LA DISPOSITION AU CANCER. ETC
d'un très-grand nombre d'observations , recueillies dans divers pays, par des hommes éclairés et libres de tout système.
-nti p.v
quatrïe:
TPtAÏTEMENT DES MALADIES CANCÉREUSES.
Les maladies dont le traitement présente les plus grandes di£Qcultés sont celles dont les moyens curatifs parois^ sent au premier coup- d' œil les plus nombreux. On conçoit facilement que le désir de la guérison si naturel chez les malades, l'espoir d'être utile qui anime les médecins, le charlatanisme qui spécule sur les maux de la nature humaine , ont dû faire multiplier les essais dans le traitement d'une maladie chronique qui jusqu'ici paroît avoir résisté opiniâtrement aux traitemens, soit internes, soit externes. Tous les médecins savent qu'on enlève quelquefois les cawcers placés à l'extérieur; on extirpe ainsi la maladie, soit à l'aide de l'instrument tranchant , soit à l'aide des caustiques appropriés, mais on ne la guérit pas. On détruit la partie cancéreuse ; la plaie qui a été faite par l'instrument tranchant ou par le caustique guérit, et le malad» est délivré du cancer ^ si toutes les parties squirrheuses ont été enlevées.
liC cancer peut reparoître dans un autre endroit, et quelquefois dans le lieu même qui a été cicatrisé, lors-» qu'il y a chez l'individu qui a été opéré une prédisposition particulière aux dégéîiéralions cancéreuses, prédisposition souvent impossible à reconnoître, mais qui malheureusement n'est que trop constatée par l'expérience qui,
en médecine, est îa pierre de touche de la vérité et l'écueil des hypothèses gratuites.
La différence que nous mettons ici entre la guérison du malade et celle de la maladie n'est point une de ces misérables subtilités qui sont inventées par le goût de la singularité. Si les moyens externes guérissoient le cancer en imprimant au squirrhe ou à l'ulcération cancéreuse un changement favorable qui disposât la nature à opérer la guérison des maladies cancéreuses, on pourroit, dans tous les. cas , faire usage de ces moyens lorsque la maladie est placée à l'extérieur. Si on ne guérissoit pas Ja maladie, on entraveroit au inoins sa marche et on soulageroit le malade. Mais il n'en est pas ainsi.
Lorsque l'instrument tranchant ou les caustiques ne détruisent pas le cancer en entier, les parties non détruites, irritées parle moyen dont on a fait usage, deviennent plus sensibles, les douleurs augmentent, la dégénération cancéreuse marche avec plus de rapidité , et le moyen destiné à guérir le malade ou à prolonger ses jours hâte sa mort et augmente ses souffrances.
En examinant attentivement les différens moyens j>r0'posés pour le traitement du cancer, on s'aperçoit bientôt que, parmi ces moyens extrêmement nombreux, il n'en est aucun qui opère la guérison de la maladie.
.L'extirpation du cancer guérit quelquefois le malade; mais il faut que la maladie soit placée de manière à pouvoir être enlevée en totalité. Elle peut reparoifre au bout d'un certain temps dans le même lieu ou dans d'autres endroits.
Quand la maladie est placée de manière à ne pouvoir être détruite par les caustiques ou par l'instrument tranchant, le malade ne guérit jamais; mais on peut quelquefois conserver sa vie, quoiqu'on ne puisse pas le guérir.
Toujours on peut diminuer ses souffrances, et souvent on parvient à éloigner l'époque de sa mort.
Tous les moyens qui empêchent la maladie de devenir funeste paroissent agir en arrêtant ou en retardant la marche du cancer. C'est encore de la même manière qu'agissent les palliatifs destinés à diminuer les souffrances du malade.
Parmi les médicamens qui agissent comme nous venons de l'indiquer, les uns exercent une action générale , les autres produisent seulement un effet local; tels sont, en particulier, la plupart des topiques narcotiques, saturnins , etc.
Quant aux guérisons des squirrhes opérées par des narcotiques , par des toniques , par des irritans , etc. , nous avouons que nous rangeons celles de ces cures qui ont été opérées au nombre de celles qui prouvent qu'on s'étoifc trompé dans le diagnostic de la maladie. On a pris des indurations chroniques produites par une phlegmasie chronique , par la syphilis, par les scrofules, etc., pour des indurations cancéreuses. Ces erreurs de diagnostic ne doivent pas surprendre ceux qui sont accoutumés à réfléchir. Il y a long-temps qu'on sait que les médecins et les chirurgiens les plus instruits sont ceux qui ne font pas de cures miraculeuses. Ces cures étonnantes dépendent toujours d'une erreur de -diagnostic; et on pourroit établir, comme règle générale . que tout homme de l'art qui a fait un grand nombre de ces cures, s'il est de bonne foi, montre une ignorance dans le diagnostic, qui s'accorde trèsbien avec des prétentions exagérées, et avec un esprit brillant, capable d'en imposer à ceux qui ne connoissent pas à fond l'art de guérir.
Quoiqu'on ne soit pas encore parvenu à trouver de remède curatif des maladies cancéreuses, gardons-nous de penser que ces moyens n'existent pas, qu'ils ne peuvent
L^'-jO TRAITEMENT
pas être découverts. Nous connoissons la nîarche des maladies cancéreuses, leurs symptômes, leurs effets; mais leur nature intime nous est inconnue.
Dépendent-elles d'un fluide particulier? d'un mode de mouvement perverti? d'un virus? d'une lésion vitale? du développement spontané ou communiqué d'un principe antérieurement étranger à l'économie? Ne sont-eiies que le résultat d'une altération de la nutrition, d'un liquide, d'un llLiide préexistans? Nous ne savons absolument rien sur ces questions, ni sur un très-grand nombre d'autres, dont la solution pourroit éclairer les recherches dogmatiques concernant le traitement.
En attendant , il nous paroît qu'on ne sauroit faire trop d'essais pour parvenir à découvrir des moyens curatifs. Mais l'appel que nous faisons aux gens de l'art n'est point un encouragement que nous donnons au charlatanisme. Pour être en droit de f lire des essais, il faut bien connoitre ce qui a été fait j il est nécessaire de posséder des connoissances suffisantes sur le diagnostic et sur la marche naturelle de la maladie , sur les moyens qui ont été nuisibles, et siir la manière de remédier aux accidens que des tentatives prudentes auroient pu déterminer. A. la vérité^ la plupart des moyens curatifs les plus énergiques ont été trouvés par des ignorans plutôt qu'ils n'ont été découverts par des gens de l'art ; mais ils n'ont été bien appréciés, ils n'ont été convenablement appliqués que par des médecins, et souvent après de longs tàtonnemens. Jusque-là, une routine aveugle, en faisant usage d'un moyen énergique, expose les jours de ceux qui se confient à elle. En permettant à tout le monde de chercher des remèdes contre le cancer, remèdes qu'on ne trouvera peut-être pas, on livreroit un grand nombre de victimes à des souffrances atroces et à une mort anticipée.
En attendant qu'on ait trouvé un remède qui agisse
DES MALADIES CANCEREUSES. 47 1
aussi efficacement contre le cancer que le mercure contre la syphilis, le quinquina contre les fièvres intermittentes, etc., nous allons parcourir les principaux moyens dont on a fait usage jusqu'à ce jour dans le traitement des maladies cancéreuses.
Moyens employés danis le trailement du cancer. — Sous le rapport thérapeutique, parmi les moyens employés contre le cancer, les uns agissent à Textérieur et localement; les autres agissent sur toute l'économie , et n'exercent que secondairement leur action sur le cancer. Cet article sera ainsi naturellement divisé en deux sections, dont la première traitera des moyens locaux ; la seconde exposera ce qui concerne le traitement interne des maladies cancéreuses. Nous désignerons les premières sous le nom de traitement externe, les autres sous celui de traitement interne.
i'^'' Sect. Traitement externe du cancer, — Dans les articles consacrés au cancer des diverses parties du corps , nous avons inséré ce qui a trait à l'extirpation des maladies cancéreuses de l'œil, des paupières, de la face, des lèvres, de la langue, de la peau des diverses parties du corps, des mamelles , du nombril, de la verge , et des tumeurs cancéreuses mobiles et sous-cutanées.
Le procédé opératoire est très-bien connu ; mais on n*a que des notions approximatives sur les circonstances dans lesquelles on doit opérer. On a vu la maladie récidiver dans des cas où tout sembloit garantir le succès ; on l'a vue ne récidiver point dans d'autres où l'opération paroissoit téméraire. Ces événemens inattendus prouvent que nous ne connoissons pas encore exactement les cas où l'opération doit être faite et ceux où Ton doit y renoncer; mais il est des règles générales que l'on peut établir, et qui , malgré quelques exceptions, sont assez communément applicables pour qu'on doive les suivre quand on ne veut pas agir témérairement.
Les cancers cutanés qui ont peu d'éfendue , et qui sont uniques, peuvent presque toujours être extirpés. Ils récidivent quelquefois. Lorsqu'il en paroît de nouveaux, on peut les extirper encore. Il est cependant quelques individus chez lesquels ils se reproduisent avec tant d'opiniâtreté qu'ils finissent par occasionner la mort des malades. On a extirpé avec succès, d'après Van-Wy (i), des cancers de la lèvre inférieure, quoique les glandes maxillaires fussent engorgées.
