CHAPITRE TRENTE-QUAÏUIÈME
Des végétations cancéreuses.
Les végétations cancéreuses sont des excroissances cliarnues formées en tout ou en partie par un tissu cancéreux
(1) P.ah, çhir., t. j, p. 497.
4^0 vèàéTATiONS CANCÉREUSES.
(Int., chap. n, art. i). On nomme polypes cancéreux celles qui naissent et se développent dans Tinlérieur de la matrice, de la vessie, du vagin, du rectum, de l'eslomac, du pharynx, des fosses nasales, des oreilles, etc., ou de toute autre partie munie d'une membrane muqueuse. C'est uniquement de ces sortes d'excroissances que nous traiterons dans ce chapitre. Nous n'aurons donc point à nous occuper ici des végétations cancéreuses de la dure-mère , dont nous avons tracé l'histoire dans le chapitre XXIX, relatif aux cancers de l'encéphale; nous n'aurons pas non plus à parler de ces sortes de verrues, poireaux ou excroissances de diverses formes, qui , s'élevant à la surface de la peau, donnent naissance à des cancers rongeans. On peut voir leur description et tout ce qui les concerne dans les chapitres Ylll et IX, relatifs aux cancers de la face et aux cancers rongeans des diverses parties de la surface du corps. Eniln, il est évident que, d'après les limites dans lesquelles nous avons circonscrit notre sujet, nous ne devons parler ici ni des excroissances fongueuses qu'on voit quelquefois s'élever à la surface des ulcères cancéreux ou d'autres ulcères de mauvaise nature, ni des fongosilés qu'on voit pulluler au - dessus de quelques ulcérations déterminées et entretenvies par la carie des os, d'autant mieux que la plupart de ces fongosités ne sont pas de nature cancéreuse.
ARTICLE PREMIER
Généralités relatives aux polypes cancéreuœ.
Les polypes cancéreux sont peut-être toujours des cancers primitifs. Il est cependant possible que dans quelques cas très-rares, des excroissances polypeuses, qui d'abord n'avoient aucun rapport avec les cancers, subissent, en en-
lier ou dans quelques points de leur étendue une transformation parlicLiIière de leur tissu, qui doive les faire ranger après cet accident dans l'ordre des maladies cancéreuses. Quoi qu'il puisse en être de cette espèce de métamorphose, il est du moins inconstestable que certains polypes, qui d'abord ne paroissoient point cancéreux, déterminent, par la suite, des symptômes qui ne permettent plus de se faire illusion sur leur véritable caractère.
Les polypes cancéreux sont infiniment plus rares que ceux qui ne le sont point. Rien de plus commun que les polypes de la matrice, rien de moins ordinaire que de voir ces excroissances formées par un tissu cancéreux. Les polypes cancéreux des fosses nasales sont moins rares que ceux de la matrice. On n'en voit cependant qu'un bien petit nombre.
Les signes qui font conuoître Texistence .des polypes cancéreux sont les mêmes que ceux qui font connoître l'existence des autres polypes. Ainsi on soupçonne ces excroissances par les accidens qu'elles déterminent ; on reconnoît leur présence par la vue ou par le loucher quand la maladie a son siège dans un lieu qui n'est pas hors de la portée de la vue ou de la main. iVlais jusqu'ici nous ne connoissons aucun moyen de reconnoître pendant la vie l'existence des polypes cancéreux de l'estomac, de la vessie et des autres parties inaccessibles à la vue et au loucher.
Il en est toutefois des excroissances polypeuses qui tombent sous nos sens, comme des indurations et des tumeurs du sein. Si leur exislence n'est pas diOicile à reconnoître, leur nature est souvent diliicile à déterminer. Néanmoins il y a quelques symptômes qu'on observe dans la plupart des polypes cancéreux , et qu'on voit survenir très-rarement dans les cas où ces excroissances ne sont point de nature cancéreuse. Nous croyons devoir exposer ces symptômes, qui sont presque géuéraiemeul regardés comme des
signes pathognomoniques des polypes cancéreux , et dont la conijoissance est en effet très-importante.
Les polypes cancéreux sont, les uns durs, les antres mollasses; tous peuvent être douloureux ou indolens ; tous sont très-disposés à s'ulcérer et à fournir un écoulement très-fétide et d'une odeur tout-à-fait particulière.
Les polypes cancéreux qui sont mollasses saignent avec la plus grande facilité, lors même qu'ils ne sont point encore ulcérés. Ceux qui d'abord avoient été indolens finissent presque toujours par occasionner les douleurs les plus cruelles.
Les polypes cancéreux ulcérés ou non ulcérés entraînent à leur suite une diminution progressive des forces, un état de cachexie très-prononcé, quelquefois des hémorriiagies abondantes, et enfin la mort. Ces divers accîdens ont lieu et s'enchaînent de la môme manière, soit que les malades aient été en proie aux plus cruelles souffrances , soit que les douleurs locales aient été à peine sensibles. Quoique les symptômes que nous venons d'énumérer soient très-remarquables et quelquefois décisifs, nous ne pouvons cependant point les regarder comme des signes infaillibles du caiaclère cancéreux des polypes, parce que Ton observe quelquefois des symptômes semblables chez des malades affectés des polypes qui ne sont pas de nature cancéreuse.
