‹ Traité des maladies cancéreusesChapitre 87 sur 121 · CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME

Cancer dvs os. .

Le cancer des os n'est pas très-rare. Il consiste tantôt dans la transformation d'un os ou d'une portion d'os en ûssu cancéreux, tantôt dans l'érosion progressive d'un os dont la dégénération cancéreuse n'attaque jamais que la

superficie , ne pénétrant dans une couche plus profonde qu'après la destruction de la couche superficielle d'abord devenue cancéreuse^ ensuite détruite par une sorte de décomposition.

11 ne faut pas confondre avec les deux maladies cancéreuses que nous venons de désigner certaines lésions particulières des os, telles que l'usure et la carie, produites accidentellement par une tumeur cancéreuse qui, agissant sur les parties osseuses avec lesquelles elle est en contact , les altère, les vicie et les détruit sans les transformer préliminairement en un tissu cancéreux. On ne doit pas non plus ranger parmi les cancers des os la fragilité universelle du système osseux qu'on a observée chez quelques individus affectés d'un cancer ulcéré des parties molles; car, n&us ne saurions trop le répéter, le seul moyen d'éviter la confusion dans cette matière consiste à refuser ie nom de cancer à toutes les lésions organiques dans lesquelles on né trouve point de tissu cancéreux.

Pour exposer nettement ce qui a trait au cancer des os, et aux maladies qui doivent en être distinguées , nous diviserons ce chapitre en cinq articles dans lesquels nous examinerons successivement : i° la transformation cancéreuse d'un os ou d'une portion d'os, et les maladies qui peuvent la simuler ; 2° le cancer superficiel des parties osseuses; 3° les signes qui distinguent l'usure et la carie des os (les maladies cancéreuses du tissu osseux ; 4' les raisons principales qui nous font regarder comme indépendante du vice cancéreux la fragilité des os attribuée à ce vice : 5^ le traitement des maladies cancéreuses des os.

CÀNCEH DES OS. 589

ARTICLE PREMIER

Transformation cancéreuse des os , et maladies qui peuvent la

simuler*

Un os peut subir la transformation cancéreuse chez un individu exempt de tout autre cancer, ou bien chez un sujet déjà atteint d'un cancer des parties molles. Cette lésion du tissu osseux a été aperçue depuis fort long-temps, mais elle a été mal décrite , et la plupart de ceux qui en ont parlé n'ont pas vu son rapport intime avec les autres maladies cancéreuses. J'ai trouvé trois variétés de la transformation cancéreuse des os, savoir la dégénération cérébriforme, la dégénération lardacée et la dégénération hyaloïde. Cette dernière est celle que j'ai vu produire les tumeurs les plus considérables, tandis que je n'ai jamais vu la dégénération cérébriforme des os acquérir beaucoup de volume. Ces trois variétés de la dégénération cancéreuse déterminent des symptômes différons, et constituent trois variétés du cancer des os, que nous désignerons sous les noms de cancer indolent, cancer lancinant et cancer exhubérant. Je décrirai chacune de ces variétés du cancer des os dans les § i, 2 et 5 de cet article. Dans le § 4? j'indiquerai les maladies qui peuvent simuler l'une ou l'autre de ces variétés du cancer, et les moyens de les distinguer ; enfin dans le § 5, je ferai quelques remarques sur ce qu'on trouve dans les auteurs relativement à la transfor xnation cancéreuse du tissu osseux.

§ 1". Cancer indolent des os. — Je n'ai jamais pu connoître, chez des individus vivans, l'existence du cancer indolent des os; car aucun des sujets chez lesquels j'ai eu occasion d'observer cette affection ne s'en étoit plaint pendant la vie, La plupart avoient une maladie cancéreuse de

SgO CANCEÏl DES OS.

quelqu'une des parties molles. Un seul avoit succombé à une maladie cancéreuse constitutionnelle, développée simultanément dans un grand nombre de parties fort éloignées les unes des autres. Il me seroit donc impossible d'indiquer les symptômes qui accompagnent le cancer indolent des os. Ce cancer est formé par la dégénération cancéreuse.

Si je n'ai rien pu recueillir sur les symptômes de cette affection, j'ai réuni du moins à son sujet bien des détails d'anatomie pathologique que j'exposerai ici. Le tissu cérébriforme occupe communément une petite étendue. Je l'ai rencontré souvent aux vertèbres et aux côtes, rarement dans les autres os. Tantôt il se borne à leur surface, tantôt il est totalement renfermé dans leur intérieur; quelquefois il a envahi la surface et l'intérieur en même temps. Quand la dégénérescence cérébriforme est à la surface de l'os , elle forme parfois une sorte de végétation dont la base est formée par une petite portion du tissu de l'os ramollie et transformée en un tissu nouveau. Toute la tumeur est inégale , irrégnlière et souvent bosselée. En l'incisant , on trouve qu'elle est plus ferme que la substance du cerveau avec laquelle elle offre d'ailleurs quelques rapports. Elle est d'un blanc un peu rosé, et on y voit de petits vaisseaux sanguins. Après avoir fendu l'os aussi profondément qu'on l'a pu avec l'instrument tranchant , on s'aperçoit que le tissu osseux «on encore altéré et la dégénération cérébriforme ne se touchent pas immédiatement, il y aentre les deux une substance blanchâtre moins dure que le reste de l'os et beaucoup plus ferme que la masse cérébriforme. Cette partie intermédiaire est d'autant plus molle qu'on se rapproche plus dn tissu cérébriforme, et d'autant plus dure qu'on se rapproche davantage de la partie de i'os saine ; et cela a lieu par des nuances tellement insensibles, qu'il seroit impossible d'assigner i€3

limites qui séparent la partie saine de celle qui est déjà altérée.

Quand le tissu cancéreux cérébriforme se développe dans l'intérieur d'un os , il y est sous la fornie d'un tissu charnu, rouge, quelquefois un peu analogue au tissu du riz de veau cru (thymus de v.eau), et d'autrefois fort analpgue au tissu du cerveau. Ce tissu charnu paroît s'être développé par la transformation du tissu ceiiuleux de l'os, dont le tissu compacte devient chaque jour plus mince et moins résistant.

Dans quelques cas ou la dégénération cancéreuse occupoit en même temps certaines parties molles iet l'intérieur de quelques parties osseuses, j'ai vu une ou phisieurs côtes qui présentoient à leur intérieur, soit au-dessous du cancer des parties molles, soit dans un endroit assez éloigné, une substance charnue, accideuteile, cérébriforme, lardacée , ou de toute autre apparence , tandis que la substance compacte n'étoit point encore aitérée d'une manière visible au - dessous du périoste , quoiqu'elle fût déjà très-amincie par sa surface intérieure. Lorsque dans des circonstsHîces analogues on trouve sous un cancer ulcéré du sein les côtes profondément altérées et tellement ramollies qu'elies n'offrent plus de résistance, parce quq leur substance compacte est en partie détruite et percée dans une infinité de points , on seroit tenté de croire que la côte est cariée;- mais en examinant la lésion de l'os , il est facile d'apercevoir qu'elle ne dépend point d'une carie ;^ il y a dans l'intérieur un tissu charnu cancéreux qui rem-| place le tissu spongieux dont on ne retroLive plus que quelques parcelles; ce tissu charnu a usé la substance com])acte de l'os, et y a fait les nombreuses ouvertures dont il est percé. C'est ainsi que les fongus de la dure-mère perforent les os du crâne ea les usant sans les carier (chap. xx|x, sect. II, art. 1", § 1).

Sga cânceb des os.

§ 3. Cancer lancinant des os. — Le cancer lancinant des os est formé par la dégénération cancéreuse lardiforme. Il semble attaquer de préférence les parties osseuses qui renferment une grande quantité de tissu spongieux, telles que les extrémités des os longs, les os du métatarse (Obs. Louis, Mém. de chir., tom. vi , p. 36).

Lorsque cette maladie commence , elle détermine quelquefois peu de douleur, et ne se décèle que par l'augmentation de volume de la partie osseuse qui en est le siège ; d'autrefois elle débute par des douleurs plus ou moins vives, suivies d'un gonflement notable de l'os affecté. Elle peut persister pendant un temps considérable sans produire d'ulcération. A cette époque de la maladie , si le malade n'a pas un autre cancer, il est souvent impossible de décider quelle est la nature de Texostose.

Lorsque ce cancer passe à son deuxième degré , il se forme , dans l'intérieur du tissu cancéreux , de petites excavations qui constituent de véritables ulcères internes. A cette époque, de quelque manière que la maladie eût débuté, la tumeur fait ressentir par intervalles des douleurs vives et lancinantes, qui sont plus cruelles encore la nuit que dans la journée. La peau devient bosselée, rouge, distendue , et douloureuse au-dessus de la tumeur, et elle finit par s'ulcérer. Il sort de l'ulcère, qui est profond et caverneux, une matière putride, très-fétide, mélangée de divers détritus, des parties frappées de mortification. Les bords de l'ulcère deviennent durs , épais , renversés, et si la maladie est livrée à elle-nséme, les malades succombent dans le dernier degré de marasme, après avoir souffert des douleurs horribles. Ces douleurs, malgré leur excessive violence, ne sont pas toujours continues ^ quelquefois elles cessent, ou du moins se modèrent beaucoup pendant un certain laps de temps; mais elles recommencent ensuite avec

CANCER DES os. SgS

une nouvelle fureur, et le malade est en proie à des souffrances épouvantables qui se terminent par la mort.

Lorsqu'on dissèque nn os atteint de la dégénération cancéreuse lardiforme , cette dégénération est plus ou moins avancée. Sicile est encore dans le premier degré, le tissu lardacé est luisant, un peu brillant , de couleur blanche , rougeâtre, ou même brunâtre dans quelques endroits. On y aperçoit quelques vaisseaux capillaires sanguins d'une singulière ténuité. Une substance brillante et transparente semble logée dans une infinité de cellules , dont la plupart sont formées par des lames brillantes, mais non transparentes. La consistance de ce tissu est quelquefois aussi ferme que celle d'un cartilage, d'autrefois elle égale à peine celle du parenchyme du foie.

