NOMBRE DE MORTS
PAR DIZAINES d'années.
6 > De 41 à 45 ans.. 15 j 5 VDe 46 à '50
De 41 à 50 ans.. 55
De 51 à 60.
;De61 à 70.,
'De 71 à 80.
CANCER DE l'eSTOMAC. I79
M. Aussant (1) a présenté un tableau de l'âge de 54 malades, morts de la même maladie; ce tableau, qui, cependant, n'est pas assez détaillé, présente des résultats assez analogues à ceux que nous venons de consigner ici. V Sur 54 malades , d'après M. Aussant ,
6 sont morts de i5 à 55 ans.
i5 de 35 à 45
18 de 45 à 55
i5 de 55 à 75
On ne voit pas assez clairement , dans ce tableau, l'âge auquel ont succombé les plus jeunes et les plus âgés de ces individus, et cet auteur, dans la page précédente, cite comme des cas très-rares deux observations de cette maladie : l'une relative à une fille âgée de i5 ans qui, selon Forestas (2), avoit un ulcère à l'estomac; l'autre relative à un jeune homme de 22 ans, mort d'un squirrhe du pylore, et dont l'histoire est consignée dans l'ancien journal de médecine, tom. Lvii, p. 137.11 est probable, d'après cela, qu'aucun des malades dont M. Aussant nous a donné le relevé n'étoit aussi jeune que les deux dont il est ici qiîcstion. Le tableau de cet auteur commence à l'âge de i5 ans, parce que les individus reçus à la clinique dévoient avoir cet âge. Comme, cependant, il n'a pas recueilli à la clinique toutes les observations qui ont servi à la confection de ce
(1) Dissert, sur le squirrhe de l'estomac. Paris, an ix, p. 4.
(2} Je dois faire remarquer que !a malade dont parle Forestus ne mourut pas. Elle guérit. Forestus présume qu'elle avoit été guérie d'un ulcère à l'estomac ; mais si cette maladie étoit un ulcère, sa guérison prouve que cet ulcère ne doit pas 0tre confondu avec les squirrhes ulcérés de restomac.fYoyez Forestus, lib.xviii, obs. 33.) Il est d'ailleurs très-probable que cette fille n'ait pas eu d'ulcère à l'estomac. Il ne faut pas donner des conjectures pour des faits.
là.
iSo CANGEB DE L^ESTOàïAC»
tabieaa ^ qu'il assure être formé avec 54 observations qu'il a vu faire à la clinique , et qu'il a consultées , il seroit possible qu'il eût fait entrer dans son tableau la maladie dont il a trouvé Tobservation dans le journal de médecine , et dont parle Forestus.
La durée du cancer de l'estomac présente ordinairement trois périodes bien distinctes , mais dont la longueur absolue et relative est très-variable. Kous donnons à ces périodes le nom de degrés. Dans le premier , celui de tous dont la durée est le plus variable, quels que soient les signes du squirrhe de l'estomac, la nutrition est intacte ; la peau du visage offre le même teint qu'en pleine santé. Dans le deuxième degré, la peau devient terne et d'un jaune blême, l'amaigrissement commence à se manifester ; les forces diminuent sensiblement. Dans le troisième degré , les forces s'épuisent et la maigreur est poussée jusqu'au marasme.
Quelques malades arrivent au deuxième degré sans qu'aucun symptôme ait décelé l'exisiencede la maladie dans son premier degré ; on a même vu la maladie arriver à la fin du dernier degré sans qu'aucun signe eût annoncé la lésion de l'estomac; mais cela est très-rare. Communément la dégénération squirrheuse détermine plusieurs symptômes qui, réunis en certain nombre, suffisent presque toujours pour caractériser le squirrhe de Testomac, surtout dans les derniers degrés. Néanmoins, l'état de la dégénération squirrheuse n'est pas toujours en rapport avec le degré de la maladie -, il peut y avoir déjà une ulcération , quoique le scjuirrhe n'ait encore donné aucun signe évident de son existence. D'autres fois , celui-ci détermine les symptômes les plus alarmans, quoiqu'il n'aiî encore acquis qu'un trèspetit volume , et qu'il n'ait aucune disposition prochaine à s'ulcérer. Le degré de la maladie indique donc avec précision l'état général de la nutrition, des forces et de l'exercice des fonctions , mais il ne pourroitpas toujours faire
CANCER DE L ESTOMAC. l8l
connoîlre avec exactitude l'état de la dégénération squirrheiise.