Certains polypes non cancéreux sont recouverts de veines variqueuses et saignent avec une très-grande facilité; il en est d'autres qui sont variqueux , enflammés et fort douloureux , quoiqu'ils ne soient point cancéreux. Il est vrai que les douleurs ne sont pas lancinantes;, mais trèscommunément les polypes cancéreux ne sont pas accompagnés de douleurs lancinantes lors même qu'ils sont douloureux. Il y a seulement un caractère qui quelquefois peut fournir beaucovip de lumières sur la nature des dou-
vioÉTATlOXS CANCÉREtSRS. 4^^
leurs dont il s'agit. Celles des polypes cancéreux ne cessent plus de se faire sentir à diverses reprises avec plus ou moins d'énergie, dès qu'elles ont paru. Les autres peuvent être calmées et quelquefois totalement guéries à Taide de médicaraens convenables , ou par le seul laps du temps.
La diminution progressive des forces, la cachexie et l'épuisement des malades qui, ayant un polype, sont exempts de douleurs locales, ne prouvent pas toujours que la maladie soit un polype cancéreux; car à raison de leur siège, certains polypes non cancéreux de la matrice produisent tous ces symptômes, et entraînent au tombeau des malades qui n'ont d'ailleurs aucune autre lésion organique.
Le traitement de tous les polypes est en grande partie le même, quelle que soit leur nature. Tous doivent être enlevés quand cela est poisible , autrement ils produisent les plus fâcheux accidens. Ceux qui sont durs déforment les os situés dans leur voisinage , et les usent quelquefois en totalité ou partiellement. Ceux qui n'agissent pas sur les os peuvent aussi devenir funestes. Certains polypes de matrice d'un assez petit volume, livrés à eux-mêmes, finis- .scnt , comme nous l'avons dit, par déterminer des hémorrhagies fréquentes, un marasme extrême et enfin la mort; et ils produisent tous ces ravages même lorsqu'ils ne sont ni variqueux, ni enflammés, ni cancéreux.
Si les polypes les plus bénins occasionnent de si funestes ravages, il est facile de concevoir que ceux qui sont d'une plus mauvaise nature doivent être encore bien plus formidables lorsqu'ils sont livrés à eux-mêmes. Les polypes qui saignent avec facilité, et qui deviennent douloureux, ne sauroient être enlevés trop promptement, parce que, s'ils sont enflammés, l'infjammation se propage , et, s'ils étolent en partie cancéreux et qu'ils ne fusseiit pas enlevés, la dégénération cancérevise pourroit gagner insensiblement les parties qui touchent à la base du polype, et, dès-lors, il IL u%
434 VÉGliTATIONS CANCÉREUSES.
ne seroit plus temps de les enlever, parce que , la partie à laquelle ils sont implantés étant dégénérée , il y resteroit le germe d'un cancer qui ne tarderoit pas à produire un ulcère cancéreux après qu'on auroit enlevé la tumeur.
Lorsqu'on s'est déterminé à extirper un polype, on ne doit jamais négliger d'en faire la dissection avec soin , et cela surtout dans les cas où il resteroit quelque incertitude sur sa nature. Quoique la connoissance qu'on acquiert à cette époque soit un peu tardive, elle est encore très-importanle pour éclairer le traitement qui doit être prescrit, et le pronostic qu'il convient de porter sur les suites de l'opération et sur les dangers d'une réciilive. En effet, lorsqu'un polype variqueux, enflammé et douloureux, ne préseule pas la structure des tumeurs squirrheuses, le pronostic est bien plus favorable que s'il présentoit cette fâcheuse organisation ; tandis qu'un polype qu'on jugeoit peu inquiétant parce qu'il étoit peu douloureux, et dans lequel on trouve cependant un tissu évidemment cancéreux, inspire des craintes fondées sur une récidive et sur Jes suites les plus fâcheuses, parce que la maladie, malgré sa bénignité apparente, çst réellement de nature cancéreuse.
Lorsqu'à la suite de renlèvement d'un polype il reste une partie de son pédicule, si la tumeur polypeuse enlevée n'est point d,c nature cancéreuse , tout fait espérer qu'à r.iide de soins convenables cette partie se flétrira et se cicatrisera, ou, du moins, ne produira qu un polype non cancéreux; tandis que, si la tumeur polypeuse ofFroit la structure cancéreuse, la portion du pédicule restant pouvant être de même nature, on devroit craindre de voir bientôt cette végétation pulluler de nouveau, et devenir le principe d'un ulcère cancéreux, si on ne pouvoit pas parvenir à délrviire complètement sa racine.
îHous ue jiîous bornerons pas à ces généralités relative-
ment aux polypes cancéreux , noos parleronë encore avec détail , dans les articles sukans, des polypes cancéi'cux du nez et de la matrice, qui peuvent être reconnus pendant la vie , et de ceux de la vessie et de Testomac, dont on ne peut reconnoître l'existence qu'après la mort des malades. Les autres polypes cancéreux, tek que ceux de l'anus, des oreilles, etc., ne nous paroissent pas exiger une description particulière, ce que nous aurions à dire se trouvant déjà compris dans le paragraphe des généralités.
ARTICLE II
Polypes cancéreux des fosses nasales,
§ ^•^^ DUiinction des polypes des fosses iiasales, — On a donne le nom de polypes du nez à djes excroissances accidentelles qui surviennent dans la cavité des fosses nasales^ dans les sinus des os maxillaires, et dans les anfractuosités de l'os éthmoïde. Ces excroissances, ainsi que l'a dit Levret [Obs. sur la cure radicule des polypes , 5^ éd.), n'ont qu'une seule base, qui est tantôt fort large, tantôt singulièrement rétrécie; mais elles contra^îlent quelquefois des ,adhérenccs avec les parties contiguës. Ou peut ranger tous les polypes sous deux divisions : la première comprend les polypes mous, au nombre de quatre j la deuxième, les polypes dui-js, au nombre de trois. Les polypes rnous. prennent naissaijce sur la membrane pituitaire; les autres, au-dessous de celte membrane ou dans son tissu. Nous indiquerons ici. le nom et les caractères de chacun des fÉd^ypes- des fpssea nasales :
1° Le polype vésiculaire, ou gélatiueux ,. est d'un gris cendré et plus ou moins transparent; il ressemble tantôt à une vésicule ronde du volume d'un grain de raisin, tantôt à une végétation muqueuse et comice gélatineuse, plus ou moins irréguHère. Ce polype est indolent et circonscrit ^
456 VÉGÉTATIONS CANCÉREUêES.
il n'est point dangereux , il s'écrase pour l'ordinaire ou se déchire avec la plus grande facilité; et, lorsqu'il est délaohé, il se réduit facilement par la pression en une sorte de mucosité épaisse , presque semblable à de la morve épaissie.
