CHAPITRE VINGT-GÎNQUIÈME
Cancer ou squirrhe de la prostate.
La prostate devient assez souvent le siège de diverses tuméfactions chroniques de nature différente, mais toutes sujettes, quand elles sont volumineuses, à déterminer d'abord la difïicidté et ensuite la rétention des urines, le sentiment d'un poids incommode au-dessus du périnée, celui d'un besoin continuel d'uriner et d'aller à la selle, la difficulté d'évacuer les matières fécales, etc. La tumeur peut acquérir le volume d'un œuf de poule ou môme du poing; on reconnoît très-facilement son existence eton juge jusqu'à un certain point de sa grosseur en introduisant dans l'anus le doigt indicateur dont on dirige ensuite la pointe d'ar-> rière en avant, c'est-à-dire du côté de la vessie. La prostate ainsi tuméfiée est très-rarement frappée de la dégénération cancéreuse; mais cela arrive quelquefois. Gomment le reconnoître, soit pendant la vie soit après la mort ? Il est nécessaire pour cela de savoir avec exactitude quels sont les caractères dusquif.The de la prostate^, et quels sont
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ceux des autres maladies qui présentent au premier abord les mêmes apparences. Nous tâcherons d'exposer dans les i'% 2e et 5* paragraphes de ce chapitre ce que l'observation apprend à cet égard.
ARTICLE PREMIER
Histoire du squirrhe de la prostate.
Lorsque cette maladie commence, aucun signe ne fait connoître quelle est sa nature. On sait seulement qu'il y a une tuméfaction chronique de la prostate à une époque plus avancée , si le gonflement de cette glande dépend d'une dégénération cancéreuse lardacée. On peut communément le connoître , parce qu'au lieu de conserver une certaine mollesse , la tumeur est très-rénittente et d'une dureté remarquable. Mais si la maladie de cette glande étoit une dégénération cancéreuse cérébriforme, il seroit impossible de reconnoître sa nature par l'exploration de la consistance de la tumeur.
On connoît aussi quelquefois que la tumeur de la prostate est de nature cancéreuse, parce que l'époque du ramollissement étant arrivée , il s'y déclare des douleurs vives et lancinantes; mais ce symptôme n'existe pas toujours dans les squirrhes qui commencent à se ramollir; et d'ailleurs on doit être sur ses gardes afin de ne pas prendre pour une douleur lancinante des douleurs d'une autre nature. Enfin dans la dernière période du cancer de la prostate le ramollissement de la tumeur squirrheuse eutraîne quelquefois une ulcération delà vessie qu'on recon-j noît par le caractère des urines, et par les autres signes indiqués dans le chapitre précédent. Dans ces cas on est certain que le gonflement de la prostate est une dégénération cancéreuse, parce que les autres lésions organiques
de cette glande n'entraînent jamais l'ulcération de la vessie.
Dès que le sq\iirrhe de la prostate est arrivé à l'époque de son ramollissement, les signes généraux de la cachexie cancéreuse (i" part., chap. ii, § 2) commencent à se manifester : ils deviennent chaque jour plus prononcés, et amènent un état de marasme qui se termine par la mort.
ARTICLE II
Résultat de Pouverture des cadavres.
La prostate plus ou moins volumineuse est transformée en partie ou dans sa totalité en un tissu cancéreux ( Int., chap. 11, art. i ) tantôt lardiforme (Int., chap. III, art. 11, § 5 ) , tantôt cérébriforme ( Int., chap. m, art. 11, § 5) et quelquefois composé (ibid., § 7 ) ; dans ce dernier cas le tissu squirrheux est en quelque sorte imbibé de matière tuberculeuse ( Int., chap. 11 , art. 11 , § i ) ou bien cette glande est cancéreuse dans certaines parties , tuberculeuse dans d'autres, enflammée et suppurée un peu plus loin et en outre atteinte de mélanose dans quelques endroits, etc.
Quand le squirrhe de la prostate a déterminé un ulcère, ce qui est rare, l'ulcération existe dans la vessie près du col , parce que la dégénération cancéreuse a envahi les parois de ce viscère dans l'endroit qui touche à la prostate. Celle-ci forme la base et en quelque sorte le support de l'ulcère. En pratiquant dans cet endroit une incision, on découvre le tissu dégénéré de la glande, son caractère, le degré auquel il est parvenu ^ ses complications s'il en existe, etc.
ARTICLE III
Maladies qui doivent être distinguées du cancer de la prostate.
On a confondu jusqu'ici avec le squirrhe de la prostate deux maladies infiniment plus communes, qui en diffèrent essentiellement sous le rapport de l'anatomie pathologique ; savoir : la phlegmasie chronique et l'engorgement sénile.
§ 1 . La phlegmasie chronique augmente le volume de la prostate qui n'acquiert ni la dureté ni la structure intime des squirrhes. Cette glande, plus ou moins tuméfiée, conserve une certaine mollesse lorsqu'on la touche pendant la vie. Après la mort, elle présente absolument le même tissu que dans l'état naturel. On peut à la vérité en exprimer un suc blanc qui semble l'imbiber; mais ce liquide , assez ordinaire dans cette glande , existe sans que le tissu naturel soit dégénéré, sans qu'il soit luisant ni plus ramolli dans un endroit que dans l'autre ; il est seulement par fois un peu plus rouge et un peu plus dense. Quand cette maladie existe, si la tumeur acquiert un volume considérable, elle gêne d'abord l'émission des urines et finit même par y mettre un obstacle absolu qui nécessite l'usage habituel de la sonde et quelquefois la ponction, ou même d'autres secours qui ne sont pas sans danger. Mais si la tumeur est peu volumineuse, la phlegmasie chronique n'entraîne aucun inconvénient, excepté dans quelques cas où une partie de la surface supérieure de la prostate , se tuméfiant du côté de la vessie, y forme une saillie d'un volume variable depuis la grosseur d'un pois jusqu'à celle d'un marron d'Inde, qui peut mettre obstacle à la sortie des urines.
