‹ Traité des maladies cancéreusesChapitre 67 sur 121 · S III · texte numérisé non relu

S III

La phlegmasie chronique de l'œsophage occasionne un rétrécissement de ce conduit, et un épaississement de ses parois qui pourroient être pris pour un squirrhe, même à l'ouverture du cadavre , par des médecins peu versés dans Tanatomie pathologique. Nous en avons vu un exemple remarquable chez un homme qui mourut des suites d'un empoisonnement par l'acide nitrique. Lorsque ce malheureux entra à la Charité, où M. Cayol recueillit son histoire, il avoit échappé aux accidens les plus redoutables du poison.,Il étoit guéri de plusieurs larges ulcères de l'arrièrebouche qui lui avoient détruit la luelte et une partie du voile du palais; il n'éprouvoit plus les coliques et les vomissemens qui avoient d'abord fall craindre pour sa vie; mais il lui resloit une dysphagie , qui fit chaque jour de

(1) Voyez les observations rapportées dans Yéiheyen, Anat., cap. X, J.-E.iolan, Ench. anat., liv. iv, c. v; Tulpius, lib. i, Obs., cap, XLiv, citées par Fréd. Hoffmann, 2*^ suppl., p. 256, De morbis œsophagi,^ 15. — Yoyez encore, dans le Dict. de raéd. encycl. méth., t. li, p. 271, l'obs. tirée dut. xviu, p. 286 des Comment, de Leipsick, et à la p. 272, les Observations tirées de divers auteurs. — Yoyez aussi Lieutaud, Hist. anat. méd., t. ii, lib. ix, obs. 93 et 95.

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nouveaux progrès : au bout de cinq à six mois, il pouvoît à peine avaler quelques potages très-clairs, et dans la suite, il lui fut impossible d'avaler, même les liquides. Malgré la mutilation du voile du palais , il n'éprouvait pas de gêne notable dans la déglutition. Mais, dès que l'aliment étoit parvenu à là hauteur de la quatrième ou cinquième vertèbre dorsale, il le rejetoit sans efforts, et , par fois , il ressentoit, au même instant, une vive douleur à l'endroit correspondant à l'obstacle. Après sa mort, qui fut le résultat du marasme porté au dernier degré , nous trouvâmes l'œsophage tellement rétréci vers son tiers inférieur , e| dans une étendue de deux à trois pouces , qu'on auroit pn y introduire tout au plus un tuyau de plume à écrire. Les parois de celte portion rétrécie étoient blanchâtres et d'une consistance comparable à celle de la couenne la plus dure. Cependant, oti n'y remarquoit pas cet aspect homogène, ce luisant, et cette demi-transparence qui caractérisent le tissu squirrheux (introd., chap. ii, art. i), et qu'il est plus aisé de reconnoître que de décrire. Il nous sembloit même qu'en y regardant de très-près, on distinguoit encore dans cette portion endurcie les fibres charnues de l'œsophage, et qu'on pouvoit les suivre de l'œil jusque dans les parties

Si»

saines. La membrane muqueuse étoit encore reconnoissable, quoique Irès-endurcie , et n'offroit pas la moindre trace d'ulcération.

La phlegmasie chronique de l'œsophage ne produit pas toujours une oblitération presque complète de la cavité de ce conduit. Mais elle peut devenir très-fâcheuse par sa ténacité, quand elle tient à un principe dartreux, syphilitique ou autre. Il n'est pas toujours possible de porter sur la maladie un diagnostic certain , si l'on veut s'en tenir à l'examen des symptômes; mais, en remontant aux causes occasionnelles, en faisant diverses tentatives de traitement, on acquiert des lumières suffisantes, et l'on opère à l'aide

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des mercurianx , des sudorifiqnes , des sulfureux , des amers, etc., certaines guérisons qui tiendroient du prodige, si la maladie avoit été de nature cancéreuse. Consultez à la fin du troisième paragraphe de ce chapitre ce qui concerne l'emploi du mercure.

s IV.

Le cancer de l'estomac , situé au cardia, ou à la région cardiaque^ peut simuler parfaitement le cancer de la partie inférieure de l'œsophage ; ce dernier peut simuler à son tour le squirrhe du cardia : enfin, on trouve quelquefois ces deux dégénérations réunies. Le diagnostic n'est pas absolument indispensable, puisque le traitement est le même. Néanmoins, on se trompera moins souvent dans la distinction de ces deux maladies , en examinant bien les signes qui les caractérisent l'une et l'autre (deuxième partie, chapitre x vu et xviii).

Il est important de se rappeler que, dans les diverses maladies dont il est question dans ce paragraphe , il peut y avoir un obstacle absolu à la déghitition, ou du moins à ce que les alimens parviennent jusque dans l'estomac. Quelle que soit alors la maladie , il est indispensable , quand cet accident a lieu, de faire pénétrer une sonde dans l'estomac, comme nous l'exposerons dans le paragraphe suivant. C'est le seul moyen de soustraire le malade à une mort prompte.

ARTICLE m.

Traitement du squirrhe de L'œsophage,

Les règles générales du traitement de cette maladie sont absolument les mêmes que celles du traitement du squirrhe de l'estomac , nous les indiquerons dans le chapitre suivant.

l44 CANCER DE l'œSOPHAGE.

Nous ne parlerons ici que d'un spécifique qui a élé proposé contre le squirrhe de l'œsophage , et des secours spéciaux qui peuvent devenir indispensables dans cette maladie, à cause des fonctions de la partie affectée.

1° Le mercure a été proposé comme un moyen de combattre avec succès le squirrhe de l'œsophage. Selon Ruysch (i), on avoit guéri par ce moyen une occlusion presque complète de l'œsophage^ dont le siège étoit à la hauteur de la cinquième ou sixième vertèbre du cou. Frédéric Hoffmann ( De morbis œsophagi § xvi), qui cite Ruysch, conseille aussi ce traitement dans des cas analogues. Enfin , M. Munckley , a consigné dans le premier volume des Transactions médicales, delondres, publié eni^68,un mémoire, dans lequel il assure que la guérison du squirrhe de l'œsophage est assez facile. La méthode qui lui a réussi, et qu'il dit lui avoir été communiquée par un autre médecin, consiste, lorsque le mal est récent, à faire prendre tous les soirs de petites doses de mercure, en ayant soin de prévenir la salivation à l'aide des purgatifs convenables, réitérés à propos. Mais, lorsque la maladie est ancienne, et que les alimens reviennent par la bouche, il est indispensable d'administrer le mercure, de manière à produire une salivation légère , mais continue. Cette méthode lui a le plus souvent réussi, excepté lorsque les malades étoient sur le point d'être épuisés par le défaut de nourriture (2),

Quelques surprenantes que soient les assertions de M. Munckley, il est incontestable que ce médecin connoissoit parfaitement le cancer de l'œsophage , car il a bien décrit cette maladie^ et il a indiqué d'une manière trèsnette les lésions qu'on observe dans les cadavres à la suite de ce cancer. On peut donc tenter, avec prudence, la mé-

(1) Dec. 1, advers.jp. 84.

(2) Ancien journal de médecine, t. xxxi, p. 20 î.

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thode qu'il conseille. Dans les cas désespérés , on ne saaroit faire trop de tentatives , pourvu qu'elles soient dirigées par la prudence. Nous convenons cependant que, malgré toutes les assertions des auteurs que, nous avons cités, tout nous fait présumer que, dans les vrais cancers de l'œsophage, le traitement mercuriel seroit tout aussi inusité qu'une infinité d'autres recettes, qui ont eu en leur faveur d'aussi graves autorités. II est très-probable que les maladies qu'on a guéries par un traitement mercuriel n'étoient autre chose que des spasmes, des engorgemens syphilitiques, ou des phlegmasies symptomatiques de l'œsophage (voyez ci-dessus, article s), qu'on aura prises pour des cancers de cet organe.

