‹ Traité des maladies cancéreusesChapitre 70 sur 121 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

1(^4 eiNCER DE l'estomac.

Ghardel (p. 207) Tavoit déjà remarqué; il ne sera donc pas inutile de parler ici de la toux qu'on remarque dans le squirrhe de l'estomac.

A la vérité , plusieurs individus ne toussent jamais pendant tout le cours de cette maladie, mais il en est d'autres dont on trouve les poumons parfaitement sains après la mort, et qui éprouvent pendant toute la maladie^ ou du moins pendant un certain temps , une toux très-forte et quelquefois comme par quintes; cette toux est quelquefois sèche, d'autres fois elle est suivie d'une expectoration assez abondante de matière glaireuse tantôt transparente, tantôt mousseuse, et quelquefois blanchâtre et puriforme.

La toux dont il s'agit provoque quelquefois les vomissemens, d'autres fois elle ne fait point vomir, mais elle masque la maladie principale, et, si elle a lieu chez des sujets qui ne vomissent pas, elle peut faire illusion au médecin qui traite le malade. L'illusion est plus grande encore si on voit le malade présenter une rougeur circonscrite sur les pommettes et parvenir au dernier degré de marasme sans avoir vomi, sans avoir ressenti de douleur notable dans l'abdomen, et sans offrir aucune tumeur sensible au toucher. Car une douleur à la partie supérieure de l'épigastre Fe fait ressentir chez un grand nombre de phthisiques quoiqu'ils aient le foie et Testomac parfaitement sains, et par conséquent cette sorte de douleur n'est pas un symptôme d'après lequel on pût reconnaître le squirrhe de l'estomac. Elle peut souvent, au contraire, faire présumer une phthisie lorsque cette douleur existe sans tumeur sensible au toucher.

J'ai vu chez des individus affectés de squirrhe à l'esto- " mac les symptômes simuler assez exactement ceux de la phthisie pulmonaire^ pour en imposer à des médecins qui jouissent d^une grande réputation et qui la méritent. Je

CANCER DE 1,'eSTOMAC. I96

n'ai pu douter de leur erreur après l'ouverture des cadavres.

J'ai connu une malade qui depuis plus d'un an étoit traitée pour cette toux et que l'on croyoit atteinte de phthisie. Elle portoit à l'épigastre une tumeur volumineuse très-dure, et qui n'étoit autre chose qu'un squirrhe ulcéré de l'estomac. La maladie ne fut reconnue que parce qu'un médecin qui vouloit examiner si le foie avoit augmenté de volume, toucha l'épigastre et aperçut la tumeur. Ce ne fut que long- temps après qu'il survint des vomissemens brunâtres.

§ V. Etat moral. — L'état moral des personnes affectées de squirrhe de l'estomac , mérite aussi une attention particulière.

La plupart des malades sont dans une parfaite sécurité quand leur maladie commence, tandis qu'il en est un petit nombre d'autres qui sont alors très-effrayés^ fort méticuleux, et dans un étal qui se rapproche de celui des hypochondriaques.

A. mesure que la maladie fait des progrès, il semble quelquefois que cetix qui jusque-là avaient paru les plus tranquilles, désespèrent de leur état, mais pour l'ordinaire leur espoir ne tarde pas à renaître , et j'en ai vu un très-grand nombre qui sont morts dans le dernier degré de marasme après avoir beaucoup souffert, sans qu'ils eussent jamais désespéré de leur guérison. On en voit même un très-grand nombre qui forment des projets qui exigeraient pour leur exécution une tr^longue suite d'années.

J'ai vu trois hommes fort instruits et d'une grande pénétration, qui, arrivés au dernier degré de cette maladie, étoient dans la plus grande sécurité. L'un avoit fait arranger une belle maison, et il s'occupoit encore de son ameu-. blement au moment de sa mort ; ua autre faisoit planter

196 CANCER DE l'eSTOMAC.

un beau jardin, croyant être assuré d'en jouir long-temps; le troisième, enfin, signoit un bail de neuf ans, la surveille de sa mort. J'ai connu aussi une femme qui faisoit des projets relatifs au mariage de sa fille à peine âgée de 11 ans.

Cet espoir de guérison , cette sorte de confiance imperturbable, m'a d'autant plus frappé, que plusieurs physiologistes, et bien des praticiens, ont avoué que les maladies de la poitrine soutenoient l'espérance , tandis que celles de l'abdomen étoient toujours accompagnées de passions tristes, de craintes sur sa vie, et même d'une sorle de désespoir. Parmi les maladies chroniques qui paroissent avoir leur siège dans l'abdomen, il n'y a guère que les névroses connues sous le nom d'hypoc/iondrie, qui occasionnent une trislesse plus profonde et un abattement plus grand que les maladies chroniques dont le siège est dans la poitrine.

§ VI. Caraclèrcs de la maladie quelqupfois équivoques jusqu'à la fin, — Telle est l'hisloire générale du cancer de l'estomac Mais aucun des symptômes de celte maladie n'est constant. Disons plus, quelle que soit la partie devenue squirrheuse, qu'elle appartienne au corps de l'estomac, ou à l'un de ses oritlces, il n'est p.îs toujours possible de reconnoîlre un squirrhe de ce viscère avant l'ouverture du corps. Outre que cette maladie est facile à confondre dans certains cas avec des névroses et d'autres affections dont nous parlerons à rarticlciii, elle peut aussi parcourir toutes ses périodes sans donner lieu à aucun symptôme caractéristique. Nous avons vu des squirrhes de l'estomac très-volumineux, et même des cancers ulcérés sur des individus qui étoient morts dans le marasme, sans avoir eu jamais ni vomissemens, ni douleurs épigastriques, ni même de dyspepsie, et nous ne doutons pas que la remarque n'ait été

CANCER BE L ESTOMAC. igj

faite par tous les médecins qui ont ouvert un certain nombre de cadavres dans les hôpitaux. C'est surtout parmi les indigens, dont la sensibilité paroît émoussée par les souffrances et les privations de toute espèce, qu'on observe ces lésions organiques occultes^ qui minent sourdement la constitution et conduisent au tombeau par tous les degrés de marasme, sans troubler d'une manière spéciale les fonctions de l'organe lésé. Quelquefois les signes du squirrhe s'étant manifestés dans le principe , et ayant disparu au bout de quelque temps, la maladie a continué sa marche sous les apparences d'une étisie simple, d'une fièvre hectique, d'une diarrhée chronique , ou de quelque autre affection étrangère à l'estomac. Toutes les variétés dont les auteurs ne disent rien ou presque rien, nous paroissent trop importantes à signaler, pour n'être pas induit en erreur par les descriptions générales. A combien de méprises ne seroit pas exposé le médecin qui ne reconnoitroit le cancer de l'estomac que là où il verroit réunis tous les symptômes que nous avons indiqués en traçant la description générale de cette maladie? En outre, nous ne saurions trop répéter que certains individus tourmentés par la plupart des symptômes dont nous avons parlé sont morts, sans qu'on ait pu trouver la plus petite dégénération squirrheuse de l'estomac. Mais ce dernier cas est très-rare.

§ VII. Siège de la dègénéroiion cancéreuse de l* estomac. — Le squirrhe peut occuper le cardia, le corps de l'estomac ou le pylore. Les squirrhes du pylore et de la partie pyïorique de l'estomac sont incomparablement plus fréquens que les autres. En faisant le relevé de mes observations particulières, sur loo squirrhes de l'estomac j'en ai trouvé

6i au pylore et à la partie pylorique^ ou au pylore et à la petite courbure de rcsîomajc^

igS CANCER DE l'eSTOMAC.

23 dans une partie du corps de l'estomac, le cardia

et le pylore étant sains, 5 à l'estomac dans toute son étendue, 1 1 au cardia et au voisinage de cet orifice.

Quoiqu'il soit très-important et surtout très-difïicile de reconnoître le siège précis du squirrhe pendant la vie du malade, il est cependant convenable d'indiquer les signes qui peuvent faire présumer le siège de la dégénération; car on ne sauroit avoir des connoissances trop exactes sur les maladies.

§ VIII. Signes du squirrhe du pylore. — i° Une tumeur située au côté droit de la région épigastrique, entre les cartilages des fausses côtes et le nombril fait présumer que le squirrhe affecte le pylore. Si l'estomac est déplacé et que le pylore soit squirrheux^ ce qui n'est pas très-rare, la tumeur peut être située derrière la ligne blanche au-dessus du . nombril, ou bien dans l'hypochondre gauche, ou même dans la fosse iliaque droite.

1° Ordinairement, lorsque le squirrhe occupe le pylore, il y a des vomissemens, mais ils n*ont lieu qu'au bout d'un certain temps après le repas; la probabilité de l'existence du squirrhe du pylore augmente encore lorsque, dans certains cas, on a aperçu la tumeur dans le milieu de l'intervalle qui existe entre les cartilages des dernières fausses côtes et le nombril.