2° Le polype muqueux (de Levret) est blanchâtre, terne ou de couleur de feuille morte, assez extensible, mou, quoique bien moins facile à déchirer que le polype vésiculeux et le polype vasculaire simple. Ce polype a souvent son attache située très-profondément, et il n'est pas toujours possible de le détruire en entier; il n'est pas douloureux, et il ne déforme point, ou il déforme peu, les parties dans lesquelles il a son siège ; il peut seulement devenir dangereux par un traitement inconsidéré et par les hémorrhagics qui en sont le résultat (Voyez Levret, Obs. sur les polypes, 3* édition, p. 5i4 et suivantes).
5"^ Le polype vasculaire simple est d'un rotige pâle, quelquefois un peu brun. Il esl mou , indolent et mobile. Il a une base un peu hirge, et remplit quelquefois toute l'élendue d'une narine. H n'est point dangereux; on peut l'arracher, en tout ou en partie, avec assez de facilité et sans danger, parce qu'on arrête assez aisément l'hémoirliagie qu'on a déterminée en l'arrachant.
4*^ Le polype vasculaire cancéreux est mou, fongueux, Irès-rouge et douloureux ; il saigne abondamment avec la plus grande fiicilité ; il est précédé d'hémorrhagies nasales abondantes, et accompagné de douleurs vives dans ia tête, qui répondent ordinairement à la racine du nez et à l'angle interne de l'œil; il déforme les parties situées dans son voisinage. Toute tentative faite pour l'arracher ou le détruire n'aboutit qu'à lui donner une nouvelle interîsité.
5** Le polype sarcomateux est comme charnu et de consistance solide; sa couleur est rouge, pourprée^ violette ou brune ; il naît à la partie postérieure des fosses nasales, aux
VÉGl^TATIONS CA^cèBEUSES. 4^7
OS du palais, an vomer, à la fosse ptérygoïdîenne, rarement à l'entrée des narines. Il est recouvert par la membrane pituitaire extrêmement amincie, qui en forme l'enveloppe extérieure. Il ne diminue jamais de volume.
Le polype sarcomateux n'est point cancéreux; aussi, lorsque sa surface suppure, elle ne prend pas l'aspect cancéreux, et, lorsqu'on l'emporte, soit par la ligature, soit par l'incision, le reste de sa base, attaché à la membrane muqueuse, suppure, se dégorge et se cicatrise; tandis que, dans les mêmes circonstances, les tumeurs cancéreuses pullulent avec une nouvelle activité, lorsqu'il en reste la plus petite parcelle après l'extirpation.
6° Le polype cartilagineux se présente sous la même forme que le précédent ; il a une consistance cartilagineuse ou presque cartilagineuse; il ne devient pas cancéreux.
7° Le polype squirrlicux se présente sous la même forme que les deux précédens. Mais, à raison de sa structure intime, il peut s'établir à sa surface une ulcération évidemment cancéreuse ; si on l'extirpe sans le détruire en entier, sa base reproduit un ulcère cancéreux. Il se développe donc dans les fosses nasales sept espèces de polypes, dont quatre appartiennent à l'ordre des polypes mous, et trois à celui des polypes durs. Indépendamment de ces espèces simples, il s'y forme aussi des polypes composés de deux ou de plusieurs des espèces précédentes. Nous avons disséqué des polypes durs, blancs, luisans, de nature évidemment squirrheuse, surmontés de polypes muqueux et de polypes vasculaires simples , implantés sur la membrane muqueuse , qui recouvroit la tumeur squirrheuse. Levret [Obs. sur Us polypes, 3* éd., p. 287) fait mention d'un polype pulpeux à sa surface , et contenant dans son intérieur une sorte de noyau cartilagineux.
Parmi les sept espèces de polypes simples, il en est deux
A'^8 TÉGÈTATIONS CiLNCÉREITSES»
cjni sont de nature cancéreuse ^ savoir : le polype vascuîaire fongi^ux parmi ceux qui sDnt mous, et le polype squirrheiix parmi ceux qui sont durs.
Hous ne ^ - nous occupe» ici, avec quelque détail,
r ^ polypes ciucéreux ; si nous avons fait mention des riLiiic.->. ce n'a été que pour donner plus de précision â notre travail , en assignant d'une manière nette les caractères dîstirictifs des polypes véritablement cancéreux. ♦\ 2. Du P'h'pe- cancéreux et mou des fosses nasales. — Lasquî avoit observé et décrit avec un soin particulier les ^ '^'S cancérèWses des îosses nasales^ en a JDarlé dans
sa Patholos^ie . tom. î'% p. 4^2, sous le noni de cancer de là » • • lais il décrit cette affection avec des
l": ocieux encore dans sa Médecine opératoire y
tom. IÏ5 p- j36, s6uè' le horrî de polype cancéreux de la
incmbr '"^aitairei qn'Jl dit avoir observé plusieurs fois.