2° Quel que soit le traitement adopté pour combattre le squirrhe de l'œsophage , il est absolument nécessaire de faire parvenir la nourriture et les médicamens jusque dans l'estomac. Lorsque la déglutition est devenue tout-à-fait impossible par le rétrécissement de la partie affectée , il peut n'y avoir encore aucune ulcération , et l'état général du malade paroître encore satifaisant. Néanmoins, il ne tarderoit pas à périr d'inanition , si on no se hâtoit de prévenir cette funeste terminaison , en introduisant dans l'œsophage, jusqu'au-delà de l'obstacle, une très-longue sonde creuse de gomme élastique , appropriée à cet usage (i), au moyen de laquelle on injecte dans l'estomac de la tisane, des médicamens, de l'eau rougie, du bouillon, du lait et même des potages très-liquides. On a réussi quelquefois, par ce moyen , à faire vivre un certain temps

(1) Wanderwiel, t. ii, p. 273. — M. Boyer, Journ. de médec, contin., i. vu ou ix, cité dans Rec. périodiq.^ t. ix, p. 192, où Ton voit que Debauve avait employé {Ane. Journ. de me'd., t. xxviii, p. 342, et t, xsxi, p. 341), dans le même cas, une sonde dite canule œsophagienne.

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des malades qui étoient sur le point de périr. Dans les cas excessivement malheureux, où la sonde ne pourroit franchir l'obstacle, il ne resteroit plus que la très-faible ressource des lavemens nutritifs, pour prolonger encore un peu l'existence.

5° Quand le squirrhe est ulcéré, l'usage de la sonde peut être encore nécessaire, mais il est d'un bien faible secours, car, à mesure que l'ulcération s'élargit, le marasme augmente progressivement, et le malade succombe bientôt par suite de la cachexie cancéreuse.

observations de cancer du pharinx et de l'oesophage.

Première observation. — Cancer diî pharynx. ^ — Tumeur cancéreuse occupant l'amygdale et les piliers du voile du palais du côté droit, les muscles voisins, le voile du palais lui-même et une partie de la paroi postérieure du pharjnx^chez un homme quipérit d'une phthisie ulcéreuse, ou plutôt d'une sorte de gangrène du poumon survenue à la suite d'une péri pneumonie,

Philippe- Henri Selidilgen, tonrneur-tabletier, d'un tempérament bilieux-sanguin, eut des parens qui vécurent jusque dans un âge très-avancé. Dans sa famille, aucun individu ne fut atteint de maladies cancéreuses ou de phlhisies pulmonaires. ïlfut habituellement bien portant dans son enfance et n'eut point de glandes. Dans sa jeunesse il fut exempt de toute maladie, et il p;tssa même l'époque de la puberté sans b'êlre jamais abandonné aux passions qui se déveluppent à cet âge. Il se jîiariaà 19 ans, n'ayant jamaisconnu de femmes, et par la suile il n'eut jamais de commerce

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avec d'autre femme que la sienne, de laquelle il eut 21 enfans. Jusqu'à 5i ans il n'eut ni maladie, ni infirmité, mais alors il commença à éprouver les symptômes d'une cataracte commençante ; il perdit bientôt l'œil droit et peu de mois après l'œil gauche. Ne pouvant plus travailler de son m<^lier, cet homme laborieux s'occupa à tourner une roue. Il y avoit déjà trois ans qu'il avoit la cataracte lorsqu'il fut pris d'un mal de gorge accompagné de fièvre, de gêne très-grande de la déglutition et d'un gonflehient considérable de l'amyi^dale droite. On crut qu'il s'y formeroit un abcès qui n'eut point lieu; cependant le gonflement persista^ et il y avoit déjà deux mois que les mêmes symptômes coiitinuoient sans relâche, quand il lui survint une péripneumonie qui fat traitée par les délaya ns, l'application des sangsues et des vésicatoires sur le point douloureux. Pendant i5 jours le point de côté se fit ressentir vivement; il diminua ensuite peu à peu ; cependant la douleur continua à se faire ressentir dans le moment de la toux , qui étoit suivie d'une expectoration abondante.

Le 7 avril i8i 1, trois mois après les premiers symptômes de mal à la gorge, et un mois après l'invasion delà péripneumonie, Selidilgen, alors âgé de 55 ans, entra à la Charité. Il étoit arrivé au dernier degré du marasme : la face était tirée; la pâleur extrême , nuancée d'une teinte terreuse; cependant la physionomie portoit l'expression du calme. Il se plaignoit d'éprouver de la gêne dans l'arrière-bouche, qui n'offroit que très-peu de rougeur. La luette , plus volumineuse que dans l'état naturel, étoit un peu infiltrée. Le voile du palais , dur et paroissant épaissi , n'étoit point douloureux , même au toucher. L'amygdale droite offroit au doigt une résistance très-ferme ; elle étoit parfaitement indolente, et son volume paroissoit beaucoup accru , tant en largeur qu'en épaisseur; cependant elle ne faisoit pas saillie dans l'arrière-bouche , et l'isthme du gosier n'étoit

Ji48 CANCER DE l'oESOPHAGF.

pas rétréci. La déglutition restoit asseziibre.il n'y avoitpas de glande au col , même sur le trajet des vaisseaux lymphatiques. — Le malade étoit très-fatigué par une toux médiocrement fréquente , qui étoit suivie de l'expectoration d'une matière jaunâtre, disposée par grumeaux trèsliquides , nageant dans un peu de pituite. Ces crachats avoient une odeur fétide qui se rapprochoit beaucoup de celle de la gangrène humide. L'haleine du malade avoit constamment 4a même odeur. Il restoit toujours couché sur le côté droit ; cependant il pôuvoit se coucher pendant quelques instans sur le côté gauche, qui résonnoit bien par la percussion ; le côté droit rendoit également un son net à la partie supérieure; mais, à partir du mamelon jusqu'à la partie inférieure , elle ne rendoit aucun son. Le pouls étoit fréquent , développé , tendu , mais il se laissoit facilement déprimer. Le soir , la fièvre s'exaspéroit , sans qu'il y eût jamais de frisson. La respiration, quoique fréquente, paroissoit assez libre quand le malade ne changeoit pas de position. Il disoit ne point souffrir dans les intervalles de la toux. Il avoit un peu d'appétit ^ quoique les digestions fussent pénibles , et qu'il eût le dévoiement depuis huit jours.

Pendant le peu de temps qu'il fut dans l'hôpital , il n'y eut pas de changement dans son état , et le quatrième jour de son entrée il ne paroissoit pas plus mal que les jours précédens ; il avoit même demandé plus de nourriture , ainsi qu'il l'avoit fait les autres jours , lorsqu'il expira dans la soirée , sans avoir eu d'agonie.

OnvERTrRE DU CADAVRE. — Etat extérieur. — Le sujet étoit réduit à un marasme squélétique. Il n'y avoit pas de trace d'infiltration.

Crâne, — Les membranes du cerveau étoient dans l'état naturel et non infiltré ; quoique l'extérieur du cerveau fût très-humide , sa substance assez ferme ne présentoit rien

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qui s'écartât de l'état naturel. Il en étoit de même du cervelet.

