‹ Traité des maladies cancéreusesChapitre 66 sur 121 · CANCER DE L ŒSOPHAGE. IO · texte numérisé non relu

CANCER DE L ŒSOPHAGE. IO

rœsophage, les malades rejeter par la bouche des morceaux de chair, dégénérée et presque putréfiée , qui s'étoient détachées de la surface de l'ulcération.

Lorsque le cancer a son siège à la partie supérieure de l'œsophage, ce qui est le cas le plus rare, il est assez facile à connoilre. Il présente presque les mêmes signes que le cancer du pharynx. Néanmoins, il y a cela de particulier, que le bol alimentaire franchit sans peine l'isthme du gosier; mais, à l'instant de la déglutition ,ilest arrêté et rejeté sans effort, par une sorte de régurgitation, et le malade indique le siège de sa maladie derrière la trachée-artère.

Quand la maladie est située vers le milieu de l'œsophage, les alimens parviennent à peu près à la hauteur de la cinquième vertèbre dorsale; alors ils séjournent quelquefois, mais très-rarement; pour l'ordinaire, ils sont alors rejetés, ou bien ils passent en occasionnant une douleur plus ou mioins marquée, dont les malades indiquent le siège à peu près vers le milieu de la poitrine, profondément, et en arrière.

Enfin, si le squirrhe a son siège près du cardia, c'est à l'épigastre ou très-près de cette région que les malades disent ressentir la douleur; et c'est surtout dans ce cas qu'il se forme quelquefois, à peu de distance du rétrécissement occasionné par le cancer , une dilatation partielle de l'œsophage, une sorte de jabot, dans lequel la substance avalée séjournera quelque temps avant de parvenir à l'estomac^ ou de repartir par une sorte de vomissement.

Quand le squirrhe occupe l'œsophage, l'estomac étant d'ailleurs sain , on ne voit communément survenir aucun vomissement après le repas, mais cela n'arrive pas toujours. On a vu quelquefois, surtout lorsque le squirrhe est près du cardia, que les alimens qui paroissoient être parvenus dans l'estomac , et y avoient même séjourné pen-

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dant un certain temps , en étoient cependant expulsés par le vomissement.

Dans bien des cas la portion sqnirrlieuse contracte des adhérences avec les parties voisines, telles que la trachéeartère, les poumons, le médiastin, et même les vertèbres dorsales.

Dans ces circonstances , si le malade fait un effort violent, il peut ressentir dans la poitrine un craquement douloureux, suivi de l'exacerbation de ses souffrances.

Lors même que le malade ne fait aucun effort, Tulcération finit quelquefois par percer les parois de l'œsophage. Si ce canal a contracté des adhérences avec les parties voisines, ces parties deviennent alors aussi le siège d'une ulcération , mais cette dernière n'a pas toujours un carac'tère cancéreux.

Si l'œsophage n'a contracté aucune adhérence, ou si elles ont été rompues , une partie de ce qui est avalé tombe dans la poitrine et entraîne la perte du malade.

Dans les autres circonstances, les symptômes diffèrent seloja la partie adhérente à l'œsophage. Dans certains cas où ce conduit étoit adhérent à l'aorte, devenue anévrisaïatiqae, nous avons vu le malade mourir subitement, parce qvie le sang avoit fait irruption dans l'œsophage.

Lorsque l'adhérence a uni la trachée-artère ou même le tissu du poumon avec ïa partie dégénérée, il finit par s'établir une communication entre l'œsophage et la trachéeartère ou les ramifications bronchiques. Dans ces cas, lorsque le malade boit, il semble d'abord avaler avec facilité; mais bientôt, il est pris d'une toux violente et d'une sorte de suffocation.