3° Quand le pylore est squirrheux, on observe souvent une distension extrême de l'estomac et des vomissemens très-abondans qui surviennent après que le malade a passé plusieurs jourssansvomir.ee qui dépend de ce quelesmatières arrêtées dans Pestomac et celles qui y sont introduites, ne pouvant aisément franchir l'orifice pylorique,s'accumujent dans l'estomac et le distendent quelquefois excessive-

CANCER DE 1 ESTOMAC. l^Q

ment, avant de déterminer le vomissement, qui alors es* presque toujours excessivement copieux.

Néanmoins, il y a beaucoup d'exemples de la dégénéra tîon squirrheuse du pylore, sans qu'on ait pu découvrir aucune tumeur et sans qu'il y ait eu de vomissement pendant tout le cours de la maladie ; et il n'est pas moins certai!» qu'on a observé quelquefois des vomissemens et qu'on a même trouvé une tumeur sensible au toucher, située danf l'endroit que nous avons désigné, chez des individus- qi ■ cependant n'avoient point le pylore squirrlieux.

§ IX. Signes du sc/uirrhe du cardia. — On ne découvre pa le loucher aucune tumeur à l'épigastre, la douleur se lai ressentir à la partie supérieure du criBux de l'estomac. Quel ques individus éprouvent de la douleur pendant la déglutition, ils vomissent des gorgées d'alimens au moment oi ils essaient de les avaler; les vomissemens ont lieu pén dant le repas, ou immédiatement après, ils sont alors très' douloureux ; ils n'ont presque jamais lieu lorsque le repa est fini depuis un certain temps. Plusieurs malades vomis sent Uès-fréquemment des gorgées de mucosité mousseus qui ressemble à de la salive; quelquefois les boissons son rejetées avant de parvenir à l'estomac.

Ceè symptômes peuvent cependant être tous illusoires car lorequ'ils existent, le cardia est quelquefois intact e le corps de l'estomac ou le pylore squirrlieux. D'ailleur la plupart de ces symptômes peuvent tenir au squirrhe d l'œsophage (cliap. xvii), à une névrose de l'œsophage o^ du cardia.

§ X. Signes du squirrhe partiel du corps de l^ estomac. — Le malades éprouvent une douleur dans i'épigasîre , et quef quefois dans l'hypochondre gauche.

Ils ont une constipation opiniâtre, et quelquefois ils soi

200 CA.NCKB »E L ESTOMAC.

pris d'un dévoîement brunâtre vers la fin de leur maladie.

La plupart d'entre eux ne vomissent point; oeux qui éprouvent des vomissemens en sont communément délivrés au bout d'un temps assez court , excepté lorsque la portion squirrheuçe a contracté des adhérences avec les parties voisines.

On observe chez plusieurs malades des battemens épigastriques isochrones aux pulsations des artères.

Quelquefois on sent la tumeur formée par la dégénéralion squirrheuse, et cette tumeur peut avoir son siège dans une partie éloignée de la région du pylore.

Néanmoins un malade qui réunit tous ces signes, peut avoir un squirrhe du pylore ou du cardia.

Le squirrhe occupe rarement la face antérieure ou le grand cul-de-sac de l'estomac, très-fréquemment la petite courbure, souvent la face postérieure de ce viscère. Chez quelques sujets il affecte la totalité de l'estomac. Communément il n'y a alors aucune ulcération, et la maladie présente quelques signes caractéristiques assez constans.

§ XI. Signes du squirrhe de tout le corps de l*estomac» — Il y a à l'épigastre une douleur presque continuelle, qui irradie souvent dans tout le ventre, le malade est tourmenté de borborygmes, il rend beaucoup de vents par la bouche, il est constipé , quelquefois il a dans le commencement de la maladie des coliques vives accompagnées de vomissemens tantôt glaireux tantôt bilieux. A mesure qtie la maladie fait des progrès , le malade maigrit et souvent on découvre une ou plusieurs tumeurs à l'épigastre et aux environs. Ces tumeurs ne peuvent pas toujours être aperçues dans les derniers temps de la maladie , lors même qu'on les avoit trouvées auparavant. Les vomissemens se font par petites gorgées isolées; ils ont lieu surtout pendant |e repas, Ils évacuent une très-petite quantité d'ctUmens

qui n'ont éprouvé aucune altération , et une très- grande quantité de pituites blanches ou grises^ souvent mousseuses. Les alimens les plus doux sont supportés plus facilement que les autres.

Vers la fin de la maladie il survient presque toujours dans l'abdomen un épanchement séreux occasionné par une inflammation chronique du péritoine qui participe à la même lésion que la membrane séreuse des parois de Testomac (i).

Du reste^ les signes que nous venons d'indiquer pour reconnoître la partie de l'estomac qui est dégénérée, ne peuvent fournir que des présomptions sur le véritable siège de la maladie.

On parvient plus souvent et beaucoup mieux à découvrir le siège du squirrhe à l'aide du toucher que par l'examen des symptômes ds la maladie.

§ xii. Complications. — Jusqu'ici nous avons exposé les symptômes, la marche et la terminaison de cette maladie lorsqu'elle est dans son état de simplicité; mais souvent elle se complique avec d'autres maladies. Il est indispensable de parler de ces diverses complications , car il n'en est aucune qui ne présente quelque indication à rempUrj et il en est plusieurs qui abrègent la vie des malades, lorsqu'elles surviennent à l'époque où la maladie n'étoit encore qu'à son premier ou à son deuxième degré.

Les complications les plus fréquentes sont celles qui surviennent dans le dernier degré de la maladie. On doit ranger dans ce nombre les complications fébriles et les hydropisies symptomatiques.

Les maladies fébriles se présentent sous deux formes

(1) Consultez une obs. de Haller, citée dans Lieutaud , Hisi. an, med,y p, 26, obs.93y

SOâ CANCER DE l'eSTOHAC.

principales, elles offrent un caractère frappant d'adynamie ou d'ataxie.

Quand la fièvre adynamique survient, les autres symptômes prennent quelquefois plus d'intensité , d'autres fois ils sont suspendus ; la lan^e devient rouge, blanche , et enfin fuligineuse; les dents s'encroùlent d'une mucosité noirâtre; les paupières se recouvrent de chassie; les yeux deviennent souvent inégaux, ternes ; le pouls acquiert plus de fréquence ou plus de développement; la peau devient plus chaude, etc.; enfin, le malade paroît succomber à la fièvre adynamique. Si la fièvre ataxique a lieu, elle se manifeste par l'irrégularité et le désordre des fonctions, et le malade succombe avec tous les signes d'une altération profonde des fonctions du système nerveux. Quant à l'hydropisiej.elle a divers degrés.

Tantôt ce n'est qu'une infiltration des membres abdominaux ou d'un seul, ou seulement d'une jambe ou d'un pied ; tantôt c'est- une infiltration des membres abdominaux et une ascite plus ou moins considérable. Quelques autres individus ont un seul côté du corps infiltré.

Dans cette hydropisie symptomatique, l'urine reste quelquefois comme dans l'état naturel; d'autres fois elle est en très-petite quantité, rouge, et après un repos plus ou moins prolongé, elle est toute trouble et fournit un sédiment briqueté ou couleur de sciure de bois.

J'ai vu, quoique rarement , le squirrhe de l'estomac débuter par l'œdème des membres, qu'on dissipoit à diverses reprises, et qui revenoit au bout d'un certain temps.

Indépendamment des complications dont nous venons défaire mention, il en est d'autres qui se manifestent dans tous les temps de la maladie et qui sont aussi très-graves. Parmi les complications, les unes sont dépendantes de la prédisposition cancéreuse; les autres sont le résultat de l irritation produite par l'estomac sur les parties voisines.

CANCER DE L ESTOMAC. 2o3

Les complicatioDs par prédispositions cancéreuses sont : les squirrhes du foie, du pancréas, du mésentère, le développement de corps squirrheux dans le tissu cellulaire abdominal, et quelquefois la jaunisse.

Les complications par irritation sont : l'inflammation du foie à sa surface inférieure; la péritonite soit aiguë soit chronique; enfin, l'iiiflammation et l'érosion i*^ des intestins, 2° des parois abdominaux. 5° des vertèbres lombaires.

On reconnoit les complications de squiiThc du foie à la tumeur que forme le viscère et dont nous parlerons à Tarticle du cancer du foie.

Quant aux squirrhes du mésentère et des autres parties, ils forment des c'omplications qu'on ne reconnoit souvent qu'après la mort. Mais on peut présomer le squirrhe du pancréas ou une tumeur squirrheuse développée au-dessus du pancréas, quand le squirrhe de l'estomac est compliqué de jaunisse.

Je ne connois aucun moyeu pour reconnoître avant l'ouverture une couiplication remarquable qui n'est point rare. C'est une d'in^mmation chronique de la surface inférieure du foie qui adhère alors intimement avec l'estomac, et semble le siège d'un ulcère qui supplée en quelque sorte à la destruction des parois de l'estomac dans le centre de l'adhérence.

La péritonite aiguë peut être reconnue par les douleurs abdominales quelquefois accompagnées <levomissemens bilieux phis ou moins repétés, de hoquet, de fréquence et de concentration du poul>^, etc.

