués depuis peu de temps, ou si une cause quelconque a déterminé récemment une exaspération de la maladie, on occasione des douleurs en touchant l'ulcère ; à la vérité lorsqu'on a cessé l'emploi des irritans, ou bien au bout de quelques jours d'intervalle , à dater du moment de l'exaspération de la maladie, la surface ulcérée redevient aussi insensible au contact qu'elle l'étoit auparavant. Cependant l'ulcère n'est jamais parfaitement slationnaire pendant un laps de temps considérable. Il va toujours en s'agrandissant. Non-seulement cette ulcération fait des progrès en s'élargissant, mais elle détruit les parties qu'elle occupe, et la manière dont elle les détruit présente une particularité remarquable^ qui consiste en ce que l'ulcère cancéreux ne ronge pas précisément en creusant, mais en faisant une échoncrure qui augmente progressivement. L'ulcère est-il situé sur une surface unie; il s'étend jusqu'à une partie qui a lui bord, telle que les ailes du nez, les paupières, les lèvres, la langue, les gencives, le voile du palais. Arrivée à un de ces bords, elle y forme une échancrure, et insensiblement elle détruit les ailes ou la cloison du nez, la paupière, l'os de la pommelle, les lèvres, la langue, etc. Dans les cndroils ou la peau est totalement détruite en voit souvent au fond de l'ulcère des parties musculaires dénudées qui conservent la faculté de se contracter à volonté.
Lorsque la substance de l'os est affectée, elle se gonfle souvent un peu , elle se détruit ensuile insensiblement dans la même progression que les parties molles du voisinage. Ce n'est point une cirie qui ronge le tissu de l'os ,
Geliii-ci subit une destruction lente^ insensible, par parcelles inappréciables.
« Un os a-t-il disparu de celte manière, celui qui lui est contigu subit le même sort, et sa destruction s'étend aussi loin que celle des tégumens. Mais, comme le remarque J. L. Petit (i), le dernier morceau de l'os, ainsi carié, tombe quelquefois avant d'être consumé en entier, parce que la maladie attaque la suture qui l'unit à un autre os. Jean L. Petit a vu tomber quelquefois des os tout entiers, tels qu'un os propre du nez, un os unguis, les lames spongieuses inférieures des cavités nasales, et même l'os de la pommette. Mais cela n'arrive que lorsque des cancers du visage occupent une large surface. Le vomer, l'os etbmoïde, le spliénoïde , îe coronal , l'os maxillaire , se détachent toujours par parcelles imperceptibles, parce qu'ils ont trop d'étendue pour être attaqués universellement.
J'ai vu dans divers cas un seul côté de la face affecté par la maladie, qui ne dépassait point la ligne médiane.
Chez un de ces malades, l'ulcération avoit détruit presque tout un côté de la face, et ne s'étoit point étendue sur l'autre. Du côté droit tout étoit sain; du côté gauche, l'os de la pommette, l'os maxillaire, l'os palatin, la paupière inférieure , et toutes les parties molles qui sont situées sur les os n'existaient plus; l'œil, qui étoit à nu et sans soutien inférieurement , conservoit une partie de ses muscles, exerçoit un léger mouvement en dedans et en haut , et il n'avoit point perdu la faculté de voir. L'ulcère n'anticipoit nulle part au-delà de la ligne médiane.
Lorsque le cancer rongeant est arrivé à son deuxième degré sa marche peut être prompte ou lente; dans les cas où
(i) Malad. des os, iom. 2, pag. 011.
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elle est la plus rapide, les malades vivent encore au moins une année^ mais si le cancer fait des progrès lents, le malade peut vivre deux, quatre, six ans et souvent bien plus longtemps, surtout lorsque l'ulcère n'a pas commencé sur une membrane muqueus?. Bans certains cas oii le cancer rongeant faisoit i)eu de progrès on a vu la maladie ne déterminer la mort qu'après plus de trente ans à dater du moment ou l'on avoit aperçu les premières traces de l'ulcération (Voy. mem. de l'acad. de cbir., t. 5, p. 12).
Dans son principe et pendant le cours de son deuxième degré le cancer n'exerce qu'une influence locale, et les malades conservent l'appétit, l'embonpoint et les forces; presque toujours ils dorment assez paisiblement, même lorsque la maladie a déjà fait de tels progrès qu'on ne peut plus espérer de la guérir par l'extirpation ou par les topiques arsenicaux, le pouls reste dans l'état naturel, les selles et les urines continuent comme en santé, en un mot on n'observe aucun désordre dans l'exercice des fonctions. Le malade peut continuer à vivre de la même manière qu'en pleine santé, pourvu que la maladie n'ait pas son siège dans l'intérieur de la bouche, mais si l'ulcère occupe la langue, ou le voile du palais, ou le pharynx, le malade est souvent obligé de vivre avec des panades, de la soupe, ou des nourritures liquides bien avant l'époque où les souffrances générales annoncent que la maladie est arrivée à son troisième degré.
Troisième, degré. Lorsque le cancer rongeant est livré à lui-même il finit toujours par devenir funeste, et la mort est précédée d'une longue suite de tournions qui caractérisent le troisième degré de cette maladie.
C'est à celte époque que l'augmentation des souffrances, l'étendue de l'ulcération, la destruction de certaines parties importantes, etc. entraînent divers désordres qui altèrent insensiblement toutes les fonctions, et le malade perd l'ap-
petit et le sommeil, il prend un teint d'un jaune paille, il perd ses forces, il maigrit à vue d^œil, en un mot il présente tous les symptômes de la cachexie cancéreuse (i'* part., chap. 2, § 2); la matière purulente devient de jour en jour plus fétide.
Les muscles situés sous la peau sont détruits par la propagation de l'ulcère rongeant, Ues os eux-mêmes sont rongés en plus ou moins grande partie; très-souvent les glandes lymphatiques situées sous le menton, aux angles des mâchoires, autour des oreilles et aux régions cervicales, se tuméfient dans le voisinage de l'ulcération, se durcissent et subissent la transformation cancéreuse.
A la fin les ravages de l'ulcère deviennent affreux; le malade est en proie à des douleurs intolérables, la suppuration devient excessivement fétide et les hémorrhagies deviennent effrayantes.
Malgré tous ces symptômes il est des individus qui, arrivés à un état de marasme squelcttique, et en proie à la fièvre hectique, prolongent encore leur déplorable existence.
Ces infortunés sont un objet de compassion et d'horreur; l'échancrure de l'ulcère a fait des progrès effroyables, et avant le moment de leur mort une portion considérable de la face ou de la langue, ou de la gorge, et même de toutes ces parties simultanément, a été rongée par la plus affreuse de toutes les ulcérations, qui détruit quelquefois chez le même individu une partie du nez, des lèvres, des joues, des os de la face, et du voile du palais, de sorte qu'on voit le pharynx, en partie détruit, former un entonnoir échancré dans lequel on est obligé de verser à chaque instant quelques gouttes de bouillon ou de tisane pour apaiser la soif des malades et pour les nourrir. Il y a près de dix-huit ans, qu'exerçant la médecine dans le midi de la France, où cette maladie est bien plus commune qu'à Paris, j'ai vu périr une femme âgée qui étoit dans l'état que je viens de décrire: sa
ET DE l'jMÉBIEL'R DE LA BOrCHE. 4^9
maladie avoit commencé depuis plus de dix ans, et c'étoil surtout dans les deux dernières années qu'elle avoit fait des progrès eÛVayans. L'état de cette femme éloit si cruel, la forme de l'ulcération étoit si horrible que je ne puis encore y penser sans frémir. Dans les derniers temps de sa vie, les glandes lymphatiques voisines se tuméfièrent d'une manière notable; il y eut de fréquentes hémorrhagies comme cela arrive assez souvent dans tous les noli me tangcre qui sont trèsétendus, et cela- surtout aux époques où les malades sont épuisés par les souffrances et dans un étal avancé de cachexie.