La dégénération occupe toute l'étendue de l'os ou de la portion d'os qui offre un ramollissement : mais on n'aperçoit d'une manière distincte l'apparence charnue ou lardacée que dans les endroits où la maladie a fait le plus de progrès , car, dans ceux où l'os commence à peine à s'altérer, il n'offre point encore le même aspect. Il ressemble plutôt au tissu du corps des vertèbres, tel qu'on le trouve après en avoir enlevé le phosphate de chaux à l'aide des acides.

Quand le cancer , formé par le tissu lardacé , est trèsconsistant et en même temps fort luisant , il a le plus grand rapport avec la dégénération qiû constitue le cancer formé par la dégénération cancéreuse hyaloïde des os, dont il sera question dans le paragraphe suivant; il est même des cas où il seroit dilïicile de décider à laquelle de ces deux dégénérations doit être rapportée une dégénération osseuse qu'on a sous les yeux. Mais cela est médiocrement important , puisque ce sont deux variétés de la même maladie.

Lorsque la dégénération lardacéc est parvenue à son

deuxième degré, on y trouve de petites excavations qui contiennent un liquide ichoreux, sanienx ou pulride , de couleur et de consistance très-variées ; les parois de l'excavation sont inégales, irrégulières, et dans un état d'ulcération et de destruction commençante.

Dans le dernier degré, plusieurs de ces excavations se sont vidées et communiquent par une ouverture plus ou moins large avec la surface de l'ulcère. Les parties molles sont elles-mêmes profondément altérées, tantôt elles sont transformées en un tissu de nature cancéreuse et lardacée, tantôt elles sont seulement dans un état de phlegmasie j elles présentent un mélange de diverses sortes de dégénérations.

§ 5. Le cancer eiX)hubérant des os. — Je donne ce nom à une variété du cancer des os dans laquelle la tumeur acquiert un volume énorme. Ce cancer est formé par une dégénération cancéreuse , hyaloïde ou viîréiforme. (Int. , chap. m, art. n, § 2. ) Cette maladie n'est point fréquente, mais, lorsqu'elle existe, on a presque toujours l'occasion de la reconnoître pendant la vie des malades : aussi plusieurs auteurs en ont-ils parlé, comme on le verra bientôt.

Cetfe variété du cancer affecte principalement la partie compacte des os longs , et ceux qui sont les plus durs sont aussi ceux où l'on a observé le plus souvent cette maladie.

La partie malade se tuméfie , elle n'est point douloureuse ou ellel'est très-peu ; son volume s'accrott très-lentement. Pendant long-temps les parties voisines n'éprouvent d'autre altération qu'un déplacement ou une extension nécessitées par l'augmentation progressive du volume de la tumeur. Il arrive quelquefois , alors, que les malades éprouvent dans la partie où est la tumeur des douleurs profondes, tantôt distensives , tantôt d'une autre nature.

Au milieu de tous ces désordres, les parties musculaires

CANCER DES OS. SgS

continuent à exécuter leurs fonctions, quoique avec moins de liberté que dans l'état naturel.

Ce n'est qu'après une longue durée que ces tumeurs produisent une ulcération. Lorsque cette terminaison doit avoir lieu, le volume de la tumeur fait chaque jour des progrès, les parties voisines de la dégénéraîion cancéreuse sont prises d'inflammation chronique dans l'endroit ou doit commencer l'ulcération cutanée; mais celle-ci ne prend point un aspect cancéreux : néanmoins la surface de l'ulcère est inégale et d'un aspect qui annonce que la maladie est de très-mauvaise nature. Des sinus très-profonds pénètrent dans les foyers cancéreux, dont l'élargissement et le voisinage ont déterminé l'ulcération cutanée. Il y a quelquefois, à la surface de la peau, plusieurs ouvertures qui toutes communiquent avec des excavations creusées dans l'intérieur de la tumeur cancéreuse de l'os. A cette époque le volume de la tumeur, augmentant avec rapidité, devient quelquefois énorme.

Cette maladie, livrée à elle-même, devient constamment mortelle. Dans le commencement , elle ne peut pas être distinguée des autres exostoses ; mais lorsqu'elle a acquis un volume très-considérable , il est évident que l'exostose n'est point vénérienne; et lorsque le sujet a plus de vingtcinq ans , et qu'il n'est point scrofuleux, on ne peut pas regarder l'exostose comme de nature scrofuleuse. Tout porte donc à présumer qu'elle tient à une dégénération cancéreuse. Or, comme elle occupe ordinairement la partie moyenne^ d'un os long, et qu'elle est très-volumineuse, on est autorisé à la regarder comme formée par ie tissu cancérenSf hyaloïde. En disséquant un os frappé d'une dégénéra tion hyâloïde dans son premier degré, on trouve les parties molles sans altération , mais déplacées parle volume de la iumeur, élargies, et ayant quelquefois changé de rapport entre elles. La dégéaération a communément pris naissance dans la

Sgô . CANCER DES OS.

partie compacte dé l'os ; elle forme une masse irrégiilière, blanche, luisante, presque d'apparence cartilagineuse, plus ou moi 15 profondément lobée et toute bosselée ; chaque bosselure paroît formée par plusieurs lobes réunis, formés eux-mêmes par la réunion d'une infinité de granulations vésiculaires et luisantes ; le tout représente une substance vitreuse ou de l'eau glacée , d'une forme analogue à celle d'un choufleur.

Par des incisions pratiquées dans cette masse informe, on détermine l'écoulement d'une très-petite quantité de liquide filant, visqueux, transparent , qiù éloit reufermé dans celles des petites cellules qui ont été ouvertes avec l'instrument tranchant : on ne voit bien la structure de la tumeur qu'après avoir scié ou divisé l'os, selon sa longueur. La maladie avoit - elle commencé dans un seul côté du cylindre osseux, ce qui est asse^z rare , on trouve le cylindre de l'os plus ou moins dilaté dans une certaine étendue; il semble crevassé dans un point de sa circonférence , et c'est des bords et des environs de celte crevasse, ordinairement très-large, qu'on voit partir les lames osseuses qui forment la charpente de la tumeur. La dégénération avoit-elîe pris naissance dans toute la circonférence du cylindre d'une portion de l'os, le canal médullaire est plus ou moins rétréci ou oblitéré; ses parois , dégénérées , ont acquis une épaisseur remarquable ; il en part circulairement des expansions osseuses disposées en cellules , en lames et en filamens. Ces lames et ces filamens forment des rayons inégaux et irréguliers, dont plusieurs s'étendent jusqu'à la circonférence de la tumeur. Il en est qui se terminent aux endroits ou les scissures séparent les bosselures et les lobes. La substance h\iôante et plus ou moins transparente est intimement unie à l'os et aux expansions osseuses que nous venons de décrii e; elle occupe tout rinterstice de ces sortes de rayons

GANCBR DES OS. Sg^

osseux , de manière qu'elle a bien moins d'étendue près de la portion de l'os qui sert de base à la tumeur que vers la circonférence. Toute cette substance luisante paroît formée de cellules transparentes, parcourues par des vaisseaux sanguins très-fins et peu nombreux. Un liquide transparent remplit la plupart de ces cellules, et, en outre, lorsque la dégénération est arrivée à son deuxième degré, on voit, dans diverses parties de la tumeur, des excavations plus ou moins considérables , qui sont assez grandes pour enfermer un pois , une noisette, une noix ou même un corps plus volumineux. Ces excavations renferment communément un liquide transparent, souvent incolore, et d'autres fois rougeâtre, qui est quelquefois aqueux et, plus ordinairement, visqueux. Dans le voisinage des excavations la substance de la tumeur est souvent rougie par un grand nombre de vaisseaux sanguins très-fins. Si les excavations présentent une ouverture, celle-ci aboutit à une ulcération cutanée. Les parties molles, ulcérées, n'offrent point de tissu cancéreux, elles sont seulement dans un état de pblegmasie chronique.

La portion de l'os qui, par sa dégénération, a donné naissance à l'exostose cancéreuse est plus ou moins altérée, et lorsqu'il ne reste presque plus de substance compacte qui ne suit ramollie et transformée en tissu cancéreux, l'os se casse avec une grande facilité.

. Si la dégénération cancéreuse dont il s'agit ici occupe un os spongieux, cet os augmente considérablement de volume , ses cellules sont remplies d'une substance luisante , et comme cartilagineuse, et tout l'os dégénéré est blanc, luisant et paroît comme cartilagineux. La dégénération forme alors la nuance entre le cancer formé par un tissu hyaloïde et le cancer formé par un tissu lardiforme.

§ 4- Diagnostic du cancer des os , et des maladies et lésions organiques q-id pourvoient être confondues av^c lui. ^— Le can^

cer des os peut être confondu, par ses symptônâes, avec les exostoses et avec les périostoses; par l'aspect du tissu; dégénéré, avec d'autres lésions organiques du tissu osseux. Dans tous ces cas , un examen attentif peut fournir des lumières précieuses.