Les symptômes qui se manifeslent dans le premier degré de la maladie sont variés : ils peuvent être légers ou intenses , isolés ou réunis en plus ou moins grand nombre. Si le squirrhesuit une marche extrêmement lente , et qu'ils soient peu prononcés , ils peuvent présenter les mêmes apparences pendant plusieurs années. Ces symptômes sont: le malaise épigastrique . la gène des lombes, le vomissement, le hoquet, les borborigmes, les coliques , et enfin une tumeur située dans la région de l'épigastre. Pendant toute la durée de ce premier degré , il n'y a pas d'amaigrissement sensible ; les apparences de la santé subsistent ; \^ pouls n'offre aucun dérangement ; la langue est nette ; l'appétit persiste ou n'éprouve que des dérangemens passagers ; il y a pour l'ordinaire de la constipation.
Le diagnostic de la maladie est ordinairement très-difficile pendant la durée de ce premier degré, parce que diverses névroses abdominales se montrent avec tout le cortège de symptômes que nous venons d'énumérer , tandis que le squirrhe de l'estomac n'est quelquefois accompagné que d'un seul de ces symptômes, dont aucun, d'ailleurs, ne fournit un signe pathognomonique ; pas même la tumeur épigastrique qui pourroit ne pas appartenir à l'estomac , ou ne point être une dégénération cancéreuse. Pour compléter l'histoire de ce premier degré , examinons en par ticulier chacun des symptômes fréquemment observés pendant sa durée , et les principales variétés dont ils sont susceptibles. Ceux qu'on voit ordinairement s'établir, en suivant un grand nombre de malades, sont :
1° Un sentiment de malaise et quelquefois de plaisir à la région épigastrique , sentiment qui naît tout-à-coup , surtout dans l'état de vacuité de l'estomac , dure peu de temps cl disparoît pour renaître à une époque plus ou moins
iSa CA>CEB DE l'estomac.
éloignée. H peut précéder de plusieurs année? le développement des autres symptômes ; il n'est peut-être qu'une prédisposition à la maladie.
2* Ln sentiment de gène presque habituel à la région épigastrique , accompagne quelquefois d'une douleur profonde et sourde. Ce sentiment se manifeste quelquefois à jeun, mais bien plus souvent après le repas. Il y a eu même temps dans l'estomac et dans le conduit alimentaire un développement plus ou moins considérable de vents, c'està-dire de substances gazeuses qui sortent, soit par la bouche, soit par l'anus, et qui ont quelquefois beaucoup de fétidité, tandis que d'autres fois elles sont presquinodores.
5* Une douleur bien distincte dans la région épigastrique , douleur qui ne se fait pas ressentir continuellement et qui sétend quelquefois , comme par une sorte d'irradiation . dans les côtés de la poitrine, dans l'œsophage, dans diverses parties de l'abdomen , et quelquefois jusqu'à la >urface de la peau.
4* Un sentiment de malaise , de lassitude , ou même de douleur , dans la colonne vertébrale , à la hauteur de la première vertèbre lombaire , et quelquefois dans la partie inférieure du dos et dans toute retendue des lombes ; ce sentiment pénible n est pas continuel , mais il se répète t
de loin en loin et devient plus fréquent à mesure que la maladie fait des progrès. La souffrance dont il s'agit ici est très-variée : ce n'est quelquefois quune légère lassitude , tandis que chez d'autres individus c'est une douleur presque déchirante.
5" Des vomissemens d'une matière pituiteuse, limpide, insipide , aqueuse chez quelques indiviius , filante, transparente et fade chez certains sujets ^ acide et louche chez quelques autres. Ces vomissemens ont lieu surtout le matin ^ à jeun , et ils persistent quelquefois plusieurs années. Il est même des mdlades chez lesquels les signes du deuxième
CA>C£R DE l'estomac. 1&5
degré de la maladie ne se manifestent que quelque temps après la cessation de ces vomissemens pituiteui.
