XVIII NOTICE HI9T0BIQCE
bord attaché à un hôpital militaire temporaire qu'on avait établi à Barcelonnette, et ensuite à l'hôpital de Nice, sous M. le professeur Desgcnettes , qui était alors médecin en chef des armées du midi.
Les armées, qui sont pour la plupart des jeunes gens un lieu de dissipation et une occasion de perte de temps , fournirent h Bayle les moyens de commencer une étude à laquelle il n'avait pu encore se livrer , celle de Tobservalion clinique. Tout son temps était partagé entre l'hôpital et la lecture des ouvrages de pathologie ; aussi fut-il en état de répondre d'une manière brillante aux questions qui lui furent adressées dans un concours qui eut lieu parmi les officiers de santé de cet hôpital. Ses camarades furent d'autant plus étonnés de ses réponses , que son air de réserve et sa timidité leur avaient fait concevoir une idée peu favorable de sa capacité.
Baylc vint 5 Paris en novembre 1 798. Dès son arrivée, il se mit à suivre un grand nombre de cours qu'il rédigeait avec soin. Il consacrait h l'étude, non-seulement les jours, mais une si grande partie des nuits , qu'à peine lui restait-il quelques heures pour le sommeil. Ses progrès furent si rapides , qu'il remporta un prix h l'école pratique , 5 la fin de l'année suivante, et qu'il obtint au concours la place d'aide d'anatomie. C'était alors l'époque où Corvisart, continuant les travaux de Bonet et de Morgagni, inspirait aux nombreux élèves qui se pressaient à ses leçons le goût pour les recherches d'anatomie pathologique. Bayle devint un des auditeurs les plus assidus de ce célèbre professeur , qui contribua beaucoup sans doute par sa savante clinique à lui faire prendre la direction spéciale qu'on remarque dans ses travaux. Pour un homme habitué comme
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lui à tout observer et 5 se rendre compte de toutes ses observations, la place d'aide d'anatomic dut avoir une grande part aussi à l'élude des lésions anatomiques des organes, à laquelle il se livra d'une manière particulière. En eflet , à peine était-il nommé h cette place, qu'il se mit à taire l'ouverture des cadavres qui étaient déposés en si grand nombre dans les pavillons de dissection de la faculté de médecine de Paris. Ses premiers travaux d'anatomie pathologique ne sont que le résumé des observations que celle place lui permit de recueillir.
En 1802 , Bayle fut reçu docteur en médecine. Sa thèse (1) fit une grande sensation, et par l'esprit philosophique et généralisateur qu'elle décelait dans son auteur, et par la découverte d'une maladie qu'on n'avait pas encore décrite , et peut-être plus encore par la manière dont il en soutint la discussion.
Dans la première partie, il s'attache à montrer le degré d'utilité des classificalions en pathologie , la marche à suivre dans l'étude de la médecine pratique, et de chaque maladie en particulier; dans la deuxième, il donne la description d'une espèce particulière et inconnue de pustule maligne qu'il avait eu occasion d'observer récemment dans son pays natal , et qui diffère de la pustule maligne ordinaire par plusieurs caractères tranchans, et surtout par celui de n'être pas contagieuse.
L'argumentation de celte thèse qu'il soutint contre les professeurs Pelil-Radel , Piuel, Alphonse Leroy et Percy, fut si remarquable, que deux des amis de Bayle crurent
(1) Considérations sur la nosologie, la médecine d'observation et la médecine pratique, suivies de l'histoire d'une maladie gangreneuse non décrite jusqu'à ce jour.
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devoir la recueillir, à l'aide de la tachigraphie. Nous en citerons quelques fragmens.
M. Petit-Radel, premier argumentateur, après quelques objections de peu d'intérêt, et la qualification d'échafaudage donnée à la première partie de la thèse, soutient que c'est à tort que Bayle n'a point placé les engorgemens blancs des organes parmi les maladies inflammatoires. Vous n'admettez donc point, lui dit-il, l'inflammation blanche de Boerrhaave ?
