CHAPITRE VINGT-HUITIÈME
Cancer des poumons.
J'ai décrit le premier, sons le nom de phthisle cancéreuse, le cancer des poumons dans mes Recherches sur la phthisie pulmonaire, publiées en 1810. On y trouve, page 54? l'histoire générale et la description de ce cancer, suivies de quelques observations particulières. Pour ne point obliger les lecteurs à recourir à l'ouvrage que je viens de citer, je donnerai un extrait de ce qu'il renferme sur cet objet ; j'y ajouterai seulement ce que de nouvelles observations m'ont fait connoître depuis.
Je n^ai trouvé dans les auteurs aucun exemple satisfaisant de la dégénération cancéreuse des poumons. A la vérité , Ledran parle de la phthisie pulmonaire cancéreuse ; mais le fait qu'il rapporte (Mém. de l'Acad. roy. de chir., tome III, p. 28, obs. 22) appartient-il à cette maladie? La description qu'il donne de l'état du poumon ne permet pas de le décider. Je ne citerai point non plus comme un exemple évident du cancer des poumons l'observation de Valsalva, consignée dans la 20" Epître de Morgagni , n<* Sg, parce que la lésion du poumon n'y est pas décrite. «Laie*bat in palmone ulcus cancrosum, » dit Valsalva. Se contenter d'une pareille description , quand il s'agit de constater l'existence d'une maladie peu connue , et d'en donner une notion exacte , ce seroit vouloir remplacer les faits par des décisions. Il y avoit probablement un cancer des poumons ohezun sujet qui avoit une tumeur cancéreuse à une jambe,
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dont l'histoire est consignée dans le S' volume des Mémoires de l'Académie royale de chirurgie , p. 5-2 , obs. xxxv, et Bibliot. méd., t. XX, p. igS, mai i8o8.
Cette maladie étant encore peu connue, nous dirons d'abord en quoi elle consiste, afin que l'histoire que nous en donnerons ne laisse aucun vague dans l'esprit des lecteurs.
ARTICLE PREMIER
Description anatomiqae de la lésion organique qui constitue le cancer des poumons.
Le squirrhe^ ou cancer des poumons, consiste quelquefois dans une transformation cancéreuse d'une ou de plusieurs portions du parenchyme pulmonaire j mais bien plus souvent dans une ou plusieurs tumeurs accidentelles développées à l'intérieur de ce viscère. Dans le premier cas, la dégénération cancéreuse est évidemment continue au tissu pulmonaire, parfaitement sain au-delà de la transformation; dans le dernier, elle forme des masses distinctes, simplement contiguës au parenchyme des poumons , dont il est facile de les isoler^ et qui est presque toujours sain et sans inflammation à leur voisinage. Dans l'un et l'autre cas le volume et le nombre des squirrhes sont très-variables; ils peuvent être aussi petits que des pois , des lentilles , ou même des grains de millet; mais, pour l'ordinaire, ils sont bien plus considérables, et même, dans quelques circonstances, ils sont plus gros que le poing. Ils n'occupent quelquefois qu'une très-petite étendue ; dans d'autres cas nous les avons vus occuper une grande partie de la capacité du thorax.
Lorsque la dégéixération cancéreuse est continue au tissu pwimonaire , elle envahit quelquefois les glandes brooohi-
quesj qui sont alors transformées en une substance blan« che, luisante et évidemment cancéreuse.
La transformation cancéreuse du parenchyme des poumons, de même que les masses cancéreuses développées dans cet organe, se présentent sous îa forme d'une substance un peu luisante, tantôt ferme, tantôt déjà ramollie, ordinairement blanche, souvent d'un blanc de lait, et toujours parcourue par des vaisseaux sanguins d'une extrême ténuité. Quand cette substance est ramollie , le ramoUissentient existe dans plusieurs points à la fois : si on la comprime , on en fait sortir, par un grand nombre d'orifices, une matière liquide, blanche, et presque semblable à de la crème. L'aspect de ce tissu cancéreux a presque toujours une ressemblance marquée avec celui de la substance cérébrale. Nous l'avons vu cependant quelquefois plus dur, plus compact, moins blanc , et plus luisant que le cerveau ; de sorte qu'il avoit un peu plus de ressemblance avec le lard qu'avec la substance cérébrale; mais cette variété du cancer des poumons est extrêmement rare.
La dégénération cancéreuse des poumons ne peut pas être confondue avec les tubercules qui ne sont jamais luisans , et qui d'ailleurs se ramollissent du cenlre à la circonlérence en formant un seul foyer. Lorsque le squirrhe des poumons est ulcéré, l'ulcération présente le même aspect que la surface des autres cancers de la même espèce, parvenus à l'état d'ulcération.
Quand les individus, chez lesquels il existe des squirrhes dans les poumons , ont en même temps une autre maladie cancéreuse interne ou externe , ce qui est très-fréquent, on trouve souvent que le cancer des poumons et celui de l'autre partie aflFectée ne sont pas de la mêma espèce; d'autres fois on remarque entre eux la ressemblance la plus frappante.
La dégénération cancéreuse du poumon peut aussi être
compliquée avec des tubercules ou avec tout autre lésion organique du même viscère.
ARTICLE II
Symptômes observés chez les individus affectés du cancer des
poumons.
