CHAPITRE VINGTIÈME
Cancer du foie.
Cette maladie, dont aucun auteur n'a donné l'histoire jusqu'à présent , est néanmoins , après le cancer de l'estomac , la plus fréquente des maladies cancéreuses internes. Elle consiste tantôt dans une transformation cancéreuse du parenchyme du foie, tantôt dans des masses cancéreuses développées au milieu du tissu propre de ce viscère. Les raisons qui nous portent à ranger cette lésion organique parmi les cancers , sont ; i° La substance intime de la
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dégénération qui présente absolument la même structure que la base endurcie du cancer ulcéré des mamelles (i'^ partie, chap. iv); 2^^ les changemens successifs que ce tissu dégénéré éprouve, offrant d'abord un état d'induration uniforme , se ramollissant ensuite dans une infinité de points à la fois , comme les autres squirrhes, et finissant, lorsque les malades vivent assez long-temps, par produire dans le tissu du foie des ulcérations analogues aux cancers ulcérés ; 3° sa coïncidence fréquente avec d'autres maladies cancéreuses : on l'observe chez beaucoup de sujets affectés d'un cancer de l'estomac, du rectum, du testicule , etc.; 4° enfin ses effets généraux sur l'économie animale, dans lesquels on ne sauroit méconnoître la cachexie cancéreuse. Voici maintenant ce que l'observation nous a appris relativement aux symptômes qui accompagnent le développement de ces cancers du foie.
ARTICLE PREMIER
Histoire du caîicer du foie.
Les causes occasionnelles du cancer du foie sont aussi problématiques que celles des autres maladies cancéreuses. Ce cancer est fréquemment lié à une disposition morbifique particulière , qui frappe en même temps divers organes, tels que le foie , l'estomac , le rectum, etc.; les chagrins prolongés, qui paroissent donner à la diaîlièse cancéreuse une singulière énergie, sont aussi l'une des causes occasionnelles les plus capables d'aider au développement du cancer du foie ; les coups , les chutes , les alimens de haut goût, l'abus des boissons alcooliques, etc., ne paroissent pas moins propres à contribuer à la production de ' cette maladie. Mais souvent elle se manifeste sans qu'on puisse découvrir aucune cause déterminante à laquelle on IL i6
paisse rapporter son origine; une prospérité constante, un régime très-sain , l'observation exacte des règles de l'hygiène, ne mettent pas à l'abri de son invasion. Nous avons vu une dame et un riche marchand à qui tout promettoit un bonheur parfait , qui étoient contens de leur sort, qui suivoient exactement les règles de l'hygiène, qui réunissoient en un mot toutes les conditions les plus favorables pour être à l'abri du cancer du foie , lorsque cette maladie se développa chez eux sans cause connue et sans être compliquée de la dégénération cancéreuse d'aucun autre organe , ainsi que nous fûmes à portée de le vérifier dans la suite.
Nous n'avons jamais observé le cancer du foie avant la vingt-cinquième année. La plupart de ceux qui en sont attaqués , ont plus de 45 ans. Souvent la maladie s'annonce plusieurs mois à l'avance par diverses incommodités qui n'ont rien de caractéristique, telles sont des démangeaisons dans tout le corps, des douleurs vagues, des lassitudes spontanées , un refroidissement incommode des pieds, des inquiétudes dans les jambes surtout pendant la nuit ; ce n'est quelquefois que long-temps après que le malade commence à éprouver quelque malaise à l'épigastre ou dans riiypocondre droit ; ii en est qui , de temps en temps, et quelquefois à des intervalles de plusieurs mois , ressentent des douleurs vives dans l'iiypocondre droit , qui surviennent tout-à-coup durant quelques secondes, quelques minutes, ou tout au plus un quart d'heure, et disparoissent ensuite complètement. Jusque-là la santé paroît d'ailleurs Ibrt bonne, et l'on n'observe aucun dérangement dans les fonctions; cependant l'embonpoint diminue, le Ventre augmente un peu de volume; la peau prend une légère teinte jaune; les digestions commencent bientôt à s'altérer un peu ; les uns ont des pesanteurs d'estomac, d'autres un dégoût marqué pour certains alimens, et quel-
ques autres deviennent sujets, pendant long-temps , à des vomissemens. pituiteux ou à une toux très-forte et fort incommode; presque tous éprouvent une sorte de gêne indéfinissable de la respiration. La plupart de ces symptômes varient, cessent, alternent, etc.; cependant il.se développe des vents dans l'abdomen , il en résulte quelquefois des borborygmes, et même de petites coliques; les vents s'échappent soit par la bouche, soit par l'anus. L'amaigrissement devient assez marqué, ou le» souffrances assez pénibles, pour qu'enfin le malade se décide à c^onsulter à celle époque. Le teint est un peu changé , niais si on n'a pas connu auparavant le malade, il paroit jouir encore d'une bonne santé ; aussi, lorsqu'il rend compte des malaises qu il éprouve, la langue étant encore iiclle, le pouls dans l'état naturel, elles symptômes de la maladie paroissant peu graves, on est ordinairement porté à croire qu'il a des craintes pusillanimes, qu'il donne une attention trop minutieuse au soin de sa santé, et on le regarde comme hypocondriaque. Mais sL, après l'avoir fait étendre sur un lit ou sur une chaise longue, on palpe l'abdomen avec une attention suffisante, on trouve à l'hypocondre droit ou à l'épigastre une tumeur plus ou moins volumineuse , rénitente, indolente et inégale, formée parle foie, dont le lobe droit dépasse les dernières côtes de deux à quatre travers de doigt, et même davantage; tandis que le lobe gauche forme à l'épigastre une saillie parsemée, de même que la surface du lobe droit, de bosselures qui offrent des élévations et des enfoncemens ; néanmoins, tout cela n'est pas toujours facile à distinguer tant que ie malade jouit encore d'un certain embonpoint, ou si les parois du ventre se contractent involontairement. Mais on reconnoît au moins une tumeur, quoi-, qu'on ne puisse pas bien distinguer sa forme, et les suites éclairent sur sa nature.