La péritonite chronique est plus difficile à reconnoître, mais la tension habituelle du ventre, une sorte d'empâtement profond dans cette partie, et des douleurs plus vives lorsque les borborvgmes ont lieu, peuvent la faire soupçonner.

L'inflammation et lerosiao d'une portion d'intestin qiii

204 CANCER DE l'eSTOMAC.

contracte alors adhérence avec l'estomac et qui reçoit immédiatement les matières alimentaires qui ne passent pa^ alors par le pylore, peut être soupçonnée par le siège et la forme de la tumeur et par une diarrhée excessive, accompagnée d'ailleurs des signes de squirrhe de l'estomac.

Quant à l'inflammation et à l'érosion des parois abdominales qui adhèrent intimement à l'estomac, et qui peu à peu sont ulcérées au centre de l'adhérence, il est important d'en avoir une connoissance précise , car je connois deux exemples d'ouvertures de l'estomac faites dans les cas de celte complication.

Lorsqu'elle a lieu, la portion des parois de l'abdomen qui est le siège de l'érosion devient un peu proéminente, on sent au-dessous cette fluctuation ; de sorte que si on n'a pas pris des renseignemens exacts sur ce qui a précédé, on prend la maladie pour un abcès , on y fait une incision, et on est détrompé par l'issu d'une grande quantité de gaz et des matières contenues dans l'estomac.

ARTICLE IL

Description anatomique du cancer de Cestomac.

La dégénération est simplement squirrheuse ou bien elle est déjà ulcérée. Elle est bornée au cardia , au pylore , à une seule partie du corps de l'estomac , ou bien elle occupe toute rétendue de ce viscère. L'estomac contient ordinairement un liquide fétide qui semble tenir en suspension de la suie ou du chocolat délayé, et qui est uni à une certaine quantité d'alimens plus ou moins altérés, et à une sécrétion glaireuse de la membrane muqueuse de l'estomac. Le liquide de couleur brune est semblable à ceipi que le malade vomissoit dans les derniers temps de sa vie.

CANdER DE l'estomac, 2o5

Sa coloration ne tient point à une sécrétion spéciale de l'ulcère comme on pourroit le croire , car elle existe souvent lorsque le squirrhe n'est pas ulcéré ; tandis qu'on ne la voit pas toujours dans les cas où l'ulcère a une trèsgrande étendue. Elle dépend d'une sécrétion nouvelle de la membrane muqueuse de l'estomac influencée par le squirrhe. Néanmoins, lorsqu'il y a un ulcère, sa surface fournit quelquefois des poinlsoumème des ilocons de sang noirâtre qui ressemblent aussi à de la suie. L'étendue de la portion dégénérée de l'estomac varie depuis la largeur de Tongle jusqu'à la totalité des parois de ce viscère. Le plus ordinairement elle égale la largeur de la paume de la main. Mais lorsque le cancer de Testomac est cartilaginifornie, ce viscère peut être squirrheux en entier sans qu'on puisse y trouver la moindre ulcération.

Dans quelques cas l'épaisseur de la partie squirrheuse excède à peine celle des parois de l'estomac sain, mais elle est communément plus grande, quelqviefois elle n'a pas moins de deux ou trois travers de doigt. La partie centrale du squirrhe est alors la plus épaisse, et à mesure qu'on s'éloigne du centre du squirrhe, les parois deviennent plus minces.

Quelquefois le squirrhe n'occupe qu'une des membranes de l'estomac ; mais cela est assez i are ; et c'est presque toujours alors la membrane musculaire qui est dégénérée, car le squirrhe de la membrane muqueuse affectée isolément est extrêmement rare. Nous n'avons jamais rencontré le squirrhe isolé de la tunique péritonéale.

Qftand le squirrhe de la membrane mu(]ueuse est sur le point de passer à l'état de cancur ulcéré^ on y observe souvent une dépression tout-à-fait semblable à celle que produit un coup de marteau sur ime masse de plomb. Tout autour la surface du squirrhe est plus ou moins saillante et inégale. On voit communément de petits bourgeons

206 CANCER DE l'eSTOMAC.

rouges, ou des vaisseaux sanguins trf^s-fins , ou du itioins un tissu légèrement rosé dans l'endroit prêt à s'ulcérer. Lorsque le squirrhe de la membrane musculaire est arrivé au même degré , il offre çà et là des points brillans assez grands, et quelquefois même de très- petites gouttelettes de sérosité contenues dans des loges à peine miliaires.

Quand ruicération commence , c^est toujours à la face interne du squirrhe. Elle acquiert plus ou moins d'étendue, depuis la largeur d'une lentille jusqu'à celle de la paume de la main. Dans le dernier cas, l'ulcère, horriblement fétide, a quelquefois une ressemblance frappante avec le cancer des mamelles. Ses bords sont durs , épais et renversés. Sa surface est couverte de chairs fongueuses inégales, d'un beau blanc, grisâtres, brones , ou noirâtres; quelquefois de diverses couleurs et toujours enduites d'un liquide filant, noirâtre , brun ou au moins gris de fer. Il s'élève souvent autour de la surface ulcérée de petites végétations fongueuses et inégales, de forme très-variée, lenticulaires, pisiformes , ou de tout autre apparence.

Il en est qui forment de petits mamelons , d'autres qui. constituent de petits prolongemens cylindriques de plus d'un travers de doigt de longueur. Toutes ces excroissances sont quelquefois rétrécies à leur base. On voit aussi dans certains cas plusieurs veines noirâtres, flexueuses et comme variqueuses, naître à la circonférence de l'ulcère et se répandre sous la membrane muqueuse des environs. La surface de l'estomac aux environs du squirrhe ulcéré et non-ulcévé est presque toujours un peu brune ou couleur d'ardoise. Cette couleur accidentelle est beaucoup plus foncée sur les replis en forme de crête fournis par la membrane muqueuse. Aussi ces replis sont-ils tantôt d'un rouge brun très-foncé, tantôt noirs. Sur toute la surface couleur d'ardoise, on aperçoit fréquemment de petits cryptes muqueux, noirâtres, excavés de manière à pouvoir

CANCER DE l'eSTOMAC.

contenir un grain de millet. Toute la membrane est recouverte et comme imbibée d'une mucosité filante qui est brune dans quelques endroits.

Le cancer du pylore peut être borné à la valvule de ce nom. Il s'étend quelquefois à toute l'extrémité pylorique de l'estomac, pln« fréquemment à la petite courbure de ce viscère. Il empiète rarement sur le duodénum, et ce n'est que dans des cas très-rares que nous l'avons vu se continuer à 8 ou 10 lignes le long de cet intestin. De même le cancer du cardia se termine presque toujours à l'origine de l'œsophage. Les cas où il se prolonge dans ce conduit à 30 ou 12 lignes de hauteur sont très-rares, tandis qu'on voit communément la partie inférieure de ces squirrhes envahir une portion de l'estomac dans le voisinage du cardia. •

Quand la dégénération sqnirrlieuse n'a pas son siège au pylore, restomac a presque toujours moins de capacité que dans l'état naturel. Mais quand le polype est squirrheux l'estomac est communément ample et dilaté. Dans certains cas où le polype est très-rétréci , le viscère acquiert une telle amplitude qu'il occupe tout l'épigastre et la région ombilicale; nous l'avons même vu s'étendre jusqu'à la région iliaque. Les portions de ses parois encore saines ne sont pas alors notablement amincies, mais les replis de la membrane muqueuse sont moins nombreux. Ils sont même quelquefois toa lement effacés.

Chez divers individus l'estomac dans Pëtat sain est divisé en deux parties, l'une pylorique et l'autre cardiaque, par un rétrécissement qui a lieu près de sa partie moyenne. Nous avons vu le squirrhe siéger à cet endroit rétréci, mais nous n'oserions assurer que ce rétrécissement, qui paroît une disposition naturelle , soit une cause prédisposante au squirrhe. Cependant, comme le rétrécissement peut tenir à une plus grande force de la partie où il a lieu , il est

â08 CANCKB DE l'eSTOMÀC.

possible que celte partie jouissant de propriétés vitales plus énergiques soit aussi plus exposée à des altérations organiques.

Le squirrhe occupe pour l'ordinaire la membrane musculaire et la membrane muqueusa en même temps. 11 est toujours possible de distinguer dans ces cas l'une et l'autre de ces membranes dégénérées. On les reconnoît avec d'autant plus de facilité qu'on les examine plus près des parties de l'estomac qui ne sont pas squirrheuses. On peut même quelquefois séparer les deux membranes, quoiqu'elles soient l'une et l'autre fort épaissies par la dégénérescence squirrheuse.

Communément ce n'est pas la même espèce de dégénération qui les a frappés l'une et l'autre. Très-fréquemment la membrane musculaire est très-dure , luisante , trèsblanche, ou d'un blanc azuré ou un peu grise, d'une consistance comme cartilagineuse, d'une structure encore manifestement fibreuse , et marquetée en outre de petits points luisans; tandis que la membrane muqueuse est moins dure, d'un blanc plus beau et plus uniforme, quelquefois d'un blanc de lait, d'une consistance moins ferme, d'un luisant moins brillant, d'une structure uniforme, sans la moindre apparence de fibres régulières. En général quoique les deux membranes puissent offrir tontes les espèces de dégénération cancéreuse que nous avons décrites (Introd., chap. m, art. u, § i à vu) , la musculaire offre plus souvent le cancer carlilaginiforme (ibid., § i) et le cancer lardacé (ibid., § hi), que les autres espèces, tandis que la membrane muqueuse offre surtout le cancer lardacé (ibid., § in), le cancer cérébriforme (ibid., § v) et le cancer composé (ibid,, § vu). Nous l'avons vue aussi affectée du cancer gélatiniforme (ibid., § vi).