La dégéi)éralion cancéreuse a été quelquefois découverte après la mort dans un ou plusieurs endroits des poumons chez des individus qui n'avoient éprouvé pendant la vie aucun symptôme qui pût faire présumer l'existence de cette lésion organique; mais , dans les cas les plus ordinaires, les malades frappés d'une pareille dégénérescence sont pris de différons symptômes qui peuvent faire soupçonner l'existence du cancer des poumons , et quelquefois même le faire reconnoître d'une manière précise avant l'ouverture des cadavres.
Certains individus succombent à ce cancer peu de semaines après le moment où ils ont commencé à éprouver de la toux et de l'oppression. Ceiie-ci devient si violente, qu'elle entraîne la suiFocaîion. Mais il est assez jare auela durée de la maladie soit aussi courte , lorsque la suflocation ne fait pas périr les malades. Nous ne l'avons observé que chez des sujets frappés en même temps d'un cancer des poumons et d'un autre cancer. Il est probable que ce dernier a, dans ces cas, puissamment contribué à abréger ia vie; car ia marche de la maladie est ordinairement très-chronique, même dans ces sortes de compHcaîions, toutes les fois que la lésion des poumons est la seule cau.se de la mort.
En général, les malades affectés d'un cancer des poumons éprouvent d'abord une gêne de la respiration et une toux qui paroissent peu graves; quelque temps après, la
maladie augmente , l'oppression est marquée , la toux est plus fatigante, et la plupart des sujets éprouvent de temps en temps des douleurs de poitrine passagères, mais plus ou moins insupportables, qui viennent se joindre aux souffrances habituelles. Insensiblement la toux devient moins sèche et détermine chez la plupart des malades une expectoration plus ou moins abondante , muqueuse et transparente , ou bien opaque et très-blanche ; l'air rendu par l'expiration exhale alors fréquemment une odeur trèsfétide, sui generls^ et analogue à celle du cancer ulcéré des mamelles ou du cancer de la matrice.
La peau prend communément une teinte d'un jaune pâle , comme celle de presque tous les sujets affectés d'une mialadie cancéreuse.
Ces individus .sont toujours âgés de plus de trente ans, et la plupart d'entre eux n'ont pas seulement des tumeurs cancéreuses dans les poumons , ils en ont aussi dans d'autres organes , et alors il est évident que la dégénération cancéreuse des poumons est un effet de la diathèse cancéreuse générale.
Lorsque la mort n'est point accélérée par la suffocation, elle est presque toujours précédée d'une fièvre adynamique ou ataxique , ou bien de symptômes nerveux plus ou moins violens. Il n'y a qu'un petit nombre de malades qui périssent dans un état de marasme , à la suite d'une fièvre hectique bien caractérisée, ou d'un œdème partiel ou général qui masque l'état de maigreur.
ARTICLE m.
Maladies qui simulent le cancer (Ces poumons.
Toutes les lésions organiques des poumons, telles que les tubercules, les granulations miliaires luisantes, la mé-
lanôse, les concrétions calculeuses ou crétacées , les ulcérations, peuvent déterminer quelques symptômes analo^ gués à ceux qui sont produits par le cancer des poumons.
Les Iiydalides, les lésions diverses de la trachée ou des bronches, les catarrhes pulmonaires chroniques, les ampyèmes , les tumeurs diverses développées dans la cavité du thorax, etc., peuvent aussi être accompagnées de symptômes analogues à ceux qu'on a observés dans les cancers du poumon. Il nous seroit impossible de donner des notions exactes de ces diverses maladies , parce que cela exigeroit trop de développemens. Ainsi nous sommes forcés de supposer que le lecteur connoît exactement ce qui a été publié sur ces diverses aflfections.
Il suffit de savoir qu'on a de justes raisons de présumer l'existence du cancer des poumons, lorsqu'on observe les symptômes énumérés précédemment (art. 2) chez un individu qui a une autre maladie cancéreuse bien évidente, ou qui offre les symptômes généraux de la cachexie cancéreuse. Néanmoins, il faut tovijours se rappeler que les poumons étant sujets à une foule de lésions organiques ou vitales (jui déterminent à peu près les mêmes symptômes, le diagnostic des maladies de cet organe présente toujours quelques incertitudes. Cette remarque est bien propre à inspirer une salutaire défiance aux praticiens pénétrés de l'importance des conseils qu'ils donnent aux malades. Elle doit les porter à étudier avec persévérance, dans les cas douteux, le caractère de la maladie qu'ils traitent et dont ils remplissent d'ailleurs avec soin les indications générales à mesure qu'elles se présentent.
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ARTICLE IV
Traitement du cancer des poumons.
Tant qu'on n'aura découvert aucun spécifique propre à guérir les maladies cancéreuses, il sera impossible d'obtenir la guérison du cancer des poumons. Cependant , lorsqu'on aura des présomptions fondées sur l'existence de cette maladie, on pourra prescrire successivement plusieurs des moyens qui ont été préconisés comme efficaces contre les cancers. On trouvera ces remèdes indiqués dans la 4' partie de cet ouvrage.
Le traitement du cancer des poumons est à peu près le même, sous le rapport des indications générales, que celui des autres phthisies pulmonaires, si ce n'est qu'on doit insister plus particulièiement sur les sédatifs, tels que l'opium, les extraits d'aconit, de ciguë, de jusquiame, de belladone, etc.
On prescrira d'ailleurs les autres médicamens qui peuvent devenir indispensables à cause de la gravité de certains symptômes accidentels communs à toutes les espèces de phthisie pulmonaire , et qui sont indiqués dans tous les bons traités généraux relatifs à ces maladies.