' A mesure que la maladie fait des progrès , l'amaigrissement devient plus marqué ; les membres vont toujours en diminuant de volume , en même temps que le ventre grossit ; l'appétit est très^variable , et presque toujours il finit par cesser tout-à-fait.
Un malaise indéfinissable et constant se fait sentir dans l'épigaslre , et quelquefois dans la région dorsale. Quelques malades éprouvent une fatigue à la jambe droite, leur respiration est un peu gênée, et ils font, de loin en loin , une grande inspiration comme un homme qui soupire.
Cependant, tout va Je mal en pis; la peau devient terne et terreuse ; très-souvent une couleur ictérique se répand sur la face, et principalement à la conjonctive; les urines deviennent foncées et rougeàtres ou jaunâtres.
Bientôt les jambes commencent à enfler ;renflure gagne insensiblement les cuisses, et enfin le ventre : c'est alors qu'il survient souvent une ascite qui aggrave encore la maladie.
Les vooymrs emjdoyés pour combattre l'enflure, la dis^sipent quelquefois ; mais elle ne larde pas à reparoître , et rien uepeut plus en délivrer le malade.
Lorsque, la maigreur ayant fait des [irogrès considérables, le ventre n'est point encore enflé, il est ordinairement très-facile de reconnoître cette maladie par l'histoire de: la marche qu'elle a suivie, et surtout par la forme de la tumeur qui occupe quelquefois tout l'épigaslre, l'hypocondre droit, et qui peut même s'étendre jusque dans la région hypogastri que. Celte tumeur est inégale, et, comme nous l'avons dit, elle présente des éminences et^es enfoncemens faciles à distinguer à travers les parois amincies de l'abdomen. Chez quelques sujets, elle est soulevée par les battements de l'aorte, et pourroit être prise pour un anévrisme, par un observateur peu atlentif. (Voyez à l'égard
de ces sortes de pulsations le chap. xvin, art. i*»^, sect. 2*, § 5, Batlemens de la tumeur.)
Les selles sont ordinairement rares dans cette maladie; elles sont fort brunes. Lorsqu'il n'y a pas d'ictère , le malade a bien moins de borborvirmes, il rend bien moins de vents par la bouche et par l'anus que dans les squirrhes d'une portion quelconque du caned alimentaire.
La plupart de ceux qui périssent d'un cancer du foie parviennent au dernier degré de marasme ; ils sont retenus dans leur lit pendant les derniers temps de leur maladie. Ils semblent s'éteindre, tant ils sont affaiblis au moment de leur mort. Ceux qui avoient eu des vomissemens n'en ont plus depuis long-temps , à moins que la maladie ne soit compliquée d'un squirrlie de l'estomac ou des intestins.
Ceux qui ne succombent pas dans le marasme, meurent hydropiques , à moins qu'une fièvre ou quelqu'autrc maladie aiguë ne mette fin à leurs souffrances avant que la cachexie cancéreuse ne soit arrivée à son dernier degré.
Le cancer du foie entraîne presque toujours la mort à une époque où la dégénération locale est encore dans l'état d'induration ou de ramollissement. La cachexie cancéreuse épuise tellement les malades, qu'elle ne permet presque jamais à la maladie locale de se prolonger assez pour produire une ou plusieurs ulcérations cancéreuses. La durée des souffrances varie ordinairement depuis deux mois jusqu'à deux ans, à compter de l'époque où ceux qui les éprouvent commencent à se regarder comme malades.
Les symptômes du cancer du foie n'offrent pas moins de variétés que ceux de la plupart des autres maladies cancéreuses. Pour donner une idée de ces variétés, il suffira de remarquer : 1° Que parmi les symptômes mentionnés cidessus, il n'en est aucun de constant, si ce n'est l'augmentation de volume du foie et les inégalités de sa surface ;
Sf46 cancer DtJ FOIE.
2" Que nous avons vu mourir de cette maladie des individus qui n'avoicnt jamais éprouvé les moindres douleurs dans la région du fx)ie, ni àl'épigastre, etdontles fonctions digestives n'avoient commencé à se déranger que dans le dernier degré du marasme.
Le cancer du foie peut exister seul, et parcourir toutes ses périodes sans aucune complication ; mais on le trouve bien pins souvent compliqué avec d'autres maladies cancéreuses, et notamment avec le cancer de l'estomac. Dans ces sortes de complications, la maladie présente en même temps les symptômes du squirrhe du foie et ceux du squirrhe de l'autre partie atteinte de cancer.
ARTICLE II
Description anatomique du cancer du foie.