Les exostoses et les périostoses les plus communes, que nous réunirons ici sous le nom commun d'exostoses , sont : i^l'exostose vénérienne ,3°rexostose traumàtique,5°rexostose scrofuleuscj 4° Texostose scorbutique. La première ne survient que chez des individus qui ont eu ou qui ont actuellement d'autres signes de syphilis. Elle cède aux antisyphilitiques, elle n'acquiert pas un volume aussi considérable que la tuméfaction dépendante des dégénérations lardacée et hyaloide. La deuxième est le résultat d'une contusion ; elle diminue par l'usage des moyens appropriés au traitement des contusions ou devient indolente et stationnaire. Elle peut néanmoins favoriser le développement d'une dégénération cancéreuse, de l'os, chez un individu qui y étoit déjà prédisposé; la troisième affecte surtout les individus qui sont au-dessous de l«ur vingtième année, et qui offrent les signes généraux de la constitution scrofuleuse ; elle a principalement son siège dans les petits os spongieux et aux extrémités des os longs ; la quatrième ne se manifeste que chez des individus qui déjà présentent , depuis un certain temps, à un haut degré, les signes du scorbut. La tuméfaction des os , produite par leur dégénératiôn cancéreuse, n'a lieu qu'après la vingtième année ; elle n'est pas l'effet d'une syphilis et ne cède pas aux aritisyphilitiques ; elle n'est point la suite immédiate d'une contusion ; elle n'est pas précédée des signes d'un scorbut très-prononcé; elle a communément son siège dans la partie compacte des os ^ surtout vers le milieu des os longs. Elle coïncide qr.elquefois avec un autre cancer. Ces signes suffisent pour éclairer le diagnostic dans le plus grand

«ombre dés cas. Mais, lorsque le caractère de la maladie n'a pas pu être reconnu dans le principe , il devient presque toujours manifeste à l'époque où la tumeur a pris un volume considérable ou s'est ulcérée. Enfin, dans les cas rares où le diagnostic a été impossible, le véritable caractère delà dégénération de l'os ne peut être reconnu que par la dissection faite après l'amputation de la partie affectée ou bien après la mort du malade.

Les lésions organiques qui peuvent, par l'aspect du tissu de l'os dégénéré, être confondues avec la transformation cancéreuse du tissu osseux, sont ; i°le ramollissement des os; 20 leur dégénération tuberculeuse; 5° certaines dégénérations qui paroissent le résultat du vice scrofuleux. Voici comment on les distingue.

10 Le ramollissement des os ne leur fait pas acquérir'un volume aussi considérable que leur dégénération hyaloïde; il ne leur fait point prendre un aspect lardacé ou cérébriforme ; il n'est pas aussi borné que les dégénérations cancéreuses ; il ne fait subir aux os d'autre changement que la disparition du phosphate de chaux et le développement plus notable des capillaires sanguins, d'où résulte une rougeur plus ou moins prononcée de l'os ramolli j

2° La dégénération tuberculeuse du tissu osseux, qu'on pourroit prendre pour une transformation ou cérébriforme ou lardacée, tiu même tissu parce qu'elle est toujours très-bornée, diffère totalement de ces dernières, parce qu'elle est terne comme tous les tubercules , et non point luisante et brillante comme les tissus cancéreux.

3® Il est une dégénération du tissu osseux , produite probablement par le vice scrofuleux , qui se rapproche singulièrement du cancer hyaloïde des os. A la vérité, on ne l'observe que chez des individus qui n'ont pas atteint leur vingtième année, et qui sont plus ou moins évidemment affectés du vice scrofuleux. Elle a communément son siège

4oo CANCER DBS OS.

aux extrémités des grands os ou dans les petits os spongieux; elle est bien moins luisante que la dégénéra tion hyaloïde ; elle n'est pas lobée, etc. : mais ces caractères ne fournissent pas des signes assez satisfaisans de la différence do celte dégénération et de la dégénération hyaloïde. En effet, cette dernière peut affecter les extrémités des os longs, les petits os spongieux, etc. La première peut s'étendre à la partie compacte des os. Dans les deux cas, le tissu dégénéré est luisant; dans les deux cas, il peut offrir, dans divers endroits, une infdlration de matière tuberculeuse.

Nous sommes donc forcés de convenir qu'après la dissection de la partie lésée on reste quelquefois dans rincertitude sur le caractère de la dégénéra tiou de la partie spongieyse des os. Celte matière nous paroît donc exiger de nouvelles recherches. L'amour de la vérité nous fait un devoir d'indiquer ainsi les lacunes de la science et les points obscurs qu'il est nécessaire d'éclaircir.

§ 5. Remarques sur cequon trouve dans les auteurs , concert nant la dégénératlon cancéreuse des os.-—' Parmi les praticiens qui, avant la publication de l'article cancer du DicUonnaire des Sciences médicales, en 1812, avoiciit parlé des maladies des os ^ personne n'avoil donné une idée plus nctlc de ia transformation cancéreuse du tissu osseux que J.-L. Petit et M. Léveillé. Ce dernier {Recueil périod., tom. xxvi, p. 4 s 8) dit avoir vu à la suile de cerlaiiies amputations nécessitées par une maladie des os, le bout de ceux-ci se développer prodigieusement et « dégénérer en une masse charnue, dure, douloureuse, et présentant tous les caractères du cancer : maladie qui affectpit principalement l'os, dont le mauvais état avoit nécessité la soustraction. » Jean-Louis Petit {Traité des maladies des os , tom. il, p. 5o8j dit avoir vu plusieurs exostoses cancéreuses. Il en rapporte un exemple remarquable^ dont il a été témoin ^ ahçc uug femme 4e

CANCER DES OS. " /Joi

cinquante ans , à laquelle il avoit enlevé un Cancer à la mamelle deux mois avant l'invasion de la maladie de Tos. Le même aulcur avoit va avec Malaval une exostose cancéreuse à rexlrémité supérieure du tibia et du péroné, près du genou. M. Cullerier a publié, en i8i5 (Dlàt. des Sciences inéd.y tom. xiv, p. 322 ) , l'observation d'un osteo-sarcome cancéreux , dont il a été fiiit un modèle en cire déposé dans le cabinet de l'École de médecine de Paris.

Les anciens n'ont point connu cette maladie. Celle que Celse a indi{[uée sous le nom de cancer ossis est la nécrOvSe [Cc\se,Dereinedicâi\[h. viu, cap. 6). Rhasès a décrit inie aflection des os longs qu'il a désignée par un nom arabe qu'on a traduit par les mots latins spinœ venfum , spinoi ventositas , vcntuin ou jlatum spinetun , et enfin spina ventosa (1). Les Arabes im jginoient que cette maladie étoit produite par une substance gazeuse ou aériforme. Il est très-probable que cette maladie est, dans la plupart des cas , une dégénération cancéreuse. On l'a attribuée à une carie du canal de l'os ; mais il n'est pas évident qu'une pareille carie existât dans la plupart des exemples de spina ventosa rapportés par les auteurs.

Marc-Aurélc Séverin, dans son traité De reconditâ. aOscessuunmaturâi publié à Naplcs en iG55 , a confondu, sous le nom de pœdartlirocacc^ les maladies des os les plus dissemblables, telles que leur tumélaction scrofuleuse, leur ramollissement , leur carie avec exostose, etc. Il n'a point connu la nature des exostoses cancéreuses qui ont pu se présenter à ses yeux. Des auteurs plus modernes ont tout embrouillé en employant , sans les définir^ les noms de spina ventosa, d'exostose, d'osteo sarcome, de ramollisse^ ment des os, de carie interne, de pœdarthrocace, etc., qu'ils regardent tantôt comme synonymes, tantôt comme con-

>* I III r-^ ■ ■ mil II»

(1) Hcisi. inst. clw\f puw. i, \'\\). v, cap, 9.

sacrés à désigner autant de maladies distinctes. On trouve dans les auteurs des observations de dégénérations cancéreuses des os désignées sous plusieurs de ces noms , par lesquels sont désignées aussi des maladies des mêmes parties, produites par le vice scrofuîeux, par le racliitis, par le virus vénérien , etc. On pourroit éviter de nouveaux écarts à ce sujet en n'employant désormais, pour désigner les maladies du tissu osseux, que des noms dont on auroit donné une définition précise. Pour mieux faire comprendre iliotre pensée et pour faciliter la description des maladies des os , nous donnerons ici le nom et la définition des lésions organiques qu'on trouve le plus souvent dans le système osseux.

L'eosostose est l'augmentation du volume de l'os, qui con-* serve sa solidité «

La carie est l'ulcération de l'os qui est détruit progressivement par une sorte de suppuration.

Le spina ventosa est une carie dans l'intérieur d'un os long, ou même d'un os spongieux, soit que la maladie appartienne primitivement à l'os, soit qu'elle ait commencé dans les parties molles renfermées dans l'os, telles que la moelle, les membranes, les conduits vasculaires, etc.

Le ramollissement des os est cet état du système osseux dans lequel les os, sans se tuméfier et sans prendre un aspect charnu, sont privés du phosphate de chaux et deviennent semblables à des cartilages.

'VosteO'Sarcome est ce xnèmQ ramollissement accompagné de la tuméfaction de la partie de l'os qui est le siège de la maladie.

La carnification est le ramollissement , avec ou sans tuméfaction, du tissu osseux qui prend une apparence charnue. On peut en voir un exemple remarquable dans Manget(Bibl. chirurg., tom.iii, p. 36o^ext. des Miscellan, N. C. decur. ui, ann. a). Quelques auteurs ont comparé la partie

compacte des os ramollis au tissu des gencives ; leur partie spongieuse a une chair aussi facile à inciser que le tissu du foie.

Le pœda?'throcaciest une tuméfaction presque toujours accompagnée d'une dégénération du tissu osseux ^ qui survient principalement aux os spongieux des membres , et aux extrémités des os longs chez des individus scrofuleux ou rachitiques qui n'ont point encore atteint Tâge de puberté y ou qui ne l'ont dépassé que depuis peu d'années.

Le cancer des os est une dégénération du tissu osseux qui présente la même apparence, la même structure intime que l'une ou l'autre des variétés du tissu cancéreux qu'on trouve à la base du cancer ulcéré des mamelles.