Kor^ ■ .v.r,s la description de celte maladie d'après les r ' rrnfcrinient les deux ouvrages que nous venons
iv, parce que nous ne 1 avons pas nous-même â^ez'ftîen observée pour pouvoir la décrire avec la mênië e:?pSc^tude.
t.e poh^ë fongueux et cancéreux de la membrane pituîtaire n'attaque que les personnes adultes , tandis que le {polype ordinaire du nez, gnérissable par torsion ou par ah*achement, petit se manifester chez dès enfans. Lorsque cette rnalkdie cancéreuse commencé, le malade est orcfifitlireûîëut pris d'un .«?aigDement de nez abondant, qui reparoîi à des intervalles peu éloignés, sans cause éviaénfê et sans qu'on aperçoive encore distinctement aucune iomëdr dans la nâtînê. tétî à peu des douleurs àè refè se fo^ sentir, et répondent à la racine du nez et â l'angle inî'érHé d^ rcêil. 11 se iriariîféste dans la paflié supérieure et profonde de l'une des îiàrlriè.ç liné péfetë tumeur Ires-
VÉGÉTATIONS CANCÊIŒUSES. ^0<J
de sang lorsqu'on la toacbe, même légèrement, avec la pointe d'un stylet. La pression de ce fongus sur le cariât nasal produit le larmoiement et un commencement de fistule lacrymale. Les maux, de lète augmentent, l'apophyse montante de fos maxillaire se ramollit et plie sous le doigt qui la presse. La partie latérale et supérieure au nez se tuméfie et rend le malade dilForme. L'hémorrnagîe reparoît de temps en temps; lorsqu'elle cesse, il s'écoule de la narine un iclior fétide.
Cependant le fongus continue à augmenter de volume/ l'os unguis se détruit, la tumeur comprime et déplace le globe de l'œil, la difTormilé de ïa face augmenté. La ma-* ladîe se propage dans les sinus frontaux et elhmoïdaux . îe^ os se carient , l'œil sort en grande partie ae l'orbite. Enfui, la peau s'ulcère , il se fait une perte de substance aux o^ et aux tégnmens , des végétations fongueuses pullulent à travers fulcération sur la partie latérale du nez, près l'angle interne de l'œil ; un iclior Pîîde continue à s'écoiilér par le nez. Le malade meurt épuisé par la âouTëur, par l'insomnie, par l'bémori bagie et surtout par la fièvre lente, suite dé la cacbcxie cancéreuse. ^
lorsque la pliis giande partie de In membrane piiiiîfaîre, surtout celle qui tapisse les sinus mjxîllaires etëthmoidâiix, eài aliaqîiéc d'un seniblàbk , u en résuite succ(S'i-
vcment uiie tuméfàcîîon de : dont l'aspecl c^t
borribie Méeckieii a iilé uu ualiirel cc^te m aï lit
dans une ptancbe gravcc qui èsl a la page 76 de sou recueil d'observations cbirûigicales.
L'art ne peut absolument rien contre ceite maladie ; les os de la face étant successivement ramollis et cariés, les tégiimens s'ulcèrent dans différcns points. Des fongus nés dans les sinus maxillaires sorlent à travers ces ulcérations', ct!^! (Jii'e par le.^ lïarîiitîs et 1 ién'eu'res.
L'ifli^morrha^iè, la fétidité j la doùléii font
44© VJ^GÉTATIOX? CANCéPEUSES.
périr lentement ces malades auxquels il est impossible de procurer aucun soulagement. C'est ainsi que Lassus en a vu mourir plusieurs qui , avant que la maladie se manifestât, n*avoient eu aucun vice vénérien, scorbutique ou darlreux. Quelques-uns attribuoient la cause de leur maladie au long séjour qu'ils avoient fait dans des habitations humides.
Il est important de ne point se méprendre sur la nature de cette maladie, afin de ne pas promettre, lors même qu'elle commence à paroître, une guérison qui est impossible, et surtout afin de n'entreprendre aucune espèce d'opération , puisque le plus léger attouchement de la tumeur rouge et mollasse dans son principe produit une forte hémorrhagie. Le seul secours qu'on puisse offrir consiste dans le régime et dans les remèdes généraux. On peut faire renifler de l'eau végéto-minérale froide et en injecter dans la narine, afin de borner, s'il est possible, raccroissemeut de celte tumeur fongueuse qu'on ne doit jamais arracher ou détruire par des caustiques ou par tout autre procédé.
2 3. Du polype cancéreux et rénitent des fosses nasales. — Le polype cancéreux et rénitent des fosses nasales est une excroissance squirrheuse et dure qui , dans ses pre* miers temps , ne peut être distinguée ni du polype sarcomateux ni du polype cartilagineux. Le polype squirrheux naît immédiatement de la substance de quelqu'un des os qui contribuent à former les fosses nasales, ou bien il se développe entre un os et la membrane pituitaire , et s'unit à l'un et à l'autre d'une manière intime. La tumeur fait une saillie plus ou moins consitîérable dans les fosses nasales, déjette ou détruit les os voisins, et se présente sous FapparcMce d'une excroissance jaunàfre à base très-large ou fort réhécie.
Les accidens que le polype détermine sont les mêmes que ceux qu'occasionnent les autres polypes réniteiis. Une
VÉGÉTATIO>S CA>CÉBEU5ES. 44*
gÔDC indéfinissable se fait ressentir dans les fosses nasales, la respiration est plus ou moins gênée, la voix devient nasale. A mesure que la maladie fait des progrès , la tumeur, plus ou moins ovoïde, déjette la cloison du nez du côté opposé à celui dans lequel elle est située. On parvient alors à la distinguer à l'aide d'un examen attentif. Cependant la gêne de la respiration augmente, et assez souvent la face se défigure . le nez se déforme : on a vu quelquefois à cette époque se former des fistules lacrymales.