Après la mort on trouve toujours le foie volumineux ; quelquefois son voluaie et son poids ont doublé, triplé et même quadruplé par l'effet de la maladie. Alors il remplit ordinairement la région épigastrique , et se prolonge dans l'hypocondre gauche. Son bord inférieur descend dans la région iliaque droite, et sa face convexe refoule le diaphragme dms la poitrine , jusqu'à la hauteur de la cinquième ou même de la quatrième côte. Toute sa surface est remarquable par un nombre plus ou moins considérable de bosselures blanches ou légèrement rosées, de différentes grosseurs, circulaires, élevées à leur contour, et presque loujours déprimées en godet dans leur milieu. Ces bosselures luisantes et d'apparence cartilagineuse à leur surface ont une étendue variable, depuis celle de l'ongle du pouce, jusqu'à celle de la paume de la main. Elles font partie de la surface de corps sphéroïdes enfoncés en très-grande partie dans le tissu du foie. Lorsqu'on incise ce viscère , on
découvre çà et là, dans son parenchyme , des tumeurs ou masses squirrheuses de même nature que celles qui font saillie à sa surface, et dont la conformation extérieure est assez semblable à celle des pommes de terre. Le volume de ces tumeurs varie depuis la grosseur d'un pois jusqu'à celle du poing fermé. On en a trouvé de bien plus considérables encore. Leur nombre est aussi très-variable : tantôt on n'en trouve que cinq ou six situées à une grande distance les unes des autres; tantôt elles sont tellement multipliées qu'elles paroissent former plus des quaîre cinquièmes du volume du foie , et qu'on ne peut plus faire la plus petite incision dans ce viscère sans en diviser quelqu'une. Mais lors même qu'elles sont le plus nombreuses, le tissu du foie qui les environne est presque toujours parfaitement sain. 11 semble qu'il ait cédé progressivement à mesure que ces corps l'ont comprimé, et qu'il ait fini par disparoître presqu'en entier. Lorscjue les tumeurs squirrheuses sont déjà remplies de suppuration, la substance hépatique qui les entoure est quelquefois un peu rosée ou légèrement violette. Cependant, même dans ces cas, où la dégénération paroît avoir envahi la presque totalité du foie, la sécrétion de la bile n'est pas interrompue. On en trouve dans la vésicule biliaire et dans le duodénum la même quantité que dans toute autre circonstance, et cette humeur n'offre aucune altération. Lorsque le sujet a éié ictériqne dans les derniers temps de sa vie, la vésicule biliaire est distendue, les masses squirrheuses sont colorées en jaune, de même que la sérosité épanchée dans le péritoine : dans tout autre cas elles sont i)lanches. Leur structure intime offre plusieurs particularités remarquables ; celle des tumeurs entièrement cachées dans le tissu du foie, est communément uniforme. 11 n'en est pas tout-à-fait de même de celle des tunaeurs qui font saillie à la surface de ce viscère . La portion saillante est fort dure, d'un blanc luisant et
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d'apparence tout-à-fait cartilagineuse. Ce tissu très-ferme peut avoir une à trois lignes d'épaisseur. Il ne forme presque jamais la totalité de la tumeur, qui, au-dessus de ce tissu d'apparence cartilagineuse, offre absolument la même structure que les autres tumeurs. Celles-ci sont formées par un tissu cancéreux (Intr., chap. 2, art. i), tantôt lardacé, c'est-à-dire composé de lames blancbes et luisantes disposées en divers sens, qui laissent entre elles des interstices dans lesquels on voit une substance brillante, transparente, incolore, azurée ou bleuâtre; tantôt cérébriforme, c'est-à-dire composé de lames plus minces , qui laissent entre elles des interstices plus petits, dans lesquels on voit moins de substance brillante et transparente; tantôt napiforme , etc., mais toujours parfaitement semblable à l'une des variétés du tissu cancéreux (Int., chap. 5, art. 2, du § 10). Le tissu cancéreux qui constitue essentiellement ces tumeurs, n'y existe pas toujours seul. Il est souvent uni à une certaine quantité de matière tuberculeuse (Int., chap. 2, art. 2, § 1). Dans ce dernier cas il semble que la matière tuberculeuse soit infiltrée dans le tissu squirrheux. Quand tout le corps cancéreux est intimement uni à la matière tuberculeuse, il paroît mat et opaque dans sa totalité. On n'y aperçoit que quelques points luisants et transparents; mais s'il n'y a dans la masse cancéreuse que quelques parties infiltrées de matière tuberculeuse, ce qui est le plus ordinaire, on les distingue facilement dans la tumeur incisée, parce qu'elles forment des taches opaques, grisâtres ou d'un blanc mat, semblables à des cendres ou à du plâtre imprégnés d'eau, tandis que les portions squirrheuses, sans mélange de matière tuberculeuse, sont demitransparentes et d'un blanc très-luisant.
Les corps cancéreux développés dans le foie peuvent se trouver dans trois états différents, de même que toutes les autres dégénératious cancéreuses (Int., chap. 3, art. i^^.)
Ils sont d'abord fermes et compactes dans tonte leur étendue. A une époque plus avancée de la maladie, ils se ramollissent dans plusieurs points à la fois, et ils finissent par être imbibés d'une sorte de suppuration encore molle comme du fromage frais, ou déjà liquide comme le lait; blanche comme la crème, ou incolore comme l'eau. Il suffit d'exercer une légère compression sur les squirrhes ramollis pour en faire sortir celte substance sous forme de filamens blancs^ de goiïttelettes de lait, ou de sérosité. A une époque plus avancée , il se forme une infinité de petits foyers dans chaque masse squirrheuse. Ces foyers se réunissent pour former des foyers plus grands. Ces derniers s'élargissent, un ou plusieurs d'entre eux se font jour dans la cavité péritonéale, dans l'estomae, ou bien enfin à l'extérieur, en détruisant successivement les parties qui ont contracté des adhérences avec le foie ; on voit alors à la surface de ce viscère un ulcère irrégulier, inégal et assez semblable aux autres ulcères cancéreux.
iMais il est rare que les malades survivent au ramollissement des grandes masses cancéreuses du foie. Aussi voit-on presque toujours la plupart de ces dégénérescences encore fermes, et comme il s'en forme incessamment de nouvelles tant que le malade vit, on trouve souvent dans le même foie des squirrhes commençants, et d'autres déjà plus ou moins ramollis. Dans les tumeurs du foie, composées de la dégénération cancéreuse et de la matière tuberculeuse, le ramollissement s'opère du centre à la circonférence , et forme un seul foyer quand la matière tuberculeuse prédomine : il s'opère dans plusieurs points à la fois, et forme un grand nombre de foyers si le tissu cancéreux est prédominant. Ce qui donne la facilité de les observer dans toutes leurs périodes.