Lorsque les cancers cutanés sont très étendus, lorsqu'ils ne peuvent être enlevés en entier, il ne convient point de les irriter par des incisions ou par des caustiques. On prolonge la vie des malades en émoussant la sensibilité de la parlie malade à l'aide de topiques caïmans.
On doit rapprocher des cancers cutanés ceux des paupières, des lèvres, de la langue, du nombril, de la verge, des grandes lèvres, elc.
Les tumeurs cancéreuses sous-cutanées, mobiles et uniques, annoncent très -souvent une diathèse générale qui tend à produire d'autres tumeurs cancéretises, et qui quelquefois en a déjà produit à l'intérieur. De sorte que l'extirpation d'une de ces tumeurs, qui paroît unique , donne quelque espoir de prolonger la vie; mais elle laisse tout à craindre pour l'avenir. Lorsque les suites de l'extirpation déterminent la fièvre , celle-ci hâte quelquefois le développement de tumeurs qui n'existoient point encore ou qui étoient imperceptibles; si le malade est maigre et cacochyme , les probabilités de réussite sont encore moindres. Les tumeurs cancéreuses sous-cutanées et immobiles sont presque toujours incurables, et, lorsqu'on croit les avoir détruites, on les voit presque toujours repulluler.
(1) Ann. méd. de Montp., t. xxv, p. 289 (juin 181 J).
La dégénération cancéreuse d'un testicule est très-souvent accompagnée de la même lésion des glandes lymphatiques placées dans l'abdomen. On reconnoît quelquefois cette coïncidence au gonflement et à l'induration du cordon spermatique , à des douleurs'abdominalcs, à des duretés qu'on sent dans quelques-unes des parties de Tabdomen ; mais il est des cas où rien ne peut la faire présumer. Ce n'est que lorsque tout paroît promettre qu'il n'y a ni glande squirrheuse, ni tumeur squirrheuse dans l'abdomen, qu'on peut procéder à l'extirpation d'un testicule cancéreux, dans l'espoir de prolonger la vie du malade. Si, malgré les apparences favorables, on s'est trompé, on abrège, presque toujours la vie de ceux qu'on a opérés, parce que le développement des autres tumeurs marche avec plus de rapidité après l'extirpation du testicule. On n'est cependant point blâmable, puisqu'on a agi comme il est donné à l'homme d'agir, c'est-à-dire d'après des probabilités sviffisantes pour devoir opérer.
Toutes les fois qu'on enlève une tumeur cancéreuse, il faut l'extirper en entier comme Galien [De arte curativâ ad Glauc, Uh. 2, cap. ii) l'avoit expressément recommandé : « Il faut extirper, disoit cet habile praticien, toute la tumeur qui adhère aux parties saines. » Mais il étoit persuadé que l'opération fait courir des dangers à raison des vaisseaux sanguins dont la ligature lui paroissoit avoir des in-^ convenions; et la cautérisation, destinée à détruire les racines de la tumeur, ne lui paroissoit pas sans danger, lorsque la maladie est située près de quelque partie qu'il est indispensable de respecter...
L'extirpation des tumeurs cancéreuses ne peut être faite qu'à l'aide de l'instrument tranchant; mais celle des cancers cutanés peut être faite à l'aide des caustiques : ceux-ci nous parolssent dans presque tous les cas, moins avantageux que l'instrument tranchant, mais ils effraient moins
les malades, qui se décident alors plus facilement à se laisser enlever leur maladie.
Les caustiques n'agissent pas comme on a souvent cherché à le persuader, par une vertu spécifique , mais seulement comme des moyens qui détruisent ou frappent de mortification la partie cancéreuse. Celle-ci forme alors une escarre qui est détachée par la suppuration et qui finit par se séparer. Les caustiques ne réussissent qu'autant qu'ils agissent avec beaucoup d'énergie et qu'ils mortifient toute la partie dégénérée.
On a proposé un certain nombre d'applications pourla guérison des cancers. Nous allons les parcourir successivement:
^ 1. Préparations arsenicales. — Jusqu'ici on n'aemployé pour le traitement des cancers cutanés, aucun topique qui ait paru préférable à l'arsenic ; il a opéré un grand nombre deguérisons. Appliqué convenablement, il produit une escarre sèche qui se sépare spontanément au bout de i5 à 42 jours. On peut en réilérer l'application si, après que l'escarre est détachée, l'ulcère ne paroît pas d'une bonne nature. On peut la réitérer aussi lorsque la guérison ayant paru d'abord complète, on voit au bout d'un certain temps reparoître l'ulcération cancéreuse.
L'utilité de l'arsenic employé comme caustique dans les cancers est connue depuis l'an î594.
Fusch pareil être le premier qui ait employé cette substance dans le traitement du cancer; il faisoit usage d'une poudre composée d'arsenic, de suie de cheminée et de racine de grande serpentaire (1). Trois jours après l'application de cette poudre, il avoât des signes de son succès (2) ; il paroît tju'il renonçoit à de nouvelles applications si la maladie n'étoit pas détruite et qu'il survînt des frissons,
{1} De Houppeville, p. 174, (2) Ibid., p. 175.
la fièvre, des vomissemens , des douleurs, des foiblesses et d'autres accideiUs (i).
Fernel (2) rapporte l'exemple d'une femme qui avoit un cancer au sein, sur lequel on appliqua de l'arsenic et du sublimé corrosif. Elle mourut six jours après, avec tous les symptômes qui indiquent un empoisonnement par ces substances. ^
L'arsenic détermine presque toujours un érysipèle aux environs de l'ulcération cancéreuse; mais cet érysipèle dure peu de temps, ne fait pas ordinairement garder le lit et a toujours une issue favorable au bout de peu de jours.
Communément ou ne fait pas usage de l'arsenic seul; on l'unit avec des substances qui l'étendent et qui l'empêclient ainsi d'irriter trop violemment. Yoici la formule de la poudre (5) de Rousselo.t :
Sangdragon § (/•
Sulfure de mercure (cinabre). ... § (/'. Oxidc d'arsenic (arsenic blanc). . . 5 ij.
M. Dubois modifie ces proportions de la manière suivante :
Sangdragon § /.
Cinabre . o iv.
Arsenic os.
Mêlez et délayez un peu de cette poudre avec de la salive dans le creux de la main.
On enlève li croûte ou les excroissances qui recouvrent la surface excoriée. On étend uniformément la pâle arsenicale de l'épaisseur d'environ deux lignes sur la surface de l'ulcère , et on la recouvre avec de la toile d'araignée ; on enlève la pâte au bout de 24 heures. L'escarre qui s'est
(1) De Houppeville, p. 180.
(2) Mélh. méd.,1. vi, c. xviii.
(3) Lassus, Illed, opév., t. u, p, 135,
47^ ^ TRAITEJiENT
formée est dure et biancbâtre ; on la laisse se détacher spontanément, ce qai arrive au bout de 12 à 42 jours. On réitère l'application de ce remède aussi souvent qu'il est nécessaire. Il paroît que le cinabre et peut-être aussi le sangdragon empêchent l'absorption de l'arsenic ; car dans les hôpitaux de Paris, où l'on fait usage de ce topique , on n'observe point les accidens de cette résorption.
On counoît différentes préparations arsenicales; elles ne diffèrent réellement que par la proportion plus ou moins grande de l'arsenic ; les autres substances ont toujours comparativement fort peu d'énergie. Nous croyons devoir consigner ici quelques-unes de ces formules.
Poudre du frère Côme (Richerand, ISos., ch. 1, p. 220}.
Cinabre. ......... 3 //.
Sangdragon. 'ô ss.
Arsenic 18 grains.
Savatte brûlée.
Mêlez intimement.
Savatte brûlée. ....... 18 grains.
Poudre du frère Côme de la Charité (1].
Cinabre artificiel . 3 y.
Cendre de semelles de vieux souliers
brûlés. ......... 8 grains.
Sangdragon . . 12 grains.
Arsenic blanc. . . . . . . . 4^ grains.
Le tout réduit en poudre fine que l'on détrempe avec quelques gouttes d'eau au moment d'en faire usage. L'escarre tombe au bout de 3 à 4 jours, et laisse au-dessous un ulcère de bonne nature, qui guérit aisément.
(1) Swediaur., P/i. chir.^ 1803, p. 557. — Ce remède est indiqué dans Lassus, Med. op., t. n, p. 134, sous le nom de remède de Chomel, mais il n'y a que 40 grains d'arsenic, non plus que dans la formule insérée dans le Code pharmaceutique de M. Parmentier.
DES MALADIES CANCEREUSES. 477
Poudre de Plukket (i).
^ Arsenic blanc deux gros.
Fleur de soufre un gros.
— de camomille puante . demi-once.
Feuilles de renoncule. . . une once.
Faites une poudre fine.
On triture une portion de celte poudre avec» du blanc d'œuf, et on l'applique sur la partie affectée ; l'escarre est enlevée au bout de 48 beures-
Poudre de Justamond (a) (panacée anti-cancéreuse de
Justamond).
Foie d'antimoine. . J i.
Arsenic blanc. . . o io.
Mêlez. Faites fondre la masse dans un creuset ; laissez refroidir ; pulvérisez. On y ajoute quelquefois de i à 5 gros d'extrait d'opium; on en saupoudre l'ulcération cancéreuse.
Il seroit facile de rassembler un beaucoup plus grand nombre de ces formules ; mais leur différence se réduit toujours à diviser plus ou moins l'arsenic qui est la substance véritablement active.