ô*» Des vomissemens de gorgées d'alimens qui n'un i tprouvé dans l'estomac aucune altération notable , et qui n'ont pas de mauvais goût. Ces sortes de régurgitations sont d'abord rares et très-peu abondantes 3 elles se rapprocbent/ ensuite et deviennent de plus en plus fréquentes et abondantes.
^o Des vomissemens d^alimens de couleur brune , ressemblant tantôt à une décoction de tabac ou k du café, et d'autres fois à du chocolat mêlé avec d'autres alimen». Ces vomissemens se renouvellent quelquefois à des intervalles très-éloignés , et quand la première période cela maladie suit une marche très-lente, il y a quelquefois plus de six mois entre le retour des vomissemens.
8* In hoquet plus ou moins opiniâtre et qui se rcnou- \eUe fréquemment.
9* Des coliques vives qui revienuenl de loin en loin et qui simulent assez souvent les coliques venteuses et les coliques spasmodiques.
lu" £nGn une tumeur plus ou moins manifeste , quelquefois Irès-voiamiueuse, située dans \.\ région épigastrique. J'ai \.\ de pareilles tumeurs cancéreuses persister pendant plusieurs années , sans que le malade eût des vomissemens , sans qu'il maigrit, et même sans qu'il parût indisposé d'une manière inquiétante ; mais il est bien plus ordinaire qu'il n'y ait point encore de tumeur à l'épigastrc dans les premiers temp>> de la naaiadie.
Quand la maladie passe du premier au second degré, le sujet commence à maigrir , Tors même que l'appétit persiste; sa pean 5e ternit ; une couieurparliculière d'un jaune ptile se manifeste sur toute la surface du corps . et particulièrement au visage ; la conjonctive reste blanche.
La constipation est plus marquée quelquefois , mais
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rarement elle est remplacée par le dévoiement. D'autres fois le malade continue d'aller à la selle comme en pleine santé.
Il se manifeste quelquefois à cette époque une sorte de douleur indéfinissable à l'épigastre ; cette douleur commence tout-à-coup , cesse tout-à-fait pour revenir encore. Il y a en outre dans toute cette région un malaise qui persiste toujours et qui augmente lorsque les vomissemens doivent avoir lieu. Ce malaise cesse pour un peu de temps , dès que l'estomac s'est débarrassé par le vomissement des alimens ^ des glaires ou des mucosités aqueuses qu'il renfermoit.
La fatigue ou la douleur dorsale ou lombaire deviennent alors plus marquées et plus fréquentes ; le hoquet est plus incommode ; les borborigmés deviennent continuels ; les intestins sont perpétuellement distendus par des gaz, surtout après les repas , et ce symptôme est de ceux qui fatiguent le plus les malades, parce que les vents déterminent des coliques chaque jour plus insupportables et plus fréquentes. Quand l'estomac est distendu par des vents, il est affecté d'une souffrance que quelques malades comparent à une torsion qui auroit lieu dans un organe situé en travers dans la région épigastrique ; d'autres disent éprouver alors une douleur déchirante , et d'autres la comparent à l'effet d'une forte compression.
Quelquefois les vomissemens pituiteux cessent ; d'autres fois ils persistent et deviennent acres ou très-acides.
Les vomissemens brunâtres se manifestent pour l'ordinaire à cette époque, lorsqu'ils n'avoient pas eu lieu dans les premiers temps de la maladie. Ils peuvent être rares ou fréquens , pénibles ou faciles , très-abondans ou peu abondans; ils paroissent pendant le repas, peu de temps après le repas , ou long-temps après. Quelquefois, après avoir été fréquens , ils s'éloignent , et le malade passe plu»
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de trois semaines sans vomir, quelquefois même plusieurs mois ; et j'ai vu même quelques malades reprendre un peu d'embonpoint , de sorte qu'on les croiroit convalcscens ; mais au bout de quelques jours , de quelques semaines ou de quelques mois , tout le cortège des symptômes pernicieux reparoît ; l'amaigrissement l'ait des progrès plus ou moins rapides ; l'appétit cesse quelquefois totalement, d'autres fois il persiste, ou bien il reparoît s'il avoit cessé.