Bayle. a Si dans cette maladie il y a douleur , et terminaison par résolution ou suppuration , je dirai qu'elle a des rapports avec rinflaumiation ; mais s'il n'y a ni rougeur, ni douleur , ni fièvre, ni terminaison par suppuration, je dirai que celte affection n'a aucun des caractères des maladies inflammatoires, et que, comme maladie inflammatoire, c'est pour nous un être imaginaire que cette inflammation blanche. Mais je ne nie pas qu'il n'y ait des tumeurs ou enflures blanches, indolentes, tantôt élastiques, tantôt permettant au doigt d'y laisser son impression; je dis seulement que ces maladies n'ont aucun des caractères des maladies inflammatoires. »
PetU-Radei. « Ne croyez-vous pas que des humeurs particulières puissent occasionner l'inflammation blanche ? »
Bayle. v Comme je ne sais ce que c'est que cette inflammation blanche, je ne dois pas être fort éclairé sur ses causes prochaines, et quand même je connaîtrais une pareille inflammation, il est bien probable que je m'égarerais en voulant désigner l'humeur qui la cause. Il est facile de l'attribuer à la bile, ou à toute autre humeur à laquelle on accorde un degré d'acrimonie convenable; on peut mettre tout cela dans un beau livre ( M. Pelit- Radel est connu par des travaux empreints de l'es-
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prit de système); niais il n'est pas aussi aisé de le connaître que de l'assurer : tout cela^ n'est fondé que sur des iiypothèscs, et Ton doit sans doulo abandonner le plus beau génie, lorsqu'il veut, dans le délire de son enthousiasme, fonder sur Timagination l'explication des opérations de la nature; car on observe la nature, on no la deviue pas, et il vaut mieux convenir qu'on ne sait pas ce qu'on ignore que d'élever un édifice pompeux sur un sable mouvant. » Petii'Radel. • Parlons du traitement que vous avez Conseillé. Convenait-il d'employer la saignée et les purgatifs dans la pustule gangreneuse que vous avez décrite ?» Bayle. c Comme je suis ici simple hisloricn , je ne réponds pas de la bonté du traitement. Je rapporte les fails, ce n'est là ni approuver, ni désapprouver. Quant à ce qui concerne la saignée, je sais que ceux chez lesquels on la pratiquait sont morts quand ou n'a employé aucun autre traitement; quêtons ceux qu'on n*a pas purgés ont succombé, excepté quandil est survenu une diarrhée. J'affirme que ceux à qui on a enlevé la dureté circulaire, en môme temps qu'on les a saignés et purgés, ont tous guéri, et c'est là tout ce que j'alïirme. »
Petit-Radel. • Mais d'après quelles indications administre-t-on les purgatifs et les saignées ? Quels sont les symptômes qui justifient ce traitement 7 *
Bayle. a Je ne l'ai pas justifié, je l'ai exposé. Je le trouve cependant fort bon, puisque tous ceux qu'on a traités de cette manière ont guéri. Je no vois pas trop sur quoi l'on peut se fonder pour donner ces remèdes; mais que m'importe, pourvu qu'ils guérissent. Les causes premières échappent à notre vue, dès lors nous ne pouvons faire une médecine directe , ni expliquer pourquoi ce qui arrive a lieu. Dans cette position, nous devons observer ce qu ré '•sit da«y les cas particuliers, et quand un cas pareil se
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représente , après en avoir reconnu la Bîmilitude avec les nutres, nous devons employer les mêmes moyens curatifs, quoique nous ne puissions décider pourquoi ils guérissent.»
» 11 est vrai que par-là je réduis la médecine à un simple empirisme raisonné, c'est-à-dire que j'en fais une science d'expérience, de comparaison , d'observation , telle qu'il est donné à l'hommo de la connaître, et que je ne donne pas au médecin ce génie supérieur et pénétrant qui connaît tout, qui semble avoir assisté à la création et tenir dans ses mains les lois par lesquelles la nature conduit Tunivers et en particulier le corps humain. (Il ne faut pas oublier que Bayle répondait à un homme trèssystématique ). Si celte manière de voir ravale la science, n*eûl-on pas eu droit de demander à celui qui explique tout, et qui pense que c'est là la médecine, n'eût on pas, dis-je, eu droit de lui demander comment il sait ce qu'il affirme sur les lois qui régissent les corps organiques, en santé, en maladie et pendant l'action des médicamensPets'il n'est pas possible de dire nettement comment on le sait, sur quoi se fonderait-on pour poser les bases de la médecine sur des fondemens aussi peu solides, aussi hypothétiques, je dirai même aussi nécessairement erronnés. »
Petit'Baiftl. t Quoique vous n'admettiez pas que la médecine soit l'art de guérir, ne convient-il pas de raisonner ce qu'on fait, et ne serait-il pas possible d'établir des indications pour justifier l'emploi des purgatifs dans la pustule gangreneuse ? »
Bayle. « Je pense qu'un homme raisonnable ne fait rien sans un motif raisonnable; si c'est là raisonner ce qu'on fait, je pense que celui-là raisonne très-bien, qui prend ses motifs d'employer un médicament dans les bons effets que ce remède a produits dans des cas qu'il reconnaît entièrement semblables à celui qu'il a actuellement sous
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les yeux. J'ëtablîs les indications d'agir de la même manière, dans la similitude de la maladie, avec d'autres maladies de la même espèce. Il me semble que cela suffit pour justifier l'emploi des remèdes. »
PeiU'Radel. t Ne pourrait-on pas prendre, dans ce qui a lieu dans Téconomie animale, des indications pour purger dans celte maladie ? »
Boyle. « Nous ne savons pas trop ce qui a lieu dans l'é» conomie animale, parce que nous ignorons, quoique nous puissions dire, les lois qui la régissent. Ainsi, je ne sais trop comment on pourrait baser un traitement sur ce» lois; mais ordinairement nous observons les faits, et notre esprit impatient de tout connaître, se hàle de fournir des explications de ces faits, de sorte que les faits restent toujours; mais chaque âge montre la futilité des explications des âges précédens, et cependant, au lieu d'en profiter pour devenir plus réservé, il semble que chaque siècle oublie ce qui est arrivé aux siècles précédens ; il espère toujours bâlir un édifice solide sur des fondemens ruineux; de là une versatilité continuelle dans les explications, ce qui prouve incontestablement leur vanité. Cependant, puisque vous le désirez, je vais, d'après de pareilles données, établir des indication» curatives et justifier l'emploi des purgatifs.
» Parmi les malades dont je parle, ceux qui ont eu le bonheur de guérir spontanément ont eu des diarrhées; ceux qui ont succombé ont éprouvé pour la plupart des douleurs atroces dans les intestins, et sont morts bientôt après, ce qui indique que dans cette pustule une matièrt morbifique quelconque se porte vers les intestins, et les mortifie quand elle n'est pas évacuée par la nature ou par l'art; il est même manifeste que , long-temps avant d'occasionner des douleurs, cette matière produit une stupéfaction dans