Lorsque les masses cancéreuses sont formées en totalité ou en grande partie par le cancer cérébriforme (int. ,
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chap. 3, art. 2, § 5), et qu'elles sont parvenues à un certain degré de ramollissement, elles ont la ressemblance la plus frappante avec la substance cérébrale, et il s'y forme souvent de petites ecchymoses^ ou même de petits épanchements de sang.
Les squirrhes ou les parties de squirrhes qui appartiennent au cancer cartilaginiforme (int., chap. 3, art. 2, § 1), et qui parviennent au dernier degré , se ramollissent dans quelques parties, miais conservent partout ailleurs une consistance remarquable.
On voit dans tous ces corps cancéreux des vaisseaux sanguins , mais en nombre d'autant plus grand que la dégénération a moins de densité. Le cancer cartilaginiforme n'en présente presque point ; le cancer lardiforme en offre un petit nombre^ tandis qu'ils sont très-nombreux dans le cancer cérébriforme.
La dégénération cancéreuse du foie forme presque toujours dans ce viscère des masses qui paroissent être seulement contiguës à son tissu propre , ou du moins n'y tenir que par quelques prolongements vasculaires; on les isole, sans difficulté avec le manche du scalpel , et la cavité qui les contenoit reste parfaitement lisse. Mais dans certains cas la dégénérescence cancéreuse, dont la structure intime est d'ailleurs la même que celle des corps cancéreux, appartient au tissu propre du foie. 11 y a évidemment continuité de substance entre la dégénérescence et le parenchyme du foie, de sorte que la dégénération est une véritable transformation cancéreuse du tissu propre de ce viscère.
Quielquefois il y a en même temps des portions du foie devenues cancéreuses, et des corps cancéreux nés dans ce viscère, et simplement contigus à .son parenchyme. Outre les masses cancéreuses contenues dans le foie, il n'est pas rare d'en trouver dans le tissu cellulaire des environs , et surtout dans l'épiploon gastro-hépatique , de tout-à-fait
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semblables, tantôt isolées, tantôt confondues en une seule masse qui réunit la petite courbure de l'estomnc à la face concave du foie. Dans quelques cas il y en a au-dessus du pancréas, qui pourroient en imposer pour un squirrhe de cette glande; enfin, lorsque l'ictère a compliqué la maladie, on trouve presque toujours une de ces masses squirrheuses, située de tell^ manière, qu'elle exerce une compression sur les conduits biliaires ou sur le canal cholédoque : ce qui est d'autant plus remarquable que , lorsque les masses cancéreuses énormes sont situées au devant de la colonne vertébrale, on trouve toujours l'aorte, la veine cave et tous les gros vaisseaux sanguins bien libres , bien développés et exempts de toute compression.
Quand le squirrhe du foie et celui de l'estomac sont réunis, ce qui est assez fréquent , on trouve à l'estomac les lésions que nous avons décrites en traitant du squirrhe de ce viscère ( deux, part., chap. xvin., art. ii ). Lorsque le foie et l'estomac sont également squirrheux , il n'est pas toujours possible de reconnoître de quel côté la maladie a commencé.
Nous ne parlerons point ici des autres complications. Il suffira de dire que nous avons trouvé des tumevirs squirrheuses du foie chez des femmes mortes d'un cancer du sein; que nous avons vu plusieurs fois la réunion du cancer du rectum avec celui du foie ; que dans d'autres sujets nous avons trou»*é, en même temps , un cancer du foie , un squirrhe ulcéré de l'estomac et des masses cancéreuses dans diverses parties de l'abdomen.
Lorsque le squirrhe du foie est tout-à-fait simple , on trouve tous les autres viscères parfaitement sains. Les solides et les liquides ne présentent d'autre altération que celle qui dépend de la cachexie cancéreuse.
AP.TICLE III.
Diagnostic des sqairrlies cancéreux du foie.
L'engorgement et la plilegmasie du foie , la mélanose de ce viscère, son induration chronique avec tuméfaction peuvent être confondus pendant la vie avec le cancer du foie , de même que les tumeurs de différentes espèces , telles que les tubercules, les bydatides, les kystes, etc. , qui se développent à l'intérieur de ce viscère ou à sa surface. Dans toutes ces maladies , il se manifeste pour l'ordinaire une pesanteur , une douleur ou un malaise dans la région de l'hypocondre droit et à l'épigastre. En palpant les régions on y découvre une tumeur plus ou moins volumineuse , dure et rénitente. Il y a un peu de gêne dans la respiration , quelquefois de la toux , et dans certains cas assez rares , de la douleur à l'épaule droite. Quelques malades sont pris de vomissemens sympathiques. La plupart ne peuvent pas rester couchés sur le côté gauche. Plusieurs sont pris d'une ascite, quelques-uns deviennent ictériques. Tous ces symptômes tiennent à l'augmentation du volume du foie^ à la gêne des viscères situés dans son voisinage, au tiraillement du diaphragme , etc., ils existent dans le cancer du foie comme dans les maladies précédemment énumérées. Mais les masses cancéreuses de ce viscère ont un caractère qui leur est propre , c'est la dépression en forme de godet qu'on observe à leur surface : toutes les fois qu^on pourra , à travers les parois abdominales , reconnoîlre au toucher cette dépression , il ne restera aucun doute sur l'existence du cancer du foie. Il y a plus, nous n'avons jamais vu les tubercules , les kystes et les autres espèces de tumeurs qui pourroîent rendre la surface du foie inégale, y former des bosselures assez distinctes pour qu'on
pût les reconnoître pendant la vie dans ces diverses lésions organiques , de même que dans la phlegmasie chronique du foie et les autres intumescences chroniques de ce viscère. Nous avons toujours trouvé, à travers les parois abdominales, la surface du foie tuméfiée, unie, lisse, assez régulièrement convexe , avec des bords mousses et assez réguliers.