On ne fait pas seulement usage de la pâte arsenicale contre les cancers cutanés ; on l'a quelquefois employée avec un succès complet sur des ulcérations cancéreuses qui se ma« nifesloient à la surface des plaies résultant de l'extirpation d'un sein cancéreux. On sait que ces chairs cancéreuses re-
(1) Swediaur, Ph. chir., 1803, p. 558. — Ce remède me paraît à peu près le même que celui qui est indiqué dans Lewis, Cojinaissance des médicaments ^ t. m, p. 325. sous le nom de Foudre de Plumket.
(5) SvT'eJ,, loc. cit., p. 556.
Il'jS TRAITEMENT
produisent la maladie, et que, malgré tous les soins qu'on a pu prendre pour enlever toutes les parties ulcérées en extirpant un cancer au sein, on voit quelquefois pulluler, à la surface de la plaicj qui déjà se cicatrisoit , de petites excroissances cancéreuses. C'est sur ces chairs car.céreuses qu'on peut appliquer la pâte arsenicale, comme sur les cancers cutanés de la face ; et conime nous l'avons dit, on parvient ainsi à guérir des malades , qui paroissoient voués à une mort prompte et inévitable.
La poudre de Pierre Alliot produisoit des effets très-marqués; elle fit, en 1665, un très-grand bruit dans toute l'Europe. Ce médecin fut appelé pour traiter la reine- mère Anne d'Autriche (i).
J.-B. Alliot, médecin delà Bastille, fils de Pierre Alliot, publia, en 1698, un Traité du cancer, dans lequel il a donné, page 162, la manière de préparer cette poudre dont il fit connoître la composition. Geoffroy [Blat, inéd.y t. i, p. 35 1) a consigné cette préparation dans sa matière médicale, et il a décrit le procédé opératoire d'une manière beaucoup plus intelligible. C'est une préparation d'arsenic qui n'a aucun avantage sur la pâte arsenicale que nous avons décrite plus haut.
OlausBorrichins, savant médecin et très-habile chimîsle, avoit été très-étonné des effets de la poudre d' Alliot qui opéroit , à Paris , des cures presque miraculeuses (2). En voici une qui est rapportée par Olaus Borrichius, témoin oculaire. Une dame avoit depuis plus de quatre ans, à la mamelle gauche, un cancer ulcéré de très-mauvaise nature, et dont les bords éloient durs et livides. Alliot saupoudra cet ulcère avec une poudre blanche. Au bout d'une
(1) La reine Anne d'Autriche mourut le 20 janvier 1666, après deux ans de souffrances, traitée pendant neuf mois par l'abbé Gendron, qui déclaroit la maladie incurable, puis par Pierre Ailiot.
(2) Haller, Disp. chirurg., t. u, p. 492.
heure, il survint une petite fièvre qui dura peu de temps €t qui fut suivie de soulagement. Pendant un mois et demi cette poudref ut employée chaque jour; alors les lèvres de la plaie ne furent plus livides: elles devinrent d'une couleur rosée. La sérosité iclioreuse fut remplacée par un pus de bonne nature. La plaie qui n'étoit plus cancéreuse, fut ensuite guérie avec faciUté par les moyens ordinaires {Acî. méd.^ Haffn, vol. i, obs. lxxii, p. 160}.
On saupoudre avec ce médicament la surface ulcérée; la douleur déterminée par cette application n'est pas plus vive que celle qu'occasicnneroit le cancer (i). Ce médicament, quand on sait en faire usage, fait son effet sans inflammation, sans irritation ; il détruit les chairs infectées, détermine la chute des callosités et prévient même les hémorrbagies. Après que la tumeur chancreuse est totalement détruite, on voit la maladie devenir une plaie simple et qui guérit facilement et parfaitement.
On peut encore employer avec succès cette poudre pour consumer quelques parties suspectes restées après l'amputation du cancer, et pour détruire les chairs fongueuses qui reproduisent si souvent le cancer après l'amputation de la tumeur cancéreuse. Cet escarrotique (p. 149) ne détruit que très-superficiellement les parties saines qu'il touchq.
J.-B. Âlliot assure que son père et lui ont guéri, avec celte poudre , des cancers et même de ceux des mamelles d'un volume considérable, dont quelques-uns n'auroient pas été susceptibles d'être çxtirpés ou amputés sans occasionner la mort du malade pendant l'opération.
Muller, Thomas Bartholin, Olaus Borrlchius, etc.^ parlent des succès étonnans obtenus par Alliot. Muller conseilloit la poudre de crapaud et de lézard calcinés, à laquelle
(1) Alliot, Traité du cancer, Préface et page 149.
/J8o TRAITEMENT
on ajoiîtoit un peu d'orpiment, de poivre noir, de sel conaniun et de suie sèche.
Aliiot définit (p. 29) le cancer, une tumeur ulcérée accompagnée d'une dureté pierreuse avec douleur plus ou moins violente et lancinante. Ce sont des cancers aussi bien caractérisés qu'il guérissoit; cependant il ne prétend pas £;uérir tous les cancers. D'après lui, les occultes (p. 118 sont incurables. Les autres kg le sont point. Il nomme occulles (p. 28 et suivantes) ceux qui sont placés à l'intérieur où l'on ne peut appliquer des topiques , et ceux qui, placés même à l'extérieur, dépendent d'une cause interne qui doit les reproduire mémo après qu'on les auroit détruits. Mais il ne donne aucun signe positif pour reconnoître les cancers occultes; et il dit, p. 5i, qu'un cancer apparent, dans sa naissance, peut devenir occulte dans la suite.
Les cancers occultes sont, 1° des cancers produits par une cause hypothétique et dont aucun signe positif ne peut faire connoître l'existence actuelle; 2» les cancers du foie, de la rate, des intestins, de l'anus, de la gorge, de l'utérus, de la vulve, des aisselles, des aines, de l'intérieur de l'orbite, etc. ; 5° ceux qui sont très-adhérens, ceux qui s'étendent très-profondément , ceux qui occupent les deux xnamelles, ceux qui se propagent sous l'aisselle, etc. ; en Un mot, comme on voit, tous ceux qu'on ne pourroil pas extirper, quoiqu'il n'en convienne pas à la page 109; et il déclare à la page 120 que, si on emporte la tumeur dans un cancer occulte des mamelles, la maladie reparoît et la malade meurt plus promptement que si on ne l'avoit pas traitée.
« Le cancer apparent et manifeste (Gai., Comm» aph. 58, lib. 6) n'a, dit Aliiot, aucun des caractères qui conviennent à l'occulte. » On peut l'extirper ou le consumei jusque dans ses racines.
La s€nle diffîcullé qui reste, c'est qu'un cancer mobile et facile à enleveren entier [)eut, lors même qu'il a t'ié produit par une cause externe, être apparent (p. 3i) dans sa Dais.sance et même dans ses progrès, et devenir occulte dans la suite. Et vi'ailleurs le cancer est occulte (p. 3oj s'il est produit par un cliyle, une lymphe, un suc nerveux qui a perdu sa \i)lalilHé ammoniacale parle mélange d'un acide très- corrosif, dont îa production spontanée et spéciale constitue la cause individuelle et conjointe du cancer, cause réelle qui ne doit pas être confondue avec la cause occasionnelle, etc.. C'est ainsi qu'on peut justifier tous les accidens, toutes les récidives, et le défaut de succès de la fameuse poudre. Mais (omment distinguer les cas où elle doit avoir du succès? Cela demande (dit Alliot, p. 124) beaucoup de théorie et une longue pratique, parce que la poudre réussit dans le cancer qui n'est pas occulte.
Les noli me la/igere et les ulcères d'abord simples qui deviennent chancreux sont des cancers (p. 44)» parce qu'il y survient une dureté squirrheuse avec douleur et moliquilé , irrémédiables par les moyens internes. Ces cancers , de même que les verrues chancreuses (p. i48) , et les autres cancers cutanés sont traités avec avantage par la poudre d' Alliot, qui convient aussi très-bien lorsqu'on a excisé les parties squirrheuseset qu'il s'agit de prévenir la récidive ou de détruire des chairs suspectes.
Vacher (i) a mis plusieurs fois en usage la poudre d'Aïliot. Il n'a pas trouvé qu'elle lui ait réussi aussi bien qu'elle réussissoit lorsque Pierre Alliot et son fils enfaisoient usage, de sorte qu'il est bien loin de la regarder comme un moyen préférable à l'enlèvement du cancer. ;
M. Sjlmade rapporte dans son Prms d'observations sur les maladies de ta lymplie huit observations sur les maladies
(ï) Diss. sur le cancer, 1740, p. 104. II. 31
î^hancrenses. Sept d'entre elles présentent des ulcères chan- Ureux au front, aux joues, au nez, aux bras^ à Tanus, tous guéris par l'usage externe de la poudre de Rousselot. On 3la mêle avec de l'eau ou du céral, et on en fait une espèce de pâte ou de bouillie. Avec un pinceau on en étend une 'touche d'environ une demi-ligne d'épaisseur sur toute la «urface de l'ulcère, et on recouvre avec de la charpie très- ■^ne. On reste vingt-quatre heures sans y toucher; il s'est ;^lors formé une escarre qu'on peut abandonner à la na*^ tïire. On ne panse plus alors l'ulctre qu'avec delà charpie sèche ou trempée dans l'eau de guimauve miellée. La guérison s'opère ordinairement entre vingt-cinq et trente-cinq jours, à moins qu'il ne faille la réappliquer; M. Salmade a renouvelé cette application j'usqu^à trois fois avant d'obtenir la cure radicale dans un cas où des chairs boursoufflées et des excroissances embarrassoient la cicatrice.