Le cancer rongeant détermine des l.émorrhagics dans un grand nombre de cas; l'époque où elles se manifestent n'a rien de fixe, mais elles sont assez éloignées etcommunément peu dangereuses, quand l'ulcère n'a encore que très-peu d'étendue, et que le malade n'est point encore arrivé au troisième degré de la maladie. Dans ce dernier cas elles peuvent devenir mortelles, parce qu'elles deviennent fréquentes et que d'ailleiirs elles peuvent tenir à l'érosion de quelque conduit artériel d'un volume considérable.
Les malades qui succombent à une hémorrhagie sont en très-petit nombre, et leur sort est moins cruel que celui des autres, car à la fin de la vie, les douleurs sont horribles parce qu'en général elles s'exaspèrent d'autant plus qvie la maladie a fait plus de ravages, et qu'elle les a faits avec plus de célérité. Or, cette célérité s'accroît presque toujours dans les derniers temps; il n'y a que quelques malades qui souffrent peu lorsqu'ils succombent à un de ces ulcères qui a acquis une très-grande étendue, et cela n'arrive que dans les cas rares où les progrès de l'ulcération ont conservé jusqu'au dernier moment le caractère extrêmement chronique qu'on o)jserve dans les premiers temps.
§ 5. Particularités relatives â la situation de C ulcère.
Quoique la description générale que nous venons de donner s'applique très-bien aux divers cancers de la face, il y a cependant quelques particularités que le cancer rongeant présente lorsqu'il a d'abord son siège sur le nez, sur les lèvres, sur la langue, ou aux gencives. Nous croyons donc qu'il est utile de présenter un tableau raccourci de ces particularités. Nons indiquerons celles qui sont relatives au cancer des paupières, en traitant du cancer des yeux, et celles qui concernent le pharynx formeront le sujet d'un chapitre spécial.
§ 4* Particularités relatives au cancer du nez.
Lorsque l'ulcère occupe le nez , il est situé sur le dos du nez, sur les ailes ou sur la cloison. Sur le dos du nez, il fait dans le principe des progrès extraordinairement lents, mais il finit par s'étendre jusqu'au bord de l'orifice des fosses nasales, et il fait alors des progrès bien plus rapides. Il est rare qu'il perce le dos du nez et qu'il aille ainsi détruire les cartilages et toutes les parties molles. Ce dernier accident n'arrive que lorsque l'ulcération a gagné auparavant les bords de l'orifice.
Lorsqu'au contraire la maladie a commencé aux ailes du nez ou à la cloison, c'est presque toujours près du bord des ailes et un peu intérieurement ou sur le milieu de la cloison à l'endroit où elle s'unit à la lèvre supérieure, qu'elle se fait d'abord apercevoir sous la forme d'une petite éruption crouteuse. Elle commence à échancrer ces parties dès le moment où l'on peut soupçonner son véritable caractère.
Dans tous les cas, quand la maladie a commencé sur le
ET DE l'intérieur DE LA BOUCHE. 4q1
nez, elle finit par en détruire snccessivement foules les parties, ce qui rend les malades hideux. Dans quelques cas rares elle ne détruit qu'une des moitié du nez, ne dépasse pas la ligne médiane et se propage du côté de la joue.
§ 5. Particularités relatives au cancer des lèvres.
Le cancer des lèvres ne survient presque jamais chez les individus qui vivent dans l'aisance et qui ne négligent pas entièrement les soins de propreté. Les gens de la campagne y paroissent un peu plus sujets que les habitans des villes ; et parmi ces derniers ceux qui nourrissent des pigeons y sont les plus exposés (i).
Les enfans n'y sont presque pas exposés , mais ils sont quelquefois affectés d'une ulcération syphilitique et d'une ulcération probablement scrophuleuse qui peuvent être confondues avec le cancer des lèvres.
Les adolescens en sont très-rarement affectés. Les adultes et surtout les vieillards sont le plus exposés à cette maladie.
Le cancer des lèvres occupe très rarement la commissure des lèvres. On ne l'observe presque jamais à la lèvre supérieure. 31. Gault(i), qui a très-bien observé cette maladie, estime le rapport du nombre des cancers de la lèvre supépérieure à celui des cancers de la lèvre inférieure comme 1 à 5o. Les femmes sont bien moins sujettes à cette maladie que les hommes. M. Gault assure que dans le trèsgrand nombre de personnes affectées du cancer des lèvres, qu'il a vues àl'Hôtel-Dieu de Paris, du vivant Desault, il
(i) Lassus.
(2) Essai sur le cancer des lèvres , dissertation inaugurale, prcsenléo à l'Ecole de Médecine de Paris en i8o5, le 20 pluviôse an i5.
/j92 cancer de la face
y en avoit un Irès-petit nombre du sexe féminin, de sorte
qu'il croit que sur vingt à trente cancers des lèvres, à peine
en observa-t-on un sur les femmes. Celle remarque est
fort exacte et tous les observateurs peuvent en vérifier la
justesse.
Le cancer des lèvres peut se montrer d'abord à quelque distance du bord de la lèvre; mais il commence pour l'ordinaire sur la parlie vermeille du bord de la lèvre par un petit bouton dur, indolent, qui dans le principe ne paroît avoir aucun mauvais caractère. D'autre fois ce boulon forme une sorle de vésicule, ou bien une petite fissure.
Si on livre la maladie à elle-même, elle détermine pour l'ordinaire, au bout d'un certain temps, des démangeaisons insupportables qui forcent le malade à se gratter, et à écorcher le polit bouton chancreux. Ce bouton, exposé à des causes fréquentes d'irritation , ayant progressivement augmenté et s'étant à la fin ulcéré, il en suinte une humeur séreuse et jaunâtre" qui se dessèche et fournit à la surHicc une couche grise qui, au bout de quelque temps, tombe et est bicnlot remi)lacée par une nouvelle. "Quand la maladie a débuté par un petit bouton ou par une fissure légère, on méconnoît souvent son caractère et on l'irrite par des médicamens inopportuns. Mais à la fin on est forcé de reconnoître la nature cancéreuse de l'ulcère, dont on a singulièrement accéléré le développement.
Quand l'ulcère a acquis une certaine étendue, la Ihwre devient épaisse et fort dure, et souvent la partie interne de celte lèvre épaissie prend une couleur livide. Cependant l'ulcération continue à faire des progrès; enfin il arrive un moment où le malade ne peut plus prendre ses repas sans que la salive ne coule sur son menton en trèsgrande quantité^ ce qui rend ces malades très-dégoùtans à voir, surtout lorsqu'ils mangent. Ils peuvent cependant vivre un grand nombre d'années avec cette incommodité.
rT DE L'jNTÉRlEtft DE LA BOUCHE. 495
Cependant, à la longue, si on lu^pilige d'y remédier, les glandes sous-maxillaircs se lumufienl ; ruicère, après avoir ron^é une partie de la lèvre, al ta(|ue les gencives, les joues, et même souvent le tissu osseux de la mâchoire inférieure, et il fait tomber le malade dans un élat de consomption qui se termine par la mort.
§ 6. Particularités rtlatircs an cancer de la langue (i).
Le cancer delà langue commence comme celui des lèvres par une petite dureté, par un boulon, par uns excoriation ou par une fissure; il se furinc rarcmcn! au milieu de la langue, c'est prcscjue toujours à coté d'un chicot de de nt que la maladie se fait apercevoir. Dans le commencement la petite excoriation a été entretenue parle chicot de la dent; mais lors même qu'on arrache le chicol, la maladie n'en continue pas moins.
En disant que la maladie continue à faire des progrès lors même qu'on arrache le chicot de la denl, je m'éloigne peut-être de la doctrine universellement reçue, mais je puis assurer avoir fait arraclicr ou limer des chicols de dent qui détcrminoient une ulcéra! ion sur la langue, et voici ce que j'ai toujours observé; lors(juc l'ulcération n'éloit point portée sur une base Irés-dure, c'est-à-dire lorsqu'elle n*étoit point cancéreuse la guérison étoit très-facile à obtenir, soit qu'on brûlât, soit (ju'on ne brûlât pas l'ulcère avec la pierre infernale; mais lorsque Tulcération étoit d'un rouge vermeil et portée sur une base très-dure, comme elle étoit de nature cancéreuse, elle conlinuoit à faire des progrès après l'extraction du chicot.