Les inégalités de la tumeur et ses bosselures distinctes peuvent donc être regardées comme un des meilleurs signes de Texistence du cancer du foie , pourvu qu'on soit certain que c'est bien le foie qui forme la tumeur, ce qui jn'est pas toujours facile à connoître ; dans trois cas particuliers nous y avons été trompes : on découvroit à l'hypocondre (Jroit et à l'épigastre une tumeur volumineuse et bosselée que pous prenions pour i^n cancer du foie. A l'ouverture des cadavres nous reconnûmes que ce viscère étoit parfaitement sain. Chez le premier malade ;, la tumeur étoit formée par un cancer de l'estomac ; chez le second , par un cancer du rein droit ; chez le troisième , par une masse cancéreuse énorme, située nu-devant du côté droit des premières vertèbres lombaires. Il faut cependant çpn.venir que dans les trois exemples que nous venons de c^teça^ les, bosselures ne présenitoient point .une dépression 6ç^ fprnae de.^odet.y, ,4^^ jsorte que ce dernier caractère est le^seul qui fourni^sse le,,^i^n^ pathognompnique du cancer ;t^Uj^j^Oie ; tanilis que les bosselures et les inégalités ne donnent que de Irès-graiîdes probabilités sur l'existence de cette maladie.
^ Aprè^ tous ces détails, il est évident que dans bien des .caç, il... est impossible de reconnoître le cancer du foie dans jses premiers périodes. Mais souvent il est déjà facile à cara^.t^fi^er quançl,lc malade s'aperçoit du dérangement de sa,aanî;é>^^parce,.que la dégénération cancéi;euse acquiert feV'i'^fiffto^^^t mi volume considérable avant d'occasionner
de la gêne ou de la douleur dans la région dru. foie. Nous n'avons observé que très-rarement des douleurs lancinantes dans les squirrhes cancéreux de ce viscère, et il est très-facile de les confondre avec des douleurs d'une autre nature , de sorte que ce signe peut difficilement servir à caractériser la maladie: quoique le cancer du foie ne puisse être reconnu qu'à une époque où la dégénération cancéreuse a déjà acquis un volume considérable, on ne peut pas regarder cette connoissance comme indifférente. Elle préserve le malade d'un traitement fondé sur de faux aperçus ; elle met la réputation du médecin à l'abri de la critiq[ue ; elle pourra devenir extrêmement avantageuse , si on parvient à découvrir un spécifique qui agisse contre les maladies cancéreuses avec autant d'efïicacité que le mercure agit contre les maladies syphilitiques constitutionnelles.
ARTICLE IV
Lésions organiques qui doivent être distinguées du cancer du
foie.
Les mots sqairrhe et induration étant synonymes dans la plupart des auteurs, plusieurs lésions organiques ont été désignées sous le nom commun de squirrhes du foie, quoiqu'il n'y ait entre elles aucun rapport essentiel, et que leur structure inlime n'ait absolument aucune analogie avec celle de la base endurcie du cancer ulcéré dès mâtmelles.
Parmi les lésions organiques désignées mal à propos sous le nom de squirrhes du foie, se trouvent principalement ": 1" les tubercules du foie ; 2*» les indurations de ce viscère ; 5° sa phlegmasie 'chronique ; 4° l'engorgement et ta tuméfaction de ce viscère, observés dans diverses maladies chroniques. La structure intime de toutes ces altérations du
foie diffère essentiellement de celle de la dégénération cancéreuse de ce viscère.
§ I". Les tubercules du foie sont des corps arrondis , d'un volume variable, depuis la grosseur d'une bouteille jusqu'à celle d'une grosse noisette ; ils sont développés dans la substance du foie. Lorsqu'on les incise , il sont d'un blanc mat , et non d'un blanc luisant ; ils se ramollissent, comme tous les autres tubercules, du centre à la circonférence , de sorte qu'ils ne ressemblent en aucune manière aux squirrhes cancéreux du foie.
* A la vérité , la dégénération tuberculeuse peut se trouver unie avec la dégénéra lion cancéreuse du foie, ce qui constitue une dégénération composée dont il a été question précédemment § Il et que j'avois décrite aussi sous le nom de tubercules, il y a plusieurs années ( dans le journal de méd. chir. et pharm., tome iv, germinal an xi, page 22 j.
Si cette dégénération composée, dans laquelle la matière tuberculeuse plus ou moins abondante est intimement unie avec la dégénération cancéreuse , prouve la possibilité de la coexistence de tubercules et de cancer, elle n'indique en aucune manière que ces deux maladies soient de la même nature et qu'elles doivent être désignées sous le même nom.
§ II. Les indurations du foie qu'on trouve si fréquemment dans les cadavres des sujets morts d'une ascite de longue durée, et dans quelques autres circonstances, ne re/rsemblent en aucune manière aux squirrhes de ce viscère. Dans les squirrhes, la substance altérée est d'un blanc luisant qu'onp eut comparer aux cartilages , au lard , à la substance cérébrale , etc.
Dans les indurations du foie , la substance hépatique est plus ou moins endurcie , elle crie sous le scalpel , les
S90 CUfCEE Dïî FôIE.
sont pios oa moins altérées. Mais le tissa parencbTmaleus: de ce Tiscère ne ressemble point au lard ni an eareau . etc. . îi est îoaionrs très- facile à reconnoître , et si ofi enleT«Ht une portion d'an foie ainsi endurci, il se- Toit fa^je - en la Toyanî isolée, de reconnoître à quel TisD^iB elle avoit appartenu. D n'en n'est pas de même de la dèg^éaération squirrhease. Elle ne conserve aucune ressfT- 'i;e avec le parenchyme du foie; si on retrauchoit iLLic l'v^iiion du squirrhe formé par la transformation du tissa propre de ee viscère, et qu'on la montrât isolée , il suroît impossible de dccider, sans s'exposer à une méprise. à qndl orç^ane eliï aTc*it appartenu.