Lorsque la maladie n'est pas simplement locale et qu'elle ^st accompagnée d'un vice intérieur, comme dans tous les «€as rapportés par M. Salmade, il fait prendre aux malades, pour terminer la cure , des mercuriaux unis aux amers et aux antiscorbuJtiques : avec ceux-ci on peut même quelquefois se passer de la poudre de Rousselot , ce que dé- Bibiitre la huitième observation relative à un ulcère chanîCireux et rongeant situé au tiers inférieur de la jambe droite 5 et ce qui étoit déjà évident d'après la plupart des «lutres observations ; ceci me fait présumer que plusieurs (de ces prétendus ulcères cliancreux étoient des ulcères vénériens plutôt que des ulcères cancéreux.
^oici un autre fait de guérison du cancer par la pâte ai^ sénicale : M. G***, âgé de plus de 64 ans, avoit depuis 'huit ans au miiJiea de la joue gauche une ulcération can- Xîéreuvse que rien n'avoit pu guérir.
La maladie avoit commencé vis-à-vis l'angle inférieur de Tos de la pommette par une petite tumeur moins grosse
DES MALADIES CANCiREUSES. 4^3
qu'une lentille ; cette petite tumeur excoriée avoit fait des progrès très-lents. Elle n'éioit pas douloureuse. Le malade n*y ressentoil qu'un petit picotement pareil à celui qu'occasionneroit une fourmi en marchant sur la peau du vissage. L'ulcération ne fournissoit qu'une très-petite quantité de sérosité; au bout de la huitième année, l'ulcération, qui occupoit tout le milieu de la joue gauche, avoit près de quatre travers de doigt de long et environ trois travers de doigt de large. Ses bords étoient inégaux, anguleux et frangés. Toute sa surface rouge, irrégulière et parsemée de bourgeons rouges et inégaux , presque comparables à ceux qu'on observa sur la crête très-épaisse de certains coqs. Cette surface ulcérée ne fournissoit qu'une très-petite quantité de sérosité. Si ce malade la recouvroit avec ud linge ou avec du taffetas d'Angleterre, ces substances se colloient dans divers endroits, et quelquefois en les détachant on faisoit sortir quelques gouttes de sang. Tous les fours cet ulcère étoit lavé avec de l'eau. On pouvoit en toucher la surface avec les doigts sans occasionner de la douleur. Malgré son étendue , le malade n*y ressentoit pas plus de douleur qu'il n'en auroit ressenti sur l'autre joue si une mouche ou une fourmi l'avoient parcourue en divers sens. La chair formoit une saillie de plus de trois lignes à l'endroit de l'ulcération. La peau étoit rouge et un peu gonflée tout autour ; mais nulle part la base de l'ulcère n'adhéroit aux parties osseuses, pas même à la surface de Vos de la pommelle, ni à l'arcade zigomatique.
Dans ïe printemps de l'an 1811, ce noti me tan gère {ni traité avec la pâte arsenicale.
On enleva d'abord avec le scalpel toute la partie de l'ulcération cancéreuse qui dépassoit le niveau de la peau. Oo appliqua ensuile sur la surface de l'uicère ainsi ébarbée une couche de pâte arsenicale, n° 1, épaisse de près de deux lignes, et on recouvrit cette pâte avec de la toile d'arai*
gnée. On ne fit usage d'aucun autre médicament externe ni interne.
Vingt- quatre heures après celte application, le malade avoit éprouvé beaucoup de douleur à la joue. Toute la peau des environs de Tulcération étoit devenue très-rouge, trèsdouloureuse et érysipélateuse. L^œil gauche fut fermé pendant près de vingt-quatre heures par le gonflement de la paupière. Au bout d'environ trente-six heures, cet érysipèle se termina. L'œil droit ne fut pas fermé. Ljes douleurs furent ainsi apaisées dans un espace de tem[)s assez court.
L'escarre très-dure formée par la base de l'ulcère, la pâle arsenicale et la toile d'araignée , formoiert une masse Irèsdure qu'on laissa se détacher spontanément. Au bout du Tingt-sixième jour, celle escarre, commença à se détacher à la parlie inférieure 5 et au quarante -sixième jour toute l'escarre se détacha. .
C'est alors seulement que la maladie fut traitée comme une plaie simple. La cicatrice se fit assez promptement, et, trois mois après l'application de la pâte arsenicale;, ce malade étoit parfaitement guéri. La cicatrice étoit aussi blanche que la peau du reste de la figure. Il n'y avoit ni croûtes, ni écailles dures sur cette cicatrice. La peau cicatrisée n'adhéroit pas aux parties sous-jacenles. En un mot, la cicatrice éloit parfaite, et tout annouçoit une guérison complète.
L'arsenic a été aussi employé avec succès à l'extérieur en état de solution contre des ulcérations cancéreuses.
M. "William Shearly, chirurgien à Déal , a guéri deux maladies nommées fongus héaiatodes , produites par une cause externe; il les mouiUoit matin et soir avec la solution suivante :
R. Arsenic blanc pulvérisé. . . deux scrupules. Esprit (le vin rectifié. . . . deux gros. Eau pure deux onces.
Après avoir lavé la plaie, on la pansoit avec de la charpie sèche ; on mettoit par-dessus des compresses imbibées d'une décoction émoUiente, et on appliqnoit un bandage fort serré (i). Ces affections, situées Tune à la jambe droite, Tautre sur la rotule, furent cicatrisées au bout d'un temps très-court. La première, à laquelle on avoit soupçonné une disposition cancéreuse, n'avoit pas cédé aux dissolutions de sublimé corrosif, de sulfate de zinc, de vitriol et de nitrate d'argent. Cette maladie avoit été produite chez un marin par une forte contusion sur le milieu de la portion interne du muscle jumeau de la jambe droite. Une tumeur s'étoit formée dans cet endroit quelque temps après la contusion, et la peau s'étant ouverte sponlanémc nt à l'emlroit de la tumeur avoit laissé apercevoir une substance semblable à du sang coagulé qui forme une saillie. Lorsque M. Shearly vit ce malade, Tulcère avoit trois pouces de longueur sur deux et demi de largeur; la fongosité avoit un pouce trois lignes d'élévation et étoit formée par une substance ressemblant à du sang coagulé ; elle saignoit avec une extrême facilité.
Quinze jours après qu'on eut commencé l'emploi de la lotion arsenicale, la plaie fut plate; on voyoit de belles, ^granulations se lever sur toute son étendue. On cessa Tu* sage de l'arsenic, et quinze jours après le malade étoit parfaitement guéri.
M. George Nesse Hill (2) conseille aussi l'usage externe et interne de l'arsenic contre les cancers cutanés. Nous en reparlerons plus loin.
(1) Ann. delitt. méd. étrang., t. ïi, p. 236.
(2) Ibid.,t. xn, p. 7.
41^ TBAITEMEKT
Mercure.— M. Mit a^ Midy (Act. deméd. deMontpell., t. i, p. 265) assure que le mercure employé à l'inlérieur en état d'oxide est fondant et résolutif des squirrhes îndolens. Il cite deux femmes qu'il dit avoir guéries d*un squirrhe des glandes mésentériques à Taide du mercure coulant éteint dans le inucilage de gomme adragant. Mais il ena—. ployoit en même temps d'autres remèdes, et rien ne prouvei que ces squirrhes fussent de nature cancéreuse.
Muriate de mercure suroscigéné (sublimé corrosif) (i). — * André Wiilison dit que le sublimé corrosif employé en to;pique guérit les cancers cutanés commençans, et qu^'ifc change en une suppuration louable l'écoulement ichoreuXi et fétide des cancers invétérés. Voici le procédé qu'il in*dique:
A l'aide de la pointe d'un canif, saupoudrez avec du sublimé corrosif réduit en poudre fine les bords de l'ulcèreiî que vous aurez préalablement lavés avec de l'eau tièéew Couvrez le tout d'un plumasseau enduit d'onguent basilî- Ctini jaune, et donnez un peu d'opium pour apaiser la douleur , qui sera très-vive pendant quelque temps aprè& l'application du sublimé. Au bout de 24 heures ôfez l'ap* pareil et vous trouverez une large escarre dure, couleur de plomb. Si cette escarre adhère encore dans quelques points, saupoudrez de rechef avec le sublimé les points de l'escarre qui adhérent, et renouvelez le plumasseau. Continuez de même jusqu'à ce que l'escarre se détache. Pansez alors avec du basilicum jaune ou du cérat, et souveat^-, la cicatrice sera bientôt formée.
Ce topique, qui n'a pas encore pour lui une longue expérience ni de nombreux succès, ne me paroît pas préfet rable à l'application de la pâte arsenicale ; et tout fait pré?* sumer que si l'ulcération cancéreuse ne peut pas être dé-
(1) Ann. clin, de Monlp., t. xxv, p. 172.
truite en entier, la pondre de sublimé , au lieu d'amener uns promple suppuration, exaspérera les souffrances de& malades.