D'aulres fois, la tumeur, en se développant, se porte du côté du cerveau. Elle use les os qui ne cèdent point, déjette les autres , comprime la dure-mère , les vaisseaux sanguins situés à la base du crâne, le cerveau, ou les nerfs qui sont soulevés et plus ou moins écartés. Il en résulte des paralysies partielles à la face , ou la goutte sereine qu*on voit alors sô montrer priucip ilenient du côté qui est le siège de la maladie. D'autres malades sont en proie à d'autres symptômes nerveux, ou bien ils tombent insensiblement dans un assoupissement qui se termine par la mort. En un mot, on voit se manifester les signes qui annoncent la compression du cer\eau, son inflammation ou celle des méninges, la distension des cordons nerveux, etc. Il est quelques autres malades qui meurent à la suite de l'ulrération cancéreuse de la tumeur , ou bien apràîs d'abondantes hémorrhagies.
A l'ouverture des cadavres , on reconnaît avec facilité la forme de la tumeur, son sirgc , le lieu oii elle a pris naissance, l'étendue de sa base, tantôt élargie, tantôt rctrécie eu pédicule , la forme de l'ulcération , si le polype était ulcéré, etc.; les désordres plus ou moins considérables effectués dar)s les parties voisines, i^îuis il faut inciser la masse polypeuse pour bien juger de sa nature. Xous avons trouvé que l'intérien. (\o ros e\' rois^ances cimcércuses
44^ VÉGÉTATIONS CANCÉRErSES,
ressenibloit au tîssu des masses cancéreuses du foie et du cerveau . et niieux encore à celui des fongus cancéreux de la dure-mère (cliap. xxix}; la surface incisée a un aspect très-Iuisanl analogue à ceTiii du lard. Sa couleur est d'un blanc )aunâtre, mêlé quelquefois d'une teinte rosée. Dans ce dernier cas. on y remarque un nombre infini rfé vaisseaux sanguins^ très-fins La consistance dé ces polypes varie cïepùîs celle des cartilages intervertébraux jusqu'à celle du parenchyme du foie; on trouve quelquefois dans la même tumeur des endroits très-fermes, et d'autres endroits (Jni n'ont pas plus cfe consistance que la sul)stance cérébrale.
La membrane piluiiaire, plus ou moins allérée, est intîmeinent adhérente au tissu cancéreux. Les os viciés sont tantôt «simplement usés comme ceux du crâne lorsqu'ils sont percta par un fougus de là dure-mère cbap. xxix) , ^àBtôt ramollis et transformés, dans une certaine étendue, en un tissu cancéreux (chap. xxwi V Lorsque cette dernière dégénération a lieu, c'est toujours à là base et aux alentours de la racine au polype.
Le traîtemeni de cette maladie se réduit presque toujours à l'emploi des inoyens' généraux et àes palliatifs 'cnàp. î) àrr. vil. Ç io). En effet, on iié peut pas enlever ceux d'eniré (-- H ont une base un peu large, et ceux qui
soiii p- ai'UiLs doivent inspirer lés plus vives inquiétu^èé même lorsqu'on en feroit aisément la ligature, car oiî iië (iourroîl espérer de les extirper avec succès qu'autant qu'on detrùîroît eu entier leur racine -, et pour cela il faûdroic tantôt enlever la portion dé la membrane pituitaire qui avcLsîne leur J)édicuie, tantôt détruire la partie des os sûr laquelle ils .sont implantés ; car la sulistaiiee de l'os semble quelquefois avoir donné naissance aii polype et aux environs du pédîcuïe dé ce dernier, l'os èH trànsfofiâa'e en u» tlçsu cancéreux. Il faucirolî aonc entôver ùiie
viciTATloxs CAîiciiiErsEâ. 445
partie saine de Tos tout autour de l'endroit devenu squirrheux. Ces difficultés doivent être souvent insurmontables. Qui oseroit concevoir l'espérance de détruire en entier la racine d'an polype situé dans un endroit Irès-profond, tel que les sinus spliénoiJaux, etc.?
Cette maladie doit donc presque toujours devenir mortelle. Heureux le médecin qui peut^ en prolongeaut les ïpurs de ses malades, diminuer les souffrances auxquelles ils sont en proie !
Obs. Polype cancéreux dur nez (1). — Eu 1791 , un fabricant de draps de la ville de St-Lô, âgé de 45 ans, d'un tempérament phlegïuatique, avoit beaucoup de peine à avaler et à respirer. M. Digue t, chirurgien en chef de Thopital de Sl-Lù, aperçut dans le foud de la çorge une tumeur dure, oblongue, blanchâtre , qui descendait àes fasses ua^ales postérieures derrière le voile du palais. Quoique cette tumeur, à raison de sa couleur et de son extrême dureté, lui parût suspecte, il crut devoiren faire !♦ ^'z rnre parce q»»e le malade éprouvait la plus gracde d pour avaler.