^ m. La pblegmjisie ciiTonique du foie est c^ractérisce par une augmentation plus ou moins considérable du vohmie de ce vise-ère. dont la sixucm^r in'ime n'a d'aâleurs subi aucune altération e^^^ertielle
S IV. L'ençoTE^ement et l'ausnientation de volume du feîe, qu'on observe dans diverses maladies chroniques, ne sont pas rare*. Mais dans tous les cas. ce viscère aug^menté ^ volume et plus o^u moins dégénéré, quelquefois abcédé 0B mêDase ulcéré, n'offi* aucune lésion dont la structure soit aiial^iie à celle de la désrén^^tisn Cancéreuse. Dans ©es diverses m^aladies non cancéreuses- le tissu du foie peut être durci ou ramolli . il peut présenter un nombre inconcevable de couleors différentes. Il peut renferma ihi ^233 d foyer de sopiHirâtîoo de couleur lie de vin . ou plupetits foyers is^és remplis d'un pus blanc\ ou d'an de toute autre couleur. D peut être remj^ dliyda- », tzansfofmé en un tissa noir, comme ses granulations peuvent être jaunes- grises, excessivement durcies . etc. liais dans tous ces cas .je ie répète - le tissu de la dégéne resemble point à celui des indurations qui for- |i inse âa eanc^er afeéré des mamelle*-.
CAJrCEJl DU FOIE. a* 7
ARTICLE V
fioiumt répanduei daaa la tkrts de màUdaUm têmcermaU U squîrrhe et U aateer du fait.
Le cancer du foie étant tme coaladie très-conunnne , il avoit été fréquemment aperça par les médecins, qui aT(r>îeot méconna sa nature. Les maiîses cancéreuses du foie aToienE été regardées comme des prodactious graisseuses , accidentelles et désignées sous le nom de itoLtéma. H suffît de les soumettre à quelques erpériences chimiques ou Dttéme de les placer sur du papier blanc posé sur une p^le à feu , qu'on fait bien chauffer . pour se c-onTainere que ces prétendaes masses graisseuses ne contiennent point de graisse, et qu'elles sont de nature albumineuse. D'aatre? médecins avoient donné à ces tumeors cancéreuses da foie les noms de corps blancs, de tabercuies [i] et même de squirrhe {1) ; cependant, ceux même qui les aToîent désignées sons ce dernier nom . ne croyoient point qu^elSes fassent de la même natore qoe les tumears cancia^eoses da sein. Fnfin j jasqu'ici on n'avoit reconna les stealômrj da foie qu'après la mort ; aucun aateur n^aToit indiqué les signes capables de faire reconnoître cette maladie pendant la Tie. Oii peut donc aTanc^er que le cancer du yoîit est une maladie qui a été constamment méconnue focsqu'à ce jour (3 .
]!^oas croyons avoir étabM dans ce chapitre . d'usé manière incontestable , que les tumeurs blanches çA luisantes, nommées steaiômes du foie, présentanrla mézEL=
(1) Bûilie, AnaL p:iûtc>/.y ch. il, sect. ti. -■^ '(8} Mar^a^m, De s^. «@rà.^ ep- xnx, art- 12.
{%] F' if n'aTuii poini é^é >lénrile aT^nl la pdhËcalioa ée r&ctic^ Cancer du Dirtiniimirr 4es sôotses nédicales.
structure que les cancers du sein , étoient véritablement d'une nature cancéreuse.
Baillie (i) avoit entrevu cette vérité; il dit que le grand tubercule blanc du foie ressemble beaucoup mieux que les autres altérations de viscère, au squirrhe des autres parties du corps, et qu'il le regarderoit comme le vrai squirrhe du foie, s'il n'a voit pas trouvé dans deux cas , à l'intérieur de ces tumeurs, un pus épais analogue au pus scrofuleux. Il est facile de voir que dans ces deux cas la dégénération étoit formée par un mélange du squirrhe cancéreux et de la matière tuberculeuse. Baillie , qui n'a pas fait attention à cette composition d'un grand nombre de tumeurs , a dû rester dans l'incertitude sur le caractère de celles qui sont fréquemment composées.
Les auteurs rapportent aussi plusieurs faits qui constatent la fréquente réunion du cancer du foie avec une altération cancéreuse dans qvielque autre partie. A cet égard, nos observations sont conformes à celles qui ont été publiées. Mais nous croyons avoir, les premiers, remarqué que cette coïncidence est très-fréquente, comme on peut s'en convaincre en consultant nos observations , et les faits rapportés dans les ouvrages suivants : — Morgagni, De sedib. morb., ep. xxx, art. xiv, ep. xxix, art. xn, etc. — Recueil d'observations de médecine des hôpitaux militaires, par Richard de Haute -Sierck , tome ii , page 35o. Journal de médecine 1770, tome xxxiii , page 228. Mém. de la soc. roy. méd., ann. 1779 et 1778. Hist., page 223. Recueil périodique de la société de méd. de Paris , tome xxxn , page 162 , etc.
Les auteurs qui ont rapporté des observations particulières, ont désigné sous les noms de cancers et d'ulcères cancéreux du foie, des ulcérations qu'ils ont très-mal dé-
(1) Anat. path., chap. xi, sect. vi.
crites et qui , selon toutes les apparences , n'étoient pas de nature cancéreuse.
De Honppe-Viile ( 1) a pris pour un cancer du foie une ulcération de ce viscère produite par la mélanose , nous consignerons ici ce fait intéressant.