Cavité gutturale. — Pour examiner avec plus de soin l'arrière bouche , on coupa en travers la trachée-artère et le pharynx. Après les avoir isolés de la colonne vertébrale, on coupa transversalement et de bas en haut l'apophyse basilaire de l'occipital et les autres partie.» osseuses comprises entre la colonne vertébrale, les apophyses styloïdes et les condyles de la mâchoire inférieure. Il fut alors facile de voir quelles étaient les parties lésées. Le pharynx , dans sa partie postérieure , dans le lieu de son insertion à l'apophyse basilaire, présentoit une ulcération d'un gris noirâtre qui pouvoit avoir la largeur d'un demi-franc. L'apophyse basilaire étoit cariée dans l'étendue de l'ongle du petit doigt dans le lieu qui répondoit au centre de l'ulcère : cette carie étoit superficielle. Les parois du pharynx , dans les environs de cet ulcère, étoient épaisses , dures, et présentoient sous le scalpel urie dureté nn peu moindre que celle des cartilages de la conque de l'oreille. Le tissu de cet engorgement étoit tout-à-fait semblable à celui de la tumeur principale qui sera décrite ci-après, et elle n'en étoit qu'un prolongement. Sa couleur étoit d'un gris bleuâtre et luisant. La membrane muqueuse avoisinant l'ulcération étoit de la même couleur. Cet ulcère étoit recouvert d'une matière brune , disposée par grumeaux et filante. Le pharynx étoit fendu longitudinalement dans sa partie postérieure ; nous pûmes distinguer tout le désordre qui avoit lieu. La membrane muqueuse qui recouvre les amygdales n'étoit pas altérée ; mais du côté droit , le gonflement de l'amygdale avoit effacé les piliers du voile du palais, ou plutôt les piliers du voile du palais , l'amygdale et tous les muscles environnans , tels que le stylo-pharyngien , le 8tylo-glosse , le stylo-hyoïdien et le ptérygoïdien interne faisoient partie d'une tumeur squirrheuse, leur tissu s^^é tant

l5o CANCER D£ l'œsophage.

transformé en celui qui appartient au squirrhe. La totalité de chacun de ces muscles n'étoit pas dégénérée 5 mais plusieurs d'entre eux , tels que ceux qui se fixent à l'apophyse styloïde , ne laissoient plus de trace de leur organisation. Le ptérygoïdien interne étoit encore dans son état d'intégrité près de son insertion à l'angle de la mâchoire. Vers le milieu de sa longueur , en coupant la tumeur dont il faisoit partie , on dislinguoit quelqvies portions aponévrotiques de ce muscle. Dans la partie supérieure , près de son insertion à l'apophyse ptérygoïde , il étoit plus dijBûcile de distinguer les portions aponévrotiques , et elles étoient beaucoup plus rares. Comme la tumeur seportoit derrière la branche de la mâchoire inférieure , elle étoit recouverte par la partie à laquelle elle étoit très-adhérente , mais on pouvoit isoler cette glande qui étoit très-saine.

Cette tumeur de forme Irès-irrégulière , dont la masse princip '^ se rapprochoit un peu de la forme ovoïde , non-seuleii-i^nt envoyoit des prolongemens en arrière jusqu'au haut de la paroi postérieure du pharynx, comme il a été dit, mais elle envahissoit encore toute la partie mo- 'jile de la voûte palatine ainsi que la luette. Le voile du palais avoit acquis l'épaisseur d'un demi-travers de doigt; son tissu très-doux présentait sous le scalpel la même résistance que le cartilage de la cloison du nez et éloit transformé en une substance d'un gris pâle et luisant. La luette présentoit la même désorganisation , et avoit acquis un volume d'un tiers plus considérable que de coutume. La membrane muqueuse qui recouvre la face du voile du palais qui répond aux fosses nasales , et celle qui tapisse sa face palatine , ne participoient pas à cette dégénération.

La tumeur principale , d'un blanc terne à l'extérieur 5 présentoit une dureté élastique ; son tissu étoit d'un blanc légèrement jaunâtre et luisant. On n'y dislinguoit pas d'or*

CANCER DE L OESOPHAGE. l5l

ganisatioû à l'œil nu. En comprimant fortement entre les doigts un morceau de cetîetunieur , on en faisoit sortir de tous les points un liquide blanc el opaque, comparable à du lait. La portion qui avoit éîé fortement comprimée reprenoit à l'instant la forme qu'elle avoit avant qu'on la soumît à la pression. A la partie la plus voisine des apophyses ptérygoïdes , la tumeur avoit une couleur d'ardoise, et sa consistance étoit la même que dai^s le reste de son étendue. Dtiis la periitia plus antérieure de la tumeur , on voyoit évidemment des faisceaux de fibres aponévrotiques , appartenant au muscle ptérygoïdien interne.

L'amygdale gauche étoit fort saine. La glotte et l'épiglotte étoient dans l'état naturel. Toute l'étendue de la paroi postérieure du pharynx qui peut être vue , la bouche étant largement ouverte, étoit saine, de même que toute la portion de ce conduit qui est placée derrière le larynx. Cet organe ne présentoit non plus rien de remarquable.

Cavité thorachiqiie. -■ — Le cœur et les gros vaisseaux étoient dans l'état naturel. Le poumon gauche étoit un peu gorgé de sérosité sanguinolente , mais d'ailleurs trèssain et sans adhérences. Le dr4it , adhérent à la plèvre costale , présentoit à sa partie moyenne une caverne assez grande pour qu'on pût y loger aisément les deux poings réunis. Celte cavité étoit pleine d'un liquide brunâtre mêlé de flocons de sang caillé. L'odeur qui s'en exhaloit étoit horrible ; elle avoit une similitude parfaite avec celle de la gangrène. L'intérieur de ce foyer étoit inégal , recouvert d'un enduit brun et épais qui se détachoit avec facilité. Derrière cet enduit on voyoit à nu le tissu pulmonaire qui paraissoit assez sain , quoique gorgé d'une sérosité brune et trouble. La partie de ce foyer qui répondoit aux parois de la poitrine n'en éloit séparée que

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par l'épaisseur de deux ou trois lignes du parenchyme pulmonaire. L'odeur étoit tellement fétide qu'il fut impossible d'examiner l'état des bronches et des vaisseaux sanguins. La totalité du poumon étoit gorgée de sérosité brune , mais moins foncée que celle contenue dans le foyer. Il ne renfermoit ni tubercules , ni granulations.

Cavité abdominale. — L'estomac, les intestins, le foie, la rate 5 le pancréas, les reins, la vessie, etc., étoient dans l'état naturel.

2« Observation. — ■ Sqairrhe de l^œsophage, — Un marûhand de chevaux , âgé de 77 ans , d'un tempérament sanguin et d'une forte constitution , étoit sujet depuis trois ans à des hoquets fréquens j il rendoit beaucoup de vents par la bouche après ses repas ; il éprouvoit quelquefois un peu de malaise près de i'épigastre , quand il avaloit des morceaux trop gros et peu mâchés ; il avoit toujours joui auparavant d'une santé brillante ; il étoit habitué depuis l'âge de 20 ans à faire un grand usage d'eau-de-vie et de boissons spiritueuses; il conservoit presque toutes ses dents, qui cependant étoient très-usées.

Au mois de juin de l'an i8o5 , il fut pris tout-à-coup de défaillances qui le conduisirent aux portes de la mort , et qui furent suivies de l'évacuation, par les selles , d'une grande quantité de matières noires et infectes ; il fut réduit en peu de jours à un extrême état de foiblesse. Ces matières furent regardées comme le résultat d'une hémorrhagie survenue dans le conduit alimentaire.

Quelques semaines après l'accident dont il vient d'être fait mention , ce malade commença à éprouver pendant ses repas une souffrance bien distincte à la partie inférieure de l'œsophage. Il indiquoit le siège de cette douleur derrière le tiers inférieur du sternum. Il vomit ensuite pendant plusieurs jours les alimens qu'il pre-^

CANCER DE l'oESOPHAGE. i55

noit. Les vomissemens ayant cessé , les forces et la santé parurent se rétablir un peu; mais les alimens passoient toujours avec une certaine difficulté à travers la partie inférieure de l'œsophage ; il disoit qu'à chaque bouchée qu'il avaloit , il lui sembloit qu'il y ressentoit quelque chose qui le grattoit. Le pain , la viande et le vin lui faisoient plus de mal que les autres substances qu'il prenoit , car depuis long-temps il avoit été obligé de renoncer aux liqueurs et à l'eau-de-vie. Quelques mois après , il ne put plus prendre ni alimens solides , ni vin pur. Les substances adoucissantes continuaient à passer assez facilement ; il prenoit du lait, de la bouillie , de la soupe au lait , des fruits cuits , etc. S'il vouloit essayer de boire de l'eau rougie , il éprouvoit un sentiment de constriction très-pénible et une ardeur vive à la partie inférieure de l'œsophage. Il étoit obligé de s'arrêter un instant après chaque gorgée qu'il en avoit avalée , afin qu'elle eût le temps de passer , ce qui arrivoit en effet un moment après , mais avec une douleur vive et brûlante. Quelquefois il rendoit par régurgitation , ou même après des efforts de vomissemens , des matières muqueuses , filantes , glaireuses , transparentes et plus ou moins mousseuses ; mais il ne vomissoit point les substances qui , après avoir été avalées 5 étoient parvenues jusque dans l'estomac. Il éprouvoit de temps à autre derrière le dos et aux épaules des douleurs vagues et comme ï-humatismales.