La membrane péritonéale est presque toujours saine. On y aperçoit cependant quelquefois de petites excrois-

CMfiBK PS I. ESTOMAC» «09

sances blanches, luisantes et comme nacrées, qui appartiennent au cancer cartilaginiforme.

A l'œil nu, on n'aperçoit pour l'ordinaire aucun vaisseau sanguin dans les indurations squirrheuses des parois de l'estomac. Mais il est des cas dans lesquels on en voit un grand nombre qui sont très-fins et quelquefois trèsramifiés. Avec une forte loupe on y distingue presque toujours des vaisseaux sanguins.

Dans le cours de l'an 1802, j'avois indiqué la différence qu'on observe dans les trois membranes de l'estomac chez les individus qui sont morts d'un cancer de cet organe (i), M. Déjaer a avancé en 1808 que la maladie commençoit par la membrane muqueuse, que l'épaississement de ces squirrhes tenoit surtout à l'altération du tissu cellulaire interposé entre les membranes de l'estomac, et à celle de celui qui entre dans la structure intime de la membrane musculaire (2). Je nepourrois pas nier la justesse de cette dernière remarque. Mais il ne m'a jamais été possible de trouver la dégénération isolée du tissu cellulaire situé entre les membranes de l'estomac , et j'ai reconnu à diverses reprises la dégénération squirrheuse du tissu propre de ces membranes dans des squirrhes non-ulcérés très-peu étendus. J'ai trouvé fréquemment aussi la membrane musculaire squirrheuse sans que la membrane muqueuse parût altérée.

Lorsque le squirrhe occupe tout le corps de i'estomaC;, la dégénération est ordinairement cartilaginiforme dans toute son étendue, et il n'y a point d'ulcération, j^iais dans les cas rares oix la dégénération de tout le corps de l'esto-

(1) Journal de médecine, chirurgie et pharmacie, par MM. Corvisarl , Leroux et Boy er, t. ii, p. 72.

(2) Monographie des de'ge'nerations squirrheuses de Ve^tomac^ par M. Chardel, p. 11.

210 CANCER DE l'eSTOMAC.

mac n'appartient pas à cette variété du cancer, on voit communément dans ce viscère une large ulcération.

Quelle que soil l'étendue de la dégénéralioii squirrheuse, toutes les fois que l'ulcère a une grande étendue, les membranes muqueuse et musculaire sont souvent confondues de telle manière qu'on ne les distingue qu'avec une trèsgrande difficulté si l'on n'est pas habitué à ces sortes de recherches. Mais il suffit de prolonger l'incision au-delà de la surface ulcérée pour apercevoir distinctement la ligne de démarcation de deux membranes et le mode de dégénération de chacune d'elles.

L'épaisseur des parois de l'estomac à l'endroit de l'ulcération est quelquefois de plus détruis travers de doigt, et communément c'est la dégénération de la membrane muqueuse qui forme la plus grau Je partie de cette épaisseur; cela n'a cependant rien de constant. La dégénérescence cancéreuse n'est pas toujours simple, elle est assez souvent composée de divers tissus cancéreux; d'autres fois, elle est unie avec la dégénérescence tuberculeuse.

Quand cette (iernière est unie à la dégénérescence cancéreuse, après avoir incisé les parois squirrheuses on voit que les parties cancéreuses sont luisantes, tandis que les endroits affectés de la dégénération ou de l'infiltration tuberculeuse sont d'un blanc mal et opaque. Il semble quelquefois que dans un tissu lardacé, ou cérébriforme, on ait pratiqué un grand nombre de petites cavilés miliaires et | qu'on les ait remplies de plâtre ou de cendre, ce qui est alors dû à une iurdlration tuberculeuse qui a lieu dans un tissu cancéreux. On y aperçoit aussi quelquefois de petites porlions d'un lissu noir d'ébène , qui n'est autre chose (pie de la méianose. M-iis le tubercule et la rnélanose nu sont ici que des complications accidentelles qui ne changent point la nature de la maladie.

Quand on examine séparément les membranes dégéné-

CANCS& DE L£STOHAC. 'ill

rées, épaissies et ulcérées, on y reconnoît facilement les caractères du tissu cancéreux (Introd., chap. ii.); souvent le tissu de la membrane muqueuse est cérébriforme, d'autres fois il est lardacé : dans ces deux cas il fournit , lorsqu'on le comprime entre les doigts, un liquide blanc et épais ressemblant quelquefois à de la crème et sortant par un nombre infini de pores ou de petits points; quelquefois le liquide est moins blanc et plus consistant ; mais quand la tumeur est semblable à du lard, le liquide est quelquefois un peu ichoreux. Nous avons vu aussi la membrane muqueuse ulcérée, gonflée , et comme gélatineuse , de sorte que son tissu ressemble it à celui de certaines plantes cripliformes nommées tremeltes, ou bien à la colle forte qui commence à se ramollir dans l'eau. La membrane muqueuse de l'estomac n'offre le tissu cartilaginiforme que dans des cas très -rares, dans lesquels tout le corps de l'estomac est squirrheux.

Quand l'ulcère a pénétré jusqu'à la membrane musculaire, il sufïit de la comprimer pour en faire sortir un liquide ichoreux, toutes les fois que la dégénéraîion ressemble à un cartilage, ou à du lard frais; mais quand le tissu cancéreux est moins dense et plus opaque , le liquide exprimé par la compression est blanchâtre ou tout-à-fait blanc, et il sort par une multitude de petits orifices; en incisant les petites végétations situées autour de l'ulcère, on les trouve presque toujours formées par un tissu blanc, homogène, mollasse, et souvent cérébriforme.

Le squirrhe de l'estomac n'est pas toujours simple.Nous devons indiquer les lésions qu'on observe dans les complications que nous avons signalées. Lorsque la maladie a été compliquée dans les derniers temps d'uue fièvre adynamique, ou d'une fièvre ataxique, ou d'une hydropisie , il n'en résulte aucun changement qui exige des détails par-

Ucuiiers« 11 n*en est pas de même des autres complications dont nous avons parlé.

Quand Tulcération de l'estomac ou le squirrhe ont occasionné l'inflammation de la membrane péritonéale, celte dernière inflammation produit des effets différents selon la partie qui est contiguë à l'endroit enflammé. Presque toujours il se forme une adhérence intime entre la partie de l'estomac enflammé et les parties qui l'avoisinent. De là des adhérences intimes de Testomac avec le pancréas , avec le foie, avec la rate, avec le diaphragme, avec une circonvolution intestinale, avec les parois de l'abdomen. Ces adhérences sont quelquefois peu étendues, mais d'autres fois elles sont plus larges que la paume de la main. Elles entraînent à leur suite quelques effets dont il est utile d'être averti, i" Elles rendent immobile une tumeur qui sans cette adhérence aurait eu de la mobilité ; 2° lorsque l'ulcération cancéreuse a percé l'estomac au milieu de la surface adhérente , les parties contiguës deviennent le centre de l'ulcère, et l'adhérence des bords de l'ulcération empêche les matières conteimes dans l'estomac de s^échapper dans l'abdomen; 3° si l'adhérence a lieu entre l'estomac et le colon fransverse, ce dernier finit par être percé et une certaine quantité d'aliments peut passer de l'estomac dans les gros intestins, ce qui produit un dévoiement incurable; 4" si cette adhérence est survenue entre l'estomac et les parois de l'abdomen, la membrane p ritonéale des parois abdominales est quelquefois percée, les muscles s'enflamment et il se forme ime tumeur molle , fluctuante , à la surface de l'abdomen ; cette tumeur simule. un abcès ( Àussant , page o5, Observât. ); S'' si l'adhérence unit l'estomac avec le pancréas, il n'en résulte presqu'aucun inconvénient, non plus que s'il est survenu une union intime de l'estomac avec la surface concave du foie. Dans le cas de cette dernière union l'issue n'est pas toujours la

CANCER DE l'estomac. àl5

même. Pour l'ordinaire la membrane qui recouvre le foie devient très épaisse, et le parenchyme du foie n'est point le siège de l'ulcère, comme on le diroit au premier abord en voyant l'estomac percé, et la surface du foie ulcérée. Cet ulcère du foie a son siège sur la membrane épaissie, dont nous venons de parler, et la substance du foie est saine ou à peine un peu enflammée. Mais dans quelques cas, le parencbyme du foie devient véritablement le siège de l'ulcération ; le tissu du foie est alors enflammé tout près de la surface ulcérée, mais il n'est point squirrheux et carcinomateux comme on seroit porté à le croire.