J'ai \Uf chez un enfant âgé de quelques mois , une ulcération placée sur la lèvre inférieure , présenter quelques apparences cancéreuses. L'ulcération étoit inégale, irrégulière; ses bords étoient anguleux, durs, inégaux. Chaq^ue jour Tulcéralion s'élargissoit. Il en découloit une sérosité abondante. La maladie avoit commencé par un petit bouton miliaire. Dans l'espace d'un mois elle avoit acquis unt largeur plus grande que l'ongle du pouce d'un adulte. Déjà le bord de la lèvre étoit écliancré. La mère de cet enfant l'alaitoit, et elle n'avoit eu ni ne présentoit aucun symptôme syphilitique.
Cette maladie fut traitée avec vme solution de 3o grains de sublimé corrosif dans une pinte d'eau , employée trois fois par jour en lotion de manière à empêcher ce liquidé de pénétrer dans la bouche.
Dans l'espdce de trois semaines cette ulcéra tîon fut parfaitement guérie.
J'ai pensé que cette maladie étoit syphilitique et non point cancéreuse.
J'ai vu depuis des ulcérations de la face regardées par Aes médecins instruits comme cancéreuses et qui ont cédé à l'usage des lotions de sublimé corrosif. Presque toujours j'ai pu acquérir la certitude que ces ulcérations étoient syphilitiques, et quelques malades ont eu peu de temps après des signes évidens de maladie vénérienne constitutionnelle.
J'ai rencontré aussi plusieurs malades qui avoient à la face des ulcérations que des médecins et des chirurgien» très-instruits avoient regardées comme vénériennes, et qui étoient réellement cancéreuses. Ces ulcérations ont résisté à l'usage interne et externe des préparations mercuriellesj
elles ont même loujouis été exaspérées par l'usage de ces moyens.
En parlant des maladies qui simulent le cancer cutané de la face, i'ai rapporté quelques exemples de guérison de ces maladies par l'usage du sublimé corrosif.
On voit, par tous ces détails, combien il est quelquefois difficile de bien distinguer certains cancers cutanés de quelques ulcérations non cancéreuses. J'ai vu un malade qui portoit à la face un cancer culané , sur la nature duquel les chirurgiens de Paris qui ont le plus de réputation n'a- Toienl osé prononcer; et ceux qui avoient donné un avis positif s'étoîent trompés, car ils regardoientla maladie comme syphilitique. Le malade fui inutilement soumis aux traitemens anli-syphilîliqtiesle mieux dirigés. La maladie résista. Le malade mourut quelques années après ayant encore le cancer à la face, et présentant en outre des signes non équivoques de diathèse cancéreuse, car il avoit dts tumeurs cancéreuses cutanées, des tumeurs cancéreuses développées dans le foie et une ulcération cancéreuse à l'estomac. J'ai vu traiter par des préparations mercuriellos données à l'intérieur une tumeur cancértuse delà face, qui devint beaucoup plus douloureuse et qui fit des progrès effrayans pendant ce traitement, auquel l'on fut obligé de renoncer.
En un mot, je puis affirmer, comme plusieurs auteurs Tavoient déjà observé, que les préparations mercurielles sont plulôt nuisibles qu'utiles dans le Irailement des ulcères cancéreux.
Le sublimé corrosif a cependant été recommandé par bien des auteurs contre les maladies cancéreuses. Bierchen (i) dit qu'il exispère à la vérité le cancer légitime ,
(1) Abhandl. von dcn Warhen Zeichen des Krebschadens.
mais qu'il gnérit le cancer scrofiileiix. Gootîi (i) le croit très - avantageux dans les maladies cancéreuses; Marc Akenside a cru qu'on pouvoit détruire le vice cancéreux en combinant le sublimé corrosif, l'exlraît de ciguë et le quinquina.
Lossius (2) parle d'un cancer du nez et de la face guéri par la salivation mercurielle. Vilmer dit avoir guéri, au bout de 4 niois de trailement, à l'aide du sublimé corrosif^ un ulcère cancéreux de la face, chez un malade très-snaigre qui avoit [)erdu le sommeil et l'appétit, et qui étoit dans un état de fièvre hectique accompagnée de sueurs nocturnes (5).
Tous ces cas de guérîson de cancer culané par l'usage des mercuriaux sont-ils relatifs à des maladies cancériformcs plutôt qu'à des ulcérations cancéreuses? Je n'oserois l'affirmer, mais je le regarde comme presque certain , parce que j'ai toujours vu le sublimé conosif produire de mauvais effets sur les cancers cutanés parfailemcnt caractérisés.
Préparations de plomb. — Les prépara lions de plomb n'ont guère été proposées pour la cure radicale du cancer. Mais il est peu de moyens qui apaisent mieux les douleurs de la plupart des cancers cutanés , et qui ralentissent mieux leur marche. Ces préparations calment rarement les douleurs produites par les autres cancers ; il est cependant des cas dans lescjuels elles les diminuent, de sorte qu'on peut les essayer , lorsqu'on n'a pu par d'autres moyens apaiser les souffrances des tristes victimes de cette maladie.
(1) Médical and chirurg. observât., etc. London, 1773, cil. Ann. clin., t- XXIV, p. 178.
(2) Observ. méd.
(3) Cases and remar. in surg. Lond., 1779, oit, Ann. clin., t. xxiv, p. 178.
i#90 TRAITEMENT
Les deux préparations que j'ai vu réussir le mieux soal
les suivantes :
Litharge d'or. . . . . 3 vî. Vinaiiïre. . . ... 3
Bonne huile d'olive. . . § ij.
On triture la litharge dans un vase de porcelaine en y ajoutant le vinaigre ; on met ensuite l'huile goutte à goutte en triturant toujours ; on forme ainsi «ne sorte de lini^ ment de consistance d'huile à demi figée; on l'étend sup l'ulcère avec un pinceau ou avec la barbe d'une plume.
On peut préparer un cérat de la même manière : on ob* tient des effets analogues.
L'onguent suivant produit aussi quelquefois de très-bons effets comme calmant :
Litharge d'argent, demi -livre.
Huile d'olive. . . une livre.
Cire vierge. . . trois onces.
Faites bouillir jusqu'à consistance suffisante pour former un emplâtre. Ajoutez :
Extrait de saturne. demi-once.
Formez-en des magdaleons que vous conserverez pour l'usage.
Des cancers cutanés dont les douleurs étoient exaspérées parles narcotiques ont été singulièrement soulagés par ces préparations , surtout par la première. En diminuant les douleurs on voit aussi quelquefois l'ulcère se rétrécir ex?«»; trêmement, de sorte qu'on peut ensuite le détruire , soifc. avec l'instrument tranchant , soit avec la pâte arsenicale*
M. Goulard (i), célèbre chirurgien de Montpellier, rapporte plusieurs exemples de succès de diverses préparations de plomb employées pour résoudre des tumeurs de
(1} Traité sur les effets des préparations de plomb , 1760 , t. i , chap. IV, p. 126.
DES MALADIES CANCEREUSES. 4^1-
diverse nature placées à la mamelle; il fait mention d'un engorgement notable des glandes axillaires résolu après l'extirpation du cancer ulcéré du sein qui l'avoit déter*» miné; il fait aussi mention de quelques ulcérations cula-^ nées cancéreuses on cancériformes qui ont été guéries, soit avec l'eau végéto-minérale 5 soit avec l'extrait de saturne. Enfin il rapporte Tobservation de la guérisoii d'une tumeur du sein regardée comme un cancer occulte et tout-à» fait guérie par les préparations de plomb. Nous donneron* ici un extrait de cette observation ( Goulard , livre cité, tom. 1, p. i32 et page 245).
Une femme, de Montpellier , âgée de ^6 ans, avoit un© tumeur squirrheuse , inégale , raboteuse et rénitente , à la mamelle gauche depuis quelques années. Mais elle n'y faisoit aucune attention à cause de l'indolence. Ses règles lui manquèrent, et alors cette tumeur prit le caractère d'ua cancer occulte commençant; dans l'espace de 4 à 5 mois celle tumeur fit beaucoup de progrès, et la mamelle acquH un volume très-considérable. Les douleurs qui étoient éloignées dans le commencement se rapprochèrent ensuite; elles furent plus aiguës et plus lancinantes. M. Chaptal, médecin, M. Pelisson, M. Giraud, chirurgien, et M. Goulard jugèrent que cette maladie étoit un cancer occulte confirmé.
M. Goulard fit saigner cette malade ; il lui faisoit appliquer sur la tumeur des cataplasmes faits avec l'eau végétominérale (1) et la mie de pain. On renouveloit le pansement trois à quatre fois en vingt-quatre heures; la malade prenoit des bouillons rafraîchissans, et ensuite du lait
(1) Eau végéto-minérale, loco cit., t. i, p. 27&;
Eau pure une pinte.
Extrait de Saturne. . une cuill. à café. Eau-de-vie deux cuill. à café. Mêlez.
coupé le matin et elle suivoit un bon régime. En peu de temps celte femme fut soulagée, la tumeur diminua par gradation; la douleur cessa. Au bout de deux mois la malade fut parfaitement guérie. Il ne resioit plus de trace de la tumeur^ d'apiès MM. Goulard et Giraud.