En se servant de ce langage précis dans l'exposé des maladies des os qu'on pourroit avoir à décrire, il ne faudroit jamais perdre de vue que les diverses altérations des os peuvent, comme la plupart des lésions organiques des parties molles, être isolées ou réunies en plus ou moins grand nombre dans le même endroit. Il ne faudroit donc point prendre pour des altérations simples celles qui sont composées et dans lesquelles on observe en même temps une carie, un ramollissement, un osteo-sarcome, etc., ou uns exostose , un ramollissement , une dégénération cancéreuse , etc. On trouve dans les ouvrages de l'art plusieurs exemples de ces dégénérations composées. (Voyez les observations rapportées dans le Recueil périodique, îom. vu, p. 81, et tom. Kxvi, p. 412; voyez aussi celles dont parle Ruysch, Obs. anat. et chir., obs, 81.)

4o4 €4N€Ëa ms o§.

ARTICLE II

Cancer superficiel des os.

Le cancer superficiel des os paroît une maladie consécutive produite par les cancers cutanés ; on n'aperçoit son existence qu'au moment où l'os a été mis à nu par l'ulcère cancéreux. On voit alors le tissu osseux se détruire insensiblement à mesure que l'ulcération des parlies molles continue à faire des progrès. Jean-Louis Petit a très-bien décrit cette destruction progressive des os. « Ce n'est point une carie avec vermoulure, dit ce célèbre chirurgien (i)---- »Les os s'usent et s'anéantissent en pièces si petites qu'elles disparoissent sans qu'on aperçoive des esquilles.

M. Léveillé (Recueil périodique, tom. 26, p. 5i5) a fort bien décrit l'état dans lequel on trouve les os qui ont été le siège d'un cancer superficiel ; on trouve que l'altération de l'os, dit cet auteur, se présente sous la forme d'une surface corrodée, inégale , spongieuse sans aucune apparence d'exostose. Tout est de niveau, il n'y a pas plus de profondeur dans un point que dans l'autre, et la circonférence n'oflfre pas plus de mollesse et de friabilité. En un mot^ la ligne de démarcation qui circonscrit la maladie ne laisse qu'une foible nuance entre elle et ce qui est sain. On n'observe pas le moindre vestige d'esquille. Tout paroît rongé par parcelles infiniment ténues et nullement pei'ceptibles aux sens.

On trouvera plus de détail sur ce qui concerne le cancer superficiel des os dans le chapitre relatif aux cancers cutanés de la face (chap. vm, art. i®"", §3^5^ degré, et art. 3).

(1) Traité des maladies des os, t. n, p. 311.

ARTICLE III

Signes qui distinguent L* usure et la carie des os de la dégénération cancéreuse du tissu osseux.

Il est facile de distinguer la transformation cancéreuse des os de l^ur carie et de leur usure. 31ais le cancer superficiel des os ne peut être nettement distingué de certaines caries que par les signes suivans. Le cancer superficiel de l'os ne s'observe que dans un degré avancé des ulcérations cancéreuses cutanées, tandis que ces caries se manifestent dans des cas où les parties molles ne sont point affectées d'un ulcère cutané de nature cancéreuse. Dans le cancer superficiel des os , on ne voit point un écoulement putride, qui soit fourni par la surface de l'os altéré. Dans les caries accompagnées d'une ulcération cutanée, on observe un écoulement particulier bien manifeste. La surface de l*os , affectée du cancer superficiel, est usée uniformément. Celle de l'os carié , chez un sujet dont la carie est entourée d'une ulcération, est plus ou moins inégale , irrégulière et fort raboteuse.

Lorsqu'une tumeur cancéreuse de la dure-mère, ou même de l'intérieur des fosses nasales, comprime un os , elle l'use et le détruit de la même manière que les tumeurs anévrismales. La substance de l'os détruit est résorbée. On n'observe pas de carie, il n'y a aucun écoulement à la surface de l'os, dont une partie a été dénudée et comme enlevée d'une manière plus ou moins irrégulière; le tissu de l'os n'a d'ailleurs subi aucune altération. S'il y a dans le voisinage un tissu ligamenteux ou cartilagineux, il n'a subi aucune altération dans sa texture, il n'est point usé, et en partie détruit comme Tos.

Enfin, dans certains cas, il arrive qne le voiiina|e d'tin

4o6 CANCEB DES OS.

cancer ulcéré irrite et enflamme les parties voisines, sans les transformer subitement en un tissu cancéreux. Ces parties enflammées peuvent suppurer et s'ulcérer. Or , les os sont quelquefois enflammés aussi dans le voisinage des cancers ulcérés, ils s'altèrent et sont pris de carie. Cette lésion ne doit pas être confondue avec la dégénération cancéreuse des os^ parce que, dans cette carie, aucune portion du tissu de l'os n'a subi la transformation cancéreuse. Et la surface de l'os carié n'est pas usée uniformément, etc. Elle est pareille à celle des autres caries qu'on observe dans certains ulcères non cancéreux.

ARTICLE IV

Raisons principales qui me font regarder comme indépendante du vice cancéreux la fragilité des os qu^on a observée dans quelques cas de cancer.

On a affirmé que le vice cancéreux ramollissoit les os, on a dit qu'il les rendoit friables , qu'il les disposoit à se casser avec une inconcevable facilité. Cela peut être vrai dans quelques circonstances où les os deviennent le siège d'une dégénération cancéreuse; mais dans ces cas le ramollissement n'a lieu que dans les endroits dégénérés et cancéreux. Le reste du système osseux n'est point fragile , et chez les individus affectés d'un cancer , les os ne deviennent pas universellement fragiles , comme on Ta avancé.

J'ai examiné avec un soin particulier l'état des os chez les individus qni avaient succombé à des maladies cancéreuses, et, quoique j'aie ouvert un nombre très-considérable decessujets,jen'ai pas observé que leurs os fussent plus faciles à casser que ceux des autres sujets qui avoient le même âge et dont la maladie avait eu la même durée. Il est probable qu'on aura attribué au vicQ ca^ucéreux toutes les lésions avec les-

quelle son l'aura trouvé réuni ; dès-lors il n'est pas étonnant que chez des sujets âgés ou malades , et alités depuis longtemps, ou profondément scorbutiques, ou bien affectés de quelque maladie des os, on ait observé cette extrême fragilité dont on a fait si grand bruit, et qui, dans la réalité, n'est peut-être pas plus fréquente chez les sujets cancéreux que chez les autres malades qui succombent à des maladies de très-longue durée. On sait que chez les vieillards les os se cassent ordinairement avec une incroyable facilité. La même chose arrive quelquefois à la suite des maladies chroniques qui pendant long-temps ont tenu les malades dans l'inaction. Si donc un individu qui est très-âgé a un cancer, il ne faut pas attribuer au cancer la fragilité des os qui tient à la vieillesse. li en est de même des autres circonstances dans lesquelles le cancer coexiste avec la fragilité des os, sans en être la cause. Enfin lorsqu'au dessous d'une tumeur cancéreuse du sein une côte est cancéreuse ou cariée, elle se casse avec facilité, mais on ne trouve pas une plus grande fragilité dans le reste du système osseux. Ces raisons me paroîtroient suffisantes pour ne pas admettre , comme on le fait presqu'universeliement, que le cancer, accompagné d'un dépérissement universel, affecte profondément les os et les rend très-fragiles. Maison verra en outre, dans la troisième partie de cet ouvrage , lorsque nous traiterons de la fragilité des os dans le cancer, que la lésion organique qui rend les os si fragiles, est une maladie particulière, indépendante du vice cancéreux, et qu'où a observée très-fréquemment chez des individus qui ne paroissoient en aucune manière être atteints d'une maladie cancéreuse.

4oS canceb bes os*

' ARTICLE V

Traltemeîitdu cancer des os.

10 Lorsqu'un ulcère rongeant du visage ou de quelque autre partie de la surface du corps a mis à découvert un os qui est ainsi devenu la proie d'un cancer superficiel (art. 1"), il est impossible d'obtenir la guérison de l'ulcère, si on ne remédie point au vice de l'os. Il faut donc, après avoir extirpé les parties molles frappées de la dégénération cancéreuse, cautériser ou ruginer l'os affecté , sans omettre aucune des précautions que nous avons recommandées à ce sujet, (i" part., chap. viii, art. 3.)

2° Si, après l'opération d'un cancer au sein , on trouvoit une cote cancéreuse ou dans un état suspect , on ne devroit pas hésiter à enlever la partie de l'os altérée , ainsi que nous l'avons dit précédemment. ( 3^ part., chap, i*^', art. vu, § 2, n" 5.)

5° Lorsque , d'après les signes indiqués ci-dessus (art. ^'S S 4)? on est parvenu à reconnoître l'existence de la transformation cancéreuse d'un os ou d'une portion d'os, l'indication d'enlever la partie malade est évidente. On doit donc en faire l'ablation si l'état du malade et la situation de la maladie n'y mettent pas obstacle. L'opération doit être variée selon le siège et l'étendue de l'affection. On sent qu'il est des circonstances dans lesquelles l'amputation d'un membre devient indispensable. Il est avantageux dans ces cas de pratiquer l'opération de manière à enlever , s'il est possible , la totalité de l'os dont une seule partie paroit le siège de la maladie. Ainsi on coupe la cuisse si le siège de la maladie est à la jambe, etc. On est alors moins exposé à voir le cancer se reproduire à l'extrémité de l'os amputé.

ga'NCer des os. 409

4* Enfin 5 dans les cas fâcheux où l'extirpation de la partie malade n'est pas possible, ou ne présenteroit aucun espoir de succès, on a recours au traitement palliatif destiné à prolonger la vie et surtout à diminuer les souffrances. Xous avons indiqué ce traitement (2* part., chap. 1"*, art. VII, § 4)' Nous ne reviendrons point sur ce sujet.