L'estomac contracte aussi quelquefois une union intime avec la rate, et il en résulte des effets analogues à ceux dont nous venons de faire mention. Si l'estomac est adhérent au diaphragme et que l'ulcération perce les parois de ce viscère et le diaphragme , les alimens et les boissons finissent par s'épancher en partie dans la poitrine.

Enfin on a vu quelquefois l'estomac tout-à-fait percé, sans qu'il eût contracté aucune adhérence avec les parties voisines ; les alimens tombent alors en partie dans l'abdomen et la mort arrive très promptement.

Quand les vertèbres lombaires sont enflammées par le voisinage d'un cancer ulcéré du conduit alimentaire,le corps des vertèbres se ramollit, se carie ; on y enfonce le scalpel quelquefois sans aucune résistance, mais dans ces cas nous avons toujours vu les cartilages intervertébraux sans lésion, et la maladie des vertèbres n'étoit point une affection cancéreuse, mais le résultat d'une simple phlegmasie. Aussi ces os ne sont point alors semblables aux os affectés du cancer, soit hyaloïde, soit cérébriforrae, etc. Ils sont dans un état pareil à celui qu'ils présentent dans le voisinage des grands anévrismes de l'artère aorte.

Quand la diathèse cancéreuse a agi sur plusieurs orga«

Sl4 CANCER DE L*ESTOMAC.

nés à la fois, on voit quelquefois en même temps nn sqnîrrlie à l'estomac, des corps sqnirrlieiix de différens volumes dans le foie, et dans le tissu cellulaire qui avoisine l'esto- «aac. On trouve souvent aussi des glandes mésentériques volumineuses, fermes, blanches et luisantes, en un mot, squirrlienses et cancéreuses.

Nous décrirons ces corps cancéreux en parlant du cancer de ces diverses parties. Mais nous devons rappeler ici qu'il ne faut pas confondre avec les tubercules, les glandes «(juirrheuses, non plus que les corps cancéreux développés dans le foie. (Voy. Introduction, cliap, u, art. i et 2,

* On trouve quelquefois à la vérité, même chez les sujets affectés de squirrhe à l'estomac, de véritables tubercules, soit dans le mésentère, soit dans les poumons, soit dans le foie; mais ce ne sont là que des coïncidences ou tout au plus des complications.

Lorsque le squirrhe de l'estomac est uni avec une péritonite, si celte dernière est aiguë on trouve outre la lésion de l'estomac une exsudation plus ou moins abondante de matière albumineuse molle et concrète, et en outre un épanchement séro-albumineux plus ou moins abondant ; les membranes péritonéales sont alors quelquefois à peine rougies et sans épaississement.

Mais si la péritonite étoit chronique , outre l'épanchement séro-albumineux ou purulent qui existe presque toujours, on trouve des adhérences des circonvolutions inles-* tinales entre elles, avec les parois de l'abdomen, de même qu'avec les diverses parties renfermées dans l'abdomen. On y voit souvent aussi des lames cellulaires accidentelles, de fausses membranes déjà fort consistantes. Le péritoine et diverses parties des membranes péritonéales présentent assez souvent des épaississemens, de petites excroissances vasculaires rouges, des taches noirâtres comme de l'en-

CANCER DE l'eSTOMAC. 21 5

cre, etc., et diverses autres altérations ordinaires dan^ les cas de péritonite chonîque.

ARTICLE IIÏ.

Maladies qui simulent le squlrrhe de l'estomac.

Plusieurs maladies peuvent simuler le squirrhe de l'estomac. On peut ranger dans ce nombre, i° le vomissement spasmodique chronique; 2" la phlegmasie chronique de l'estomac; 5° les hernies partielles de ce viscère; 4** la perforation occasionnée par une inflammation chronique circonscrite; 5° les concrétions qui obstrueîit les conduits biliaires j 6° des tumeurs de diverses natures situées dans la région épigastriqne ; 7° les squirrhes de l'œsophage et ceux du conduit intestinal.

§ 1. X^ vovùssement spasmodlque (i), maladie essentiellement nerveuse et souvent due à des causes morales , devient quelquefois chronique : nous l'avons vu aussi déterminer l'amaigrissement progressif et la mort, à la suite de nombreux vomissemens noirâtres, gris, bruns, ou couleur de chocolat. Dans ces cas, qui heureusement soiit très rares, les vomissemens pourroient être pris pour un indice de cancer de l'estomac. Ce n'est qu'en remontant avec le plus grand soin à ses causes, aux symptômes qui ont signalé son invasion, et surtout en observant les effets des différentes substances médicamenleuses administrées avec prudence, qu'on petit parvenir à connoître la nature de la maladie. Le vomissement spasmodique se termine ordinairement par la guérison.Si parfois il occasionne des accidens mortels, on ne trouve après la mort aucune trace de dé-

(1) Yoyez Chardel, p. 169 et seq.; plus p. 207.

2l6 CANCER DE l'eSTOSIAC.

géîiéresceiice squirrrheuse. Pour l'ordinaire, clans le vomissement spasmodique , les matières vomies ne sont point brunes; les malades ne maigrissent pas sensiblement : souvent ils sont âgés de moins de vingt-cinq ans. Il n'y a aucune tumeur à l'épigastre; quelle que soit la durée de la maladie, elle n'entraîne presque jamais le marasme. Tous ces signes ne donnent pas un diagnostic infaillible, mais ils suffisent communément pour qu'on parvienne à se faire une idée exacte de la maladie.

§ 1, ha phlegmasie chronique de f* estomac (i) est beaucoup plus rare que le squirrhede ce viscère. Elle peut devenir mortelle ; mais elle n'est pas ordinairement incurable, lorsqu'elle est traitée convenablement.

Dans cette nnaladie commençante, les symptômes sont tantôt semblables à ceux de la gastrite aiguë, tantôt analogues à ceux du vomissement spasmodique.

La phlegmasie chronique de l'estomac succède quelquefois à la gastrite aiguë, incomplètement guérie. Les douleurs épigastriques, qui dans le principe avoient été trèsvives, deviennent alors bien plus supportables, et cessent même presque totalement, mais les vomissemens persistent, quoiqu'ils ne soient pas toujours aussi fréquens.

Lorsque la phlegmasie chronique est primitive, il est difficile, dans le commencement, de la distinguer du vomissement spasmodique; mais ù la longue la distinction devient moins difficile. La maigreur progressive déterminée par la gastrite chronique sert à la distinguer du vomissement spasmodique, qui n'entraîne ordinairement aucune altération profonde de la nutrition,

Lorsque la gastrite chronique dure depuis un certain

(1) Voyez Chardel,p. 15. — Une dame de Padoue, extr. de Morgagni.

temps, et qu'elle a déterminé une maigreur notable, il est quelquefois impossible de distinguer cette maladie du squirrlie de l'estomac.

L'absence de la fièvre, la couleur grise ou brunâtre des matières rejetées, le vomissement des matières alimentaires qui n'ont pas changé de couleur, etc., etc., ont été observés dans les deux maladies.

On peut cependant présumer que la mialadie est une phlegmasie chronique : i ° lorsque le sujet est âgé de moins de vingt ans ; 2° lorsque les vomissemens sont tellement fréquens que le malade semble ne rien supporter; 3° quand la maladie a débuté ton. -à-coup par des vomissemens; 4° lorsqu'après plusieurs semaines ou plusieurs mois de vomissemens presque continuels, ou d'une sorle de rumination ou de régurgitation des alimens, on ne sent pas de tumeur à l'épigastre, et qu'en même temps le malade, très amiaigri, n'a point cette couleur jaunâtre qui est un des caractères de la cachexie cancéreuse (1" partie, chap. 3) ; 5° lorsque la maladie est exaspérée par les toniques, par les spiritueux; 6° quand les remèdes antiphlogistiques procurent du soulagement; 7° lorsque les alimens rejetés par le vomissement ont conservé leur couleur naturelle, etc.

i>lais comme nous l'avons dit, tous ces signes ne peuvent donner que des probabilités, et trop souvent le diagnostic reste incertain. Heureusement les mêmes renaèdes conviennent dans la plupart des cas pour le traitement des deux maladies; mais ces remèdes qui agissent tout au plus comme palliatifs lorsqu'on les oppose à un squirrhe, peuvent procurer la guérison d'une phlegmasie chronique. C'est là vraisemblablement ce qui aura induit en erreur plusieurs praticiens , qui croient avoir guéri des squirrhes et des cancers de l'estomac. La gastrite chronique et le vomissement spasmodique peuvent-ils être des causes déterminantes du cancer de l'estomac ? Nous le présumons

2l8 CANCER DÉ l'eSTOMAC.

par analogie ; mais nous ne pourrions jusqu'à présent l'affirmer.

§ 5. Les hernies partielles de Cestomac, — Chez quelques individus, il se forme un écartement entre les fibres musculaires de l'abdomen, ou bien entre les fibres aponévrotiquesdela ligne blanche, très- près du cartillage xyphoïde. Les parois de Teslomac, et quelquefois d'autres paities, s'engagent dans l'écartement; elles sont pincées entre les fibres, et ce pincement occasioi^ne des douleurs épigastriques et des vomissemens.