Si celle observation a été recueiUie avec exactitude, et racontée avec candeur, il est impossible de ne pas reconnoître dans les a[)parences et les symptômes de la maladie la plus grande ressemblance avec les signes des cancers. Et dans ce cas, nous pencherions à croire que malgré ces apparences la tumeur éloit une phlegmasie chronique plutôt qu'un cancer. Mais il s'ensuivrait aussi que la dissection seule de la tumeur peut donner les notions nécessaires pour distinguer certaines phleginasies chroniques d'avec le cancer. A la vérité, nous sommes persuadés que la plupart des guérisons de cancers du sein par des topiques ou des médicamens internes sont dus à cette erreur de diagnostic Souvent les histoires de ces cas de guérison ont été recueillies après coup , et la maladie décrite en partie d'après les écarts de l'imagination , et les additions d'une mémoire infidèle.
Les docteurs Jœnisch (i) et Muller (2) ont beaucoup vanté les prépaia lions de plomb coiilre les cancers non ulcérés, et même contre les cancers ulcérés les plus graves, tels que les cancers du sein.
Jœnisch recommande de triturer dans un mortier de plonib trois onces de minium (oxide de plomb rouge) ou de céruse (oxide de plomb blanc jusqu'à ce t|ue l'oxide ait acquis le double de son poids. Et si l'on veut augmenter la vertu de cette préparation, on y ajoute quand elle est faite,
(t) Jean-Henri Jœnisch., Abhandlung von Krebs. St-Pélersb.
(2j G;4zette sanitaire, 21 juillet 1791 ; Ann. clin, de Montp., t. XXV, p. 168.
denx onces d'extrait de salnrne (acétate de plomb) et on triture de nouveau jusqu'à ce que ia poudre soit sèche.
Comme on a beaucoup de peine à augmenter du double le poids de ces oxides en les triturant, Muiler veut qu'on prenne uikC once et demie de limaille trcs-fiiie de plomb, et deux onces d'oxide de plomb rouge (minium), qu'on les triture ensuite jusqu'à ce qu'on ait obtenu un poids de quatre onces.
On applique cette poudre sur la mamelle endurcie et on la renouvelle souvent. On l'applique aussi sur le cancer ulcéré qu'on recouvre après d'un emplâtre fait avec demionce de suif et deux onces de la même poudre : le tout étendu sur de la peau très-douce. Dans le même temps on donne à l'intérieur une tisane faite avec deux onces déracine de bardane (arctium lappa) et depuis une demi-once jusqti'à une once et demi-once d'acore odorant (acorus calumus, Lin., calamus aromaticus officinarum.
Brambilla a vanté aussi comme un puissant résolutif de l'endurcissement des mamelles non encore ulcérées, un eniplàlre composé avec l'oxido de plomb rouge (minium), l'huile d'olive et le suc de navet (i).
Malgré ces pompeuses promesses on ne peut regarder le plomb que comme un excellent sédatif dans quelques cas de cajicer ulcéré, et surtout dans le cancer cutané. L'eau végéto-minérale peut encore être mise en usage quand le squirrhe non ulcéré est rouge et lancinant.
Préparations de fer. —M. Richard Carmichael, chirurgien de Dublin, a pi blié, en i8u6, à Lomlres, un Essai sur les elïets du carbonate de fer dans le cancer, et des recherches sur la nature de cette maladie (2). Il cite cinq exem-
(1) Uberdieentzùndunggeschwalst., etc. Vienne, 1788. — Ann. *elin., t. XXV, p. 157.
(2) An essay on the effets of carbonate of iton upon cancer. In-8» de 106 pages. Lond., 1806.
1^ TBAlTEIfEIfT
pies d'ulcères caDcéreux du visage, du Dez, et d'autres parties complètement détruits par le carbonate de fer employé &i topique (i).
Premier cas. — Une femme avoit un ulcère sordide de 4^que côté du nez, on le guérit en donnant à l'intérieur la ciguë et le calomel. et en saupoudrant l'ulcère avec le précipité rouge. Deux mois après, il sunint à la lèvre un autre ulcère qui résista à ce traitement. Le carbonate de fer fut employé en topique, il réassit très-bien. Chaque fois <qa'ou négligeoit l'emploi de ce moyen, l'ulcère s'agrandissoit de nouveau et reprenoitun mauvais aspect. Il sortit de temps en temps de l'ulcère, traité par ce topique, des morceaux ronds de la grosseur d'un petit pois.
Deuxième cas. — Un individu qui avoit un ulcère cancéreux à l'angle externe de l'œil fut guéri par le même ïnoyen. L'auteur remarqua dans le cours du traitement de petites cavités ref^semblant à celles que l'on observe dans un cautère quand on vient d'en ôler le pois, ce qui étoit produit , à ce qu'il présume , par l'expulsion d'une substance de même nature que celle dont il s'agit dans la première ob'^ervalion.
Troisième cas. — Une très -jeune demoiselle qui avoit un ulcère de même apparence qui avoit résisté aux remèdes les plus puissans, fut guérie en six jours.
Quatrième cas. — Un homme de ^o ans avoit deux ulcères cancéreux, l'un sur le scrotum et Taulre au gras de jambe j le dernier étoit recouvert d'excroissances comme des verrues. Le carbonate de fer les fit tomber toutes , et il -çitérit les deux ulcères.
Cinquième cas. — Un soldat, âgé de 80 ans, fut aussi guéri d'un cancer cutané par le carbonate de fer.
D'autres préparations de fer ont été employées depuis
(1) Ann.delitt. méd,, éir., t. vu, p. 277.
DES MALADIDS CANCÉREUSES. 4^5
par Richard Carmicbael, pour combattre les maladies cancéreuses<i). Le phosphate de fer a toujours fait cesserenpeu de temps les douleurs lancinantes des cancers du sein. Dans deux cas très-remarquables rapportés par l'auteur, les malades avoient un cancer bien caractérisé du sein ; quoique kl maladie qui étoit trop avancée n'ait pas guéri, la douleur cessoit toutes les fois qu'on employoit le phosphate de fer. Quand cette poudre bleue n'éloit plus employée la douleur recommeuçoit, et cela eut lieu constamment.
On remplissoit la cavité de l'ulcère avec le phosphate de fer en poudre, on mettoit de la charpie par dessus. A l'aide de ce traitement, ces deux malades moururent sans avoir éprouvé de souffrances cruelles. La suppuration les ayant entièrement épuisées, elles s'éteignirent paisiblement ; mais lorsque la maladie est moins avancée, la guérison peut être dans quelques cas la suite de l'emploi du phosphate de fer, et du phosphate oxigéné de fer. En eflfec ce médicament a guéri un cancer ulcéré du sein , dont étoit aflfectée une malade sur laquelle Carmicbael donne les détails suivans :
S'ujoième cas. — Madame R*** , fort délicate et en apparence fort âgée, avoit depuis plus dun an un cancer à la mamelle droite; elle y avoit fait attention à cause des douleurs lancinantes qu'elle y épronvoit, dans une tumeur du Tolume d'une noisette. Celle-ci augmenta graduellement, et les douleurs deviurent plus fortes et plus fréquentes. Enfin la mamelle s'ulcéra, et un fongus très-gros s'éleva bien au-dessus du niveau de la peau. Le docteur Barlow, (psi traitoit celte dame dans le comté de W'estmouth , lui fit faire usage pendant quelque temps du carbonate de fer à l'intérieur et à l'extérieur, ce qui avoit soulagé ses douleurs et amélioré son état : elle se rendit à Dublin, où M. Carmichael li vil le 7 mai 1806. Il la traita pendant
(I) Réflexions du docteur Carmichael sur l'usage du carbouale de fer dans le cancer. [Ann, litt. med. e'tr.y t. vu, p, 418, nov. 1808.)
trois mois, les douleurs cessèrent, l'ulcère se cicatrisa, il ne resta aucune induration; en un mol la guérison fut parfaite.
Pendant les cinq à six premières semaines du traitement, l'ulcère fut pansé avec le carbonate de fer précipité, et la malade en prit de fortes doses à l'intérieur. Pendant le reste du temps, l'ulcère fut en général pansé avec du phosphate oxigéné de fer, de couleur blanche. Pendant tout le traitement oîi emportoit , avec le bistouri ou avec les ciseaux, les parties de la masse cancéreuse qui ne saignoient pas ou qui ne manifestoient aucune sensibilité pendant qu'on les coupoit. Par ce moyen, le remède pouvoit agir plus efficacement étant dans un contact immédiat avec la maladie. Depuis sa guérison cette dame a joui d'une bonne santé, et rien n'a annoncé une disposition à la récidive de la maladie.
M. Garmichael assure qu'il pourroit citer plusieurs nou- \elles cures de cancers cutanés trailés par les préparations de fer en topique. C'est surtout dans le cancer ulcéré que les préparations de fer sont avantageuses, parce qu'alors le remède peut être mis en contact immédiat avec la partie malade. Mais dans le cancer occulte, l'impossibilité de l'appliquer de la même manière le rend moins efficace. Dans ce dernier cas, on applique des compresses imbibées d'un mélange fait avec parties éi^ales de teinture de muriate de fer et d'eau, et l'on donne à l'intérieur le carbonate de fer précipité, ou bien le fer tartarisé ; on donne ce mé-^ dicament en aussi forte dose que l'estomac peut le supporter sans gêne.
Ou prépare le phosphate de fer en mêlant une dissolulion de phosphate de soude avec une dissolution de sulfate de fer. Le phosphate d'une couleur bleue foncée tombeau fond de la liqueur, et on le sépare par la filtration. Le phosphate oxigéné de fer, qui a une couleur blanche, est
encore pins efficace que les autres sels ferrugineux; mais il est plus difficile à préparer.