(i) Cancer de la langue ; observ. F. Ilildcii , cent, ni, obs. 84. — JJ. IV, id, 9.0. -— Ane. juuni. de rnèd. , loin. 55. p. 4*20. — Paiysch. Obs. 76.
4y4 Ca>'Ccr de la face
Dans les cas où le cancer de la langue s'est montré dabord sous la forme d'une petite pustule très dure, ou sous celle d'un boulon ou même d'une vésicule, il y survient une sorte de démangeaison insupportable; bientôt la pustule se perce, ou le sommet <le liudurution s'ulcère, alors ou aperçoit une petite ulcéra'ion.
Lorsqu'on examine la petite ulcération on voit qu'elle présente une surface rougeàtrc, parsemée de petites granulations blanches et luisantes et portée sur une base plus ou moins étendue et fort dure au loucher.
L'induration fait insensiblement des progrès à mesure que l'ulcération s'agrandit; les élancemens douloureux commencent à se faire sentir, les picolcmens, la ctiisson prennent plus d'intensité et la douleur répond souvent dans l'oreille du côté malade. Apres quelques mois, il se forme une échancrurc à la partie de la langue par où la maladie avoit débuté, le malade rend continuellement de la salive, à la fin il ne peut plus mâcher des alimcns solides, ni parler; car toute la langue finit par devenir cxtiémcment dure et dilTicile a remuer de sorte qu'elle est totalement envahie par l'induration bien avant que l'ulcère n'occupe toute sa superficie.
Ln général le cancer de la langue conduit à la mort plus promptemcnt que celui des autres parties de la face. Les malades meurent au bout de sept à huit mois, ou tout au plus un an ou un an et demi après l'invasion de la maladie. A l'époque de la mort il arrive souvent que presque toute la langue est détruite; d'autres fois la plus grande partie de la langue persiste encore, quoiqu'elle soit plus ou moins profondément lésée, et très-communément à cette époque il survient de fréquentes hémiorrhagies à la partie ulcérée, et les glandes lym])haliques du col sont tuméfiées.
11 peut aussi se former primitivement à la langue, des tumeurs carcinomateuses d'un volume considérable qui, se-
HT DE l/lSTKRIElR HE II BOUCHE. /jq5
lou loule apparence tloivcnt ùtre distinguées de rulcèrc ron- ''eant donl il s'agit ici. Ces tumeurs paroissenl tenir au développement d'un corps cancéreux nu crune végétation cancéreuse qui a pris naissance dans cet organe.
Marescot médecin à Modènc (cité par lïcister, inst. chir., p. a, scct. 2, cap. 90, § 2) rapporte Texeniplc remarquable d'une gi-ossc tumeur carcinomaleusc de ce genre que l'on détaciia de la langue par son coté gauche. 11 publia en 1 700 à Modènc, une relation particulière de cette opération.
Mais il ne faut pas confondre avec les tumeurs cnrcinotcuscs de la langue des excroissances d'une nature bien difrcrenlc qui se développent quelquefois sur les organes, et qui ne sont point s((uirrlicuses ; elles sont nioUcs, charnues, grosses comme des lentilles ou des pois, et cpiclquefois plus volumineuses. Ileister ( //i5^ dur., p. 2, scct. 2, cap. 90, § 2 ) dit avoir vu de ces sortes de tumeurs qui conservent toujours la même grosseur, et cpii ne déterminent ni douleur ni incommodité. Il cite im honune de lettres qui , depuis près de jo ans, en avoit une à laquelle il n'étoit survenu aucun changement. J'en ai vu moi-même plusieurs, mais ces excroissances n'éloient point squirrheuses, elles n'auroicnl pas pu prendre le caractère cancéreux sans changer de nature. Morgagniqui avoit vu ces excroissances n'osoit pas les faire couper (1); et Louis le blâme à cet égard (2).
(l) De scdib. et causis morb, (a) Màn. de Cucad, de c/iir.
§. ;•. Parlicularitcs relatives au. cancer des gencives cl de la
voûte palatine.
Le cancer de la soûle palatine et des gencives commence à peu près de la m(}me manière que le cancer des lèvres et celui de Torifice antérieur des fosses nasales. C'est presque toujours au bord des gencives que le cancer prend sa naissance (1), et assez souvent un le voit j)aroîtrc près d'une dent cariée; lorsqu'il a acquis une certaine étendue, il occasionc souvent aussi une cxpuilion abondante , mais dont la nature et la (pianlité varient selon ([ue l'ulcération se propage du coté du pliai ynx ou du celé des joues.
Après une certaine durée, Tulcéralion entraîne à sa suite des liémorrhagies, le marasme et la mort.
^. 8. Résultat des rccherclies d'anatotnic palliologique , relalixcmcnt aux cancers de la face et de l'intèilcur de la bouche.
La maladie cancéreuse appartient aux liuneurs cancéreuses, ou bien aux éruptions cancéreuses. Dans le prcnn'er cas, la «légénéralion organique présente absolument la même strueturc que les autres tumeurs de même espèce. Voyez à cet égard ee que nous avons dit en décrivant les sept premières espèces de tissu cancéreux ( Introd., cli.3, art. 2, § 1 à 7).
Dans le deuxième cas, la dégénération varie selon le degré de la maladie et suivant (pfcllc appartient au cancer superficiel ou au cancer entremêlé ( Intr., ch. 5, art. 2, §8 et 9.).
Si, à l'époque où le malade a succombé, l'ulcère étoit encore à son premier degré, ce n'est point la maladie
[\) Ancien journ. devu'd.y luui. 53, p. l\ôo-
ET DE L'iSTtRlETR DE L.i BOICHE. 4<.j-
cancéreuse qui a Jélerminé la mort. Lorsque la maladie éloit un cancer siipcrncicl , on croiroit fvicilement que la lésion locale qu'on observe ne doit pas Olro rangée parmi les dégénérations cancéreuses , parce que dans divers cas la slruclurc iiUime des parties lésées ne paroit pas la même que celle qu'on observe à la base endurcie du cancer ulcéré des mamelles. Le tissu altéré paroit seulement gonflé, rouge, et d'ailleurs on n'y aperci)il pour lordinairc aucune substance de nouvelle formation. Mais si lu maladie éloit un cancer entremêlé, comme cela est assez fréquent surtout à la lèvre inférieure, à la langue, etc., on trouve diverses portions de tissu cancéreux entremêlées avec des parties non cancéreuses et unies avec elles j)ar continuité de substance.
Lorsque la maladie est arrivée à la fm du deuxième dc- ^gré, le caractère de l'ulcération i •^l bien nneux tranché; cependant si la dégénération appartient à l'espèce (jue nous avons désignée sous le nom de cancer superficiel, on ne voit pour l'ordinaire encore qu'un tissu gonflé (}ui [>résente ime rougeur uniforme. Dans (jucbpies cas rares on aperçoit déjà à la surface de l'iilcèrc des points de tissu cancéreux, c'est-à-dire, des points blancs comme cartilagineux, cl comme formés par un tissu terne, lardacé, etc., extrêmement petits, et qui ne pénètrent pas profondément. Si celte dégénération constitue la lésion (jue nous avons désignée sous Itî nom de cancer entremêlé, on trouve en dis?è- (|uant la partie altérée quelle présente indépendamment du tissu rouge et gonflé, un tissu nouveau entremêlé avec le tissu non cancéreux, et disposé en plusieurs petites masses blanches et luisantes sous forme de points lenticulaires ou pisiformes, de fllamens, ou de bourgeons transparens souvent semblables à de la gélatine coagulée ou à de la corne fondue, à du lard, ou à un autre tissu organisé, et presque toujours parcourus par des vaisseaux sanguins d'une cx-
tréme ténuité. Il n'est donc pas rare de voir dans le cancer superficiel, et surtout dans le cancer enlrcniélé, de petites portions de tissu cancéreux qui présentent Tapparence de l'une ou de l'autre des six premières espèces de cancer simple; elles forment seulement des masses bien plus petites, et ces parties cancéreuses ne se trouvent (ju'à la surface de rtilcère, ou bien elles pénètrent plus ou moins prorondément dans le tissu non dégénéré, selon que le cancer est superficiel ou entremêlé.