Observations de cancer des os sous te nom de spina ventosa,

Nuck, Inexperlm. suis chlrurgiis (Manget, Bibl. chir., t. iii) p. 401 5 et 549), dit que le spinaveniosa est une maladie qui prend son origine dans le canal médullaire de l'os, qu'elle perfore la substance compacte , et vient ensuite léser le périoste , qu'à cette dernière époque elle détermine des douleurs lancinantes, une tumeur molle sans changement de couleur à la peau, et qu'enfin il s'établit un ulcère fistuleux accompagné de fièvre et d'émaciation , et une excroissance cartilagineuse occupe bientôt la partie affectée {subinde occupât partent affectam).

Il dit que cette maladie, communément incurable, cède quelquefois à l'usage des anti-syphilitiques qui font abondamment saliver et suer. Il paroît qu'il regarde ensuite celte maladie comme une carie de l'os.

Obs. de Van Horne (Manget, Bibl. chir., tom. m, p. 357). État de Cas dans le spina ventosa démontré par la dissec'tion.

Une baronne eut une maladie que je reconnus être un spina ventosa pareil à celui que j'avois autrefois vu à Naplcs, avec le célèbre :»1. d. Scverini, qui l'a t'ait figurer dans son ouvrage [de recondità abscessuum naturâ, p. 4^7)* H fallut procéder à rampiilaiion de li jambe.

En disséquant la parlic ansputée , on tr(5uva la peau trèsamincie par suite de sa distension; les tendons des muscles péroniers et le tendon d'Achille étaient trts-amincis (<«-

4lO CANCER DES OS.

nuem , instar alicujas chartm)\ le seul calcaneum étoit lésé, et U étoit devenu si voluîiiineux, qu'il pesoit uije livre et demie. Noîi-seuiement il étoit devenu poreux , mais encore ces pores étoient remplis d'une matière cartilagineuse pareille à celle du cartilage qui entouroit l'os ( os extrinseeus ambiebat ) , et une matière calleuse étoit en outre attachée sur ce cartiJage.

Tulpius 5 lib. iv, cap. i3, rapporte une observation qui paroit avoir des rapports avec le cancer des os.

Yincent Baudouin, homme d'un âge avancé, vécut trèsmalheureux , à cause d'une lésion de l'humérus, qui, dans l'espace de quinze ans, se fractura quatre fois. Cet osaugn|ientant de volume par suite de ces accidens, acquit un^ telle grosseur que l'épaule ni la poitrine n'en pouvoient plus soutenir le poids. De vives douleurs s^y^ faisoient ressentir, le sommeil étoit impossible, et la pesanteur du bras gênoit la respiration en s'opposant à la libre dilatation de la poitrine. Rien ne put soulager ce malade. On ne put pas pratiquer l'amputation à cause de l'énorme dilatation des vaisseaux sanguins. Enfin, ce malade mourut.

Tout avoit pris, au-dessous de la peau, la consistance de la glu, et la nature steatomateuse ; celte altération étoit peu différente de la matière qui constitue le vrai cancer. Les os étoient tellement ramollis, qu'on pouvoit les inciser avec le scalpel, comme on auroit coupé de la cire. Ces os sembloient avoir été brisés en parcelles fines à l'aide d'un marteau.

N. B. Je ne conçois pas trop comment les divers détails relatifs à cette description peuvent s'accorder. Mais il paroît qu'il y avoit ici un ramollissement nolable des os et un tissu analogue au tissu cancéreux , soit dans les parties molles, soit dans ces parties et dans les os en même temps.

CANCER DES OS. AlJk

Obs. Osteo-sarcome qaidoit êtrerapportè selon toutes les apparences au cancer des os. — Pierre Diichin (i),âgé de quarantecinq ans, eut une entorse dans rarticuiation du pied droit avec la jambe vers l'âge de trente-cinq ans. 11 se rétablit; mais^ lorsqu'il put marcher, il éprouva dans la progression quelques douleurs peu considérables ; en touchant la naalléole externe j on y trouvoit un engorgement qui n'étoit point douloureux par la pression. Mais le malade y ressenîoit des douleurs sourdes et profondes lorsqu'il prenoit l'attitude qu'il avoit lorsqu'il s'étoit luxé en partie le pied. Quatre mois après cet accident, ce jeune homme se livra à ses travaux ordinaires.

Dans le courant de l'an x et au mois de vendémiaire , Duchin reçut dans la partie restée constamment gonflée un coup provenant d'une boule lancée avec vigueur, et il tomba en syncope. La contusion fut traitée par les moyens ordinaires, le gonflement devint considérable, les douleurs vives et profondes^ le mouvement impossible. Le mal augmenta sensiblement, la tumeur avoit acquis un volume considérable, toute la jambe étoit prise, tendue , rouge et douloureuse. Des élancemens considérables sembioient partir de la surface des deux os de la jambe ; le malade ne dormoit pas. Il passa ainsi dix-huit mois. La jambe perdit sa forme ordinaire, son volume devint quatre fois plus considérable que dans l'état naturel. La peau étoit tendue, douloureuse , luisante et prête à se crever. îl consulta M. Dubois, professeur à l'École de médecine, qui lui conseilla de se faire amputer la cuisse. Le malade se refusa à l'opération et se retira dans ses foyers.

(1) Septième observation d'osteo-sarcome {Dissertatian sur les maladies du système lymphatico-sanguin des os, etc. , page 21 , thèse de M. Houzclot; Paris, 180i.

4l2 CANCER DES OS.

Six mois s'écoulèrent ainsi , et , pendant ce temps, la tumeur augmenta tellement qu'il se fit plusieurs crevasses , d'où s'écouloit une quantité extraordinaire d'une matière puriforme chargée de flocons blanchâtres, de parcelles osseuses, ce qui donna lieu à des cavités si énormes qu'on pouvoit y placer une livre de charpie. La cavité qui correspondoit à la partie supérieure et externe de la tumeur étoit énorme, les bords en étoient pâles et renversés, les douleurs étoient insupportables. La suppuration fétide étoit extrêmement abondante. La tumeur augmenta de plus en plus. Aucun médicament ne put diminuer l'intensité des douleurs. Le malade maigrit. La fièvre et le dévoiement mirent le comble aux accidens , et forcèrent Duchin à se rendre à l'hôpilal de Mcaux, dont M. Houzelot est chirurgien en chef. Ce malade étoit alors pâle , défiguré, consumé par le dévoiement et dans un état d'émaciation extraordinaire. M. Houzelot fil l'amputation le 27 brumaire. Le soir, le malade eut moins de dévoiement et il étoit sans fièvre.

Le lendemain se passa très-bien. Le malade qui, auparavant, alloit sept à huit fois à la selle n'y alla que deux fois. On lui prescrivit une décoction de kina avec le sirop anliscorbulique. Le troisième jour se passa très-bien ; le moignon étoit humecté et avoit la teinte qu'on remarque à la suite des amputations. Le septième jour de l'opération, l'appareil fut levé. Les chairs étoient belles et rosacées. Tout alla bien jusqu'au vingtième jour de l'opération , époque à laquelle le dévoiement reparut. Le malade prit des bols toniques et astringens. On établit un cautère au bras. Le dévoiement cessa. La plaie diminua et la cicatrice commença dans les premiers jours de nivôse, c'est-à-dire environ uu mois après l'opération. Le malade alla de mieux en mieux et sortit de l'hôpital avant que la cicatrice fût terminée.

€ÂNG£& D£S OS. 4^^

Après sa sortie de l'hôpital, il eut une fièvre ataxique, dont il fut traité par M. Bounet, chirurgien de Lagny. Pendant la fièvre, la plaie ^ qui n'étoit point encore totalement cicatrisée, s'élargit. Ce malade revint à l'hôpital de Meaux pour faire soigner sa plaie. On lui fit donner des amers et des toniques. Au bout d'un mois, il retourna chez lui, où il obtint la cure radicale de sa maladie.

Etat de la partie amputée ejcamlnéc après L' opération. — La tumeur, mesurée suivant ses deux diamètres , présenta , dans sa circonférence moyenne, deux pieds et un pouce d'étendue ; dans la partie supérieure un pied , et dans sa partie inférieure dix-huit pouces. Sa hauteur étoit de quatorze pouces. L'extrémité amputée quatre travers de doigt au-dessus du genou pesoit dix-neuf livres. La peau singulièrement amincie étoit comme décomposée; les muscles étoient si minces (ju'on ne jiouvoit les distinguer de l'humeur blanchâtre dont ils étoient abreuvés; toute celle masse avoit pris l'aspect lardacé, les tendons étoient détruits et réduits en une substance semblable à de la gelée : les os (lu tarse et du métatarse étoient dégénérés en une substance charnue, fibreuse, rougeàtre, très-facile à diviser par le bistouri. Le péroné ressembloit aux os que l'on dépouille de leur phosphate calcaire par le moyen des acides ; mais ce caractère étoit beaucoup plus tranché à son extrémité inférieure. Le tibia étoit singulièrement gonflé, le périoste étoit enflammé. On remarquoit sur le tibia un départ partiel de la première lame osseuse. On voyoit une infinité d'éminences à sa surface.

Quelques parties de cette masse lymphatique, soumises à l'analyse , ont fourni une grande portion de gélatine , une quantité moindre d'albumine, de la graisse et un peu de phosphate de chaux.

