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CHAPITRE DIX-NEUVIÈME

Cancer des intestins.

Toutes les parties du canal intestinal sont plus ou moins sujettes à la dégénéralion cancéreuse. Nous décrirons ici collectivement le cancer de ces diverses parties à l'exception (le celui du rectum dont il a été question précédemment. (Chap. XIV.)

ARTICLE PREMIER

Histoire de la "Maladie.

Le cancer des intestins est tantôt simple, tantôt compliqué avec une autre maladie. Il affecte plus souvent le cclon que les infestins grêles et parmi ces tlerniors le duodénum plus fréquemment que le jéjunum ou IMéon. Les accidents qui l'accompagnent dépendent plus souvent de l'obstacle opposé au passage des aliniens,que de la nature de la maladie ; de sorte que , dans les cas où le cancer ne rétrécit pas le conduit alimentaire, le malade succombe à la cachexie cancéreuse sans avoir été en proie à de vives douleurs, lors même que la tumeur est très-volumineuse et facile à découvrir par le toucher; tandis qu'il suffit qu'un très- petit sqnirrhe non ulcéré oblitère ou rétrécisse jusqu'à \in certain point le canal intestinal, pour que le malade , qui pan)issoit encore en pleine sanlé , soit de suite en proie aux plus vives douleurs, et succombe même à l'excès des souffrances. Ces deux circonstances j dont nous avons été les témoins, sont fort rares. Pour l'ordinaire, la maladie î»uit une autre marche; comme la plupart des autres

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dégénérations squirrheuses de rabdomen, elle déterminé quelquefois, dans ses premiers temps, divers symptômes qui simulent Thypochondrie; mais communément elle débute d'une autre manière, et dans sa première période elle n'entraîne d'autres accidens qu'une constipation habituelle et des douleurs de ventre passagères, qu'on attribue presque toujours à des vents ou à des coliques nerveuses. Déjà à cette époque on trouve, chez certains sujets, la tumeur formée par le squirrhe, surtout lorsque la dégénération a son siège à la partie ascendante ou à la partie transversale du colon. La maladie peut rester à peu près au même point durant plusieurs mois ou même plusieurs années, sans produire de nouvel accident; mais à la fm, les coliques deviennent plus vives et plus fréquentes; dans leurs récidives, elles ressemblent à des coliques spasmodiques : elles sont accompagnées de constipation, de borborygmes, de gonflement douloureux du ventre, et quelquefois de vomissemens incolores et glaireux ou bien jaunâtres ou verdàtres et bilieux. Après une durée de quelques heures , ou tout au plus de deux ou trois jours , la colique cesse et le malade paroit reprendre une parfaite santé dont il peut iouir pendant plusieurs semaines ou même plusieurs mois; il est repris ensuite de nouvelles coliques, ordinairement plus opiniâtres que les précédentes. Les borborygmes sont presque continuels , il sort beaucoup de vents par la bouche et très-peu par l'anus. Bientôt le malade commence à maigrir; son teint change; le ventre alors est moins resserré que dans les premiers temps; il y a même quelquefois un dévoiement très-prononcé. D'autres fois , les selles Font comme dans l'état naturel. A mesure que la maladie fait de nouveaux progrès , les forces diminuent, la peau devient terreuse et jaunâtre, la maigreur est plus marquée de jour en jour; cependant l'appétit se soutient ; la. langue est nette ; la peau n'est ni sèche ni brûlante, le pouls n'est

point fréquent ; en un mot il n'y a pas de fièvre hectique.

Chez divers malades, Tabdomen est continuellement distendu par des vents, et quelquefois les circonvolutions intestinales sont dessinées sous les parois de l'abdomen , de telle manière , qu'on les aperçoit même sans toucher le ventre; on les distingue mieux encore en passant doucement la main sur l'abdomen. Quelquefois, après un mois passé dans les douleurs , il arrive tout-à-coup un calme si grand, que le malade se croit guéri ; mais au bout de quelques jours , tous ses maux recommencent.