Lorsque le cancer cutané est arrivé au troisième degré, on aperçoit les mêmes lésions «pic dans le deuxième degré, elles sont seulement bien mieux prononcées; il arrive cependant dansqucUjues circonstances que si la maladie éloit un cancer superficiel, on ne trouve à l'œil nu, même au troisième degré, aucun ]n)int do lissu cancéreux; et si le cancer éloit entremêlé, tout est devenu cancéreux à la surface ulcérée, et ce n'est qu'un peu au-delà qu'on aperçoit que le tissu cancéreux est entremêlé avec des purlions non cancéreuses.
Dans le deuxième, et surloul dans le troisième degré de cette ulcération, il arrive assez souvent {|uc les glandes voisines sont tuméfiées; dans cet étal elles sont (piel(|uef()is simplement engorgées, c'est-à-dire dans un état de pblcginasie sans transformation de tissu, d'autres fois elles sont métamorphosées en un tissu cancéreux, pareil à luu de ceux que nous avons décrits, et nous avons trouvé celle dégénéralion cancéreuse des glandes même dans certains cas où nous n'avons pu apercevoir à l'œil nu aucune trace de tissu cancéreux eu disséquant Tulcération cutanée que nous avions regardée comme un cancer superficiel.
Au reste, nous donnerons plus de détails sur la di-position et la formation progressive de celte dégénération organique dans la partie où nous développerons quelques vues palho-
ET DE l'iSTCRIEI R DB LA BOICBE. ^ç^
logiques sur la marche ilu cancer entremêlé et du cancer supeificiel.
Si daus ces cancers de la face les os ont clé aOeclcs ou détruits parlitlk'uient, on les trouve quclqucTois un peu gouilés, cl toujours comme rongés à leur surface, mais sans inégalité notable; on n'y aperçoit ni dentelure, ni irrégularité, ils ont été détruits partout également. La partie détruite semble avoir été enlevée par un emporte- pièce, rien ne dépasscle niveau dos parties environnantes ainsi que nous le dirons chapitre 02, article 2, en traitant du cancer consécutif des os.
Lorsqu'on fait l'ouverture du cadavre d'nn sujet mort d'un cancer ulcère de la langue, on trouve que le lissu cancéreux tantôt lardacé, tantôt seniblahle à de la couenne, ou à une autre dégénéralion caucércusc, est entrcniélt- avec des p.irlics Dou encore cancéreuses.
S'il y a des glandes engorgées aux environs, elles aont très communément transformées en un tissu blanc, luisant, lardiformc ou cérébriforme, et évidenuncnt cancéreux.
§ 9. Preuves qui établissent que les cancers rougeans ou noli me tangerc sont Uc nature cancéreuse.
Le.> iuiiiuiJis c.iiKcieu>e> uc la lace et (ie riiilcricur de la bouche, de nièuie que les ulcères cancéreux qui appartiennent au cancer entremêlé des mêmes parties, sont incontestablement de la même nature que le cancer du sein, puis({ue la dégénéralion organique est la même, et (juVllc est seulement disposée en plus petites masses dans le cancer en I remêlé.
Mais il n'en est pas tout-à-fait de môme des cancers superficiels; on aperçoit à la vérité dans bien des cas à leur surface tic petits points de tissu cancéreux visibles à la loupe et même à l'œil nu. mais souvent aussi on ne trouve
500 CANCER DE LjL FACE
pas ces points cancéreux à l'œil nud, ni même à la loupe, nous n'aurions donc pas pu ranger ces ulcérations parmi les cancers, si nous n'avions pas observé que chez certains individus parvenus au dernier degré de celte maladie et chez lesquels il n'y avoit aucun point de tissu cancéreux manifesté à la surface de l'ulcère, il y avoit dans le voisinage des glandes engorgées et transformées en tissu cancéreux. On voit par là qu'il est plus difficile de décider si un ulcère qu'on a sous les yeux est un noli me iattgcre, que d'établir l'identité de nature des iwli vu tan^cre avec les autres maladies cancéreuses.
Les deux principales variétés du îwli me ian<^crc^ savoir le cancer entremêlé de la face, et le cancer superficiel, présentent à peu près les mêmes apparences; ils commencent de la même manière, suivent la même marche , et exigent le même traitement, aussi est-on forcé de les réunir dans la mOmc description générale. Quant à leur distinction , elle est facile à saisir, le cancer entremêlé est celui dans lequel il existe un tissu cancéreux divisé en plusieurs petites masses, en plusieurs filamens, ou en plusieurs points entremêlés avec un tissu non cancéreux, et le cancer superficiel est celui dans lequel on n'aperçoit quelquefois aucun point cancéreux, ou bien dans lequel on ne trouve ces sortes de points qu'à la surface de l'ulcération où ils ne sont quelquefois visibles qu'à l'aide d'une forle loupe.
ARTICLE IL
Maladies qui simulent les cancers de la face et de l''inlérieur de
la houclte.
Parmi ces maladies les unes sont des tumeurs, les autres des ulcérations; les premières peuvent simuler les tumeurs
ET DE L'iNTERIErR DE LA BOUCHE. 5oi
cancéreuses, les autres ressemblent aux cancers rongeans.
Les tumeurs de la face et de rintérieur de la bouche, qui peuvent être confondues avec les tumeurs cancéreuses des mêmes parties, sont : i" des glandes tuméfiées non cancéreuses, 2" des loupes, 5° des eugorgemens des conduits salivaires; mais cela n'a lieu '[ue dans le premier temps de la maladie, car dès (ju'il survient des douleurs lancinantes ou une ulcération, la distinction du cancer devient assez facile. Les signes qui dans les premiers temps peuvent aider le diagnostic sont les suivans : i" les loupes sont bien mobiles^ et en les touchant on y reconnoît assez souvent une mollesse remarquable, et quelquefois on aperçoit que la tumeur très-lisse est enkystée; 3*^ les glandes lymphatiques tuméfiées ont la forme très-régulière, elles sont lisses et bien mobiles; 5° rcngorgcnient des conduits salivaires, connu sous le nom de grcnouillcUt., présente des symptômes caractérisli(|ues bien distincts, puisque la tumeur située au-dessous de la langue et un peu livide est molle, et souvent flucluaiile.
Les ulcérations qui peuvent être confondues avec le cancer rongeant sont syphilili([ues, scorbulicpies, scrophulcuses, darlreuses, entretenues par uno carie, etc.
Ces diverses ulcérations et les cancers rongeans présentent dans divers cas un aspect tellement semblable (pi'il est extrêmement dillicile de distinguer de quelle nature est un ulcère de la face ou de la bouche, sur lequel on est consulté.
J'ai vu plusieurs fois, et d'autres l'auront vu aussi sans doute, que des ulcérations de la face, jugées cancéreuses par des hommes de l'art très-habiles, avoieut cédé, les unes à l'usage des mercuriaux, les autres à celui des narcotiques, des amers, ou des subslnices sulfureuses, à celui des antiscorbutiques, etc.; d'un autre côté j'ai vu des noli me tangerc quiressembloientàdes ulcérations syphilitiques, qui avoient
été jugées telles par des hommes de Tart très-habiles; elles ont cependant résisté à l'usage interne des niercuriaux et des autres anti-syphilitiques, elles ont même été notablement exaspérées par l'usage extérieur des préparations mercurielles; on n'a pu les ramener à leur premier état qu'à l'aide des narcotiques ou quelquefois des préparations qui conlcnoient une assez grande quantité d'oxide de plomb.
Il est donc bien important de distinguer la nature de ces ulcérations avant d'en entreprendre le traitement. Il est Ircs-cru'jl (l'avoir commis une erreur qui a rendu incurable un cancer rongeant qu'on auroit pu guérir; et on ne peut s'empOcher de déplorer le sort d'un malade qui n'avoit pas un canocr, ({ui aiuoil pu être guéri, et qui devient la victime d'une ulcération très-curable qui a été méconnue et traitée seulement par des palliatils.