M. Vauquelin, consulté sur celte préj)aration;, a indiqué le procédé suivant (i) : « L'acide phosphorique n'est pas susceptible de s'oxigéner, il ne peut donc y avoir que le phosphate suroxidé de fer qui est bl tnchàtre... et qui passe au rouge vif quand il a été fortement chauffé. Ce sel peut «e préparer en mêlant des dissolutions de phosphate de soude et de sulfate de fer rouge suroxidé, et le p^cipité est le phosphate de fer suroxidé. »
Le phosphate de fer suroxidé n'a aucun rapport avec la poudre de Pierre AUiot, dont le secret n'a pas péri comme l'avancent Olaus Borrichius, Th. Bonet, Triller , Carmichael et M. Baumes (2'). La poudre de Pierre AUiot éloit une composition arsenicale, dont la préparation a été publiée par J.-B. AUiot, fils de Pierre.
Plusieurs célèbres praticiens de Londres et plusieurs au*très praticiens anglois ont fait usage du phosphate oxigéiié de fer recommandé par Carmichael, et ils en ont retiré de bons effets (3).
M. P^. Hall, ftl.-D. à Londres, élève quelques doutes (4) sur la véritable nature des maladies guéries par les préparations de fer recommandées par M. Carmichael, et il craint qu'il n'en soit de la vo^ue du fer comme de celle de la cîgi.ë, etc.; mais il pense que ce médicament est précieux lorsqu'il s'agit de traiter certaines ulcérations phagédéni([ues qui, sans être c ncéreuses, simulent le cancer^ telle que la suivante.
Un tailleur avoit à la partie moyenne et poslérieuee de
(ijAnn. de lilt. méd. élr., t. VMJ, p, 155, fév. 1809. (2) Ann. de méd. de Monlp., t. xxv, p. 165. (3j Ann. de lilt. méd. élr., t. v, p. 670, mai 1808. (4) Ann. de lilt. méd. étr., t. xiii, p. 276, sept. 1811.
IL 3a
la laiigae une excroissance fongueuse, sordide, et surmontée d'escarres ; l'ulcère avoit environ un pouce de largeur; ses bords étoient épais , élevés et îrréguliers, et près du centre il y avoit une pelite ouverture à travers laquelle la sonde pénétroit dans la substance de la langue. La tumeur ulcérée étoit blanchâtre et s'élevoit d'environ trois lignes au-dessus de la surface de cel organe. Celte tumeur n'avoitété remarquée que depuis quelques mois, mais déjà quelque temps auparavant ce malade avoit éprouvé du malaise dans celte partie. La déglutition n'étoiî point gênée. Les glandes sublinguales, ni les maxillaires n'étoient point enflées^ quoique Tune de ces dernières , au rapport du malade , eût été affectée auparavant. La pression sur la tumeur n'y causoit pas beaucoup de douleur, mais Texcroissance saignoit quand une substance dure ou inégale venoit frotter contre elle; d'ailleurs, peu d'hémorrhagies, «t peu abondantes ; mais diminution de forces, dispepsie, amaigrissement, et inquiétudes vives sur l'issue de cette maladie. Ce tailleur étoit d'une conslitulion scrofuleuse, et avoit été affecté antérieurement de gonflemens glandulaires ou d'obstructions dans diverses parties du corps. M. Hall prescrivit la ciguë, le mercure doux, la campagne, l'exercice, et la liberté des évacuations alvines. Il y eut une amélioration passagère. Bientôt la maladie devint plus sordide, plus large, plus profonde; le fongus prit une teinte plombée, il devint plus gros et plus élevé sur ses bords. M. Hall prescrivit à l'intérieur la teinture de muriate de fer, et à l'extérieur, le carbonate de fer, quatre gros; eau de rose, quantité suffisante pour faire des trochisques de moyenne grosseur , dont tm iftellmt un ou deux sur la langue , jusqu'à ce qu'ils fussent fondus. Il prescrivît en outre des gargarismes stimulans et détersifs. Au bout de quelques jours l'excroissance paroissoit prête à se détacher des parties saines.
L'ulcère, quoique plus large el plus profond, paroissoit eii meilleur état. Au bout de trois semaines, l'excroissance s'étoit séparée par couches, la surface de Tnlcère étoit recouverte d'une couche blanche et opaque. Les gargarisme^ furent abandonnés et les trochisqiies continués. Quelques 5ours après, la croûte tomba ; la cicatrice étoit parfaite au-dessous et sans excavation. Ce malade, guéri depuis plus de quinze mois, jouit d'une santé bien meilleure qu'a^ vant celte maladie.
M. Hall croit que cette ulcération étoit scrofule use et non pas cancéreuse. Quoi qu'ilen soit, c'étoit certainement un ulcère de mauvaise qualité, qui auroit entraîné là perte du malade, si la maladie eût été livrée à elle-même.
Au reste , ce praticien pense qu'il est utile de faire de nouveaux essais des préparations de fer contre les maladies évidemment cancéreuses , puisque M. Carraichael a guéri des malades qui paroissoient avoir de véritables cancers. Ou a vu d'ailleurs que ce remède a apaisé les douleurs dé tous lescancerrau sein contre lesquels on l'a employé. Ce remède est donc très-précieux quand il s'agit de calmer lés douleurs du cancer ulcéré.
Suie» — La suie a été employée comme topique dans letraitement du cancer. Il paraît qu'elle n'a produit aucune guérisoo bien constatée.
M. G arneri, chirurgien en chef de l'hospice de la Charité, à Turin, vit un malade qui faisoit usage de la suie avec là« quelle il saupoudroit un ulcère cancéreux qu'il portoit àlêt jambe, et qui avoit éprouvé plus de soulagement par c^' moyen que par aucun autre (i).
Cet homme, âgé d'environ 5o ans, avoit à la jambe droite un large ulcère cancéreux qui s'éten doit du genou aux mal^^ léoles et qui occupoit presque toute la périphérie de la
* ■■ ■ - ■ . ■ ..— ■■ — -. .-— -.■ . i - ■■— Il I ■I — . I ■■ .1. ■„., I, ,1 ^ — ■— — w— a— wrww— iwwtHWWO-
(1) Bulletin des sciences médicales, t. vi, p. 409.
jambe. Les glandes inguinales et mésenlériques éloîent engorgées, endurcies et Irès-luméfiées. La maladie "par sa longue durée avoit entraîné un épuisement qui faisoit craindre une mort prochaine.
Cet homme vécut encore six mois. M. Garneri faisoit couvrir Tulcère avec un linge trempé dans une forte décoction de suie filtrée, et par-dessus on appliquoit de la charpie blute imbibée de la même décoction.
La suie, appliquée de la même manière sur le cancer ulcéré du sein de Marie-Magdeleine Maugiardi, ne produisit aucun effet, quoique continuée pendant deux mois. iM. Garneri ayant ensuite em[>loyé l'eau vislnéraire de suie de Plenk pendant deux autres mois , il survint une violente inflammation, qui fut suivie de la gangrène ; de sorte que le cancer se détacha, et il ne resta qu'une plaie simple qui se cicatrisa (i).
La même eau vulnéraire, employée par M. Garneri dans deux autres cancers du sein, n'a point déterminé de gangrène et n'a pas été suivie de la guérison des malades ; ce qui ferait présumer que dans le cas de Marie-Magdeleine il n'y a eu qu'une simple coïncidence de l'applicalion delà suie et de la séparation du cancer par la gangrène. Quoi qu'il en soit, cette guérison doit être nommée une extirpation de cancer faite par la gangrène; mais on ne pourroit pas la regarder comme une guérison du cancer opérée par l'eau vulnéraire de suie, lors même qu'il scroii bien prouvé que c'est ce médicament (jui a occasionné la gangrène parce que l'extirpation d'uii cancer n'e>t pas la même chose que sa guérison.
Plenk assure cependant qu'on. a guéri un ulcère cancéreux du nez et de la gorge avec l'eau vulnéraire de suie
(1^ Voyez cette histoire plus en détail , Irailemeul du cancer du sein.
DES MALADIES CANCÉREUSES. 5oi
dont on faisoît des fomentai ions. Mais la suie est une des substances qui doit avoir le moins d'action parmi celles r|ni entrent dans la composition de ce topique, dont voici la recette :
Eau de chaux une livre.
Suie ardente de four. . . une once.
Céruse demi-once.
Faites cuire le iout ensemble pendant un quart d'heure , mêlez y ensuîle demi-once de myrrhe liquéfiée qui est indiquée dans les pharmacopées sous le nom d'huile de myrrhe déliquescente.
Je doute fort qu'on ait jamais obtenu la guérîson d'un vrai nolime tangere par cette application. Mais une guérisofi pareille, si elle avoit lieti p-jr ce remède, pourroit bien ne pas avoir été opérée par la suie.
On ne pourroit pas non plus attribuer à la suie la guérison d'un cjucer cutané qu'on auroit obtenue par le remède de Fusch, composé avec l'arsenic, la suie et la serpentaire, et connu depuis »5g4 (i).
Électricité, — Un fait publié par le docteur H. Easton, de Dublin, dans le Médical commentaries^ a été rapporté par le savant rédacteur des Jnnales cliniques (a), de Montpellier, qui présume que ce fait a pu donner aux médecins l'idée d'employer réleclricilé et le galvanisme dans le traitement des tumeurs cancéreuses ou susceptibles de le devei»ir. Quelque curieux que soit le fait dont il s'agit , il inspirera probablcmjnt peu de confiance dans l'électricité à ceux qui savent combien les cxcitans sont nuisibles dans le traitement des maladies cancéreuses. Voici le tait dont ii s'agit.