Cette tumeur tomba au bout de quatre jours. 31. Diguet aperçut alors une seconde tumeur également squirrheuse qu*il lia comme la précédente : elle tomba à la fin du Iroîsiènae jour. Itaîs, deux mo' la chute de ces «ïeux tu-
iii< i [ - .!-.:.. . : - ' - .rteures nn
fongus caitinomalt'ux dont M. Ih^uet vit '.^clwi q " > p«;'' ' .ivéc les doigt.*-. Le malade vécut cucore pendant cusiiuii un an, et mournl des suites de cette aflfre use maladie.
ixemmquey. Il >eroîl à cié5irer que Taiiteur de celle ÔDscrvation eut aecrit avec som la structure mtm: -
qn'îlf (\i tomber par la h'gâhire, parce que jusqùlci on a
'1 M.DI uel, Pïis soutenue à Paris le 21 î im irj ir.
réuni sous le nom de tumeurs squirrheuses tous les polypes du nez qui ont une consistance très-ferme, de sorte que la dénomination de sqiiirrbeuse donnée à la tumeur, indique seulement qu'elle étoit très-dure , sans qu'on puisse savoir si elle était fibreuse, cartilagineuse , ou cancéreuse. La marche de la maladie dans ses derniers temps n*est pas suffisamment détaillée. Enfin, il est à regretter que l'ouverture du corps n'ait pas été faite, et l'état des parties malades décrit avec soin. J'ai cru cependant devoir consigner ici cette observation, parce qu'il est bien manifeste que la maladie était de nature cancéreuse , et que sa terminaison a été telle qu'on pourroit toujours s'y attendre , si, après avoir détaché un polype véritablement squirrheux du nez, on ne pouvoit pas complètement en détruire les racines, c'est-à-dire les portions altérées et squirrheuses restantes après la séparation du polype.
ARTICLE m.
Polypes cancéreux de la matrice.
Les polypes cancéreux de la matrice Sont extrêmement rares. Les observations consignées dans les fastes de l'art , concernant cette maladie, ne sont rien mioins que décisives. On y trouve une simple dénomination , mais aucune description précise du polype cancéreux. Il convient donc d'appeler l'attention des observateurs sur ce sujet.
Il se forme dans la matrice quatre espèces distinctes d'excroissances, qui sont : i" les polypes mviqueux; a° les polypes vasculaires ; 3'' les polypes fibreux; 4° les polypes cancéreux. En outre il peut y avoir dans ce viscère des hydatides, une môle, etc. Ces deux dernières maladies peuvent difficilement déterminer les mêmes symptômes que les polypes cancéreux. Mais il n'en est pas tout-à-fait de même des diverses espèces de polypes.
VÉGÉTATIONS CANCÉnEUSES. 44'^^
Lorsqu'il y a dans la cavité de la matrice une excroissance polypeusft, les sy.nptôines qui se manifestent ne peuvent pas faire connoîtrc quelle est la maladie, parce que ces symptômes sont les mêmes que ceux qu'on observe dans des maladies utérines de nature très-différente. En effet, à mesure que le polype élargit la cavité de la matrice, il survient des règles trop abondantes , ou des apparences de règles, et à la fin Tiurnorrliagie utérine finit par être continuelle. Le teint devient jaunàîre, à la fin le visage présente souvent une sorte de bouiïissure. Chez un petit nombre de ces malades, il se manifeste des douleurs dans les organes de la génération, il s'établit des flueurs blanches puriformes, ou bien il survient d'autres accidens. Si le polype ne dilate pas le col utérin avant que la malade soit dans le marasme ou dans un état de cachexie extrême, elle succombe, sans qu'il ait élé possible de connoître avec précision la nature de la maladie ; le résultat n'est pas moins funeste si le polype, ayant dilaté le col utérin, ne peut cependant pas êlre enlevé; ou si, ayant dilaté le col de la matrice, et même formant une saillie considérable dans le vagin , la maladie , au lieu d'être traitée convenablement, est livrée à elle-même. Ainsi la marche et la terminaison de la maladie livrée à elle-même ne sont point différentes, quelle que soit la nature du polype ; et l'existence de ce dernier reste incertaine, jusqu'à ce qu'on soit parvenu à le découvrir parle toucher; or, cela ne peuf avoir lieu qu'à l'époque où l'excroissance, ayant élargi l'orifice de la matrice, fait saillie dans cet orifice baillant, ou bien lorsqu'elle a franchi le col de la matrice, de manière à former une tumeur dans le vagin. Le toucher permet assez communément alors de reconnoître la nature de certains polypes. En effet, le polype muqueux et le polype vasculaire sont mous; le polype fibreux et le polype cancéreux sont durs. A cette époque, toute la difficulté du
diagnostic des polypes cancéreux, qui sont très-rares, seréduildonc à les distinguer des polypes fibreux, qui sont trèscommuns. Malheureusement, nous sommesforcés de reconuoîtreque jusqu'ici rien n'est plus difficile que cette distiuction^parce que la forme de la tumeur, sa consistance et son degré de sensibilité paroissent les mêmes dans les deux cas. Tous ces polypes sont communément indolens. Il est vrai que les polypes cancéreux que nous avons vus étoient formés par le tissu encéphaloïdej et que, selon toute apparence, ils n'auroient pas présenté la même indolence, s'ils eussent été formés par un tissu lardifornae. Mais jusqu'ici, nous ne connoissons aucune observation bien précise de polype cancéreux utérin formé par un tissu lardacé.
Quoi qu'il en soit, lors même que l'observation auroit démontré l'existence des polypes cancéreux lardacés, la douleur locale de la tvmieur , et les hémorrliagies qui pourroient s'y manifester ne suffiroient point pour faire connoîtresi un polype qui présente ces symptômes est de nature cancéreuse. Nous avons vu ces accidens se montrer dans des cas où la maladie n'étoit autre chose qu'un polype fibreux dont la surface étoit couverte de vaisseaux variqueux et prise d'inflammation ; la tumeur saignoit avec fa- ♦ cilité pour peu qu'on la touchât à l'endroit où elle formoit une saillie dans le col de la matrice, ovi au fond du vagin.
Nous ignorons si les polypes fibreux de la matrice sont susceptibles de subir en tout ou en partie la dégénération cancéreuse. Nous le présumons, mais l'observation ne nous a rien appris à ce sujet.
Au reste , sous le rapport de la médecine pratique , la distinction des polypes cancéreux et des autres polypes n'est pas à beaucoup près aussi indispensable qu'on pourroit le croire au premier abord, parce que l'indication est la même dans tous les cas.