Dans certains cas. la forme de l'ulcération et la manière dont elle a commencé suflisent pour faire connoître sa nature. Dans d'autres cas, la constitution et r.'\ge des malades peuvent fournir quelques lumières. Knfm dans les cas douteux, il ne faut rien négliger pour sauver le malade livré à une mort certaine. Les anti-sypliililiques, les anti-serophuleux, les anti-scorbutiques, etc., peuvent sauver quelques malades dont l'ulcération déjà très-étendue et regardée comme cancéreuse ne l'étoit cependant point.
Je crois devoir ajouter quelques détails pour encourager les médecins à tenter divers essais dans les ulcérations de la face; en conséquence je passerai en revue ces diverses ulcérations.
1" V kcraiions syphilitiques qui simulent des cancers.
Dans bien des cas les ulcères vénériens de la face peuvent présenter la même apparence que les cancers cutanés; l'examen de Tulcère , la rapidité de sa marche et la cause qui la produit, suflisent souvent pour éclairer le diagnostic ;
ET DE L ISIURJEIR DK LA BOl'CUi:. C^OÔ
mais il e^l des caseiiibarrassans dans lesquels on csl incertain sur la cause de la maladie, l'aspect de rulcère paroît cancéreux, il y a nu^me des glandes engorgées tlans les environs, elc. Tous les praticiens savent coniI)ien le diagnostic CAt quelquefois diilicilc dans des cas pareils. M. Cullorier, qui est depuis long-tcuïps chirurgien en chef de l'iiôpilal des véntrif jis, et dont les connoissances concernant les maladies véntriennes sont appuyées sur une pratique si longac et si nombreuse, ne craint pas d'avouer cette dilViculté; voici comment il s'exprime à ce sujet.
€ Souvent (i) les ulcères vénériens qui ont leur siège sur les lèvres, ressemblent tellcmenl au\ ulcères cancéreux qui se forment sur ces parties, et les signes rationnels sont si inccrlains qu'on peut quelquefois se tromper dans leur diagnostic 0 .
Je rapporterai ici quelques exemples de ces cas qui peuvent en imposer.
1" exemple. M. Cullericr a nu une deruuiselle qui avoit les signes univoquesde la virginité et cpii étoit atteinte à la lèvre inférieure d'une ulcération (ju'on avoit prise pour un cancer; on devait en faire l'extirpation. Cette ulcération avoit été produite par un baiser impur; elle fut guérie par les anti-syphilili(|ues, et l'on évita ainsi Textirpation d'iuie partie de la lèvre inféiieuro (2).
2* exemple. Lue fille iigée d'environ trente ans, avoit à la cloison du nez une petite éruption qui se reeouvroit d'une croûte brune et qui au bout de six mois avoit fait assez peu
(i) Propositions de cluriirf^ie. Tliésn pr<!'3cnt''e à 1 école de Médecine de Paris, por !\I. Culhricr, le 3 vei:d(nii;iirc, an xii, pag. 7.
(a) Diascrt. sur le cancer des Icurcs. Tlicse soutenue [>ar M. Lemcrcicr-Mollcrie, à P.uis , le 19 aoùl i8u8^ pyg. b ; ( calquée sur celle de M. Gault, soulcnue en ivJo5.J
DC.'l CANCER DE L\ FACE
lie proçit'S, malgrt' l'emploi des moyens qui paroissoicnt indiqués. Il succéda à celle érupliun un \)v[i\ nleèrc (|ui en six mois de temps fit uuc échancrure d'emiron deux lignes à la cloison du nez. La malade disoit resscnlir des picolemcns douloureux à rulctre dont les bords éloient rouges cl indolens, tandis que la surface interne rloil recouverte de pclils bourgeons charnus, rouges et irréguliers: eelle iîllc assuroit s'élrc toujours bien cunduile. Knviron quin/r mois après Tinvasiou de celle maladie, nous apprimes (pic six ans auparavant, la conduite de celle fille avoit élé suspcclc; elle assura ce|H:ndanl n*avoir jamais eu de maladie vénérienne iti de Heurs i)lanclic>. Il parut convenable d'essayer un traitement anli-s\ phililique; au bout de deux mois de traitement intérieur à l'aide du sublime corrosif, celle maladie lut parfaitement guérie.
Depuis plus de six ans il n'y a eu aucune apparence de récidi\e.
5* txemplf. l lu- pclile (illi- .ig«r de dtuv nmis ciit .i la lèvre inférieure une éruption beaucoup plus pelilc (pi'iuie lentille; en sepl à huit jours celle éruption avoit formé un i.'cère plus large qu'un pois, et les jours suivans la lèvre inférieure eloit évidemment échancrée à plus de deux lignes de profondeur. L nkéialion éloil pâle cl ses bo'-ds éloient rouges; la mère n'avoit aucun symptôme de syphilis, elle disoit que son mari éloil très-bien poitant. On crul devoir employer des lotions, avec de l'eau dans la(jnelle on a\oil fait dissoudre deux grains de sublimé sur ciiaipie once d'eau. Au bout de quinze jours celle ulcération fut totalement guérie.
On voit par les exemples (pic nous venons de rapporter, que les signes de la maladie ne sont pas toujours sulUsans pour éclairer le diagnostic; eu consécpience dans des ulcérations de la face qui parois^enl cancéreuses, il est souvent couvcuablc de faire l'essai des préparations mcrcu-
ET DE L'iNTÎ-RIEVR DE LA BOICUE. .îo.*)
riellcs, parce que les ulcères syphilititiues de la face cèdent conimunéincnl avec facilité 1' emploi des anli-svpîilliiitpics.
a' Ulcères scrcphulcujc.
Certains ulcères M^ropluilcux pn-sentenl (picKpiolViis les mêmes apparences que le cancer cutané, cl ils cèdent à l'usage des anti-scropliuliux, et queltpiefuis aussi ù celui des pnparatious mercuricUes; il eu est d'antres qui résivtcnl à l'uMgc do ces divers muycns« cl qui après .noir (Wlcil ies ap(>arenccs d'une miladic cancéreuse reprennent la marche cl Taspeel d'un ulcère scrophulcnx qu'on uc [>cut parvenir à cicatriser p.ir jurun moyen.
En général, ces ulcères scrophulcui rancrilm mes n'allcelenl que de jeunes »ujets chez. lestpieU la disprmilion scrophulcuscest plusuu uiuins martpiée. J*en ai vu qui avoient écliancré les lèvre», le ne/, etc., cpii avoi»Mit détruit «les portions osseuses considérables, cl «pii cependant (»iil fini parsc; cicalriscrspontanément, mais successivement, c'est-à-diro qu'on voyoit une portion anciennement occupée par l'uli ère cl bien cicatrisée, tandis que d'autres parties fort éloignées éloienl dins les derniers temps le siège do TuIctTc* «pii à la fin s*étoil cicatris4^ en entier; mais souvent la malailic guéril par les secours de l'art, bit n avant d'avoir f lit d'aiissi grand» ravages.
Je me contenterii d'en citer ici (juchpics t\i ni|»le>J.
i" EXESPLE. Une fille de quatorze ans non encore réglée, d'une famille scropbideu!^e, ayant elle-même les lèvres épaisses, les ailes du nez larges et épaisses, !"( xIk niili du nez arrondie, les mains liabiluellemenl couvertes d'engelures en hiver, etc., eut en automne et pend ml tout riii\( r \\\\r. pelilc croûte grise siluéc sur la lèvre supérieure el sur la baftc de la cloison nasale; cette croûte tomboil et .se rcprodui<toit alternalivcmeut. Dans le courant de l'été suivant
5o6 CANCER DE LA FACE
(près de neuf mois après rinvasion de la maladie) il se déclara dans la partie ulcérée des douleurs vives et lancinantes 5 l'ulcération fit des progrès, il se forma une écliancrure à la cloison du nez, les bords de Tulcère étoient d'un rouge vif, sa surface étoit inégale et rouge. Des tisanes anières, des purgatifs amers réitérés, des pilules d'extrait de ciguë et des lotions avec une forte solution de potasse pure dissoute dans Teau , guérirent celte ulcération au bout d'environ deux mois de traitement.