Pour l'ordinaire, la laiiguc reste nette, et le pouls ne s'éloigne pas de sou rbythme naturel : il devient seulement un peu plus lent dans les instans où cbez certains malades il se manifeste tout-à-coup de vives douleurs abdominales. Le sommeil est quelquefois passable ; d'autres fois il y a une insomnie opiniâtre , déterminée par les vents ou par le besoin de vomir. Vers la fin de ce degré , les traits du visage sont comme tirés et la face un peu grippée.
Pendant la duréede ce degré, différens symptômes qu'on remarquoit dans les premiers temps de la maladie disparoissent quelquefois pour toujours , d'autres disparoissent pour reparoîtrc au bout d'un certain temps ; plusieurs de ceux qui n'existoient point encore se manifestent ; quelques-uns de ceux qu'on n'observoit que de loin en loin deviennent babituels ; les plus opiniâtres acquièrent de^ jour en jour un nouveau degré d'intensité ; la sensibilité de l'estomac , pervertie de mille manières , donne lieu aux pbénomènes les plus singuliers : telle substance alimentaire qui avoit toujours été digérée avec facilité , provoque le vomissement , tandis qu'un autre aliment , en apparence beaucoup plus indigeste , ne détermine pas le plus petit accident; l'homme qui aimoitle vin avec passion, éprouve une répugnance insurmontable pour cette boisson , etc. Un phénomène bien plus inexplicable, c'est le choix que Testomac paroît faire entre plusieurs substances qu'on y introduit en même temps, et la faculté qu'il a de rejeter
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les unes en conservant les autres, malgré l'état de mélange où elles doivent nécessairement se trouver dans sa cavité. On voit quelquefois des malades qui vomissent peu de temps après le repas des alimens qu'ils ont pris la veille , et même plusieurs jours et plusieurs semaines auparavant, sans rejeter ceux du dernier repas.
C'est surtout après les vomissemens qu'en palpant l'abdomen on aperçoit s'il y a quelque tumeur. Lorsqu'on la découvre , elle est dure et plus ou moins volumineuse , inégale ou unie , mobile ou immobile , indolente ou un peu sensible à la pression. La même tumeur peut présenter tour-à-tour ces différens caractères ; elle peut même , avec le temps, changer de position, par Peffet de ses adhérences, s'enfoncer dans l'hypochondre et devenir inaccessible au toucher. Si la iumeur est située au-devant de l'aorte , elle est soulevée par le battement de cette artère. Mais il faut éviter avec soin de prendre pour un squirrhe de l'estomac une tumeur formée par des vents contenus dans une dilatation partielle du conduit intestinal; souvent il faut beaucoup d'attention pour n'être pas trompé par ces tumeurs éphémères. Il s'en forme quelquefois dans diverses parties de l'abdomen une ou plusieurs ; elles sont dures et arrondies ; mais elles se dissipent ordinairement au bout de quelques heures , ce qui sufïit pour prévenir toute illusion.
Quand il y a pendant la durée de ce degré vme tumeur squirrheuse de l'estomac , elle est ordinairement indolente lorsqu'on la touche légèrement, et néanmoins il s'y manifeste quelquefois spontanément une sorte de ^douleur poignante ou brûlante de peu de durée.
Malgré l'établissement bien prononcé du deuxième degré de la maladie , on voit encore à cette époque certains malades qui ont de longs intervalles de calme , pendant lesquels ils ne vomissent pas, mangent avec appétit, digèrent
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sans souffrance et reprennent même quelquefois un peu d'embonpoint et de force ; mais ces rémissions , quelque longues qu'elles soient , ne peuvent donner aucune espérance de guérison , lorsque , d'ailleurs , on a reeonnu tous les signes du cancer de l'estomac. La maladie reprend tôt ou tard sa marche , quelquefois plus rapide qu'auparavant , surtout si le malade abusé par ces fausses lueurs de guérison s'est livré à quelques écarts de régime.