Lorsque la hernie est assez volumineuse pour former une petite saillie au-dessous de la peau, entre les muscles droits de Tabdomen, on la reconnoît avec facilité; mais cela n'a pas toujours lieu, et dans ce dernier cas il est facile de se tromper. En examinant superficiellement les malades, on peut attribuer les accidens dont on est témoin à un squirrhe de l'estomac On trouve un exemple foi t remarquable de ces sortes de méprises dans les Mémoires de l'Académie royale de chirurgie, tome i, pjige 702, et nous en avons observé plusieurs d'analogues. 31ais comme les hernies ne préservent pas du squirrhe de Pestomac, nous avons vu celte dernière maladie chez un individu qui avoit eu précédemment une hernie partielle de l'estomac. Les symptômes de la hernie masquèrent pendant long-temps le squirrhe, qui ne fut reconnu que dans les derniers temps de la vie.

5 4* ^o perforation des parois de Cesiomac occasionnée par l'inflammation et la destruction d'une petite portion de ce viscère. Quand la perforation des parois de l'estomac est le résultat d'une maladie très aignë, comme celle que le professeur Chaussier a observée souvent chez lesfemmes en couche, on ne saurait la prendre pour un squirrhe; non

plus que les perforations de restomac rapportées par Chniiskchank (i), et celles dont il est par îé fn tail dans les Mémoires de la Société royale de médecine, année 1786, p. i55 et suiv. On pourroiten dire de même de quelquesunes de celles que M. Chardel a consignées dans sa Monographie des dégénérations squin'/iruses de r estomac. 31ais lorsque la perforation est la suite d'une phlegmasie chronique partielle de Teslomac, les adhérences que les viscères contractent avec les parties contignë^ s'opposent à l'issue des alimens et à leur épanchement dans la cavité de l'abdomen. Mais comme il reste un ulcère avec perte de substance, qui cause des douleurs épigastriques et une éinaciation progressive, et enfin la plupart des symptômes du cancer de l'estomac, quoique dans bien des cas les malades ne vomissent point les alimens [Monographie, etc., par M. Chardel, p. 117 obs., et p. 126 obs.)^ il est néanmoins fort difficile de se faire une idée exacte de la maladi»», et souvent il est impossible de la distinguer du squirrhede l'estomac. Des renseignemens très exacts sur son invasion et sa marche pourront cependant queîqueft)is fournir des données suffisantes pour éclairer le diagnostic. La perforation conpmence toujours par des symptômes inflammatoires, et elle est souvent due à une cause externe- Lorsque la maladie a commencé tout-à-coup, chez un sujet jeune, à lu suite de l'action d'une cause externe, ou après une phlegmasie aiguë, on peut présumer qu'elle est due à la perforation de l'estomac.

5° Les concrétions engagées dans les conduits biliaires. — Nous avons vu des sujets aifectés d'une concrétion engagée dans les conduits biliaires, éprouver des coliques , de la constipation, vomir fréquemment, maigrir chaque jour, arriver

(1) Anatomie des vaisseaux absorbans.

220 CANCER DE l'eST OMA.C.

au dernier degré de marasme , et succomber ainsi, paroissant avoir un squirrhe de restomac. Il y en avoit chez lesquels on distinguoit une tumeur profonde dans la région du pylore.

Voici les signes qui nous ont paru distinguer cette maladie du squirrhe de l'estomac.

Dans l'obstruction des conduits biliaires :

1'' La maladie commence par des coliques qui reviennent de loin en loin ; 2° la marche rappelle fréquemment les coliques ; 5° il y a des intervalles de calme presque absolu ; 4° pendant les coliques, la douleur qui est fort vive commence près les conduits biliaires et la plus légère pression augmente les douleurs; 5° quand les coliques cessent, la douleur s'étend dans tout le ventre ; 6° ordinairement le blanc des yeux devient un peu jaune pendant les coliques, et souvent il survient un ictère persistant vers la fin de la maladie; 7° la plupart du temps les vomissemens ne sont point brunâtres; mais les substances vomies conservent la couleur qu'elles avoienl avant d'être avalées.

Nous devons faire remarquer qu'on se tromperoit beaucoup si on croyoit que l'ictère, soit passager, soit constant, suffit pour indicjuer que la maladie n'est point un squirrhe de l'estomac.

On a observé quelquefois l'ictère dans le cancer de ce viscère. On le voit plus souvent lorsque le cancer de l'estomac et celui du foie sont réunis; mais il existe très fréquemment dans la réunion du cancer de l'estomac et du cancer du pancréas ou des parties voisines du canal cholédoque. Enfin il est bon de savoir qu'on a trouvé chez le même sujet un cancer de l'estomac, et un calcul biliaire qui obstruoient le canal cholédoque. (Voyez l'observation consignée dans Stoll, Médecine pratique, t. i**", p. 194, traduction de Mahon.)

CAÎÎCRB PB Mi5T0M\C: 991

§ 6. Les tumeurs non squirrheuses situées dans la parti& supérieure de l' abdomen. — Les tumeurs non squirrheuses qui se développent dans Tabdonaen , surtout aux environs du pancréas, venant à coïncider avec des vomissemens spasmodiques, ou avec une dyspepsie dépendante de toute autre cause, peuvent induire en erreur le praticien le plus exercé; ce n'est qu\jprès la mort du malade qu'il 'est possible de reconnoître avec certitude si ces tumeurs sont fibreuses (Inlr., chap. 2, art. 2, §4 , ou de quelqu'autre nature : mais ou ne doit rien négliger pour savoir pendant la vie jusqu'à quel point elles influent sur les accideus généraux : il faut s'informer exactement de l'époque oîi elles ont commencé à se manifester ; palper avec soin et à diverses reprises Tabdomen, à jeun, après le repas ; examiner par voie d'exclusion les signes de la plupart des maladies analogues : ce n'est qu'alors qu'on peut établir son jugement; pour tracer des règles de conduite plus précises il faudroit entrer dans des détails infinis. Il suffit d'être en garde contre les cas de cette nature et nous nous contenterons de renvoyer à quelques exemples marquans de ces sortes de maladies. (Voyez encore Chardei, p. 192 et 207, et le fait il-id.. p. iç).'). tiré d'Alibcrt.)

§ 7. Le squirrhe de l'œsop/iage f't celui du conduit intestinal peuvent dans certains cas simuler le squirrlie de l'estomac. Il n'en résulte presque aucun inconvénient pour le traitement de la maladie; néanmoins, une pareille erreur pouvant faire craindre aux parens qu'on n'ait examiné le malade trop superficiellement et leur donner des regrets amers, il convient dans les cas douteux de comparer avec soin les signes capables de faire connaître si le squirrhe occupe l'œsophage (chap. xvii), l'estomac (chap. xviii),ou le conduit intestinal (chap. xix). Si l'on n'a pu éviter l'erreur

222 CANCER DE l'kSTOMAG.

après un examen suffisant, on sait au moins qu'on n*a aucun reproche à se faire.

ARTICLE IV

s» Traitement du cancer de ^estomac.

Quoi(jue le cancer de Testomac soit une maladie incurable lors même qu'il n'a point encore déterminé d'ulcération, on se tromperoit beaucoup si l'on croyoit les secours de la médecine inutiles dans le traitement de cette maladie.

L'observation nous a prouvé que des individus avoient vécu pendant une longue suite d'années à dater du moment où les premiers symptômes de cette cruelle maladie s'étoient manifestés, et nous avons observé cette prolongation de la vie même dans des cas où depuis plusieurs années le squirrhe de l'estomac étoit assez volumineux pour être distingué avec facilité par le toucher. Ceux d'entre ces derniers malades qui sont morts ont été souvent la^ preuve que la justesse du diagnostic a été mise hors de doute; enfin nous donnons des soins à des individus qui ■paroissent jouir d'une assez bonne santé, quoique depuis plus de six ans ils aient commencé à éprouver des vomissemens couleur de chocolat, vomi^semens qui se sont progressivement éloignés, cjuoiquo dans ces dernières années ou distingue la tumeur formée par le squirrhe de l'estomac qu'on ne pouvoit, dans les premières années , reconnaître par le toucher.

Les secours de l'art ne sont pas même inutiles dans les cancers ulcérés de l'estomac, qui marchent avec la plus grande rapidité. Souvent ces cancers sont accompagnés de douleurs cruelles occasionnées, tantôt par l'ulcération, tantôt pa.r les V3nts, d'autrefois par une péritonite chronique ou par quelque autre affeclioïn douloureuse qui complique la maladie. Dans tous les cas, éloigner le moment de la

CANCER DE l'eSTOMAC. 225

mort, et surtout diminuer les souffrances auxquelles le malade est en proie, c'est encore remplir dignement la partie de la tâche honor-ible que la Providence a imposée aux médecins dans les cas les plus désespérés, celle de soulager et même de consoler ceux qui, par suite, des lois immuables delà nature, ne peuvent plus être ramenés à l'état de santé.