Cette fille, très-sage et d'ailleurs exactement surveillée par ses parens, n'a voit pas été exposée à contracter une maladie syphilitique.
2* EXEMPLE. Une demoiselle, née d'un père dartreux et d'une mère scrophiilcuse, eut dans ses premières années la teigne, et divers abcès scrophuleux/m col et aux membres. A sa dixième année, elle eut à la joue gauche une éruption qui s'ulcéra et forma ime ulcération hirgc comme un pois, rouge et irrégulière; au bout d'un an cette ulcération persisloit, et la malade y ressentoit une légère démangeaison: on employa en vain les amers, les toniques, le sirop antiscorbutique. A l'âge de douze ans l'ulcère persistoit, et il s'éloit encore élargi. Ln praticien très-habile regarda la maladie comme un ulcère syphilitique, le traitement administré d'après cette vue ne produisit aucun effet. On espéra que l'apparition des règles guériroit cette maladie; elles parurent à quatorze ans sans améliorer l'ulcère. Alors un autre praticien non moins instruit , regarda celte alicction comme cancéreuse; pendant le cours de la quatorzième année il crut devoir à diverses reprises ébarber la tumeur et y appliquer la pâte arsenicale; la cicatrice fut obtenu3 avec facilité à chaque fois, mais au bout do quelques semaines la maladie reparut constamment. Pendant la quinzième année l'affeetion dont il s'agit a été Iraiîée comme dartreuse, les préparations sulfureuses internes et externes,
ET DE L'iNTÉRirrR DE LÀ BOUCHE. Soj
la pcusée sauvage, la douce amère, les extraits de saponaire, dît été inulilemcnt mis en usage. Plusieurs aulres traitements n'ont pas été suivis d'un meilleur succès; Tulcère, à la fui de 1812, avoit l'élendue de la cornée transparente, les bords dentelés, et la surface irrégulière; la malade y éprouvoit parfois une légère démangeaison, il en découloit une sérosilé rousse, et d'aulres fois une sanie rougeàtre.
A celte époque celte demoiselle, âgée de seize ans, grande, fraîche et d'ailleurs bien portante, éloit toujours bien réglée. Au mois de mars 1812 elle a commencé à faire usage du kinkina en substance; depuis six mois (en septembre 1812) elle en prend deux scrupules par jour; les picolemens de rulcère ont diminué, il n'est plus aussi inégal, ses bords ne sont plus irréguliers et dcnlelés, il commence à prendre l'apparence d'une ulcération scrophulcusc.
3" Ulcères clartreuœ.
Quant aux dartres rongeantes de la face qui simulent le noli me tavgere, il n'est pas nécessaire d'en rapporter d'exemple particulier, il suflit de savoir que ces dartres peuvent quelquefoisse compliquer avec le iiolimc tan^^ere, et (pie dans ces cas la maladie doit être traitée comme un cancer de la face; mais les préparations destinées à comballie les maladies dartreuses ralentissent alors la marche de rulcéraliun, qui, livrée à elle-même, feroit des progrès bien plus rapides que le cancer cutané sans complication. En général l'ulcère tiartreux de la face n'a pas tout-à-fait le même aspect que le cancer cutané, et presque toujours il occasionne beaucoup de démangeaisons, surtout dans le cercle rouge et enflammé qui entoure les bords de l'ulcère.
5o8 CANCER DE LA FACE
4° Ulcères scorbutiques.
Pendant les temps de guerre, il est très ordinaire de voir dans les hôpitaux militaires des ulcérations qui se montrent à l'intérieur des joues vis-à-vis les dents de sagesse et qui s'élargissent progressivement en répandant une odeur intolérable et en produisant des douleurs plus ou moins vives. Celte maladie, très-probablement contagieuseetqu'on traite souvent avec succès par des lotions répétées avec le collyre de Lanfranc, ne peut pas être coniondue avec le cancer de Tintérieur de la bouche; sa marche est bien plus prompte, elle attaque im grand nombre d'individus à peu près dans le même temps, elle ne transforme pas les parties qui en sont le siège en un tissu cancéreux; il est très-possible qu'elle ne soit pas de nature scorbutique, mais on ne sauroit la regarder comme étant cancéreuse.
Nous ne parlons pas des ulcérations des gencives chez certains individus atteints d'une atreclion scorbutique conslitulionncllc et avancée, les signes généraux du scorbut suffisent dans ces cas pour éclairer le diagnostic.
5° Ulcères entretenus par une carie,
i" Les ulcères entretenus par la carie d'un os de la face sont boursoufllés, sordides, etc., ils n'ont pas le même aspect que les cancers cutanés, ils sont fisluleux; la douleur qu'ils occasionnent n'est pas la même que celle des cancers cutanés. 2" Les fistules dentaires qui produisent une induration des parties voisines, une ulcération à la face, et des sortes de crêtes à l'intérieur dt-s joues du côté des gencives, sont distinguées des 7io/i77îc^fl/?^^^r^, imparte conduit fistuleux, 2° parce que l'ulcération extérieure ne s'élargit pas, j** par une induration moindre, et surtout parce que cette induration diminue de temps en temps; il sufiit d'arra-
ET DE L'iXTÉRIErR DE LA BOUCHE. 5og
cher la dent dans les cas de fistule dentaire, pour obtenir une "^nérison très-prompte; la carie des os de la face exige le même traitement que les autres caries.
ARTICLE III
Traite?nfnt.
Les tumeurs cancéreuses de la face sont évidemment de la même nature ijue les cancers des mamelles, et elles réclament le même traitement général et local que les autres maladies cancéreuses analoii;iies (cliap. vu).
Quant aux ulcères cancéreux primitifs ou consécutifs de la face, on a vu, d'après l'histoire cpic nous venons d'en donner, qu'il est incontestable que ceux qui appartiennent aux cancers entremêlés sont de la mOnij nature aussi que les cancers des mamelles: mais ils présentent une disposition particulière du tissu cancéreux qui doit apporter quelques diftcrences notables dans l'aspect de la maladie, et faire naître des considérations particulières sous le rapport du diagnostic cl du traitement.
Quant c\u raiicor longcjnf, qui est de la nature des cancers su|.erficicls, il doit être bien plus f icilc à guérir dans quchpies cas c[ue les autres espèces de cancer, car il paroîl «pi'il ne renferme souvent dans le principe qu'une trèspetite cjuanlité de tissu cancéreux. Il est cependant bien évident qu'il est de la môme nature que tous les autres cancers, puisque dans la plupart des cas lorsqu'il p-ircourt toutes .ses périodes, et qu'il détermine la mort, on trouve, comme nous l'avons dit, une dégénération cancéreuse des glandes lymphatiques situées dans le voisinage de la tumeur; néanmoins on ne peut disconvenir que lors([uc le cancer rongeant commence, il ne présente plus d'espoir de gaérison,
5lO CA5CER DE LA FACE
que les tumeurs cancéreuses situées profondément dans le tissu des organes.
Les cancers rongeans sont rarement accompagnés d'une maladie cancéreuse d'espèce différente.
J'ai cependint vu le noU me tangcre du nez coexister avec des tumeurs cancéreuses du foie. Une femme qui avoit été guérie par l'extirpation d'un bouton chancroux à la langue est morte quelques années après d'un cancer de la malrice; d'autres médecins auront probablement observé des cas analogues.
On sait aussi que trop souvent des individus auxquels on a extirpé un cancer cutané, sont pris d'un autre cancer de mémo nature, au bout d'un certain temps; j'en ai vu quelques excmj)les; il est fait mention de quebiues cas de ce genre dans les Mémoires de l'académie royale de chirurgie, tom. J, mémoires de LeJran, p. iG.
Enfin il est des individus sur la figure desquels il se forme en même temps plusieurs cancers cutanés. J'ai soigné une malade qui a été guérie d'un cancer cutané qui avoit commencé sur le dos du nez par une tache jaunâtre, et d'un autre qui s'étoit développé dans le mémo temps sur la joue droite, en débutant sous la forme d'un poireau. Un vieillard qui avoit un cancer cutané sur le dos de la main présentoit plus de cinquante petites éruptions cancéreuses sur le visage.