Vers la fin de la maladie l'appétit cesse presque toujours, le marasme et la cachexie parviennent au plus haut degré; souvent les membres abdominaux s'infiltrent , les coliques sont presque continuelles, les éructations, les vomissemens, le hoquet tourmentent tour à tour ou simultanément le malade qui finit par succomber après avoir souffert horriblement pendant fort long-temps. Dans les cas où il y a un dévoiement abondant, il survient quelquefois des aphthes dan^ la bouche , et quelques malades rendent par les selles des matières glaireuses, sanguinolentes ou mêlées de pus.

Chez plusieurs malades on ne peut pas reconnoître , avant la mort, le siège précis de la maladie ; mais il en est plusieurs autres chez lesquels on peut l'indiquer avec exactitude, parce que la douleur occupe dès le principe un point fixe , et qu'on trouve une tumeur plus ou moins manifeste à l'endroit où elle se fait ressentir. La portion de l'intestin située au-dessus du squirrhe se détend et forme une tumeur molle et passagère lorsque les accès de colique se renouvellent, et c'est de là que semblent partir tous les vents qui distendent l'abdomen et qui sortent souvent en si grande quantité parla bouche.

Mais, en général , le conduit intestinal est d'autant plus distendu par les vents , que le siège de la maladie est plus

oin du pylore et plus près de l'anus. On peut voir ce que nous avons dit concernant ces sortes de tympanites intestinales , h l'occasion des accidens produits par certains cancers du rectum (chapitre xiv).

Après la mort des individus qui périssent du cancer des intestins, on trouve, dans le canal intestinal, une ulcération plus ou moins étendue, dont les bords sont ordinairement renversés et la surface inégale et souvent bourgeonnée; la membrane muqueuse et la membrane musculaire de la partie affectée sont épaissies et présentent des altérations semblables à celles qu'on observe à l'estomac quand ce viscère est affecté d'un squirrhe ulcéré. La lésion organique consiste quelquefois dans une ou plusieurs végétations cancéreuses, ulcérées à leur surface, qui bouchent presque en entier la partie de l'intestin dans laquelle elles se sont développées.

La portion des intestins qui est située entr-e l'ulcération et l'anus est souvent rélrécie d'une manière remarquable dans divers endroits , tandis que celle qui est entre Tulcère et le pylore est presque partout fort distendue. Le canal intestinal est communément très-rétréci à l'endroit de l'ulcération et à sa surface.

Pour ce qui est de la structure intime de la dégénérescence et des nombreuses variétés qu'on y observe, nous renverrons à ce qui a été dit ci-dessus àl'occision du squirrhe de l'œsophage (chap. xvin ) , et de celui de l'estomac (chap. xviii; art. 2), car ces trois affections sont de même nature. Elles ne diffèrent que par le siège. Mais nous traiterons en particulier du squirrhe cartilaginifonne des intestins, parce qu^il imprime à la maladie une marche et une forme spéciales.

GANSER DES INTESTINS. 2$J

ARTICLE II

Variété remarquable du cancer des intestins.

Le sqnirrhe car tilaginif orme des intestins est une variété du cancer inteslinai qui mérite une attention particulière. Cesquirrbene détermine dans le principe que des symptômes trèî^-peu alarnians. On n'observe pendant long-temps qu'une simple constipalion accompagnée de douleurs abdominales, tantôt passagères, tantôt un peu plus durables, qui paroissent occasionnées par des veiits.La constipalion augmente, et ce n'est quelquefois qu'après plusieurs années quon voit se manifester une sorte de tympanite intestinale qui se termine par la mort ; celle-ci est quelquefois précédée de vomissemeus que rien ne peut faire cesser , et qui ne font pas rendre des matières brunes ou couleur de chocolat , mais des aiimens à peine altérés, ou des matières glaireuses ou bilieuses, ou même slercorales. Dans quelques cas assez rares, le canal intestinal n'est que médiocrement rétréci, et le malade ne succombe qu'au moment où le squirrhe , après une très-iongue durée , a déterminé le dernier degré du marasme. En ouvrant les cadavres des sujets qui ont succombé à cette maladie, on rouve à l'endroit qui est le siège de la dégénération, les parois des intestins, diires , épaisses et comme cartilagineuses dans une plus ou moins grande étendue. Le calibre du canal intestinal est plus ou moins resserré à l'endroit qui est frappé de celle dégénération cartilaginiforme {Int., chap. 5 , art. 2, § 1). Il est quelquefois presque entièrement oblitéré cliez les sujets qui ont éprouvé dans les derniers temps de leur vie <Ies vomif-semens continuels.