Enfin, le dernier degré de la maladie arrive. Les membres s'effilent, la maigreur devient extrême. La peau est terreuse, terne et jaunâtre. La face est tout-à-fait grippée, tirée, les yeux enfoncés, les pommettes saillantes. Il y a un enfoncement digital sous les pommettes, immédiatement au-dessous du muscle grand zigomatique. Les joues sont communément d'un jaune paille, nous avons cependant observé chez quelques malades une rougeur circonscrite sur les pommettes, surtout si le squirrhe étoit ulcéré.
Souvent à cette époque les vomissemens présentent de petits points noirâtres, tantôt plus petits qu'un grain de millet, tantôt plus larges qu'une grosse lentille. D'autres fois ce sont de gros caillots de .sang noir, bien reconnoissable ; dans bien des cas, les petits grumeaux de sang sont tellement noirs et aliérés, qu'ils ressemblent à de la suie. A celte époque et même avant, on a observé chez certains malades un véritable vomissement de sang noir, tel que celui qui caractérise le mélœna. Mais cela est extrêmement rare, surtout lorsque l'estomac n'est pas perforé et le foyer ulcéré dans son tissu par suite de cette perforation.
A mesure que la maladie fait des progrès, l'enfoncement digital situé sous les pommettes, et qui paroît en général être eu rapport avec la disposition au vomissement, est chaque jour plus profond. Le plus léger repas cause un malaise extrême dans la région épigastrique, ou même des
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souffrances insupportables qui ne diminuent qu'après le vomissement. Le hoquet peut devenir très-fatigant, et il est quelquefois redoublé, de sorte qu'il se fait en deux temps. Les douleurs produites par les vents , et le besoin de dormir ne laissent plus aucun repos. La constipation est quelquefois remplacée par une diarrhée colliquative.Le pouls prend chez quelques malades un peu plus de fréquence, il peut même survenir un peu de fièvre pendant quelques jours. Cependant on voit rarement s'établir la fièvre hectique.
Vers le même temps, chez certains malades où Ton n'avoit trouvé précédemment aucune tnmeur, on parvient quelquefois à en découvrir une, parce que l'amaigrissement a tellement aminci les parois de l'abdomen, que l'on sent avec facilité la colonne vertébrale, et par conséquent les plus petites tumeurs situées entre la peau et cette colonne résistante.
Il y a cependant des sujets qui ont des tumeurs très-volumineuses, situées dans un endroit où il seroit facile de les reconnoître, et chez lesquels on ne peut les apercevoir, parce que leur ventre est trop distendu par des gaz, ou leurs muscles dans un état de contraction perpétuelle, ou enfin parce que la moindre pression excite chez eux une vive douleur.
Enfin, après quelques semaines ou quelques mois de souffrances, et quelquefois après plusieurs an nées de maladie, ces infortunés, arrivés au dernier degré de marasme, et paroissant en quelque sorte des squelettes ambulans, finissent par s'éteindre. La plupart voient par instant, quelques heures, ou même quelques jours^ avant leur mort, une sorte de brouillard qui entoure les objets qu'ils regardent.
Quant à la manière dont ils meurent, elle est très-variable: quelques-uns, en petit nombre, se lèvent jusqu'à
CANCEft t)E L*ÈSTOMA.C. i Si)
leur dernier moment et périssent à l'instant où Ton s'y at- I en doit le moins.
D'autres, en beaucoup plus grand nombre, sont retenus pendant leurs derniers jours dans le lit où ils souffrent peu, mais ils sont tellement afFoiblis qu'ils ne peuvent pas même se mettre sur leur séant.
Quelques autres restent dans leur lit; ils ont encore assez de force, mais les douleurs abdominales et les vomissemens, ou le hoquet, les tourmentent continuellement.
Certains individus ontune agonie de quelques heures; d'autres paroisscnt pendant huit, dix, quinze jours, prêts à expirer à chaque instant ; ils peuvent à peine articuler quelques mots , leur pouls est presque insensible , ils ne peuvent presque rien avaler, et chaque jour on est étonné de les retrouver à peu près comme la veille.
Enfin^ la mort arrive, hi plupart s'éteignent paisiblement^ d'autres éprouvent un râle très-prolongé. J'en ai vu un petit nombre périr dans les convulsions , et (juelques autres avec le délire.