Remarques. Quoique l'histoire de cette maladie renferme quelque obscurité duns certains endroits, et que la descrip-

4ï4 CANCER DES OS.

tion de la tumeur soit bien plus obscure encore, on voit cependant assez bien la marche de celte affection et son caractère. On ne peut pas savoir précisément à quel endroit de la jambe ou du pied commençoit la tuméfaction et à quel endroit elle se terminoit, etc. Il est dit que toute cette masse avoit pris l'aspect lardacé. Mais on ne sait s'il s'agit seulement des muscles et des tendons, ou de toute la tumeur prise collectivement. Il semble que les tendons sous forme de gelée, et les muscles abreuvés d'une humeur blanchâtre, ne pouvoient pas trop avoir l'aspect lardacé. Mais les os offroient-ils cet aspect? Il seroit difficile de le décider. Le départ partiel de la première lame osseuse du tibia est-il une séparation de cette lame osseuse, ou bien une disparition du phosphate de chaux? etc. Malgré toutes ces taches, cette observation est très-intéressante, et elle m'a paru mériter d'être consignée ici. Il est probable que celte maladie éloit un cancer des os et peutêtre un cancer lardiforme, et que les parties environnantes avoient plus ou moins subi la dégénération cancéreuse. Quant à la couleur rougeâtre des os du tarse et du métatarse, elle n'a rien qui s'oppose à regarder cette dégénération comme carcinomateuse. On trouve assez souvent des cancers lardacés du sein , tous marquetés de taches rouges et même parcourus dans certains endroits par de nombreux vaisseaux sanguins.

Obs. Ostéo-sarcome non cancéreux, — Un soldat italien, qui avoit eu plusieurs maladies vénériennes assez bien guéries en apparence, éprouvoit cependant des douleurs nocturnes dans l'articulation du bras gauche avec l'épaule. De retour dans ses foyers, oii il passa environ six ans bien portant, il contracta de nouveau la maladie syphilitique, qu'il garda deux ans sans rien faire. Mais il étoit tourmenté par des douleurs vives et un gonflement considérable dans l'épaule avec des élancemens insupportables. On fit tout pour re^'

CANCER DES OS. /^l^

médier à son état, mais inutilement ; la fièvre et le dévoietaient survinrent, et il mourut.

L'ouverture du cadavre fut faite. La tumeur enlevée pesoit six livres. L'os humérus étoit mou et cartilagineux dans les trois quarts de son étendue ; et dans son articulation avec l'omoplate, il étoit totalement détruit, et la tête de cet os re?sembloit à un monceau de bouillie ; les vaisseaux sanguins du tissu des deux os étoient gorgés et singulièrement distendus (i).

Remarques. Je n'ai pas trop pu comprendre si c'étoit la tête de l'humérus ou de l'omoplate qui ressembloit à un monceau de bouillie. Je présume cependant qu'il est question en cet endroit de l'omoplate , puisque l'humérus étoit totalement détruit dans son articulation avec l'omoplafe.

Quoique l'auteur rapporte ce fait comme un ostéo-sarcome de canse vénérienne , et qu'il regarde tous les ostéosarcomes comme étant une même maladie produite par différentes causes occasionnelles, il me semble que les faits qu'il rapporte prouvent que, parmi les ostéo-sarcomes 5 il en est un grand nombre qui paroissent tenir à un vice scrofuleux, et que, dans d'autres circonstances, la dégénération de l'os est de nature cancéreuse et présente un tissu lardacé. Dans le fait que je viens de rapporter, la dégénération ne me paroît pas cancéreuse. Mais est-elle produite par le vice vénérien. Pour décider cette question, il est bon de se rappeler : i*' que la douleur du bras a commencé dans un temps où il est très-possible que le malade fut bien guéri de la maladie vénérienne ; 2° que les mercuriaux et la maladie vénérienne semblent donner souvent

(1) M. Houzelot , Disserlatio7i sur les maladies du système lyni' phaticO'Sanguin des os, page 20, cinquièrae observation d'osteosarcome. (Thèse soutenue à l'Ecole de médecine de Paris le 10 fructidor an xu (1804),

4i6 Cancer des os.

plus d'activité au vice scrofuleux ; 5® que les ostéo-sarcomes , semblables à des cartilages dans cerlaîns endroit» et à de la bouillie dans d^autres, ne sont point rares chez les scrofuleux ; 4° q^^e le vice vénérien , lorsqu'il se porte sur les os, y produit plutôt des exostoses et la carie qu'un simple ramollissement déterminé par la disparition du phosphate de chaux (i); 5° que les tumeurs qui sont produites par le vice syphilitique à la surface des os, lorsqu'elles ont une certaine mollesse , siègent plulôt dans le, périoste que dans l'os; 6° que les douleurs nocturnes n'appartiennent pas exclusivement aux maladies vénériennes, et qu'on les observe dans un assez grand nombre de maladies chroniques.

Je regarde donc la dégénération de l'os dont il s'agit dans l'observation précédente , comme n'étant point cancéreuse ; je la place au nombre des ostéo-sarcomes dont la nature n'est pas encore suffisamment connue. Je présume qu'elle tient à un vice scrofuleux , mais je n'ai à cet égard aucune certitude.

M. Lagresie a publié en l'an vu l'observation d'un sujet scrofuleux affecté d'un spina ventosa du tibia et du péroné ; le malade n'éprouvoit que par intervalles des douleurs violentes dans la partie affectée. On fit l'amputation de la cuisse, et l'opération fut suivie du plus heureux succès. La pièce pathologique se trouve au cabinet de l'École de médecine de Paris (Voyez thèses de Paris, n° 621 ^ an i8o5, p. i3 et i4)«

(1) Yoyez, à cet égard, ce que dit Swediaur, TraiU des malad. vener.j t. 11.

CÏIAPITRE TRENTE-TROISIÈME.

Cancer du périoste.

Le périoste devient-il (]iielquefois le siège primitif d*uil cancer? Nous le présumons sans pouvoir appuyer notre opinion sur des faits décisifs : en effet , nous n'avons pas vu cette maladie. Les exemples de tumeurs fongueuses du périoste , consignés dans les fastes de l'art, ne sont pas assez détaillés pour nous faire connoîlre, avec précision , le siège et la structure intime de ces tumeurs que nous croyons de nature cancéreuse. De nouvelles observations sont donc nécessaires pour constater si ces tumeurs fongueuses appartiennent aux os ou au périoste ; et pour faire connoîlre, dans le cas où elles appartiendroient au périoste, en quoi elles se rapprochent du cancer et surtout du cancer des os, et en quoi elles en diffèrent.

Personne n'ayant réuni sur ces fongosités plus de faits que M. Lassus , nous pm'serous dans son ouvrage la description des tumeurs fongueuses du péricrâne et du périoste (Path. chir., lorn. i*^% lxviii et lxix) : nous en extrairons aussi diverses observations particulières sur ces excroissances, qu'il ne faut pas confondre avec les tumeurs sanguines ( ibid., tom. i^% p. 47^) ^^ hématodes. Celles-ci sont formées par un tissu un peu analogue à celui de la rate et à celui des corps caverneux ; tandis que les tumeurs fongueuses, qui font le sujet de ce chapitre, se rapprochent un peu des fongus de la dure-mère (chap. xxix), ont de plus grands rapports encore avec le cancer des os (^chap. XXXII, § 1'% art. i", 2 et 5), et pourroient bien

4l8 CANCER Î)V PÉRlOâTÈ.

n'être autre chose que des variétés de cette dernière maladie.

ARTICLE PREMIER

Histoire de la maladie .

Les tumeurs fongueuses du périoste et du péricrâne se forment spontanément , sans cause évidente , ordinairement à la suite d'une contusion. Ces tumeurs sont, dans leur principe, un peu dures, circonscrites, d'un petit volume, peu douloureuses, profondément situées sous la peau qui ne change pas de couleur. Après avoir été assez long-temps slalionnaires, elles piennent subitement un accroissement rapide, el se ramollissent a mesure qu'elles augmentent de volume. Elles présentent alors l'apparence illusoire d'une fluctuation profonde. Si on incise la tumeur, il n'en sort que du sang ou une sérosité sanguinolente, et l'on découvre lin fongus rougeâtre et mollasse, plus ou moins volumineux, indesU'uciible , avec altération de la substance osseuse sur laquelle il est iaipiantc. Celte altération est fréquemment une érosion ou une destruction de l'os; elle est d'autant plus considérable, que la tumeur a plus d'étendue, et qu'elle e.^t plus ancienne.

Cette maladie ne guérit ordinairement que par l'amputation du membre. Lassus l'a observée plusieurs fois sur la tête du péroné. Dans ce cas particulier, le diagnostic est difficile à saisir, surtout lorsque les tégumens n'ont point encore changé de couleur ; car il est possible de prendre une exostose caverneuse et suppurée de la tête du péroné pour, une tumeur fongueuse et sarcomateuse adhérente à la lête de cet os, dont la subsiance est en partie détruite.

D'apirès Lassus, cette maladie a souvent été méconnue par ceux qui ont eu occasion de l'observer à l'une des ex^

CANCEÊ DU PÉRIOSTE. 4^9

trémités, supérieures ou inférieures. L'examen anatomique de la parlie altérée n'a pu même doi.ner, à la plupart des praticiens, une idée nette et précise de cette tumeur fongueuse , qui paroît quelquefois formée par une dégénération cancéreuse cérébriforme, d'autres fois par une tumeur cancéreuse composée. Les uns l'ont prise pour un stéatônie, d'autres pour une affection scrofideuse , les autres enfin pour une tumeur sanguine , produite par la lésion d'une veine (i) ou d'une artère (2). D'autres l'ont appelée tumeur anomale (3). On peut voir (Lassus, Path. chir., tom. 1*% p. 492 et ^197) dans le premier volume du Journal de médecine , rédigé par MM. Corvisart et Leroux, page 4' •> tous les détails d'une tumeur fongueuse du périoste, survenue à Tavant-bras d'un jeune homme pour lequel M. Lassus a été consulté. L'observation dont il s'agit a été consigiiée dans le Journal de médecine pour le mois de vendémiaire an ix. Le malade, à celle époque, paroissoit tout-à-fâit guéri sans qu'on eût amputé le bras ( Voyez la note, p. 5i de ce journal); mais M. Lassus, dans sa pathologie publiée en l'an xiii, dit (Path. chir., tom. 1*% p. 4ii7 }> qu'après plusieurs apparences de guéris jn , le malade fui obh'gé de subir l'amputation da bras. Dans une des opérations faites pour conserve^: cobras au malade, M. Boyer enleva une masse spongieuse enveloppée d'une espèce de kyste, dont la base avoit une durelé carlilagi-. neuse {Joum. de méd. de MiM. Corvisart et Leroux, tom. i"", p. 46). M. Lassus dit que M. Bonn (4) est, de tous les au-

(1) London médical journal, ann. 1785, p. 141.