Le traitement du cancer de l'estomac diffère selon le degré de la maladie, l'idiosyacrasie du malade, et surtout selon la cause occasionnelle qu'on présume avoir donné naissance à la dégénération squirrheuse. Il est probable que le ralentissement de la marche de la maladie que l'on obtient quelquefois, est le résultat de la diminution des douleurs, de la dérivation ou de laffoiblissement d^s causes occasionnelles qui accéléroient les progrès de l'affection cancéreuse, et peut-être aussi de l'espèce de cancer dont les individus auxquels on donne des soins, sont affectés.

Lorsqu'on est appelé pour donner des soins à un sujet qui offre les preaiiers symptômes du squirrhe de l'estomac, il est rare que la maladie soit assez bien caractérisée pour que le diagnostic soit certain. Il est alors utile de remonter aux maladies antérieures que le malade a éprouvées, de l'inlerroger sur les affections de ses père, mère, frères, sœurs, oncles, tantes, etc. Ces recherches pourrontparoîlre minutieuses, ou même ridicules; mais elles sont indispensables, et il s'agit de remplir un devoir.

Si malgré toutes ces recherches le caractère de la maladie reste incertain , parce que plusieurs maladies peuvent simuler le squirrhe de l'eslomac, on traite celle dont l'existence est la plus probable, mais avec défiance, en épiant la nature, et en examinant chaque jour si de noiivelles remarques ne doivent pas faire changer d'avis. En procédant avec cette sage circonspection, on oe

S94 CANCER Dg ï.'kITOMAC.

s*expoge pas k nuire, et souvent on parvient à découvrir Iff vérité.

Si tout concourt à faire présumer que la maladie est un squirrhe de l'estomac, il est nécessaire d'examiner les causes occasionnelles externes ou internes qui peuvent accélérer sa marche, et il est instant de les combattre. Ne pouvant indiquer ici les moyens qui sont convenables dans ces divers cas, parce qu'ils sont trop nombreux pour pouvoir être tous prévus, nous nous contenterons de donner quelques exemples de la conduite qu'il est bon de tenir.

1° De toutes les causes occasionnelles du cancer de l'estomac, les plus fréquentes et les plus difficiles à éloigner sont les affections morales tristes. On ne peut dans ces cas donner qne des conseils tirés de la morale, et ils ont communément bien peu d'effet.

2° Si un individu qui présente les premiers signes de squirrhe de l'estomac, exerce un état, ou s'applique à un travail qui nécessite une'compression de la région épigastrique, il est instant d'éloigner cette cause occasionnelle, qui accéléreroit certainement la marche de la maladie, lors même qu'elltî n'auroit en aucune manière contribué à la produire.

3° Si le malade avoit antérieurement une maladie éruptive chronique, ou des hémorrhoïdes, ou des hémorrhagies nasales, etc., il est urgent de rappeler ces évacuations ou de les suppléer, cl de déterminer une forte irritation à la peau. En conséquence, rien ne doit être négligé pour rappeler les dartres, les hémorrhoïdes et les autres affections qui ont disparu depuis l'invasion de la nouvelle maladie.

4° Si i^ sujet malade est une femme arrivée à l'époque critique, et dont la menstruation n'a pluslieu, il nefaut pas craindre, surtout dans les premiers temps, de prescrire des saignées, et même d'autres moyens actifs, qui, sans agir directement sur l'estomac, peuvent le préserver de l'in-

fluence nuisible que la cessation de la menstruation exerce trop souvent sur des parties déjà malades.

Avec toutes ces précautions on ne guérira pas lesquirrhe mais on détruira des causes qui auroicnt accéléré sa marche.

Quant à la maladie cancéreuse elle-même, il nous paroît convenable de la combattre par les mêmes moyens intérieurs qu'on administre dans le traitement des squirrhes et des cancers situés à la surface du corf,s. Nous .savons que ces moyens sont bien insulFisans ; mais il n'est pas parfaitement prouvé qu'ils soient constamment inefficaces, si non pour guérir, du moins pour prévenir quelquefois la maladie, lorsque son existence est encore douteuse, et pour ralentir sa marche lorsqu'il est impossible de méconnoître sa présence.

Nous avons prescrit fréquemment l'extrait de ciguë, celui de jusqiiiame, et les divers autres médicamens employés communément contre les maladies cancéreuses. Nous sommes certains que si ces moyens n*ont pas produit de très-grands avantages, ils n'ont du moins été nuisibles en aucune manière.

Parmi les moyens que nous avons mis en usage dans ces circonstances, il en est peu qui nous aient paru plus avantageux que l'usage de l'extrait de ciguë uni à une tisane sudorifique^ faites a/ec quatre gros de squine el quatre gros de salsepareille qu'on fait bouillir dans suffisante quantité d'eau pour obtenir au bout de quatre à cinq he,ures d'ébullition une chopine (demi-litre) de tisane. On sait qu'une ébullition moins longue rend ce médicament à peu près inerte.

Lorsque les malades se plaignent de douleurs vives et d'une pesanteur h sbituelie dans W région épigasîriqne, on prescrit avec succès l'administration de Topium et de l'eau de fleurs d'orange. On prescrit souvent aussi avec avantage, pendant les repas, de l'eau deSeltz, et même la bière. Ces II» i5

226 CANCER DE l'eSTOMAC.

moyens ne doivent pas être commencés tous à la fois, car il est des idios} ncrasies qui ne permettent de faire visage que de quelques-uns d'entre eux. 3Iais en les mettant en usage d'abord isolément, et ensuite simultanément, on a une couuoissauce précise de lefTet de chacun d'entre eux, et on ne suit pas une routine aveugle. C'est par une suite de tâtounemens faits avec prudence qu'on peut parvenir à un traitement efficace dans ces cruelles maladies où les indications sont si obscures et si souvent trompeuses.

Tandis qu'on étudie l'action des remèdes, il importe d'observer toujours attentivement la marche de la maladie, afin de n'être pas exposé à contrarier les efforts conservateurs de la nature. Les symptômes du cancer de l'estomac, comme ceux de la plupart des maladies organiques, affectent quelquefois une sorte d'intermittence. Nous avons vu des personnes qui conservoient encore toutes les apparences de la santé, quoique évidemment attaquées depuis plusieurs années d'un squirrhe de l'estomac, qui formoit une tumeur volumineuse dans la région épigastrique , et qui détermiuoit de loin en loin des vomissemens, de l'anorexie et d'autres symptômes fâcheux. C'est surtout au printemps et en automne que les accidens se «renouvellent. ISous les avons vus céder à l'usage d'une boisson adoucissante et diurétique, telle que le petit-lait et la terre foliée dti tartre (acétate dépotasse). Chez d'autres malades nous avons employé avec succès le sirop anti-scorbulique, les sucs dépurés de plantes chicoracées, les eaux de Vichy, les eaux de Barèges, etc. Lorsque les accidens sont dissipés, et que le cancer paroît statiounaire, on réduit le traitement à quelques boissons adoucissantes et à l'observation stricte des règles de l'hygiène, à moins qu'on n'ait à combattre quelque complication darlreuse, arthritique, scrofuleuse, etc. Les accidens reparoisseut-ils ? on revient à l'usage des remèdes qui ont paru les plus efficaces, ou bien on a recours

Cra.NCEB DE L ESTOMAC. 227

à d'autres moyens pour remplir les mêmes indications, car il arrive souvent que le même remède, qui a été efficace quelque temps auparavant, devient nuisible ou au moins inutile. Quoique d'ailleurs on ne remarque que le retour des mêmes symptômes qui avoient cédé à l'usage de ce remède, il ne suffit pas toujours, pour obtenir des succès, de traiter avec soin le cancer de l'estomac, même dès l'instant où il débute.

Il est des squirrhes, et ce sont malheureusement les plus ordinaires, di)ni rien ne peut arrêter la marche ni ralentir les funestes pro-;rès. On se borne alors à combattre les symptômes les plus alarmans, et ces symptômes exigent presque tous quelques secours spéciaux que nous allons indiquer.

Souvent les malades sont tourmentés par de cruelles douleurs abdominales. Il convient alors d'examiner si les douleurs sont Tcftet immédiat du cancer, ou si elles sont produites par des vents qui opèrent une distention de certaines parties du conduit alimentaire.

On suspend les douleurs avec l'opium, l'extrait de jusquiamj, lélher, et non d'autres anti-spismoiliques, car on ne peut pas toujours obtenir des succès par le même moyen. C'est ainsi que divers malades qui ne peuvent supporter l'opium sous aucune forme, pas même en lavement, se trouvent très-bien de la jusquiame. D'autres sont soulagés par l'éther, par l'eau de menthe, tandis que les narcotiques exaspèrent leurs souffrances.

Les applications narcotiques sur l'épigastre , et même les cataplasmes émolliens, opèrent quelquefois un soulagement qu*on avait en vain cherché à procurer par des noioyens qui paroissent plus énergiques.

Quand les douleurs sont le résultat de l'abondance de» vents, on le reconuoît seulement parce que le malade éprouve des borborygoies, des rots, etc. £t d'ailleurs l'es-

là.

828 GANCER D£ l'eSTOMAC.

tomac et les circonvolutions intestinales se dessinent der-^ rièie les parois de l'abdomen.