Quand on est coneulté pour traiter une ulcération qui paroît être un cancer rongeant de la face, il ne faut jamais perdre de vue ce que nous avons dit dans ce chapitre, (article deuxième), concernant la difficulté du diagnostic; et si le caractère de la maladie présente la plus petite incertitude, on prendra de nouveaux renseignemens, on fera les tentatives de traitement suggérées par la prudence, on procédera par voie d'exclusion, et on ne prononcera d'iuie manière affirmative sur la nature cancéreuse de la maladie
ET DE l'I^TÉRIEIR DF. LA BOITHE. 5ll
qu'après en avoir acquis la certitude; c'est alors seulement qu'on sera en droit de la combattre par les moyens appropriés au Irailcnicnt des maladies cancéreuses.
Quand on irrite les cancers de la face par des topiques^ on voit les douleurs augmcnier et l'ulcération faire des progrès rapides;^ un traitement plus convenable et des médicamens narcotiques ou caïmans, quelle que soit leur nature, font souvent alors cesser les douleurs, et quelquefois l'ulcère revient à peu près à son état antérieur, surtout quand la surface du cancer ne présente pas des points miliaires blancs et luisans, ou de petites végétations comme cartilagineuses, ou de petits bourgeons luisans semblables à la corne fondue, parcourus par de petits vaisseaux sanguins rouges qui sont bien distincts dans ces bourgeons gris, jaunâtres ou blanchâtres. Quelle que soit au reste l'amélioration obtenue à l'aide des topiques caïmans, la cicatrice ne devient jamais universelle et solide, et si elle le paroîl un instant, celte apparence est illusoire. L'ulcère est seulement comme desséché; il se recouvre d'une petite croûte qui tombe et se renouvelle perpétuellement, et l'ulcère finit par se montrer de nouveau.
Il est quelques cancers superficiels dans lesquels on a l)ara retirer de bons effets de divers topiques d'une activité très-modérée, tels que le seduni acre, la carotte, Toxide de cuivre, etc., mais il reste toujours fjuelquc incertitude sur la véritable nature des maladies qui ont cédé à l'usage de ces moyens.
En général, quand on veut obtenir la guérison des cancers rongeans de la face, on doit employer des moyens phis eflicaccs.
Le traitement varie selon le siège du cancer, sur le nez, les joues, le menton; on peut l'enlever en entier avec le bistouri en coupant dans les parties saines, afin d'emporter toules les racines ou tous les prolongemens cancéreux; on
5l2 CANCER DE lA FACE
peut aussi sur les mêmes parties détruire le cancer à Taide des caustiques appropriés tels que la pâte arsenicale ^4* part.). Mais dans tons les cas on ne doit employer les caustiques qu'aulant qu'ils peuvent détruire toute la partie altérée, autrement on exaspère la maladie.
Lorsque le cancer de la face s'étend jusqu'aux os, et que de leur surface ou du périoste naissent des chairs fongueuses, on conseille d'enlever d'abord avec le bistouri tout ce qu'il est possible, de toucher ensuite la plaie avec un fer rouge, et de répéter son application si quelques jours après la première opération, de nouvelles fongosilés se développent.
Lors même qu'on n'aperccvroit pas de végétation fongueuse sur un os dénudé par un cancer rongeant, il ne faudroit pas se persuader que l'un peut sans danger négliger de remédier au vice de cet os presque toujours afTeclé luimême du cancer superficiel qui le détruit insensiblement; il est donc indispensable de (iétruire la partie de l'os qui est affectée; dans celte vue il faut cautériser toute la surface altérée de manière à la mortifier dans une étendue plus grande que celle qui étoit occupée par l'altéralion de l'os. Si l'os altéré est trop près du cerveau et qu'on ne puisse pas y appliquer le feu, on doit le ruginer profondément dans une étendue plus grande que celle qui est occupée pai- la maladie de l'os.
Par ce moyen ou enlève tout ce qui a pu être lésé par la dégénération cancéreuse.
Traiir ment du cancer cutané.
On doit tenir la même conduite lorsque les os sont cariés, c'est-à-dire ne pas se contenter denlever les parties molles, mais détruire la partie de l'os affectée de carie.
ET D£ l'intérieur DE LA. BOUCHE. j]j
Je puis aflîrnier, dit M. Leveillé (i), qu'on est certain de gutrir ces caries en ciiîtérisanl toute la surface ulcérée de Tos de manière à la mortifier dans une étendue plus grande que celle occupée par la maladie, car on ne feroit qu'aggraver le mal si on ne ratla(|uoit que parliellemenl. La surface ainsi nécrosée est séparée pu* le développement de bourgeons cliarnus qui sont suivis d'une cicatrice solide et durable. Il n'y a p.is d*autre traitement à opposer à ces caries, les médicameus internes étant inelîicaccs dans ces sortes de maladies.
Ce nVsl que dans la (piatrième partie de cet ouvrage que nous nous occuperons, d'une manière spéciale des topiques €t des médicamens inlerues à employer contre le cancer cutané; néanmoins nous croyons devoir consigner ici deux faits remarcj^iables ra[)[)orlés par .^I. Bouchet (u), ils prouvent en même tcm[)s juscpTà quel point on peut parvenir, àTaide <lcs topiques, à guérirdes cancers cutanés très-étendus, et quel danger il y a à laisser ces applications entre les mains des charlatans.
M. B** de Niort, âgé d'environ soixante ans, porloit depuis plusieurs années sur la partie gauche du visage uiî largo ulcère chancreux qui sVlcndoit de la partie latérale du nez jusqu'à l'os de la ponnnetle, et de la lèvre supérieure jusqù^uu bord adhérent de la paupière inférieure; la maladie avoil conmiencé par un tubercule bienlôt changé en ulcère. Plusieurs praticiens avoienl jugé la maladie au-dessus des ressources de l'art, la malade se confia à un empirique qui appliqua deux fi)is sur l'ulcère un topique qui produisit à chaque appiicalion nue escarre profonde. La dernière ap-
(ij Recueil pcriinliqtie , tom. 2O , p. ^17.
(2) Couclicl. lieclwrchcs sur le cancer de la peau du visage, etc. Thèse soutenue à Paris le 9 juin 180G, p, uo.
plication étendit trop loin fou action^ la paupière inférieure fut percée, et les membranes de l'œil corrodées, de sorte que cet organe ne tarda pas à se vider. Cet accident grave ne rendit pas la cure plus longue; la plaie se cicatrisa assez promptement, et la guérison se soutient depuis plus d'un an.
Madame B*% âgée de cinquante-cinq ans, portoit depuis cinq à six ans un ulcère chancreux qui long-temps stationnaire avoit envahi en deux ans presque tout le côté gauche de la face et du nez; les glandes placées sous le menton et dans les régions cervicales n'étoient point encore engorgées. Cependant l'étendue de la maladie ne permettoit guère d'en espérer la guérison. Elle se confia au même empirique qui fit usage de sa composition dont il fait un secret; le caustique fut aussi appliqué deux fois, et produisit à chaque fois une escarre de l'épaisseur de plus de deux lignes; il porta son action jusque sur les os qui forment la partie latérale de la voûte du nez, et occasionna de vives douleurs; en deux mois l'ulcère fut cicatrisé, une petite portion d'os se détacha par exfoliation, la paupière resta éraillée.
Ces deux malades qu'une trop prudente circonspection auroit laissés périr, ont dû leur salut à une heureuse témérité; il est presque certain que le secret de cet empirique n'est autre chose qu'une préparation arsenicale, car elle produit absolument les mêmes effets, comme on peut le voir dans le traitement général des maladies cancéreuses, à l'article des topiques arsenicaux; mais cet homme privé des connoissances nécessaires pour exercer l'art de guérir, a occasionné la perte d'un œil qu'un praticien instruit auroit vraisemblablement préservé de cet accident.
Si le cancer occupe la lèvre inférieure déjà fort épaissie et altérée d'une manière notable à sa surface muqueuse, il ne peut pas être guéri par des topiques; on doit donc l'extirper, à moins que l'affection cancéreuse ne se soit déjà.