A la fin du nriois de septembre , ce malade avoit tout-àfait renoncé à l'usage du vin. Il conservoit un appétit très vif. Il digéroit très-bien. Il ne maigrissoit point. Son teint étoit encore assez vermeil malgré son grand âge. Lorsque la nourriture éîoit parvenue dans l'estomac , il ne ressentoit plus aucun malaise. 11 étoit seulement constipé ^ et il prenoit un lavement tous les cinq jours.

i54 CANCER DE l'oESOPHAGE,

Dans îes mois suivans, la difficulté défaire descendre les liquides dans l'estomac ayant encore augmenté , et la plupart des substances qu'il avak)it étant rejelées à l'instant même , le malade commença à maigrir. En même temps , la quantité de malières glaireuses rendues par régurgitation devint beaucoup plus abondante : le marasme faisoit des progrès effrayans , et les évacuations alvines étoient si peu abondantes qu'à peine le malade rendoil-il en quinze jours deux ou trois crottes endurcies.

Au mois de février 1806 , le marasme éloit squélétique, la face un peu grippée , les forces épuisées : des lavemens de bouillon, de lait, elc. , furent donnés inutilement, le malade parut n'en retirer aucun fruit. Il ne voulut janaais consentir à ce qu'on essayât d'introduire une sonde de gomme élastique jusque dans reslomac II mourut le 26 février 1806 , par suite de défaut de nourriture , plutôt que par la maladie qui avoit commencé depuis près de quatre ans et qui ne paraissoit inquiétante que depuis quelques mois.

Ouverture du cadavrs. — Tête. — La tête ne fui pas ouverte.

Thorax, Les poumons étoient bien sains , de même que le cœur. Il y avoit quelques plaques osseuses au commencement de l'artère pulmonaire, aune ou deux lignes au-dessus des valvules semi-lunaires. Il n'y avoit presque pas de sang dans le cœur ni dans les gros vaisseaux. Les os se cassoient avec la plus grande difficulté.

Abdomen. — Le foie, la rate , le pancréas , les organes reproducteurs et la vessie étoient dans l'état sain. Les reins étoient bosselés par un très-grand nombre de kystes séreux, arrondis, pisiformes, lenticulaires, etc. Ces kystes transparens , enfoncés dans la substance des reins , et formant de nombreuses saillies à leur surface 5 étoient remplies de sérosité : leurs parois étoient

CANCER DE L*CESOPBAGE. l55

fomiéespar une membrane très-fîne, transparente et parcourue par des vaij;«eaux capillaires sanguins bien distincts.

Les gros intestins éloienl resserrés sur eux-mfmes et d'un très-petit calibre. Il y avoit dans le colon descendant une très-petite quantité de matières fécates sous forme de crotte de lapin.

Les intestins grêles parurent sains.

L'estomac étoit réduit à un très-petit volume; il n'éfoit guère plus gros que n'est ordinairement la partie du colon trausverse qui avoisine sa grande courbure. Les parois de l'estomac étoieutbien saines. Il n'y avoit aucune induration au pylore ni au cardia.

Œsophage. — A un grand travers de doigt au-dessus du cardia , les parois de l'œsophage étoient épaissies, endurcies, et dans la longueur de près de trois travers de doigt, ce conduit avoit un volume au moins quatre fois plus considérable que dans tout le reste de son étendue. On ouvrit I l'œsophage depuis le pharynx jusqu'à l'endroit endurci : il étoit sain partout, et sou canal dans l'état naturel ; mais à l'endroit de l'endurcissement le canal étoit presque oblitéré : on ne pouvoit pas y faire passer un tuyau de plume sans faire effort. Après avoir fendu cette partie de l'œsoph.ige qui avoit à peu près trois travers de doigt de longueur, on vit que la njembrane musculaire et la membrane muqueuse éloient l'une et l'autre fort dures et très-épaissies. La musculaire avoit au moins trois fois plus d'épaisseur que dans l'état naturel ; elle avoit la consistance et même le brillant des substances cartilagineuses; sa couleur étoit un peu azurée.

La membrane muqueuse avoit i ; es le double de son épaisseur ordinaire ; elle adhéroit très-intimement à la membrane musculaire , dont il étoit cependant facile delà distinguer, parce qu'elle n'avoit ni la même cou= leur , ni la même dureté : son tissu ressembloit assez bien

l56 CANCER DE L'œSOPHAOE.

à celui de la couenne du lard , mais sa couleur étoit plus blanche. A sa surface, on voyoit çàet là quelques endroits qui formoient de très -petits bourgeons ou mamelons à peine sensibles , et manifestement parcourus par de nombreux vaisseaux sanguins qui leur don noient une couleur rosée. Du reste, il n'y avoit aucune ulcération manifeste.

La partie de l'œsophage qui s'étendoit depuis l'induration jusqu'au cardia , dans une longueur d'environ un travers de doigt, étoit parfaitement saine, sans épaississementet sans induration squirrheuses. Les côtes se cassoient avec une extrême facilité , comme cela arrive toujours chez les vieillards , lors même qu'ils ne sont point morts d'une maladie chronique.

5' Observation. — Squirrhe de [''œsophage qui simutoit le squirrhe du cardia. — Un pompier âgé de 36 ans, d'un tempérament bilieux et d'une bonne constitution , fut pris d'une gêne de la digestion , dans le mois de juin 1804. Il rendoit souvent beaucoup de vents après ses repas. Au bout de quelques semaines , il commença à vomir ses alimens , sans douleur et presque sans effort. Dès le lendemain , ces vomissemens furent apaisés ; mais le même symptôme se répéta d'abord tous les mois, ensuite tous les vingt jours , tous les quinze jours , etc.

Ces vomissemens se rapprochèrent ainsi déplus en plus, de sorte qu'au huitième mois de cette maladie cet homme vomissoit tout ce qu'il prenoit. Il maigrit beaucoup , il perdit ses forces et fut obligé d'entrer à l'hôpital.

Il fut reçu à la Charité le 4 février i8o5. Il n'étoit point encore arrivé au dernier degré de marasme : sa peau étoit un peu terne, pâle et jaunâtre ; il étoit très-constipé ; il vomissoit tout ce qu'il prenoit. Les alimens vomis n'étoient pas bruns , ils conservoient leur couleur naturelle. Le malade disoit éprouver une douleur indéfinissable derrière le

CANCER DE L OESOPHAGE. iS»?

cartilage xîphoïde et à la partie supérieure de l'épigastre. Les parois de l'abdomen étoient fort amincies; le ventre assez souple. On distinguoit dons le côté droit de l'épigastre , à égale distance du nombril et du cartilage xiplioïde, une dureté bien marquée, mais peu considérable, que l'on ne pouvoit comprimer un peu sans exciter une légère douleur.

La langue étoit nette, l'appétit marqué. Le pouls n'avoit aucune fréquence ; il étoit foible, mais souple et régulier.

Cette maladie fut prise pour un squirrhe du cardia et de la petite courbure de l'estomac On fut d'autant plus facilement induit en erreur qu'il y avoit à l'épigastre une dureté manifeste que l'on avoit reconnue par le toucher, et en outre cet homme ne pouvoitpas avaler les alimens solides, qu'il disoit lui occasionner une douleur cruelle au moment où ils arrivoient dans l'estomac. On lui prescrivit des soupes , des bouillons et des nourritures liquides.

Néanmoins , il continua à vomir presque tout ce qu'il prenoit. Le 1 5 février, il ne paroissoit pas plus souffrant qu'à l'ordinaire. Dans la nuit du i5 au i6 février, il mourut au moment où l'on s'y attendoitle moins, et sans avoir perdu un seul instant la connaissance.

Olvertfre du cadavre. — Tête. — Tout parut sain dans le crâne.

Thorax, — Le cœur et les poumuns étoient dans l'état naturel.