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ARTICLE m.

Union du cancer des intestins avec te cancer de C estomac.

Lorsque la dégénération cancéreuse des intestins est vinie au cancer de l'estomac, c'est presque toujours le duodénum qui est affecté. Les symptômes et le traitement de la maladie sont les mêmes que dans le cancer de l'estomac.

Cependant on a vu l'estomac et le colon transvsrse frappés de squirrhe en même temps, et une ouverture qui communiquoit de l'une à l'autre de ces deux portions du conduit alimentaire. Il est vrai que dans ces cas il est impossible ,de savoir si les deux maladies ont commencé en même temps, ou si la dégénération squirrheuse s'est propagée de l'une à l'autre de ces parties. Quoi qu'il en soit , on a observé dans ces cas des vomissemens fréquens et un dévoiement presque habituel qui paroissoit tenir à ce qu'une partie des matières introduites dans l'estomac se rendoit immédiatement dans le colon. Enfin nous avons observé chez un homme mort d'un squirrhe de l'estomac une multitude de plaques circulaires , circonscrites et répandues à peu près également dans toutes les parties de l'intestin grUe. Les plus volumineuses avoient environ deux lignes d'tpaisseur vers le centre; leur largeur égaloit celle de l'angle du pouce, quelques-unes étoient ulcérées : toutes étoient une dégénération des parois de l'intestin ; toutes présentoient absolument la même structure que la portion squirrheuse de Testomac.

ARTICLE IV

Complication du. cancer des intestins avec une autre maladie.

Lorsque le cancer des intestins est compliqué avec une phlegmasie abdominale , on observe la réunion des symptômes des deux maladies. Dans ces cas, on ne sauroit trop se hâter d'avoir recours aux applications réitérées de sangsues à l'anus. Mais il ne faut poser chaque fois qu'un petit nombre de sangsues , principalement chez les malades déjà maigres et afFoiblis.

ARTICLE Y

Traitement du cancer des intestins.

Le traitement du cancer des intestins ne diffère pas essentiellement de celui du cancer de reslomac (chap.xvni, art. iv) ; ce sont dans les deux cas les mêmes causes occasionnelles à éloigner , les mêmes accidens à combattre , les mêmes désordres à pallier. Il y a cependant quelques indications particulières à remplir dans le cancer des intestins. On peut se promettre de prolonger beaucoup la vie du malade par un bon régime , parce que les fonctions de l'estomac ne se dérangeront que dans les derniers temps de la maladie. Les alirnens doivent être choisis parmi les substances les plus faciles à digérer. Il est indispensable de proscrire sévèrement celles qui donnent des vents, car ces malades n'y sont que trop sujets , l'accumulation des gaz dans le canal intestinal produit chez eux de funestes effets. Il est bon d'entrenir la liberté du ventre à Taide des lavemens. Lorsque la maladie a sou siège dans

le gros intestin , ces injections offrent une ressource pré- cieuse pour faire parvenir, jusque sur les parties dégénérées, la solution d'opium ou d'extrait de jusquiame et la plupart des remèdes sédatifs qu'on applique sur les cancers extérieurs : mais comme les narcotiques tendent à produire la constipation , accident auquel les malades ne sont que trop disposés, on doit toujours avoir soin de tempérer l'action de ces remèdes par des clyslères émollients, des supjiositoires, etc. Enfin, toutes les fois qu'on a de justes raisons de craindre un engorgement, vme congestion sanguine de la veine porte, aux environs du squirrhe, ouïes pernicieux effels d'un flux liémorrlioïdal supprimé , on a recours aux sangsues. Nous avons été témoins fort souvent de l'efficacité de ces saigmes locales dont la manière d'agir n'est pas difficile à concevoir, lorsqu'on se rappelle les communications des vaisseaux hémorrhoïdanx, avec tout le système veineux abdominal, au moyen de la veine porte.*

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