Tous les polypes utérins doivent être enlevés, quand
l'opération n'est pas impossible, parce que, Jivrés à la nature, tous devieudroient funestes.
Nous ne décrirons point ici le procédé opératoire qu'il convient de mettre en usage, parce que ce procédé est toujours îe même, quelle que soit la nature du polype dont on se propose de faire la ligature.
Mais nous ne saurions trop répéter qu'il faut toujours disséquer avec soin les tumeurs polypeuses de la matrice qu'on a été assez heureux pour parvenir à extirper, parce ^e, comme nous le verrons bientôt, cette dissection fournit des reuseignemens importans pour la pratique. Voici maintenant quels sont les signes auxquels on reconnoîl la nature des polypes rénitens détachés de la matrice. Lorsque le polype est de nature cancéreuse, il présente dans son intérieur un tissu cancéreux ( Introd., chap. ii, g i). Ceux que nous avons vus étoient formés par la dégéuération cérébriforme. Ils étoient, à leur intérieur, d'un aspect brillant et luisant, ils avoicnt moins de consistance que le lard, et ils étoient un peu plus fermes que le tissu du cerveau, avec lequel ils avoient d'ailleurs des rapports frappons.
Les polypes fibreux sont formés par un tissu dense, jaunâtre, fibreux, c'est-à-dire, qu'ils ne diffèrent en rien des corps fibreux de la matrice (chap. xui , art. iv, §8); mais ceux d'entre ces polypes qui étoient variqueux , enflammés, douloureux et saignans , présentent à leur surface des vaisseaux variqueux et une sorte de membrane muqueuse plus ou moins rougie et gonflée. Ils n'ofii-ent aucune altération qui permette de les regarder comme dans un état de dégénération cancéreuse.
Tant qu'on n'a pas connu avec exactitude le caractère distinctif des tumeurs cancéreuses, il est visible qu'on a dû regarder comme cancéreux les polypes utérins qui détermiuoient de vives douleurs et qui étoient recouverts de
vaisseaux variqueux. La dissection de la tumeur montroit une substance ferme qu'on appeloit sqtùrrlieuse, et on voyoit à rextérieur des veines bleuâtres ou noirâtres et gonflées. Que falloit-il de plus pour en imposer à des observateurs déjà prévenus ? Aussi n'élevoient-ils aucun doute sur la nature de ces sortes de tumeurs, surtout lorsque la malade étoit devenue la victime de cette excroissance.
La connoiss'ance précise de la nature de la tumeur qui a été enlevée devient importante par rapport au pronostic et au traitement subséquenl.
Si la tumeur étoit un polype fibreux, on est tranquille sur les suites de l'opération , parce que la portion du pédicule du polype qui reste dans la matrice , après l'effet de la ligature, se flétrit, se cicatrise, et ne peut pas reproduire la maladie; on peut être tout-à-fait sans crainte à cet égard, même dans les cas où le polype, recouvert de vaisseaux variqueux et enflammé à sa surface, auroit été la source de nombieuses hémorrhagies et le siège de douleurs bien tranchées.
Si le polype étoit cancéreux, et que cependant son pédicule ne fût pas de la même nature, la giiérison poiirroit aussi être radicale; mais on ne devroit alors négliger aucune des précautions par lesquelles on cherche à prévenir les récidives du cancer.
Enfin , dans les cas où il seroit impossible de détruire en entier le pédicule d'un polype cancéreux, l'opération n'auroit point aggravé le danger de la maladie, puisque le polype livré à la nature auroit infailliblement occasionné une mort prochaine.
Enfin , si , après avoir enlevé avec succès un polype cancéreux et employé subséquemment les moyens qui paroissoient les mieux indiqués, la maladie cancéreuse sereproduisoit dans le même endroit ou dans une autre partie, on n'auroit aucun reproche à se faire , puisqu'on ne sait aucun
moyen de préveuir constamment ces funestes récidives.
Il est fait mention dans l'ancien Journal de médecine , tom. XXV, p. 55 1, d'une tumeur polypeuse et squirrheuse Je la verge; mais, en lisant l'observation dont il s'agit, on voit que c'étoit une masse plus ou moins dure dans laquelle étoient contenues de nombreuses hydatides. Mais rien ne prouve que ceUe tumeur fût réellement squirrheuse.
Observation (i). — On ne voit pas d'une manière claire que l'ulcération ait appartenu aux excroissances polypeuses. On en jugera en lisant cette observation que nous croyons devoir transcrire :
L'an 1673, lluyscli fut appelé pour voir une femme à qui un fort grand écoulement de flueurs blanches avoit causé depuis long -temps une précipitation ou chule de matrice , de l'oriRce interne de laquelle pendoient plusieurs excroissances d'une substance en partie membraneuse et en partie charnue. Ces polypes faisoient tant de mal à cette femme, et il sortoit chaque jour de sa matrice une si grande quantité d'humeur acre et aqueuse, que le% remèdes ordinaires furent inutiles. On n'osa user des plus violens , parce qu'on craignit d'irriter le mal qui avoit des marques de malignité. Ce ne fut pas sans raison, comme l'événement le justifia. En effet , un ulcère malin fit périr la malade dans peu de temps.
Quelle étoit la partie qui étoit le siège de l'ulcère malin ? Quelle éloit la nature de ces polypes? Cette observation nous paroît donc insuffisante pour bien constater l'existence des polypes cancéreux de la matrice.
Dans la plupart des cas oii l'on a cru voir des polypes cancéreux de la matrice , il seroit très-possible qu'on eût confondu avec le squirrhe les tumeurs fibreuses, et qu'on
(1) Ruysch., Obs. anat. etchir.y obs. vi.