Dans quelques cas rares, le malade qui n'est point encore amaigri succombe à un squirrhe du pjiore, peu de temps après que les premiers vomissemens se sont manifestés. Dans ce cas la mort est déteriuinée par l'occlusion du pylore, fermé par le gonflement squirrheux des ])arois, ou par des végétations fongueuses qui se lèvent de la surface ulcérée, et, qui par leur volume, ferment totalement l'ouverture du pjiore.
Section h'. — Particularilés remarquables.
Il ne sera pas hors de propos de parler ici avec un peu de détail de quelques particularités (pie présente souvent !e squirrhe de l'estomac
§ I. Substances gazeuses. — Lorsque l'estomac et les intestins sont distendus par des gaz, nous avons dit qu'on touchoit quelquefois des tumeurs qui pourroient en imposer, et qui ne sont occasionnées que par la contraction du conduit alimentaire sur le gaz qui y est renfermé. Ces tumeurs, quelque dures qu'elles paroissent, se dissipent quelquefois lout-à-coup avec une sorte d'explosion. Il est des individus chez lesquels ces distensions gazeuses déterniinent des borborigmes continuels^ et l'on voit l'estomac et les intestins se dessiner dune manière très-prononcée derrière les parois de l'abdomen. Par une pression légère on reconnoit alors avec facilité les circonvolutions intestinales. Il est quelques malades que ces vents font peu souffrir. Mais il en est beaucoup d'autres auxquels ils occasionnent des coliques presque continuelles et quelquefois très-vives, une insomnie désespérante , une sorte d'inquiétude et une agitation inexprimable.
- § II. Tumeurs. — H y a aussi quelques remarques importantes à faire, concernant les tumeurs squirrheuses de l'estomac. «> Quelquefois une tumeur squirrheuse qui a son siège dans l'estomac est très-sensible au toucher à une époque de la maladie . et elle ne peut plus être reconnue par le même moyen au bout de quelque temps. Dans ces cas^ la tumeur remonte pour l'ordinaire et, placée dans la région épigastrique , sous le côté gauche du foie ou dans les hypochondres , elle devient inaccessible au toucher. Les personnes qui ne sont point prévenues de ce changement de position de quelques tumeurs abdominales pensent alors avoir foiidu la tumeur, s'ils ont traité le malade. Ceux qui, dans les mêmes circonstances, sont appelés quand on ne distingue
plus la tumeur , croient au contraire qu'elle n'existoit pas à l'époque où d'autres médecins l'ont aperçue.
M. D.... avoit une pareille tumeur que M. Pascalis, docteur en médecine, et moi nous avions reconnue. Cette tumeur disparut nu bout d'un certain temps. Le médecin qui traitoit alors le malade imagina qu'à l'aide de ses médicamens il l'avoit fondue. Le malade mourut. Avant l'ouverture du cadavre, M. Pascalis , M. Martin et moi , nous ne pûmes distinguer la tumeur; mais à l'ouverture du cadavre, faite le 9 août 1810, nous trouvâmes une tumeur squirrheuse presque aussi volumineuse que le poing, et qui étoit formée par Testomac dégénéré et devenu cancéreux dans une étendue de plus de quatre travers de doigt. Le squirrhe. occupoitle pylore et toute la partie de l'estomac qui l'avoisine. Ce viscère avoit des parois épaisses de plus d'un pouce ; aux endroits ainsi altérés , les deux membranes éloient encore distinctes, et . à la surface de la membrane muqueuse , il y avoit un ulcère plus large que la paume de la main , à surface inégale et à bords relevés. La tunique musculaire étoit devenue luisante et semblable à du lard : la tunique muqueuse étoit luisante aussi , mais elle ressembîoit plutôt à la substance cérébrale qu'au lard. Il y avoit dans l'une et l'autre quelques points d'un blanc opaque. Tout le reste du cada\Te étoit sain.