« Un homme de qualité , après avoir porté une dureté profonde et douloureuse dans l'hypocondre droit pendant plusieurs années, fut pris d'une fièvre double-tierce avec des convulsions 5 une augmentation extraordinaire de cette ancienne dureté et autres accidens dont il mourut. On l'ouvrit , on lui trouva un foie noir comme de l'encre , dur comme de la corne, ulcéré et tout-à-fait chancreux » La description de cette lésion organique du foie ne permet pas de méconnoître la dégénération désignée sous le nom de mélanose, dont on peut voir plusieurs exemples dans les recherches que j'ai pvibliées sur la phthisie [2).
Mais on ne peut pas placer cette observation au nombre de celles qui concernent le cancer du foie. Doit-on ranger parmi les cancers du foie, les ulcérations désignées sous ce nom dans les histoires rapportées par Imbert , Van-Swieten et Baillou (5), citées par Lieutaud dans l'article des ulcères du foie ? Il m'a été impossible de décider cette question parce que l'ulcération est nommée et non pas décrite dans les observations dont il s'agit. J'avoue cependant que d'après quelques détails la plupart de ces ulcères ne me paroissent point cancéreux , car il n est parlé ni de changement de couleur de la base des ulcérations , ni de bords renversés de l'ulcère, etc.
Ces maladies paroissent des ulcérations de la substance
, ^ L i liis : .
(1) La Guérison du Cancer, p. 93. ;;frû "»i> /
(2) Hist. an. méd., lii). 1, sect. yi, ob.;771,-77^ et 7TAri'f ■: ^i ;
(3) L'obs. de Baillou rapportée dans Bonet, ^n praot., lib. m, sect. xvu, obs. v, t. n, p. 299 (cité dans Yan-Swieten, in Boerrh. comment., ad aph. 973, t. m, p. 119).
26o CA.NC£R DU FOI£.
du foie ; on trouve un autre exemple de ces sortes d'ulcères non cancéreux dans l'observation rapportée par Fabrice de Hilden(cent. i", obs. 89, exemj). 1"), qui regarde aussi la maladie comme un cancer du foie, parce qu'une induration qu'il désigne sous le nom de squirrhe avoit précédé la suppuration qui entraîna la mort. Mais dans la descriplion de la lésion organique rien ne prouve que la maladie fût de nature cancéreuse.
Nous avons nous-même vu plusieurs fois des ulcérations de la substance du foie. Dans le très-petit nombre de celles qui étoient cancéreuses la surface ulcérée présentoit un aspect analogue à celle des aulres ulcères cancéreux , et la base de l'ulcère ofTroitun tissu analogue à la base endurcie des cancers ulcérés du sein.
Dans les autres ulcérations, qui avoient presque toutes succédé à une phlegmasie extrêmement chronique du foie, l'ulcère occupoit la substance même de ce viscère, qui n'avoit d'ailleurs en aucune manière changé de nature , et qui présentoit la même altération que dans les cas où ce viscère renferme à son intérieur un vaste abcès rempli d'une fonte putride qui fournit une sorte de pus horriblement fétide, formé par un mélange de sérosité, de matière purulente et de détritus de la substance même du foie, décomposée et réduite en une sorte de bouillie gru*meleuse, de couleur lie de vin ou de marc d'huile.
Les ulcères du foie, dont il s'agit ici , sont semblables à ceux qu'on trouve dans les autres organes qui sont devenus le siège d'une ulcération non cancéreuse.
Ce n'est qu'avec répugnance que nous avons combattu les opinions des auleursles plus estimables et que dans cet article, comme dans plusieurs autres, nous nous écartons de la doctrine reçue ; mais nous ne satisferions pas k ce qu'on est en droit d'attendre de nous, si, pour éviter des discussions fatigantes, nous n'éclaircissions pas suffisamment les
CANCER »TJ FOIE. - 261
points de doctrine qui présentent quelque dif&culté ; quand on avance une proposition diamétralement opposée à une opinion universellement admise, on contracte l'obligation de justifier les motifs qui ont engagé à s'éloigner du sentiment général.
Il nous paroît d'ailleurs que rien n'est plus capable d'entretenir des idées vagues en médecine que de se laisser entraîner par l'autorité des grands noms jusqu'au point de réunir sous la même domination des maladies de nature tout-à-fait différente auxquelles ceux qui les ont observées ont mal à propos donné le même nom. Ce sont les faits et les détails qui les accompagnent, qui doivent, dans ces circonstances, décidernotre jugement. L'opinion des maîtres de l'art est sans doute respectable ; mais elle ne doit pas être regardée comme infaillible.
ARTICLE TI
Traitement du cancer du foie.
Les moyens destinés à combattre cette maladie, ou plutôt à ralentir sa marche, doivent être principalement dirigés contre les causes occasionnelles capables de stimuler le foie. Si le sujet est hémorrhoïdaire, ou si , par toute autre raison, il est menacé d'un engorgement sanguin du foie, duquel résulteroit infailliblement l'accélération de la marche de la maladie, on applique des sangsues à l'anus, ce qu'on réitère de loin en loin tant que les mêmes indications subsistent. On conseille un vésicatoire ou un cautère à la cuisse droite pour agir comme de puissans révulsifs , lorsqu'on a lieu de soupçonner quelque complication humorale , ce qui a lieu surtout dans les cas où des affec^ tiens dartreuses, arthritiques ou autres, ont précédé le développement de la maladie cancéreuse. Tant que le malade
S62 CA5CEB 3V FODS.
n'est point fiwepie amaigri, c'est-à-dire dans la première période de la loaladie , on prescrit aussi divers apéritifs , tels que les eanx de Tichy , les sucs et les extraits des {daates amères et savunneoses. Mais lorsque la maladie est plus av2Dcee, et surtout dans les cas oîi des douleurs rives se font sentir dans la région du foie , les apéritifs et les laedicaniens qa'on a nomioe hépatiques seroient en général plutôt nuisibles qu'utiles. On se borne alors à un re^me jbdoiicissant et aux remèdes palliatif qui ont été proposés pour le traitement du cancer de Testomac (2' part.. dbap. rviii , art. ir j ; on fait ca outre appliqua sur la tnnecr 4es préparations sédatives tirées du pavot . de la morelle , de la jasquame 5 de la belladone ^ du plomb , etc. Quelquefois aos&l ofi prescrit des cataplasmes ou même des emplâtres de cisuê.