ET DE l'intérieur DE LA BOLCHE. 5l5
communiquée aux glandes qui sont an-dessous de l'angle de la mâchoire inférieure, et que ces glandes ne soient gonflées, car alors il n'y a plus rien à attendre de l'opération. On cite des exemples de réussite, mais combien ils doivent être rares!
Le procédé opératoire que nous conseillons est décrit de la manière suivante dans l'ouvrage de M. Sabatier (i).
« Le malade étant assis sur une chaise assez élevée, la tête appuyée sur la poitrine d'un aide, le chirurgien saisit la lèvre malade avec le pouce et les deux doigts suivans de la main gauche, pendant que Taide qui soutient le malade la tend du même côté en tirant la commissure en arrière, et il fait le long de la tumeur une incision qui descend vers le menton, ensuite il reprend la lèvre de la main droite, et il la fait tendre du même côté, comme il a fait précédemment, et fait du même côté de la tumeur une incision semblable à la première, de sorte que ces deux incisions se terminent au même endroit, et qu'il en résulte un triangle, ou un ï^ majuscule, dont la base ou l'ouverture est en haut, et le sommet ou la pointe est en bas; si la masse cancéreuse n'est pas entièrement détachée, il achève de la séparer de ses adhérences; l'aide qui soutient la tête du malade, appuyant de derrière en devant sur les joues, ramène les parties de la lèvre qui restent l'une contre l'autre, et les affronte de manière que les bords opposés de la plaie se touchent en tous les points,... On fait un point de suture entrecoupée au bord supérieur de la plaie, avec l'attention de mettre les deux parties de la lèvre parfaitement de niveau, après quoi on met sur chaque joue une compresse épaisse, longue et de peu de largeur, laquelle est placée à peu de distance des bords de la plaie et dans leur direction, et est maintenue
(i) Méd, opérât.^ lom. 2, p. 270, 2« édit.
5l6 CANCER DE LA FACR
par le bandcige unissant qu'on emploie dans le bec de lièvre; une fronde mise sous le menton assuj Itit le tout, et le malade est placé dans son lit la tête élevée ».
Le malade doit s'abstenir de tout mouvement des lèvres, on le nourrit avec du bouillou qu'on fait tomber dans la bouche avec un biberon; au bout de quatre à cinq jours la guérison est assez avancée pour n'avoir plus à craindre que les bords de la plaie se désunissent... Quand on juge que le fil qui a servi au point de suture est devenu inutile, on le coupe et on le retire. Après huit à dix jours le malade est ordinairement guéri.
Si la salive couîoit à travers rai;';le inférieur de la plaie et qu'elle la rendit ainsi fistuleasc, on y remédieroit en appliquant une parcelle demplàtre ér>îspastique qui en avivant les bords de la fistule, permettroit de les rapprocher après la chute de la petite escarre qu'elle produiroit, ce qui permettroit d'en obtenir la consolidalion.
Si le cancer est situé près la commissure des lèvres ou à la commissure, on pratique deux incisions qui répondent à sa partie supérieure et à sa pariie i iférieure , et qui se réunissent en angle vers la joue. Les bords de la plaie sont rapprochés par deux points de suture entrecoupée et par des bandes agglutinatives, soutenues avec des compresses et un bandage en fronde.
Il importe de prévenir les suites funestes que pourroit avoir la perte du sang fourni par l'artère labiale; cet accident est rare, mais on l'a vu arriver. On arrête l'hémorrhagie avec un morceau d'agaric placé c: Ire la joue et les dents, ou bien on exerce une compression continuelle sur l'artère labiale à l'endroit où eiîe pass3 sur l'arc du menton au devant du iî]!asseter; au reste M. Gauit, qui a vu enlever à Desault un grand norabre de cancers situés aux commissures des lèvres, dit que l'hémorrhagie est un cas excessivement rare, et que cet habile praticien avoit toujours su
ET DE L'iXTÉRlETJB DE LA BOUCHE. 5l7
réviter par rextrênie attention qu'il mettoit à réunir exactement les bords de ia plaie (i).
M. Sabalier conseille d'extirper le cancer des lèvres tant qu'on peut espérer de sauver le malade, lors même que la maladie est tellement étendue que les bords de la plaie ne peuvent plus être rapprochés après l'opération. Quand la plaie est cicatrisée, le malade porte une mentonnière, ou une lèvre d'argent assujettie avec deux cordons latéraux liés derrière la tête, et peinte en couleur de chair; on place à la face interne de cette plaque d'argent des éponges très-fines pour empêcher la salive de s'écouler continuellement audehors. M. Gault (2) cite à cet égard un fait remarquable. Le célèbre Desault avoii extirpé un cancer de la lèvre inférieure qui dépassoit les deux commissures: les lèvres de la plaie étoient tellement éloignées qu'il fut impossible d'en obtenir la réunion. Après que la plaie fut cicatrisée, l'aspect de cet homme éloit extraurdinairement hideux, et la salive couloit perpétuellemeni en nappe sous le menton; on remédia en partie à ces accidens à l'aide d'une plaque d'argent conformée comme une lèvre inférieure et qui couvroit tout le menton.
Si le cancer a son siège à la langue, on ne peut espérer de sauver le malade qu'autant que la partie cancéreuse peut être enle\éc (thèse de 31. Boyer, palhol. de Lassus); voici comment s'exprime à cet égard M. le professeur Boyer (5).
Lorsqu'un tubercule carcinomateux situé à la pointe de la langue occupe toute son épaisseur, sans intéresser toute sa largeur, de manière que les bords de cet organe ne par-
(i) Gault. Essai sur le cancer des lèvres , p. 1/^. (•2) Ibicl.j p. 10.
^3) M. Boser. Propositions de chirurgie présentées à l'école de médecine de Paris, le 19 fructidor an xi (1800), p. 3.
5l8 CANCER DE LA FACE
ticipenl point à reiigorgemeiit^ on peut emporter la tumeur en la circonscrivant par deux incisions obliques d'avant en arrière, et de dehors en dedans; et réunissant les deux lèvres de la plaie au moyen de quelques points de suture, conserver à la langue sa forme et presque toute sa longueur et sa largeur naturelles.
Quand le cancer a son siège aux gencives ou à la voûte palatine, on ne peut pas appliquer la pâte arsenicale; il faut à l'aide de l'instrument trancliant procéder à l'extirpation de la partie dégénérée; il est même indispensable dans quelques circonstances de faire usage du cautère actuel après qu'on a enlevé avec le bistouri les parties altérées.
Le traitement local qui détruit le cancer de la face opère quelques guérisons radicales; dans bien des cas cette guérison n'est que passagère; néanmoins lorsqu'on peut enlever l'affection locale il n'y a pas à balancer, puisque livrée à elle même la maladie est absolument incurable et devient toujours mortelle, si elle parcourt toutes ses périodes.
Quel que soit le procédé par lequel on a détruit le cancer de la face, il n'est pas rare de le voir repulluler, soit qu'il se reproduise à l'endroit primitivement affecté, soit qu'il naisse sur d'autres parties de la face, et il est impossible de connoitre d'avance quels sont les individus qui seront à l'abri d'une récidive. On a vu la maladie reparoître plusieurs fois après avoir été détruite, et les malades se refuser obstinément à toute nouvelle tentative de traitement local.
Dans ces cas fâcheux, de même que dans ceux où l'on ne peut plus détruire la maladie locale, parce que l'étendue et la situation de l'ulcère s'y opposent, ou parce que les glandes lymphatiques environnantes sont tuméfiés et cancéreuses, il ne reste plus d'autres ressources que l'emploi des moyens internes préconisés par quelques auteurs; il convient en même temps de calmer les douleurs et de prolonger la vie des malades qu'on n'espère plus de guérir (voyez
CANCER RONGEANT DE LA SURFACE BV CORPS. Sig
2" part., chap. i", art. 7, § 4) ; on peut aussi lorsque le cancer cutané ne peut pins être enlevé en entier, essayer quelques uns des traitemens internes ou externes dont nous parlerons dans la quatrième partie de cet ouvrage.