§ a. L'engorgement sénile de la prostate est assez fré-
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quent chez les vieillards. Il n'est pas toujours accompagné d'une augmentation notable du volume de cette glande. Mais après la mort, on remarque toujours dans son tissu des concrétions calculeuses de couleur de brique, du volume d'un grain de millet et quelquefois plus considérables. Ces concrétions peuvent se faire jour dans le canal de l'urètre, et Ton voit beaucoup de vieillards qui en rendent de temps à autre une grande quantité avec les urines au fond desquelles elles se précipitent, de sorte qu'il est facile de les observer. Je n'ai jamais vu d'accident grave produit par la formation de ces calculs.
Morgagui, ép. 42jfait mention de quelques cas où, à raison de leur volume, ils ont produit des accidens douloureux.
ARTICLE IV
Traitement du squirrhe de la prostate.
Pour établir convenablement le traitement de celte maladie, il faut faire attenlion : i" aux effets produits mécaniquement par la tumeur; a** à ceux qui dépendent de la nature de la dégénération. La rétention d'urine et ses suites sont l'effet de lu pression exercée par la tumeur de la prostate. Les douleurs lancinantes, l'iilcération de 1j vessie, la cachexie cancéreuse sont le résultat de la dégénération squirrheuse de cette glande.
I". On combat la rétention d'urine à l'aide d'une boisson délayante légèrement diurétique, et s'il est nécessaire, en faisant usage de la sonde dont le bec doit être Irës-alongé, comme le conseille M. Sabalier (i), parce que souvent dans la tuméfaction de la prostate le gonflement tle la
(1) Méd. opérât., t. n, p. 17o;
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partie de cette glande qui forme la luette vésicale s'oppose à la sortie des uriiiCvS si la sonde ne pénètre pas assez avanl dans la vessie. Lorsque l'introduction de la sonde est impossible, on est obligé d'en venir à la ponction ^ ressource peu rassurante; car après cette opération le malade ne tarde pas à succoinber, excepté dans les cas rares où la tuméfaction de la prostate tenoit, au moins en partie, à un gonflement passager qui, venant à cesser, permet aux urines de reprendre leur cours. Si la tuméfaction de la prostate ne dépend pas d'une dégénération cancéreuse, le succès qu'on a obtenu peut être durable. Il n'est que passager dans le cas contraire, parce que le squirrhe continuant à grossir ne tarde pas à reproduire les mêmes accidens qui tôt ou tard deviennent funestes. Lorsque la prostate est squirrheuse , il seroit très - dangereux de combattre la rétention complète des urines en faisant avec la sonde une fausse route à travers cette glande pour parvenir dans la vessie, parce que la maladie cancéreuse feroit ensuite des progrès plus rapides. Il vaut donc mieux placer à demeure une canule dans la vessie toutes les fois que des douleurs lancinantes ou la dureté et la rénitence de la tumeur indiquent que la prostate est frappée de la dégénération cancéreuse.
Mais si la tumeur de la prostate , étant indolente, préseiitoit une mollesse pareille à celle qu'on observe dans les cas où la tuméfaction de cette glande tient à une phlegmasie chronique, quelle conduite devroit tenir le praticien instruit qui auroit acquis ia certitude qu'il n'est plus possible de pénétrer dans la vessie à cause du volume de la tumeur ? Pour résoudre cette question, il faut consulter les résultats de rexpérience.
On cite (i) quelques exemples d'individus qui ont vécu
(1) Sabatier, Médecine opératoire, t. ii, p. 17t.
long-temps avec une canule laissée à demeure dans la vessie, après la ponction faite à l'hypogastre ; mais ces exemples sont trop rares pour rassurer sur le danger que fait courir cette canule dont le séjour prolongé est presque constamment suivi de la mort.
D'un autre côté, sur cent tuméfactions chroniques de la prostate qui arrêtent le cours des urines, et qui sont en même temps molles et exemptes de douleur lancinantes, il y en a à peine une ou deux qui soient de nature cancéreuse. Or, l'expérience a appris que lorsqu'on parvient dans la vessie en faisant une fausse route avec la sonde qui passe à travers la prostate, on ne voit que rarement survenir la mort du malade, par suite de ce déchirement du tissu tuméfié de cette glande. On peut ainsi prolonger long-temps la vie en donnant aux urines le moyen de s'évacuer par une route en partie artificielle qui supplée à la route naturelle qu'elles ne peuvent plus suivre.
D'après ces considérations, lorsqu'on a lieu de présumer que la tumeur de la prostate n*est pas de nature cancéreuse, et qu'on a tenté tout ce qui convient pour parvenir dans la vessie sans faire défausse route, il nous paroît qu'il y a moins de danger à pratiquer une fausse route à travers la prostate, qu'à faire une ponction à l'hypogastre pour laisser ensuite à demeure une canule dans la vessie.
a". Les symptômes qui sont le résultat de la nature cancéreuse de la maladie réclament le même traitement que ceux des autres affections cancéreuses internes. Nous avons indiqué les moyens qu'il convient dans ces cas de mettre en usage pour pallier la maladie et pour ralentir sa marche. On peut consulter à cet égard ce que nous avons dit à l'occasion du traitement du cancer de l'estomac (chap. xviii, art. iv) et de celui du cancer de la vessie (chap. xxiv, art. vj. Il seroit inutile de revenir sur ce suiet.
CAIS'CÈE DES OVAIRES. 5ll