Le traitement que nous venons de proposer n'est pas esâctenkent le même que celui qui a été généralement presoit pour combattre les squirrhes da foie, et qui paroît avoir eu des succès btâlaBSy mÊsie dans des cas où le viscère avoit acquis nn volome énorme. Dans les circon- ^taouces les plus favorables , bous ne faisons espérer aucun guéfison pâj-faite du squirrhe bien constaté. Les lomières que Tanatomie patholo^que a répandues sur les diverses maladies du foie, expliquent ce problème. Toutes les indorations clironîques de ce viscère, accompagnées d'une tu naief action manifeste, avoient été regardées comme dune nAême nature et désirées sou» le nom de sqairrbes ; or, ces i&£dajdies peuvent être divisées en deax sections distinctes àomX le traitement a des résultats bien différens. Dans la preoBLlêre section se trouvent les squirrhes cancéreux, la mélanosê - les tubercoles , les hydatides , etc., et tontes les iui&ses affections dans lesquelles il y a dans le foie un tissu étrange» a. ce niscère , ou une degénération profonde da ppcj^ackjme. La deuxièiâe section comprend les engorge-
et fouies les afectîoBs qoi ne tâesneat ({o'aB développe-
mcDt oa à ren§«ir*eiDent de« t5Ϋ^^ot «aftraîiM, îjnftpfca-
tiqocs oa biHaires da Ibîe . ieat pas use
dcgcacratkiB prt)6mde de fc^n i : ^ ut . Le* ii
de eelte dernière sectkw penreii; ^
lotion , parce qae les coodoits t^k: làcià .
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l'absorption d'an Eqnidb acccn
qu'en détrai5:ant !a caose proch t r
foie. Il faut <|ae le tîssa jreaiiir
de ce TÎseae, cese de rirre, q-:
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Teanx aecrofssemen* oa qn^ •
cape moins d'espace poor r
roiiaiie. On peut obtenir ce résritet aTantîrr :
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hjdatides. Si on parrient à Eiire p-r t • - f : - !a natwr*"
soit f^ marcbe que Boes yen^iis dTîndiàqaër paor i^médôer
afK désorfre^ qolk aTotent pmdnRs. Mac; luniLA les fiais
^■e dans ks maladies de cette pniiiiSli'i.^ ALliem le tiana or-
g^Êtté, étranger à la sab^lanee da fete. ne peiEtpâs êb^f^-
taqoé avec soceès par les médkanïen*, cofnme cela nflré
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iD^ CA5CEE Dr FOIE.
dans lef cai dan squirrhe cancéreux .. la gnérison est im-
D'après ces considéra dons âir les diTer?es maladie^ qui au^Bientent le Tolame dn foie . il est facQe d'apprécier les ■feédicacDens con>eîILés dans les livres de médeciDe pour c<»cibattre les tameors de ce viscère. On a surtout reconaiandé dans ces maladies commençantes, regardées comme dans on état de sqnirrhe imparfait, Teau de ^ichy^ la terre foliée de tartre . le tartrite de potasse , le solfate de potasse . diverses antres préparations tartarisées , le sar fran de mars apéritif « l'antimoine diaphorétique martial , la comice ammoniaque, les extraits de trèfle d*eau. de cfaicorée.. d'année, des plantes apéridves majeures et mineores , ceux d'absinthe . de fume terre , d'aloês . d'ellehiire noir , la teintare d'aloês , la teinture de mars apéritire de Zwetfer , l'extrait de Crolliu?, etc. Les engorgemeas dn foie qu'oo c^iserve si souvent à la suite des fièvres intenniîtentes de longue durée, sont fréquemment traités avec succès par l'un ou l'antre de ces moyens, car ces médicamois sont ci. r5ct très-c(Mivenables pour combattre les ei^cK;genieBS vascnlaiies et diverses maladies atodn foie. Mais Us sont très-nnisibles dans les squirrhes . dans les indurations qni ne sont plus snscep* tîbles de lésobiâon : ils ne doivent être employés qu'avec beanccnp de prodence dan^ Ie> phlegmasies chroDiqi.es disposées à lasopporation.
On a vaste aussi , pocn- combattre les sqnirrhes du foie» diverBSi abdications extérieures, telles que la pulpe de hyyone . le saijEbrt sanvage , les hmles de genièvre , de c,^Ti-, d'anis , les leictiires à^ inyrrhe et de safran , les frîctioni mejrearielies , etc. Tous ces movens sont fort nuisS>^daiis le tTSiitenaent de= Hjairrhes cancéreux do foie : mais doit-on rejeitir ieut usûge dan* ies engorgemeos atonâyyy* dé ce viscèrc et dan« bien dVntres circonstances oci
CA9Cn SE LA BaT2. stô^
fl acqmCTt beancotip de volome? 5'a-t-oii pas fréquemment réussi à Taide des frictions mcitmiefleg faites snr la réglioB do foie on à la plante des pieds, conme les conseille Sopmmerin» i^. poor combattre des tuvaéÊaeîkms cbtonHjTies plas on incîn«> considérables dn foie, produites par an en^or^enient des vaRseanx brmphatîqiies . |iar m» principe syphîlitfqnc . etc, ?