(2) Journ. de méd. de MM. Corvisart et Leroux, t. i, p. 45, 49 et suiv.

(3j Médical essays of Edimbourg, i. 1, p. 234, et Journal de méd. de MM. Corvisart et Leroux, 1. 1, p. 41.

(4) Descriptio ihesauri ossium morbosorum- hovianij p. 101 ,

VOrW

420 CANCER DU PÉRIOSTB.

teurs modernes, celui qui, après Ruysch, a donné, sur le siège et la nature de cette tumeur, les notions les plus exactes.

Celte maladie ne peut être guérie que par l'extirpation de la partie qui en est le siège. Si on se contente d'exciser la tumeur, on la voit se reproduire ; si on ne peut enlever la partie qui est le siège de la tumeur, le malade finit constamment par devenir la victime de cette cruelle maladie.

On voit, d'après cette description générale, qu'il est assez difficile de décider si la maladie dont il s'agit appartient au périoste ou à l'os, mais que dans l'un et l'autre cas elle paroîl être de nature cancéreuse.

ARTICLE II

Observations particulières,

i'" Obs- (i). — Un homme âgé de vingt-huît ans , dans le mois de juillet 1760, reçut un coup de pied de cheval sur la partie latérale gauche et inférieure de l'os coronal et de l'os des tempes. Il n'en résulta poiut de fractare ; la contusion légère en apparence fut bientôt dissipée. Néanmoins quelque temps après, il parut , dans l'endroit qui avoit été contus , une tumeur dure , indolente , sans inflammation, laquelle prit peu à peu un Ici accroissement, qu'elle s'étendit sur le nez, le front, la tempe gauche, et l'os de la pommette. L'œil s'atrophia, devint protubérant, et le malade perdit la faculté de distinguer les objets. One partie de l'os de la pommette et de l'os maxillaire formèrent \me saillie considérable.

En 1769, c'est-à-dire environ dix«neuf ans après le

(I) Lassus, Paih. chir.^ 1. 1, p. 503, extraite de Bonn. Thcs. oss. morb,y p. 53.

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coup reçu , la tumeur devint douloureuse, se ramollit, et s'ouvrit vers la tempe i^auclie, près de l'angle externe de l'œil. Cette crevasse donna issue à du pus de mauvaise qualité, puis à une substance fongueuse. Le pus ne venoit pas de la cavité orbitaire, mais d'un foyer profond dans lequel il s'étoit accumulé, foyer formé par le fongus , qui tomba et fut remplacé par un autre fongus dont on fit l'excision. L'écoulement sanieux continua sans interruption jusqu'à la mort. Il se fit des hémorrhagics considérables , auxquelles on remédia par les procédés ordinaires; elles affoiblirent le malade jusqu'au point de le rendre presque hydropique. La cavité de l'ulcère devint si profonde qu'on pouvoit y introduire le doigt et en parcourir l'étendue. Enfin cet homme eut la goutte , puis la jaunisse , mais n'éprouva jamais aucun accident qui pût faire croire que le cerveau était affecté. Il mourut en novembre 1771 , vingt ans après avoir reçu le coup, et trois ans après la crevasse de sa tumeur fongueuse.

Le célèbre anatomiste Albinus fit l'ouverture du cadavre, et trouva le cerveau dans son intégrité naturelle; l'œil étoit atrophié, chassé hors de l'orbite ; le nerf optique étoït gréJe et allongé ; la partie supérieure du crâne dure , solide et presque sans sutures. Dans sa cavité gauche , qui soutient le lobe moyen et antérieur du cerveau, la portion orbitaire du coronal , le partie temporale du pariétal, la portion écailleuse de l'os des tempes, celle de l'os sphé- Doïde qui concourt à la formation de l'orbite et delà tempe, étoient détruites et changées en une membrane épaisse , tendue, sur laquelle étoient encore attachées quelques fibres osseuses. La dure mère correspondante à cette membrane étoit intacte ; le cercle osseux qui résultoit de cette perte de substance a voit l'apparence d'un cal dentelé et tuberculeux. Toute la partie latérale externe de l'orbite , forioée par la portion du sphénoïde , étoit devenue mem-

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braneiise. Cette altération avoit produit une cavité oblongue, dans laquelle éioit située la tumeur fongueuse. La partie latérale interne de cette cavité étoit formée par une portion de l'orbite devenue membraneuse, supérieurement par le fond du crâne devenu également membraneux, extérieurement par une partie du pariétal deTos squammeux qui avoit subi la même dégénération , et par les restes du muscle crotapbitc ; inférieurement par l'os de la pommette déplacé, et par la mâchoire inférieure : donc l'apophyse coronoïde étoit inclinée en dehors par le poids de la tumeuf. Sur cette apophyse éloient les restes du muscle crolaphite qui s'y attache ; le fongus , en remplissant cette cavité membraneuse, dans le fond de laquelle il étoit implanté, avoit déplacé l'os de la pommette, rendu la joue plus saillante , déprimé l'os maxillaire , abaissé le canal sous-orbitaire , et rétréci la cavité gauche des narines. La suture commune à l'os coron al et à celui de la pommette n'existoit plus. Il y avoit dans l'endroit de la jonction de ces deux os un écartcmenl d'un pouce et demi.

Remarques. — La tumeur fongueuse dont il s'agit dans celte observation n'est pas sulfisammenl décrite sous le rapport de sa structure intime. Aussi je n'assurerai point que ce fongus étoit cancéreux. Je soupçonne cependant qu'il étoit de la nature des tumeurs cancéreuses cérébriformes qui sont peu douloureuses, qui végètent beaucoup, et saignent taciiement quand elles sont ulcérées. La tumeur étoit implantée dans l'os ; les os avoienl changé de nature. On y voyoit cependant encore quelques fibres osseuses, et à l'endroit oii cessoit la transformation des os en substance membraneuse, on voyoit un cercle osseux dentelé, foraié par les os envirounans encore sains. Or, on observoii une disposition semblable dans lescancets des os que ^ nous avons vus, et qui avoient un tissu semblable à celui de quelques tumeurs cancéreuses observées dans des par-?

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ties qui n'ont aucun rapport avec les os clans l'état natu«* rel.

2"'0bs. (i) — Une femme aduUe eut , à la suite d'une contusion sur la partie iiiierieure du bras, une tumeur du volume d'un œuf d'oie , un peu mobile et profondément adhérente à la face inlerne de l'humérus, un peu au-dessus de la jointure du coutle. On la prit pour un sléatôme , et ou en fit l'excision avec toute la dextérité possible. Peu de temps après cette opération , et lorsque la plaie paroissoit êtreenvoiedeguérison,il se forma une nouvelle tumeur fongueuse, fort incommode à la malade par son volume et par la douleur qu'elle produisoit. On fut obligé de faire l'amputation du bras pour prolonger la vie de qetle femme. L'examen anatomique fit voir que cette tumeur étoit produite par le périoste devenu fongueux dans le lieu de la contusion. La portion de l'humérus dans le même endroit offroit une surface inégale sur laquelle le fongus étolt implanté.

Remarques, — La description anatomique de la tumeur fongueuse manqi^e encore ici. Mais on y voit évidemment que le fongus prcnoil naissance dans l'os et non pas dans le périoste. De sorte que ces fongosiiés sont une altération de l'os et non pas du pt'rioste, comme M. Lassus le prétendoit. On a pu voir dans la première observation que c'étoient aussi les os du crànc et non pas le péricràne qui donnoient naissance au fongus qui avoit son siège à la lêtp.

3* Obs. (2) — Une petite fille âgée de six ans , d'un bon tempérament, reçut, étant à l'école, un coup sur la partie latérale externe dj la jambe, tjois ou quatre pouces au-

(1) Lassus, Palli. chir.^ t. i, p. i92, extr. de Bonn, Descrip. oss. morb., p. 101 .

(2) Lassiis, Palh. chir.^ t. 1, p. 493, extraite de Médical obs, and inquir. by Society of physidans alLondon^ t. iv, p. 4.

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dessous du genou. Ce coup parut si léger que l'enfant n*y donna aucune attention. Cependant cette petite fille ressentit quelques jours après un peu de douleur dans l'endroit frappé. Sa mère ne trouva point de changement de couleur à la peau j mais seulement une petite tumeur du volume d'une noix, qu'elle crut pouvoir dissiper en la frottant et en appliquant des remèdes spiritueux. La tumeur augmenta, et produisit par intervalles des douleurs légères qu'on crut pouvoir calmer par l'application de cataplasmes émoUiens. Ils n'eurent aucun succès. Environ deux mois après le coup reçu, des personnes de l'art trouvèrent que cette tumeur étoit dure, circonscrite, du volume d'un œuf, sans changement de couleur à la peau, pouvant être touchée sans causer une douleur bien grande. D'après cet examen, ils déclarèrent que le siège du mal étoit dans l'os , et qu'il falloit continuer l'application des cataplasmes émolliens. Vers le quatrième mois de la maladie, la tumeur fît encore des progrès, et s'étendit autour de la jambe , formant une saillie bien marquée vers le bord du tibia. Au bout de 5 mois, les douleurs devinrent continuelles et très - vives , l'enfant eut de la fièvre et s'affoiblit. La tumeur fit des progrès rapides, la peau commença à perdre sa couleur naturelle, les veines de sa surface se tuméfièrent. On persévéra dans l'application des cataplasmes émolliens et maturatifs, d'après la supposition qu'ils détermineroient une suppuration salutaire. La tu« meur a voit alors le volume de la tête d'un enfant : elle étoit molle dans quelques endroits comme si elle eût contînti une matière pultacée ; dans d'autres, elle avoit de Il *ittreté. Une incision îoigiludin i!e ne don ni Is^uo qu'à une i>érovi!é sanguinolente, la plaie devint livide, et la tumeur ne diminua point de volume. Peu de jours après, on lui trouva plu.-* de mollesse et phus de proéminence vers la partie antérieure d^ tibia. On ftt d^us cet endroit une

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nouvelle incision qui donna issue comme la première à de la sérosité sanguinolente ; enfin les consultans , bien convaincus que le siège de la maladie éloit dans l'os même, firent l'amputation de la cuisse.