45o VÉGÉTATIONS CANCEREUSES.
eût pris pour nn signe incontestable de clégénération cancéreuse le développement d'une grande quantité de vaisseaux variqueux à la surface d'une tumeur polypeuse^, surtout dans les cas où cette dernière est enflammée.
ARTICLE IV
Polypes cancéreux dé la vessie»
Il se forme dans la vessie diverses excroissances polypeuses qui ne sont pas de nature cancéreuse et qui peuvent ne point devenir mortelles. Mais il se forme aussi dans ce viscère des polypes cancéreux. Ceux que nous avons vus éloient de la nature du cancer encéphaloïde. On a pu quelquefois soupçonner leur existence avant la mort, mais on n'a pu avoir aucune certitude à cet égard avant l'ouverture des cadavres.
Les sujets chez lesquels nous avons trouvé ces polypes avoient offert quelques-uns des symptômes qui décèlent les maladies des voies urinaires; mais ces symptômes communs à plusieurs maladies de vessie, tels qu'une hématul'ie réitérée, quelques souffrance^ vagues, etc., n'étoient pas sufïisans pour donner une notion exacte concernant ia nature de la maladie; la sonde ne sufïït pas toujours pour donner une connoissance certaine de l'existence de ces sortes de tumeurs, et d'ailleurs elle ne peut pas indiquer leur nature.
Du reste, les individus qui ont un polype cancéreux de la vessie présentent dans leurs derniers temps un teint jaunàlre, comme tous ceux qui sont la victime d'une maladie cancéreuse. Leur état s'aggrave chaque jour. La cachexie^ l'amaigrissement;, la destruction progressive àes forces annoncent la gravité de la maladie, dont les symptômes locaux sont très -légers. Ces malades succombent dans un état d'épuisement (i'^ partie, chap. m). La mort est quelquefois précédée d'un dévoiement excessif, symp'
VÉGÉTATIONS C.\NCÉRËLSES. 4^1
tome qui est Irès-commun dans les derniers temps de plusieurs maladies cancéreuses étrangères au conduit alimen-» taire.
ARTICLE V
'Polype cancéreux de L'estomac.
L'estomac peut devenir le siège de divers polypes^, soit muqueux^ soit cancéreux. Les polypes niuqueux sont extrêmement rares et ne sont point dangereux. Les polypes cancéreux deviennent constamment des causes de mort. Ils ne prodviisent pas toujours les mêmes accidens : quelquefois ils déterminent des symplônies analogues à ceux du squirrbe ulcéré de l'estomac, mais cela est très-rare. Pour l'ordinaire , ces polypes occasionnent des symptômes vagues qui ne peuvent inuliquer ni le siège , ni la nature de la maladie , ou qui ne l'indiquent que d'une manière très-équivoque, de sorte qu'il reste la plus grande incertitude sur la véritable cause de la maladie chronique qu'on a sous les yeux jusqu'à la fin de la vie. La plupart de ces malades parviennent au dernier degré de marasme sans éprouver aucun symptôme capable de faire présumer une lésion grave de l'estomac. Leur pouls n'est pas notablement altéré. Il n'est point fréquent. Ils sont pris d'une débilité universelle qui va toujours en augmentant. Leur teint est d'un jaune paille. Ils offrent plusieurs autres signes de la cachexie cancéreuse (i" partie, chap. m). Il y en a plusieurs qui sont pris d'un dévoiement opiniâtre.
Les toniques, les antiscorbutiques, la diète lactée les soulagent presque toujours, soutiennent un peu leurs forces, ou les relèvent. La tliériaque et le diascordium, sans être constamment efficaces contre le dévoiement , semblent ralentir l'épuisement des forces. Les évacuans et surtout les purgatifs, administrés a une époque avancée de la maladie, accélèrent la mort.
452 ViciTATIONS CANCJ^REUSES.
A l'ouverliire du cadavre des sujets qui ont succombé à celle affeclion , on trouve presque toujours que le polype ou les polypes cancérer.x, qui sont dans l'estomac, offrent un tissu cancéreux cérébriforme (Intr., chap. m, art. ii, §5). Or, les cancers formés par ce tissu sont ordinairement peu douloureux.
Il n'est pas rare de voir plusieurs polypes cancéreux au* tour d'un ulcère cancéreux de l'estomac. Mais, dans ces cas , la maladie principale est l'ulcère cancéreux. Les sujets, dont nous traitons spécialement et exclusivement dans cet article, ont un ou plusieurs polypes cancéreux de l'estomac sans complication de squirrhe ou d'ulcère cancéreux de ce viscère. Il y a communément plusieurs excroissances polypeuscs dans l'estomac. Le volume de ces polypes varie depuis la grosse\jr d'un petit pois jusqu'à celle d'un œuf de poule. Dans la plupart des cas, la membrane muqueuse de l'estomac est plus ou moins lésée, épaissie, rougle ou gonflée. Mais d'autres fois elle est trèssaine, et la végétation cancéreuse paroît avoir été la seule des désordres qui ont occasionné la mort. Les polypes peuvent présenter le tissu cancéreux dans l'état de crudité ou dans celui de ramollissement (Intr. , chap. it, art. 1").
Cette maladie organique étant toujours mortelle, je crois devoir fixer l'attenlion des praticiens sur son existence. Comme elle n'est pas extrêmement rare , on pourra peutêtre, en recueillant scrupuleusement de nouvelles observations , trouver quelque signe capable de la faire reconnoître pendant la vie, ou, du moins, de fournir de très -grandes probabilités sur son existence. Dès-lors on pourroit, du moins, éviter de nuire à ces malades par des médicamcns inopportuns ou dangereux.