Dans le même temps , M. D.... avoit un squirrhe gastrique que i'avois bien reconnu par le toucher, le 7 juillet 1810. Vers la fin du même mois , la tumeur n'éloit plus sensible. Un médecin très-habile , consulté par le malade, fut persuadé qu'on s'étoit trompé sur la tumeur,.et il regarda la maladie comme un simple épuisement. Cependant la maladie fit des progrès. Un second médecin , appelé un mois après , reconnut Taffection , mais il ne trouva point de tumeur. L individu s'émacia, il mourut le f ou le 8 septembre 1810. A l'ouverture du cadavre , on trouva une
ulcL-ration de la petite courbure de l'estomac plus large que la paume de la main ; les parois de l'estomac éloient tellement épaisses à l'endroit dégénéré , que la masse squirrheuseformoit une tumeur presqu'aussi grosse que le poing.
D'autres fois on croit toucher une tumeur dans un endroit où il n'en existe point. Cela tient surtout à la contraction des muscles droits de l'abdomen qui se contractejit involontairement chez certains malades qui ont beaucoup de sensibilité à l'épigastre.
M. G.... avoit au pylore un squirrhe impossible à découvrir 5 à raison de son adhérence près du rein droit , de sa situation au-dessous du lobe droit du foie, et surtout à cause de l'impossibilité d'obtenir un relâchement complet des parois abdominales. Un médecin très-habile , consulté dans les derniers jours de la maladie, assuroit trouver distinclement une tumeur an-dessus du nombril , où il n'y en avoit point, comme l'ouverture du cadavre le prouva d'une manièreincontestabledeux jours après. Cette erreur fut occasionnée par la contraction des muscles droits de l'abdomen , dont les fibres contractées entre deux intersections tendineuses simuloient en effet une sorte de tumeur. Nous avons vu assez souvent des personnes instruites trompées par ces apparences illusoires.
On voit par tous les détails combien il faut être circonspect quand on n'a pas examiné les malades à diverses reprises.
g ui. Battemens de la tumeur. — On auroit de la peine à imaginer qu'un squirrhe de l'estomac pût simuler un anévrisme de l'aorte. Il est cependant certain que, dans quelques circonstances, l'examen de la tumeur peut entraîner dans cette illusion contre laquelle il est important d'être bien averti; en effet, lorsque la tumeur formée parle squirrhe de l'estomac est soulevée par l'aorte , elle simule
CANCF.R DE L ESTOMAC. ig{)
quelquefois assez bien un anévrisme Je cetle artère ou du tronc cœliaque. On a pensé qu'on pouvoit distinguer ces tumeurs d'avec les anévrismes, en ce que dans la tumeur sqnirrheuse on ne sent qu'un soulèvement de la tumeur : cela est vrai dans la plupart des cas ; mais nous pouvons assurer avoir quelquefois aperçu dans ces tumeurs nonseulement un soulèvement de la tumeur, mais encore son élargissement en tout sens au moment de la pulsation. Cette perceplion est alors sans doute erronée, car je nô conçois pas comment la tumeur pourroit s'élargir, mai$ on éprouve absolument le même sensation que si elle s'élargissoit, et les doigts appuyés sur les côtés de la tumeur sont écartés à cliaquc pulsation de l'aorte. Il est probable que le simple soulèvement de la tumeur qui est portée avec force contre les doigts et qui les écarte comme feroit un coin, est la cause de cette erreur de perception; nous cro5ons devoir la signaler pour prévenir des erreurs de diagnostic.
Quant à l'anévrisme de l'aorte, on se tromperoit souvenC si on n'avoit pour nier sou existence d'autre motif que le défaut d'élargissement de la tumeur à l'instant de la pulsation.
Morgagni (i) cite plusieurs exemples de tumeurs solides qui en ont imposé et qu'on a prises pour des anévrisnies. Et on lit dans lus rVnnalesde littérature médicale étrangère, lom. X, p. 271, l'observation d'une t-imeur du foie qui fut prise pour un anévrisme.
S IV. Toux. — Le squirrhe de l'estomac et la phthîsîe pulmonaire peuvent se rencontrer chez le même individu , et l'une de ces deux maladies peut simuler l'autre de manière à jeter dans l'erreur le praticien le plus attentif. IM.
'1) Mor^an;ni, De .^cd. et cmisU morO.