Nous n'entrerons pas dans le détail de tous les autres symptômes accidentels de cette maladie. Mais nous ne croyons pas devoir passer sous silence une douleur plus ou moins vive, et quelquefois erratique, qu'éprouvent dans le

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dos et dans les épaules, et même dans les bras , quelquesuns des malades, et principalement ceux chez lesquels le squirrhe de l'œsophage a contracté des adhérences avec les parties voisines. Enfin, on a vu des individus qui, dans les mêmes circonstances, ne pouvoient rester qu'un peu courbés en avant pour éviter les douleurs qu'ilséprouvoienl dans la poitrine lorsqu'ils étoient dans tout autre position.

La durée de cette maladie est très-variable. On l'a vue conduire à la mort des individus qui n'en éprouvaient les symptômes manifestes que depuis quelques mois. D'autres ont vécu encore plusieurs années.

La dégénération squirrheuse commence, tantôt à la membrane muqueuse de l'œsophage , tantôt à sa membrane musculaire. Elle peut commencer aussi par une petite masse squirrheuse, spontanément née à la surface des parois de l'œsophage auquel elle adhère intimement par un tissu cellulaire très-dense elsquirrheux. Communément, les deux membranes de l'œsophage sont profondément dégénérées, les parois de ce conduit sont dures^ inégales et squîrrheuses (introd., chap. ii, art. i), dans une étendue plus ou moins considérable. Sa cavité est rétrécîe par l'épaississement des parois. Tantôt la portion dégénérée a conservé une forme cylindrique, et ne tranche pas beaucoup sur le reste de l'œsophage; tantôt elle est convertie en une masse irrégulière, qui adhère intimement aux parties environnantes, telles que la trachée-arlère^ les poumons , etc. Ge« diverses parties peuvent être comprises dans la dégénérescence, de telle manière que, pour les distinguer, il soit indispensable d'ouvrir l'œsophage par une incision longitudinale, qui divine en même temps toute la masse squirrheuse. On trouve, pour l'ordinaire, quelques portions d'alimens, arrêtées» au-dessus de l'endroit rétréci. Lorsqu'il y a un ulcère, son aspect, sa forme et son étendue sont très-variables. L'ulcération est superficiellcj ou bien, elle pénètre à une certaioe profon-

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deur dans la masse squirrheuse. Les bords de l'nlcère sont communément inégaux, irréguliers, épaissis, et quelquefois même renversés. Quand il n'y a pas d'ulcère, si la membrane musculaire est seule affectée, la dégénération est presque toujours un tissu comme cartilagineux (introd., chap. II j art. a ).

ARTICLE IL

Maladies qui simulent le cancer de l'œsophage.

Ces maladies sont : i» le spasme de l'œsophage qui est la plus fréquente; 2° le rétrécissement occasionné par une tumeur qui le comprime; 5° la phlegniasie chronique ; 4° ^6 cancer du cardia.

§ I, Le spasme de C œsophage.

Ce spasme s'oppose quelquefois à l'introduction de toute espèce d'alimens dans l'estomac. L'obstacle produit par cette cause peut exister à la partie supérieure, moyenne ou inférieure de ce conduit. Il peut déterminer, comme les autres maladies de Tcesophage^ une douleur vive entre les épaules, et même des vomissemens. Mais l'invasion brusque de la maladie, ordinairement causée par une affection morale, les symptômes nerveux qui l'accompagnent presque toujours, et le succès plus ou moins prononcé des remèdes anti-spasmodiques ne permettent pas d'hésiter longtemps sur le diagnostic.

§ n. Le rétrécissement de Vœsophage par compression.

La compression de l'œsophage, par. un amas de tubercules, par un anévrisme de l'aorte, ou par une tumeur de

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quelque autre nature , développée sur ce conduit ou dans son voisinage , peut déterminer la d3^sphagie et les autres symptômes qui accompagnent ordinairement la dégénéralion squirrheuse de la partie moyenne de l'œsophage (i). Ces diverses lésions sont quelquefois soupçonnées pendant la vie, d'après les signes qui leur sont propres. Mais le plus ordinairement, on ne les reconnoit qu'à l'ouverture des cadavres. Elles sont d'ailleurs ordinairement incurables ; elles n'exigent qu'un traitement palliatif des accidens et des symptômes qui les accompagnent.

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