Abdomen. — Les reins, la vessie et les organes de la reproduction étoient sains ; le foie , la rate et le conduit intestinal parurent dans l'état naturel.

L'estomac étoit parfaitement sain dans toute son étendue.

La tumeur qu'on avoit trouvée pendant la vie, étoit le pancréas , qui n'avoit pas augmenté de volume , mais qui étoit un peu plus ferme et plus résistant que dans l'état ordinaire , de sorte qu'il simuloit une tumeur rénittente.

l58 CANCER DE l'œSOPHAGE.

On l'avoit touché avec beaucoup de facilité, à cause de Ta* maigrissemeat du malade. Il est probable que la légère douleur qui étoit produite lorsqu'on comprimoit le pancréas, devoit être rapportée à la pression qu'on exerçoit sur l'aorte, qui enefFet ne peut être comprimée sans devenir le siège d'une douleur marquée.

Le cardia et le pylore étant sains , on examina l'œsophage avec beaucoup d'attention dans toute son étendue. On trouva le conduit sain dans sa partie supérieure et dans sa partie moyenne , mais il étoit très-altéré , épaissi et ulcéré à sa partie inférieure , près de l'estomac. La dégénération des parois de l'œsophage avoit au moins trois pouces de longueur. Un ulcère sordide, à surface mollasse , à bords relevés, occupoil toute cette portion de l'intérieur de l'œsophage. Dans toute sa circonférence, l'ulcère et l'induration se terminoient immédiatement à l'orifice de l'estomac, de sorte que le cardia n'étoit point affecté. Les parois de l'œsophngeavoient acquis une épaisseur de deux à sept lignes sur les Ifords de l'ulcère , principalement à la partie supérieure de la dégénération, qui éloit la plus distante de l'estomac. Cet épaississement tenoit surtout à la dégénération de la membrane muqueuse dans la partie supérieure de l'ulcération et à celle de la membrane musculaire dans la partie inférieure. Plus on examinoit les parois de l'œsophage près du cardia , plus on trouvoit la membrane épaisse ; de sorte qu'à la partie inférieure de ce squirrhe ulcéré , presque tout l'épaississemeut étoit dû à la membrane musculaire, qui étoit en outre dure, luisante etcomme cartilagineuse.

4* Observation, par M. Moutard- Martin. — Squirrhe de l'œsophage , de la trachée-artère et de la /.etite courbure de l'es» tomac. — Ulcérations dans le poumon droit. — Louis Demeaux^ ouvrier pour les égouts, d'un tempérament bilieux sanguin,

CANCER DE l'cESOPHAGE. 169

de taille moj^enne, ayant les cheveux noirs, le sourcil trè^prononcé et la peau brune, naquit de pareus forts et bien constitués. Son père poussa sa carrière jusqu'à 82 ans , sa mère mourut à 28 ans pendant une couche. A l'âge de 7 ansDe meàux fut retenu au lit pendant quelques jours par une maladie légère. Depuis il jouit constamment d'une bonne santé, malgré le métier dégoûtant et malsain qu'il fît par la suite. Ce genre de travail lui fit prendre l'habitude de boire tous les matins de l'eau-de-vie, étant à jeun^ sans cependant en faire abus. A 68 ans , il se sentoit bien portant, etilétoit encore très-robuste, lorsqu'il commença à avoir de la gêiie de la respiration et la courte haleine : bientôt la voix prit un son étouffé en même temps que la toux survint et fut accompagnée de l'expectoration des crachats mêlés de sang. Pendant un mois le sang continua à être expectoré en assez grande quantité et il devint ensuite moins abondant. Une douleur sourde commença à se faire ressentir derrière le larynx, en même temps que la déglutition devint difficile. Il eut d'abord de la pieine à avaler le pain quand il n'étoit pas bien mâché j bientôt il fut obligé de renoncer à cet aliment pour faire usage de potages qui lui devinrent également impossible à avaler. Enfin il y avoit 5 jours qu'il ne pouvoit plus rien avaler lorsqu'il entra à la Charité le 26 juin 1811. Il y avoit deux mois que les premiers symptômes avoient eu lieu , c'est-à-dire la gêne de la respiration et ensuite la toux; et un inois seulement que la déglutition avoit commencé à devenir difficile. Le malade étoit alors dans l'état suivant : quoiqu'il eût beaucoup maigri, l'embonpoint miuscuiaire étoit très-prononcé, surtout pour un homme de son âge; la peau étoit sèche, avoit une teinte bruna et terreuse- Les pommettes étoient d'un rouge violet, les lèvres de couleur livide, la voix étoit étouffée, depuis un mois une douleur sourde se iaisoit ressen tir derrière l'extrémité inférieure du larynx et le commen-

l6o CVNCER DR l'œ'^I^HVT'^.

cernent de la trachée-artère. Cette douleur étoit accrue par le toucher qui ne faisoit pas reconnaître de tumeur. L'oppression n'étoit pas très-forte. Depuis une quinzaine de jours il n'y avoiteu que rarement du sang dans les crachats. Lorsqu'il cherchoit à avaler des alimens solides, ils étoient rendus à l'instant en totalité pendant de fortes quintes de toux non sonore. Les boissons elles-mêmes ne p:iroissoient pas parvenir jusqu'à l'estomac , elles étoient également rejetées pendant des efforts de toux, et étoient mêlées à des mucosités qui paroissoient venir des bronches (elles ne prenoient pas la forme d'écume, comme dans un malade atteint de la même maladie, que nous avions observé précédemment). Le malade les sentoit s'arrêter vers la partie moyenne du cou : lorsqu'il faisoit un grand effort pour avaler, elles étoient rejetées à l'instant : quand il buvoit par très-petites gorgées, et d'une manière continue, sans respirer, comme on s'}'^ prend pour faire cesser le hoquet, il avaloit une plus grande quantité de boissons; mais un instant après avoir commencé à boire, il étoit pris d'une toux sourde, pendant laquelle elles étoient rejetées en totalité. On n'apercevoit rien d'extraordinaire dans l'arrière-bouche. Quoique cet homme ne pût boire ni manger depuis cinq jours , il n'avoit ni soif ni appétit. Il n'étoit constipé que depuis le même temps. Il rendoit plus d'une chopine d'urine par jour, quoique les boissons ne passassent pas. Il neressentoit aucune douleur à l'épigastre, même par l'effet de la pression. Il n'avoit pas eu de vomissemens, et ses digestions n'avoientpas été pénibles. Le pouls étoit fréquent, petit, dur.

Pendant environ un mois qu'il passa à l'hôpital, voici les changemens qui eurent lieu dans son état. Quelques jours après son entrée , la déglutition devint un peu plus libre. L'oppression continua à être la même , il expectoroit tous les jours, après des efforts de toux étouffés , des crachats

CATfCER DE L OESOPHAGE. l6l

très-épais, d'un blanc ressemblant à la couleur de la substance du cerveau. Ils conservoient beaucoup de consirtance, et souvent ils étoient intimement mêlés de sang. Le lo juillet, quatorze jours après son entrée à la Charité, il rendit , en se gargarisant , une concrétion albumineuse , jaunâtre , assez ferme, teinte de sang, qui resscmbloit, au premier coup-d'œil, à un morceau de chair putréfiée. La déglutition continua à devenir plus libre ; quelques jours après, les alimens ne furent plus rejetés, et les boissons passoient assez bien. Le malade setrouvoit beaucoup mieux ; mais il fut pris d'une douleur très-forte dans le trajet du nerf sciatique : deux jours après , cette douleur disparut, et fut remplacée par une douleur semblable à l'épaule. Le 18 juillet, il se plaignoit amèrement de celte douleur à l'épaule et au bras droit j l'oppression étoit toujours la même ; la toux et l'expectoration continuoient à avoir lieu ; la déglutition étoit assez libre ; le pouls étoit très-fréquent, et la peau très -chaude. Le 20, à six heures du matin, la respiration étoit plus gênée que les jours précédens ; le pouls présenloit beaucoup de fréquence et d'inégalités. Dans la journée, l'oppression augmenta beaucoup. Le malade se trouva dans un état d'angoisse extrême. Il refusa de prendre, quoi que ce fût, bien qu'il conservât parfaitement sa présence d'esprit. Il mourut vers minuit, ayant sa connoissance entière.