Les anti-spasmodiques en boisson, en potion , en lavement, les préparations anisées, etc., diminuent quelquefois alors les souffrances, que Ton soulage aussi parla boisson de liquides à la glace, et même par l'application de la glace sur le ventre, lorsque la douleur est extrême, et qu'on ne peut y porter remède par aucun autre moyen.

Il est quelques autres symptômes qu'ilest aussi quelquefois nécessaire deconibatlre dans le traitement de cette maladie.

Nous en parlerons bientôt; mais avant tout il est néces> sa ire de prévenir qu'il faut se tenir en garde contre les désirs dangereux des malades.

Lorsque les vomissemens spontanés n'ont point encore paru, plusieurs d'entre eux demandent avec imporlunité qu'on les fasse vomir. Malgré tout ce qu'on peut leur dire, ils se persuadent que s'ils pouvoient vomir, ils seroient guéris. Cette sorte d'instinct les trompe. Nous avons vu les vomitifs constamment nuisibles; iis aggravent les souffrances et abrègent toujours la vie des malades. Nous n'avons eu que trop d'occasions de nous convaincre de cette triste vété. Dans les premiers temps de la maladie, les médecins inallentifs donnent quelquefois des vomitifs, les malades eux-mêmes en prennent souvent de leur chef; et parmi les classes peu aisées, il est peu de malades qui, avant d'entrer dans les hôpitaux pour y remédier à uu squlrrhe de l'estomac, n'aient pris un ou plusieurs vomitifs par le conseil d*un herboriste ou d'un apothicaire.

Les purgatifs ne deviennent pas moins souvent nuisibles que les vomitifs, lorsqu'ils sont administrés inconsidérément. La plupart des malades affectés d'un squirrhe à l'estomac sont constipés. Lorsqu'ils sont déjà en proie aux vomissejoiens, ils demandent avec instance à être délivrés de

la constipation, qni leur paroît la principale cause de leurs maux. Ils éprouvent des coliques fréquentes, des borborygmes, etc. Tout cela leur paroît le résultat de la constipation. Il y a en effet bien des cas dans lesquels l'emploi des purgatifs énergiques peut suspendre les souffrances pour un peu de temps; mais elles ne tardent pas à reparoître, et elles deviennent ensuite plus cruelles qu'avanl l'administration de ces évacuans.

Après avoir indiqué ce qu'il convient d'éviter, voyons ce qu'il convient de faire pour combattre les vomissemens, la constipation et la diarrhée, qui sont les trois principaux symptômes auxquels on est obligé de s'opposer pour diminuer les souffrances des malades.

Vomissemens. — On ne peut pas empêcher totalement les vomissemens dans les maladies squirrheuses de l'estomac Quelquefois il est même impossible d'en diminuer la fréquence; mais souvent on combat ce symptôme avec quelque succès. Kn effet, il y a trois causes principales du vomissement : la première, celle qui est la pins rare , est l'occlusion du pylore. Je dis qu'elle est la plus rare, parce que presque toujours le pylore, quoique durci et ulcéré, reste béant dans les maladies squirrheuses de restomac;son orifice est même plus grand qu'il ne seroit nécessaire pour laisser passer avec facilité les alimens contenus dans l'estomac. Nous avons, à la vérité, rencontré quelques cas d'occlusion presque complète du pylore ; mais nous pouvons assurer que cet accident est extrêmement rare. On sent que dans cette circonstance rien ne peut arrêter les vomissemens : le malade ne tarde pas à succomber; car les lavemens de bouillon, de lait, etc., les bains de lait et d'autres médicamens proposés avec confiance par des personnes qui probablement ne parloienl point d'après leur expérience, sont à peu près inutiles pour prolonger la vie de ces malades.

aSo CANCEK DE l'estomac.

La seconde cause du vomissemenl pnroît tenir à Texalfalion de la sensibilité de restomac, et surtout du pylore.

On remédie à ces vomissemens, ou du moins on les modère par l'usage d'une nourriture non irritante, et facile à digérer; on fait d'ailleurs usage d'une infusion de tête de pavot, d'autrefois d'une boisson légèrement tonique et anti-spasmodique, telle que l'infusion de fleurs de tilleul, de feuilles d'oranger, et même celle de menthe, etc. On administre d'ailleurs avec quelque avantage des potions anti-spasmodiques.

La troisième cause du vomissement doit être rapportée à la sécrétion d'une très-grande quantité de matière glaireuse filante, qui, se mêlant auxalimens, en empêche la digestion : dans ces cas, il est souvent utile de ne point combattre ces vomissemens. On diminue cependant quelquefois pour un temps cette abondante sécrétion , par l'usage de la magnésie, des poudres absorbantes, telles que celles de yeux d'écrévisse (lapides cancrorum), etc., et même par l'usage des extraits des plantes amères.

Constipation. — Tant que la constipation ne détermine aucun accident, il nous paroît inutile de la combattre; mais si elle contribue à augmenter les souffrances, si elle occasionne des vents, ce qui n'est pas rare , on doit pi*escrire un usage fréquent de lavemens, ou plutôt de demi-laveniens. On peut encore employer les minora tifs; mais on doit être en garde contre l'effet des purgatifs. A la vérité, leur administration est quelquefois suivie d'un soulagement remarquable ; mais comme nous l'avons déjà dit , peu de temps après les accidens reparoissent, et la maladie fait ensuite des progrès plus rapides.

Dévoiement. — Le dévoiement est rare dans les maladies squirrheuses de l'estomac, lorsqu'il n'y a pas de complication. Ce dévoiement est peu dangereux; on peut cependant le combattre avec les lavemens narcotiques, avt.c le

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diascordium, et avec la décoction bianclie de Sydenham. Quand les malades succombent, il est rare que le dévoiement ait contribué à accélérer leur mort ou à augmenter leurs souffrances.

Traitement des complications. — Nous ferons à peine mention de ce qui concerne le traitement des complications, parce qu'il se réduit à faire usage des moyens que ces complications indiquent, en les modifiant cependant d'après deux vues générales: la première relative à l'état d'irritabilité de Testomac, la seconde à la diminution progressive des forces et aux progrès inévitables du marasme.

Ainsi dans les complications d'hydropisie ou d'œdème, on ne fera usp.ge que des diurétiques froids ; dans la péritonite on examinera bien l'état des forces et les restes de l'embonpoint, avant d'administrer les secours que réclame celte maladie, etc. ; mais on peut toujours faire usage des applications émollientes ou marcotiques.

Régime. — - Le régime ne mérite pas moins d'attention que les remèdes ; il ne sufïit pas de l'aire usage d'une nourriture douce et légère, il faut encore en user avec beaucoup de modération. On a vu trop souvent périr d'une indigestion des malades qui auroient pu vivre encore fort long-temps. Ainsi les repas doivent être peu abondans, les alimens et les boissons qui ont paru occasionner des vents, des aigreurs, ou beaucoup de gêne dans la digestion, doivent être sévèrement proscrits.

Il est difficile d'indiquer avec précision les alimens qui conviennent à tous tes individus. Jamais l'estomac ne présente tant d'irrégularité et de caprices que lorsqu'il est af^ fecté de squîrrbe. Mais on peut donner pour règle générale, d'étudier avec soin ce qui est facilement digéré, et ce qui Test avec peine, et de n'user que de ce qui est bien digéré, ou de ce qui l'est avec le moins de, peine.

il est des individus qui digèrent bien le café au lait et

2Ô2 CANCER DE L ESTOMA.C.

qui ne peuvent supporter le poulet et le poisson , d'autres digèrent le poulet et le poisson et ne peuvent supporter le chocolat, etc.

Il est des malades qui désirent les liqueurs et les substances alcooliques. Ces substances suspendent quelquefois leurs souffrances, qui renaissent ensuite et qui deviennent même plus vives.

Le vin pur est très-sujet à aigrir, on est alors obligé de retendre dans une grande quantité d'eau, ou même d'y renoncer entièrement. On fait ensuite usage de quelques absorba ns et on ne recommence à donner du vin que lorsqu'il n'aigrit plus.

Lorsque les malades ne peuvent supporter presque aucun autre aliment, il arrive très-communément qu'ils digèrent encore le lait. Il est assez étonnant que ce liquide qui a tant de disposition à aigrir, et qui est si facile à se décomposer, puisse être supporté. Le raisonnement d priori conduiroit à le proscrire. iMnis l'observation, qui est la vraie pierre de touche en médecine, prouve que cet aliment est un de ceux qui conviennent le mieux à la plupart des individus affectés de cette maladie.

Il est cependant utile d'ajouter dans ce lait un peu d'eau de choux (une cuillerée dans chaque vase). D'autres fois il faut faire précéder son usage de l'emploi d'un minoratif et des absorbans réitérés pendant plusieurs jours.

La diète blanche continuée avec persévérance pendant très-long-lemps, etiaboisson de l'eau pure ont quelquefois singulièrement amélioré l'élat des malades déjà très-amaigris.

Il faut cependant convenir qu'il en est du lait comme de toutes les autres substances alimentnires, qiielques individus ne peuvent en supporter l'usage dans aucun temps.

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