L'examen de la partie fit voir que le tibia et le péroné étoient complètement détruits et comme dissous supérieurement un peu au-dessous de l'articulation du genou. Il ne restoit que quelques lames osseuses implantées dans une tumeur fongueuse , sanguine , du périoste ;, laquelle avoit34 pouces de circonférence. Cefongus s'élendoit dans toute la longueur de la jambe jusqu'à un pouce près des malléoles. Son volume étoit tel, qu'on ne pouvoit plus distinguer ni os, ni muscles, ni membranes.

Remarques. — Dans l'observation qu'on vient de lire , il n'y a encore aucune description exacte de la structure du fongus. Mais on voit que le tissu des os a été transformé en la substance du fongus, et que des lames osseuses , non encore totalement dégénérées, étoient implantées dans la tumeur fongueuse, qui paroît appartenir àl'os plutôt qu'au périoste, quoique la dégénération ait probablement affecté le périoste et l'os en même temps. Quant à ce qu'on dit concernant la dissolution et la destruction complète de l'os dans sa partie supérieure, il est probable que c'est encore une opinion qu^on a exprimée, plutôt qu'une description qu'on a faite. On a probablement pris la dégénéra tion de l'os pour une tumeur du périoste, et comme on n'a pas trouvé l'os sous sa forme naturelle, on a pensé qu'il étoit détruit ou dissous. Les lames osseuses implantées dans la tumeur fongueuse me donnent lieu de croire que celle d.'génération de l'os ressembloit à celle que j'ai décriie sous le nom de cancer des os.

4' Obs., (i) par M. Lassas. — Un jcur.e hoinme d'environ

(1) Lassus, Path. çhir., 1. 1, 495,

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quatorze ans et d*un très-bon tempérament , avoit depuis six mois, lorsque nous le vîmes pour la première fois, une tumeur circonscrite, assez grosse , peu douloureuse , sans changement de couleur à la peau , située à la partie supérieure et externe de la jambe gauche, précisémeiit à l'endroit de la tête du péroné. Cette tumeur s'étoit formée sans qu*on en connût la véritable cause. Ce jeune homme affirmoit n'avoir fait aucune chute et n'avoir reçu aucune conlusion sur cette partie. Le mouvement du genou étoit fort peu gêné, et, si l'on en excepte quelques douleurs sourdes et le volume de la tumeur, qui recouvroit seulement la tête et le col du péroné, la maladie étoit très-supportable. Le tibia étoit évidemment dans la plus parfaite intégrité. Cette tumeur, quoique rénitente , présèntoit divers points de mollesscj mais sans inflammation ni aucun signe de suppuration. Peu à peu, des douleurs lancinantes se firent sentir; et nous pensâmes, avec plusieurs personnes appelées en consultation , que la maladie consisloit dans une exostose caverneuse de la tête du péroné ramollie, ou . dans une tumeur fongueuse du périoste, adhérente à la tête de Tos, et qu'enfin dans l'un et l'autre cas, l'amputation de la cuisse étoit le seul moyen à employer pour conserver la vie de ce jeune homme.

L'amputation faite, nous trouvâmes, après avoir détaché-^ la peau, l'aponévrose du fascia lata et les muscles qui étoientdans la plus parfaite intégrité, que la maladie éloit effectivement une tumeur fongueuse, avec ramollissement et destruction presque totale de la tête et du col du péroné. En différant de faire l'amputation, nous eussions trouvé le tibia et le péroné détruits en grande partie, comme dans la petits fille dont il s'agit dans l'observation précédente.

Remarques. — La description de la tumeur fongueuse n^anqùe dans cette observation comme dans les autres; mais il est probable que le ramollissement et la des-

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triiction de la tète et du col du péroné ne sont autre chose que la transformation de ces parties en une substance molle, désignée par l'auteur sous le nom defongus. Il est remarquable que le malade dont il s'agit icia éprouvé des douleurs lancinantes dans la tumeur.

5^ Obs. (i). Pochard, soldat, âgé de 26 ans , étoit à Tarmécàlâgede vingt-trois ans, lorsqu'il aperçut à la partie antérieure supérieure et externe de l'avant-bras gauche, une tumeur grosse comme une aveline, molle, sans fluctuation, circonscrite, indolente, sans chaleur, sans changement de couleur à la peau. Cette tumeur prit un accroissement lent et gradué d'abord, accéléré ensuite par un effort que fit le malade : au même instant, tout l'avantbras devint noirâtre; il reprit par degrés sa couleur natu^ relie. La tumeur croissoit plus rapidement, de légères dor.leurs s'y faisoienl sentir par intervalles. Le malade vint à Paris : à la suite d'une consultation, on appliqua sur la tumeur un caustique (la pierre à cautère). Le lendemain, oft incisa l'eschare, qui avoit la largeur d'un décime. Au lieu d'un pus séreux, des caillots d'un sang, noirâtre sortirent en abondance. La charpie et des styptiques de toute espèce furent employés en vain pendant les quinze premiers jours. L'incision fut agrandie, et l'on introduisit des bourdonnets au fond de la plaie. Ce tamponnement arrêta l'iiémorrhagie, la suppuration s'établit, les bords de la plaie se dégorgèrent, et elle ne tarda pas à se cicatriser.

La tumeur reparut bientôt, augmenta progressivement , parcourut la même période, et, au bout de onze mois, plus volumineuse qu'auparavant, parfois douloureuse, elle nécessita une seconde opération. Après une incision longi-

(f) Extraite en grande partie du Journ. dé med., par MlM, Gorvisart, Leroux et Boyer, t. i, p. 41, et éii partie de là Patk, chir. âe Lassus, t. lï pi 497.

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tiidlnale, des caillots de sang s'offrirent encore. A chaque pansement, l'iiéniorrhagie se renoiweloit. L'incision fut agrandie, et les doigts, portés profondément, firent reconnoitre de petites portions osseuses. L'extraction en fut faite. La plaie suppure , les bords s'affaissent, la cicatrisation s'opère ; mais, au bont d'un mois, la tumeur reparoît. En une année, elle parvient à un volume tel, qu'elle égale le poing en grosseur. Circonscrite et molle , quoique sans fluctuation, elle se gonfloit sensiblement au retour des douleurs. Quelques-uns des consultants rassemblés penchoient vers l'amputation du bras, proposée par l'un d'entre eux. M. Boyer les fil changer d'avis. La tumeur fut cernée par deux incisions semi-elliptiques, et détachée par sa base adhérente aux fibres musculaires. M. Boyer dit que le sang 8ortoit à travers les parois malades de l'artère radiale, qui païut affectée dans l'étendue de deux pouces environ. La ligature médiate du tube artériel fut pratiquée au-dessus et au-dessous de la portion malade. Les ligatures se détachèrent au seizième jour. La cicatrice fut complète (le i5 messidor ), cinquante jours après l'opération pratiquée le 5 floréal an vu.

La tumeur, examinée après son extirpation, offrit une masse spongieuse, formée par le sang infiltré dans les cellules du tissu adipeux. Elle étoit enveloppée d'une espèce de kyste, dont la base, adhérente aux muscles, avoit seule une dureté cartilagineuse. M , Boyer pensa que les esquilles enlevées dans une des opérations précédentes , n'étoient que des portions du kyste endurci vers sa base.

Tels sont les détails donnés par M. Boyer, qui regardoit le malade comme à l'abri d'une nouvelle récidive. Cependant, nous dit M. Lassus (Path. chir., t. i, p. 497)5 le malade, après plusieurs apparences de guérison, fut obligé de subir l'amputation du bras.

Remarques, — M. Boyer semble penser que le sang qui

sortoit de cette tumeur à la suite des premières opérations étoit le résultat de la lésion de Tarière, et que cette lésion étoit la vraie cause de la maladie, et il paroîtroit, d'après les détails quii donne, <|ue la base de la tumeur prenoit son origine sur les muscles.

Mais, d'après M. Lassus, c'étoit Tos qui étoit le siège de la maladie, c'est de l'os que partoit la tumeur, et la liga*^ ture de l'artère ne pouvoil en prévenir la récidive, de sorte qu'il étoit d'avis d'amputer le membre. Son avis ne fut point suivi.

M. Boyer extirpa la tumeur en entier ou en grande partie le 25 floréal an VII. Au bout de cinquante jours, la plaie éloit bien cicatrisée, et, en vendémiaire de Tan IX, c'està-dire au bout de ({uiiize mois, la guérison paroissoit encore parfaite. Cependant lU. Lassus nous apprend (i) (pie la maladie reparut, et qu'on fut obligé d'en venir à l'amputation du bras. Il paroîl (juc M. Lassus a eu des renseignemens exacts sur l'état des os des bras, puisqu'on l'an XIII il citoit ce fait comme un exemple qui retiferme tous les détails d'une tumeur fongueuse du périoste (Palli. chir., t. I, p. 492).

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