OuvERTTJRB DT' CADAVRE. — État extérieur. — La maigreur n'éloit pas très-considérable. Il n'y avoit pas d'infiltration.

A l'ouverture du crâne, on remarqua qu'une assez grande quantité de sérosité étoit infiltrée au-dessous de l'arachnoïde. La substance du cerveau, molle, et cependant tenace comme de la pâte de froment, étoit aussi un peu imbibée de sérosité. Les ventricules n'en contenoient qu'une très-petite quantité.

L'arrière-bouche ne présenta rien de remarquable. Le

l62 CANCER DE L OESOPHAGE.

pharynx et le larynx étoieut dans l'état naturel; mais â deux pouces au-dessus de la bifarcalion des bronches, jusqu'à un pouce au-dessous, l'œsophage et la trachée-artère se trouvoient comprimés par une tumeur de nature squirrheuse, qui s'étoit développée dans le tissu cellulaire iulermédiaire au poumon droit et à chacun de ses organes. Une partie de leur tissu s'étoit tellement identifiée à cette tumeur, qu'on n'auroit pu distinguer, dans cette masse squirrheuse, ce qui apparlenoit à chacun d'eux. On apercevoit cependant des glandes bronchiques , qui avoient subi la même dégénération que les parties voisines. La trachéeartère n'étoit intimement unie à la tumeur que dans sa portian membraneuse , dont la tunique celluleuse et la musculeuse dégénérées formoient partie du squirrhe, dans toute l'étendue qui lui répondoit. La membrane muqueuse ne participoit à cette dégénération que dans une très-petite étendue, immédiatement au-dessus de la bifurcation des bronches, et il^ avoit dans cet endroit un commencement d'ulcération. Les quatre derniers cercenux cartilagineux n'éloient recouverts, dans une petite étendue, près de la membrane mitoyenne, que par une pellicule très-mince, qui paroissoit appartenir à la membrane muqueuse, et qui fut enlevée, en passant sur elle le bistouri, pour détacher un mucus épais et roiigeàtre qui la recouvroit. Les cerceaux cartilagineux n'étoient pas altérés. A l'extérieur de la trachée, les cerceaux cartilagineux ne participoient pas à l'affection des parties voisines; on pouvoit les isoler du reste de la tumeur, dont le plus grand développement ayant lieu à droite, coojprimoit la trachée de droite à gauche, et empêchoit que son calibre ne fût régulièrement arrondi. Une partie de la tumeur, intimement adhérente au poumon droit, étoit comme enchatonnée dans son tissu. Nous ne pûmes distinguer si cet organe avoit seulement été déprimé par la tumeur , ou s'il participoit à l'affection des

CANCER DE L'cESOPHàGE. l65

parties voisines. L'œsophage, dont toute la partie antérieure et la partie latérale droite faisoient partie de la lumeiir^ n'éloit pas sensiblement rétréci : il étoit seulement incapable de se dilater dans plus de la moitié de sa circocférence, sa tunique musculaire étant confondue avec la tumeur , tandis que la membrane muqueuse ne participoit pas à l'affection squirrheuse. Entre l'œsophage et la trachée, le squirrhe avoit sept lignes dans sa plus grande épaisseur; mais la portion comprise entre le poumon , l'œsophage et la trachée-artère, avoit transversalement près d'un pouce d'épaisseur, et au moins quinze lignes d'avant en arrière. Il avoit pris aussi un développement très-grand, dans l'espace compris entre la bifurcation de la trachée. Son tissu étoit très-dense, d'un blanc un peu grisâtre et luisant. Quelques porlions d'un bl.nic plus marqué éloienl aussi très-luisantes. Quand on serroit très-fortement une portion de celte tumeur, on en faisoit suinter, d'une infinité de petits points, un liquide blanchâtre. jSous trouvâmes dans celte tumeur plusieurs Datasses de mélanose, isolées, et du volume d'un pois chacune. Cette matière rçssembloit à de l'encre de la Chine, ramollie, et laissoit sur le papier la même empreinte. Les glandes bronchiques dégénérées , et comprises dans la tumeur, étoient volumineuses , très-dures, et leur couleur noire se faisoit apercevoir au milieu d'un réseau squirrheux, d'un gris brunâtre, et ayant quelque chose de transparent, ce qui établissoil une grande différence entre elles et les masses de mélanose. L'une de ces glandes , qui se trouvoit le plus à la surface de la tumeur, reufermoit des concrétions calcaires, semblables à celles qu'on rencontre quelquefois dans le tissu du poumon. Au dessous de cette tumeur, l'œsoph ige étoit parfaitement libre, de même que le cardia; mais les parois de l'estomac, dans toute l'étendue de sa petite courbure, étoient transformées en un squir-

l64 CANCER DE l'œSOPHAGB.

rhe, qui avoit un demi-pouce d'épaisseur. Son tissu, ferme, d'un blanc un peu gris et luisant, avoit à peu près la consistance de la couenne, à demi ramollie par l'ébullition. Quelques petits corps arrondis, d^'un blanc de lait, et d un tissu plus mou que celui dusquirrhe, au milievi duquel ils se trouvoient , foisoient saillie à la surface péritonéale, et, traversant toute l'épaisseur du squirrhe , étoient continus à des végétations de la membrane muqueuse, qui ellesmêmes étoient Irès-mullipliées, et s'élevoient d'un travers de doigt. Elles étoient grisâtres , et marbrées de plaques et de pointes d'un rouge noirâtre : de petits épanchemens sanguins se. trouvoient , dans leur épaisseur, au milieu de leur substance, qui étoit blanche, cérébriforme , et continue à celle des petits corps arrondis, qui faisoient saillie à l'extérieur de l'estomac. ïl paroît que ces végétations n'étoient autre chose que les rides de la membrane muqueuse, aflTectée de la dégénération cancérevise, et ayant acquis un développement très-considérable. Dans les points où la substance cérébriforme des végétations de la membrane muqueuse ne venoit pas faire saillie à l'extérieur, sous la forme de petits corps arrondis, on distinguoit encore une ligne de démarcation entre la membrane musculaire et la muqueuse, quoique toutes deux concourussent également à la formation du squirrhe. Des artères d'un gros calibre se trouvoient enveloppées dans les parois squirrheuses de l'estomac, et elles ne paroissoient pas altérées. Une grande partie de la face postérieure de l'estomac étoit recouverte de végétations de la membrane muqueuse, et elles y.formoient des espèces de rides profondes. Leur tissu étoit blanchâtre et comme glacé. Il s'y trouvoit de petits épanchemens sanguins. Quoique le squirrhe n'eût pas, dans cet endroit, autant d'épaisseur qu'il en avoit à la petite courbure de l'estomac, on ne pouvoit distinguer de ligne de démarcation entre les divers tissus qui entroient dans sa com-

CANCKR DE l'oesophage. 1 65

position, et sa substance ofFroit plus de mollesse. Le pylore éloit libre et sain.

On trouva dans l'épiploon gastro-hépatique deux petits corps du volume d'une noisette. Ils étoient contigus à la partie squirrheuse de resloniac. Le tissu de l'un étoit d'un blanc de lait, et pouvoit être rangé parmi les dégénérations cérébriformes : l'autre étoit formé par de la matière tuberculeuse contenue dans un réseau squirrheux.

Le foie étoit sain. Sa vésicule ne contenoit que peu de bile peu colorée.

Les intestins, le pancréas, les reins et la vessie étoient sains.

Les poumons, dont nous n'avons pas parlé, afin de ne pas interrompre la description de l'affeclion cancéreuse, étoient dans l'état suivant : la membrane muqueuse de la trachée-artère, au niveau du squirrhe, et celle des premières divisions broncluqncs, étoient un peu rougies ; mais en pénétrant dans les poumons, elles perdoientla couleur rouge. Le poumon droit ne renfermoit ni tubercules, ni granulations, mais il présenta, dans sa partie supérieure, deux cavités ulcérées, assez grandes pour qu'on eût pu placer dans chaque une petite noix. Leur intérieur étoit rempli de pus verdàtre, et leurs parois étoient recouvertes d'une faussemembrane peu consistante, derrière laquelle on voyoit le tissu du poumon à nu et un peu condensé. Dans sa partie postérieure, ce poumon étoit, dans une étendue égale à un œuf de poule, dense, incapable d'admettre l'air, et d'une couleur gris-lilas, mêlés à un grand nombre de petits points noirs.

Le poumon gauche étoit parfaitement sain. Le cœur ne s'éloignoit en rien de son état naturel. La crosse de l'aorte étoit un peu dilatée.

i66 CAî^CfiR JOE l'œsophage.

5" Observation; par M. Moutard- Martin. — Squirrhe u.l~ céré de L'œsophage, communiquant avec unlarge ulcère placé dans le poumon droit. — Alexis Moiimie, chapelier-teinturier, âgé de 55 ans, d'un tempérament bilieux sanguin, naquit d'un père qui mourut phîhisique, vers l'âge de 5o ans, après 6 mois de maladie, et d'nnè mère qui mourut aussi phthisique à 56. ans, deux années après l'invasion de la phthisie. Dans son enfance il n'eut d'autre maladie que la petite vérole, à 5 ans , et des engorgemens glanduleux qui ne suppurèrent pas. Pendant plusieurs années il fut sujet à des écoulemens derrière les oreilles. A 19 ans il vint à Paris, ayant toujours joui d'une bonne santé. Il ne s'y adonna pas aux boissons avec excès, mais il prit l'habitude de boire tous les matins à jeun un ou deux petits verres d'eau-devie. A. 21 ans, il eut une scarlatine qui ne fut point grave. A 4oj 1<-'S digestions commencèrent à devenir pénibles, sans qu'aucune cause morale eût pu y donner lieu. Après chaque repas une douleur se faisoit ressentir à l'épigastre, e* elle duroit environ une heure. Souvent, il y avoit des rapports acides, et le malade rendoit plusieurs gorgées d'alimens long-temps après les avoir pris. De temps en temps il lui venoit à la bouche une grande quantité de salive comme cela a lieu aux approches du vomissement. Le vin occasionnoit des aigreurs. Peu à peu ces accidens s'aggravèrent et le malade commença à vomir. Il survint alors une forte constipation. Les vomissemens devinrent plus fréquens, et bientôt le malade ne mangeoit plus rien qu'il ne vomît. Cependant, le maigre comme les farineux, le lait, le poisson, et autres choses semblables passoient beaucoaip mieux que les autres alimens. il étoit obligé de s'abstenir entièrement des choses acides. A 44 '^^^ } i^ ^^ trouva hors d'état de travailler : des douleurs violentes se faisoient ressentir à l'épigastre, aux hypochondres et même jusqu'aux

CANCER DE l' ŒSOPHAGE. 167

épaules. Le ventre gonflgit aussitôt que le malade avoit pris un peu d'alimens. Les bouillons surtout lui faisoient beaucoup de mal. Dès le principe de la maladie, il ne put jamais en prendre sans en être très-incommodé. Pendant 4 ans, c'est-à-dire depuis 44 jusqu'à 48 ans, il ne put se livrer à ses travaux. Il fit usage d'un très-grand nombre de remèdes, ceux qui le soulageoient dans les premiers temps qu'il les prenoit ne produisoient bientôt plus d'effet avantageux. Durant les courts intervalles de mieux qu'il éprouva pendant ces cfualre années, il ne pnssa jamais quatre jours sans vomir. Il lui arriva quelquefois de vomir quatre ou cinq fois dans la journée. Cependant depuis trois mois, étant un peu mieux portant^ ne vomissant plus que rarement, et ayant repris des chairs, il se remit à son travail ; mais quinze jours après, ses maux d'estomac le reprirent avec une nouvelle violence, les vomissemens se rapproché-^ rent et il fut réduit à une maigreur extrême. Après beaucoup de ménagemens , l'emploi des adoucissans et l'usage du lait pendant deuxans, il se trouva soulagé. Depuis, il eut des rechutes continuelles, il [)assmt quelquefois quatre ou cinq mois assez bien portant , puis il étoit de nouveau en proie à sa maladie. Enfin, depuis quinze mois il reprenoit des forces, le repas du soir passant assez bien, et le vin qui toujours lui avoit donné des aigreurs ayant cessé de lui en occasionner. D'ailleurs les vomissemens n'avoient plus lieu. Mais à 55 ans, portant quelque chose de très-lourd sur l'épaulé, il sentit un craquement dans la poitrine , et six mois après cet accident, la douleur avoit continué à s'y faire ressentir ainsi que dans le dos. Alors , le malade, hors d'état de travailler et ayant épuisé son peu de ressources, entra à la Charité. L'amaigrissement étoit considérable ; cependant l'embonpoint musculaire éloit encore assez marqué, les traits n'étoient pas tirés, le teint étoit assez clair. I ne sefaisoit pas remarquer d'enfoncement digital au-des-

l68 CANCER DE l'cESOPHAGE.

SOUS des pommettes. L'appétit étoit assez vif; mais le malade avoit une peine extrême à avaler les alimens solides ; il avaloit facilement la première bouchée , puis il la senloit s'arrêter vers la partie moyenne de la poiirine. Aussiiôt que la seconde étoit parvenue en bas du col, la première bouchée remonloit, repoussoit la seconde qui revenoit jusqu'à la parlie supérieure du pharjnx , et le malade se sentoi* quelquefois prêt à suffoquer, pendant les efforts de toux violente qui survenoient. Lorsqu'il vouloit boire, il avaloit de très-petites gorgées et d'une manière continue, sans reprendre haleine, comme on fait ordinairement quand on veut faire cesser le hoquet. Malgré cette précaution, après qu'il avoit avalé plusieurs petites gorgées ou, quand il cessoit de boire, il arrivoit le plus souvent que le malade étoit pris d'une toux des plus violentes ^ pendant laquelle il rendoit par la bouche, sous la forme d'écume, toute la poisson qui avoit été prise. Il paroissoit toujours prêt à étouffer toutes les fois qu'il étoit pris de ces quintes de toux. On ne sentoit aucune tumeur àl'épigastre, on n'yfaisoit point éprouver de douleifr , même par une pression assez forte. Il y avoit deux ans que le malade n'avoit vomi ; mais il avoit beaucoup de vents qui n'étoient rendus que très-rarement par en bas. Souvent ils remontoient et étoient rendus par la bouche. Il n'y avoit pas de fièvre : cependant, le soir de /égers frissons se faisoient ressentir. Le malade n'alloit à la selle que tous les trois ou quatre jours , souvent plus rarement. Il ne rendoit que fort peu de matières fécales et elles étoient très-dures. Quelques jours après son entrée dans l'hôpital, cet homme se plaignit très-vivement de la difiQculté d'avdler. Après l'examen attentif des symptômes, on pensa que la maladie consi&toit dans un squirrhe de la partie inférieure de l'œsophage avec une ouverture de communication dans les voies aériennes, on jugea dès-lors nécessaire pour nourrir le malade de faire parvenir une sonde

CA>CER DE l'œsophage. i t3g

de gomme élastique jusque dans l'estomac. La sonde parcourut, dit-on. l'œsophage dans toute sa longueur avec la plus grande facilité. Les chirurgiens distingués qui firent cette opération prétendirent que la maladie n'étoit autre qu'une altération du corps des premières Tertèbres cerricales, facile à reconnoîlre au tact. Le lendemain je portai le doigt dans Tarrière-bouche et ne connus pas Taltcration indiquée ;mai5 l'irritation que le doigt porloit surrarrière-bouche délerminoit la contraction et la tension du pharynx, ce qui me fît croire qu'il y avolt un peu d'épaississement de sa paroi postérieure, à cause de la résistance qu'elle oflfroit. Je remarquai que les amygdales et oient un peu plus volumineuses que dans l'état naturel Peu de jours après, lafièvre s'établil, la déglutition devint un peu plus libre; mais la toux fut plus fréquente, et elle eut lieu même sans qu'elle fût provoquée par les alimens solides ou liquides. Le malade redouloit de boire ou de manger, dans la crainte de Taugmenter. L'amaigrissement faisoit des progrès, mais il ne marcboit pas avec la rapidité qu'il semble qu'auroit dû déterminer un étal de souflfrance aus^i permanent et la privation presque totale d'alimens. Jamais la soif ne se fit ressentir pendant un mois que cet homme passa à l'hôpital, et bien que la quantité de boissons qui n'etoient pas rejetées ne fût que très-médiocre.

Comme les différentes opinions qui furent émises ne firent point varier l'opinion du médecin qui voyoit ce malade j et qui persistoit à croire à l'existence d'un »quirrhe de l'œsophage avec communication dans les voies aériennes ; on prit de nouvelles informations, et l'on sut que la sonde qui avoit été introduite dans l'œsophage étoit beaucoup trop courte pour qu'elle eût pu parvenir jusque dans ^e^tomac.

Le ai mai iSii. il mourut à'7 heures du soir, ayant conservé parfaitement sa coouoissance jusqu'au dernier mo-

ment, et ayant répété à plusieurs reprises qu'il se sentoit mourir.

Ouverture du corps faite 56 heures après la mort. — État extérieur. — Le marasme étoit avancé, il n'y avoit aucune trace d'infiltration.

A l'ouverture du crâne, nous remarquons l'infiltration du tissu cellulaire situé entre rarachnoïde et la pie-mère. La sérosité étoit surtout abondante dans l'intervalle des circonvolutions cérébrales, et elle soulevoit l'arachnoïde. Cette disposition étoit également marquée à toute la surface du cerveau. Il y avoit à l'extrémité antérieure de l'hémisphère gauche une collection d'environ une once et deraie de sérosité limpide entre l'arachnoïde et la pie-mère. Ce liquide étoit contenu dans une cavité arrondie, bien circonscrite, formée par une dépression en forme de godet de la substance cérébrale et par un léger soulèvement de l'arachnoïde, qui, dans cet endroit, avoit contracté des adhérences avec la dure-mère, ou plutôt avec le feuillet arachnoïdien qui recouvre la dure-mère. En séparant cette dernière membrane du cerveau, on emporta toute la portion d'arachnoïde qui formoit la paroi antérieure du foyer séreux. On vit alors le godet dont nous venons de parler. Dans son intérieur les circonvolutions cérébrales aplaties, mais d'ailleurs sans aucune autre altération, n'éloient évidemment recouvertes que par la pie-mère, et sur ses bords on dislinguoit la déchirure de l'arachnoïde. La portion du coronal qui se tronvoit au-devant de celte collection séreuse étoit, dans l'étendue d'une pièce de 5 francs , aussi transparente que s'il ne s étoit pas trouvé de diploë entre les deux lames qui composent cet os. Du côté droit où il n'y avoit pas de collection séreuse plus abondante que dans le reste de l'étendue de la 'surface cérébrale , le coronal n'ofFroit pas la même particularité.; Le cerveau, dont le tissu

CANCER DE l'oESOPHAGE. I7I

étoit mou, ne contenoit qu'une- très-petite quantité de sérosité dans ses venlricules.

La caMté gutturale ne présent oit rien autre chose de remarquable qu'un peu d'augmentation de volume des amygdales, qui, d'ailleurs, n'offroient aucune altération de tissu. La paroi postérieure du pharynx n'éloit pas épaissie. Les vertèbres cervicales étoient dans l'état naturel. La glotte , Tépiglotte et le larynx étoient sains. La trachée-artère, trèssaine et pas même rougio intérieurement , contenoit une matière d'un gris blanchâtre disposée par grumeaux; dans l'espace compris dans sa bifurcation , se trouvoit un corps squirrheux du volume d'une cerise, qui bien qu'assez résistant quand on le comprimoit entre les doigts, éloit ramolli au centre , et contenoit uu liquide épais, opaque et blanchâtre. La portion non ramollie éloit blanche, un peu luisante ; et on n'y dislinguoit pas d'organisation. Ce corps paraissoilêtre une glande bronchique dégénérée. L'œsophage ne préseutoil aucune altération depuis le pharynx jusqu'à la sixième vertèbre dorsale ; au niveau de cette vertèbre, ses parois étoient transformées en un squirrhe ulcéré qui avoit environ trois lignes d'épaisseur. La cavité de l'œsophage étoit réduite à une petite capacité à la partie supérieure du squirrhe; mais à sa [)artie moyenne et plus encore à sa partie inférieure, il n'auroit pas été possible d'y introduire une plume à écrire sans de gran.ies difficultés. La surface ulcérée étoit recouverte d'une matière blanchâtre d'une odeur excessivement fétide et piquante. Le squirrhe étoit formé par de petites masses blanches et luisantes trèsfermes, agglomérées et réunies par une matière squirrheuse à demi transparenîe, mêlée de gris ardoisé. Le poumon droit, qui ne contenoit ni tubercule , ni corps cancéreux , étoit adhérent d'une manière intime à celte tumeur qui , vers le milieu de son étendue , présentoit une perforation assei large pour qu'on put y introduire le petit doigt. Cette

ulcération établissoit une communication entre la partie squirrheuse de l'œsophage et une large ulcération qui se trouvoit dans la substance pulmonaire. Cette ulcération formait dans le tissu même du poumon une cavité assez grande pour qu'on pût y loger un corps plus volumineux que le poing ; elle contenoit environ 6 onces d'un liquide d'un gris blanchâtre , grumelé et tout-à-fait semblable à celui qui avoit été observé dans la trachée-artère. Ils'exhaloit de ce foyer une odeur semblable à celle de la gangrène, comme cela a lieu communément dans la phthisie ulcéreuse. Les parois de celle cavité éloicnt recouvertes d'un enduit jaunâtre qu'on pouvoit enlever avec le dos du scalpel , et on apercevoit alors la substance pulmonaire ulcérée inégalement et à profondeur plus ou moins grande. Des branches d'un très gros calibre se trouvoient à une trèspetite distance de la surface ulcérée, et le parenchyme pulmonaire, formant les parois de cette cavilé , n'avoit point l'aspect qu'il prend quand il n'est que comprimé :il n'étoit pas plus dur, et il avoit l'apparence du tissu pulmonaire sain. Au dessus de l'ouverture de communication entre l'œsophage et le poumon , le calibre de ce canal devenoit sensiblement plus étroit, de sorte que les alimens et surtout les boissons avoient beaucoup plus de facilité à passer dans la cavité formée par l'ulcération du poumon , qu'ils n'en avoient à parvenir dans l'estomac. Nous sommes restés toutà-fait dans l'incertitude sur la nature du liquide que contenoit ce foyer : il ressembloit beaucoup plus à des alimens qui ont déjà subi une première digestion qu'à du pus. A deux travers de doigt au dessus de l'orifice cardiaque, l'œsophage avoit conservé son état naturel. Supérieurement comme inférieu rement le squirrhe commençoit tout-à-coup, et il ne fut pas possible de distinguer quelle étoit celle des membranes de l'œsophage qui formoit la plus grande partie du squirrhe. Aux environs du cardia nous trouvâmes

CANCER DE L*œSOPHAGE. 1^5

plusieurs corps squirrheux qui n'y étoient unis que par un tissu cellulaire très-lâche. Ces squirrhes étoient du volume d'une artère j leur tissu étoit tout-à-fait semblable à celui du squirrhe qui fut trouvé à la bifurcation de la trachée. Quelques-uns étoient, comme celui-ci, ramollis au centre; d'autres étoient encore solides. L'estomac , entièrement vide et sain , avoit des parois fort épaisses : sa membrane muqueuse éloit très-froncée, quoique ce viscère eût beaucoup d'amplitude. Celte épaisseur , plus grande que de coutume . étoit surtout remarquable au pylore. Le colon contenoit uo peu de matières fécales, dures et pelotonnées. Le pancréas , le foie , la rate, les reins étoient dans Tétat naturel. Les glandes du mésentère étoient saines. La vessie conlenoit une grande quantité d'urine.

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