MistrissWinnc porloit au sein gauche une tumeur dure,
(l)Hornung. cista., p. 10, 146, cité dans Plouquet. (2J Add. clin., t. xxv, p. 169.
squîrrliense, qui a voit fait de grands progrès et menaçoit de s'ulcérer, lorsqu'elle fut frappée par la foudre et renversée. Pvétablie de cet accidenl, elle vit avec surj)rise que la nodosité de son sein étoit amollie et avoit considérablement diminué. Ce changement avantageux se soutint, et la tumeur se dissipa totalement en très-peu de temps.
Supposé que la maladie fût un cancer : pour réitérer cette expérience, sufiQroit-il d'employer l'électricité comme il, est permis à un médecin prudent de l'employer? De petites secousses électrique?, le galvanisme, peuvent-ils déterminer dans toute la constitution les mêmes cbangemens que la foudre , lorsqu'elle frappe et renverse un individu qui est assez heureux pour n'en pas mourir ?
J'ai vu d'ailleurs employer l'électricité sans succès.
Laudanum. — Le laudanum liquide, employé à l'extéïteur, a été recommandé par M. Steidelc, comme capable d'opérer la guérison du cancer dans les sujets qui ne sont pas encore vieux et dont les viscères sont en bon état (i). Il rapporte un exemple de guérison à l'aide de ce moyen. Mais cet exemple ne me paroît rien moins que concluant, comme on pourra en juger.
Une femme, âgée de soixante -seize ans, qui avoit tous les symptômes d'obstructions des viscères du bas-venire , de cacbexie et de disposition à l'hydropisie, portoit depuis vingt-huit ans vin cancer à la mamelle droite. Ce cancer, qui étoit ulcéré, avoit autant de circonférence qu'une petite assiette. M. Steidele avoit employé sans succès une décoction de quinquina réunie à l'essence de myrrhe. Au bout de dix mois de, ce traitement infructueux , les douleurs au sein étant devenues très-violentes, quelques gout-^ t<^ de laudanum liquide furent mêlées avec le topique déjà indiqué, et la malade ne faisait usage d'aucun médi-
(1) Journal de médecine, t.Lxxxn, p. 481. (1790.)
DES MALADIES CANCÉREUSES. Oo5
cament interne. Au bout de dix jours, le cancer commençj à suppurer plus abondamment , et il exhaloit une puanteur extraordinaire. La dose de^ laudanum fut augmentée : la suppuration devint de pl'îs en plus abondante, et il se détacha des portions assez considérables de cancer. La fétidité étoit horrible. Le malade avoit des accès de fièvre et une anorexie complète. On continua les pansemens avec le mélange suivant :
IL Décoction saturée de quinquina, i once ip.
Essence de myrrhe 2 gros.
Laudanum liquide 2 gros. — Mêlez.
Dans l'espace de cinq semaines, ce cancer très-volrmineux changea au point qu'il ne resta plus qu'un ulcère plat. A la fin de deux mois et dcmi^ il étoit entièrement fermé; ayant une cicatrice solide, longue de deux pouces, et dont la direclion étoit en travers.
Il est facile d'apercevoir que cette guérison a quelque rapport avec celles qui sont dues à la séparation du cancer obtenue à la faveur de la gangrène.
La malade, qui avoil d'ailleurs une altération très-grave des viscères abdominaux, mourut d'une hydropisie quelque temps après la guérison du cancer.
Ammoniaque. —M. Martinet (1). curé de Soulaines, a employé .l'ammoniaque { alcali volatil fluor ) à la dose d'une cuillerée dans une pinte d'eau. Il rccouvroit le cancer du sein avec une compresse trempée dans celte eau. Il assure avoir ainsi guéri dans l'espace de cinq mois une fille qui avoit un cancer au sein qui commençoit à s'ulcérer. Dans deux autres observations qu'il rapporte, il jx'a pas obtenu une guérison complète, mais un soulagement inespéré. II faisoit boire aussi à l'une des malades quatre à cinq gouttes d'alcali volatil dans un verre d'eau fraîche.
(Ij Journ. de méd., t.Lvi, déc. 1781.
ëoi TRAITEMENT
Van Wy (i) assure que Veau de Martinet, qui est faîte avec un mélange d'ammoniaque et de chaux vive, a été employée avec succès à l'inlérieur elà rextéricurcontre le cancer (2).
Barker (3) parle de la réussite de ralcali volatil dans un cancer de la face , contre lequel l'arsenic avoit échoué. IWalgré tous ces brillans succès , il est probable qu'on reti» jera toujours très-peu de secours de remploi de ralcali irolâtil conlre le cancer. La réussite de la plupart desinédieamens, prônés avec le plus grand bruit , tient presque toujours à quelque erreur de diagnostic ou à quelque complicalit>n qui a été niai appréciée.
Phytolacca, — 11 seroit nécessaire d'avoir de nouvelles observations pour constater la vertu anti-cancéreuse du suc exprimé des feuilles de phytolacca déjà ligneux , versé goutte à goutte sur les ulcères cancéreux (4). L'usage intérieur et extérieur du suc des baies épaissi en consistance d'exlriit, réclanieroit aussi de nouvelles recherches. Il a été regardé comme un remède anti-cancéreux d'une grande efficacité par Solander, Colden , et d'autres médecins anglois ou anglo-américains (5).
Pitite joubarbe. — Quesnay publia, en 1756 (6), le bon effet que la vermiculaire brûlante ou petite joubarbe avoit produit sur une femme atteinte d'un ulcère cancéreux, situé sous raisseile droite, ayant les chairs fongueuses et un volume beaucoup plus gros que les deux poings (7).
{i) Yan VVy, Sammiung einigerBemcrkungen, n« 8.
(2) Ann. dm., t. xxv, p. 164.
(3) Médical reposilory, vol. iv, n. 4; New., vol. v, n. H, art. 8. (4)S\v€diaur., Ma!, méd., p. 168.
(6) Ann. cln., t. xxv, p. 160.
(6} Traité de l'art de guérir par la saignée.
(7) Rec. périod.,t. xxvui, p. 387.
DES MALADIES CANCEREUSES. 5o5
M. Lombard, chirurgien en chef de Thôpilal militaire de Strasbourg, envoya, en 1807, à la Société de médecine de Toulouse, trois observations sur les bons effets de la petite joubarbe {Sed'un acre^lÀn.) dans les ulcères cancéreux. Voici ces trois faits extraits du recueil périodique de méd. t. xxviir, p. 385. — M. Lombard guérit, à Paris, il y a 27 ans, un marchand de chevaux qui depuis plus de six ans porloit au milieu du front un cancer qui avoit la largeur d'un écu de 6francs. — Il a répété tout récemment l'application du même topique sur un jeune homme de 14 ans, dont la cloison du nez et les alentours éloient détruits par un cancer horrible qu'il portolt depuis i5 mois. Le malade a été guéri parfaîtementen trente-deux jours. — Il a pareillement guéri un garçon boucher de Saint-Denis , près Paris, qui avoit depuis deux ans un ulcère cancéreux fort large et situé sur l'articulation de l'épaule.
L'orpin brûlant ou vermiculaire brûlante avoit été employé avec succès comme médicament excitant dans les affections scorbutiques, comme on peut le voir dans la matière médicale de Geoffroi (tom. x, p. 24) M. Buch'oz annonça, en 1785, que le sédum acre était un topique trèsefficace dans les cas de cancer. La Société de médecine de Toulouse, dans sa séance àw 29 novembre 1810(1), a fait connoîlre diverses observations relatives à l'emploi de l'orpin brûlant pilé et employé comme topique contre les ulcères cancéreux. Les succès qu'on a dit avoir obtenus ne me paroissent pas sufïisans, pour qu'on préfère l'emploi de ce médicament à celui de la pâle arsenicale, dont l'effet est bien plus certain. J'avoue même que je n'ai pas trouvé que la description d( s cancers, guéris par l'application de l'orpin brûlant, fût assez détaillée. Je vais donc rapporter <juclques-uns des fails qui ont élé publiés à cet égard.
(1) Séance publique de la Société de médecine de ïowlouse , in-8^ 1810, p. 40.
^ — yip|>î>.r
âe Jmaàttass: . ^' :iînii.i i mIiiii - «ôl
TÂm. JOSt 2Ù2r Je& |IÂI& Il ■■ III jjlllllÉ"h'l !■
;■■, ifif -^ "3Ili,TÏ.. "ïti
TES X^LAJO*
éfér^bMi
fiiin't itxx^A tsSy et a
de Fart »^ca M. Aw^<>*f cs^B^ 4r««ir ca«a9«v t^mÊfim. 4 ijOU fÛMite Iéû fat fm^umâst, pm M. i3«i#e
ce ^le le
fu^t*.
liif Yaiiaimir iSH,
5o8 TRAITEMENT
Mais l'afFection éloit si avancée que la malade plus que sexagénaire succomba à la force du mal.
M. r»eboulli, médecin à Carcassonne, a employé Torpin uni avec un liers de cresson de fontaine. Il dit (i) : « INos » tondeurs de <lraps, toujours debout, sont très-sujets aux » ulcères cancéreux des jambes. J*ai eu occasion d'en traiter » un nombre infini, et le mélange ci-dessus est celui qui a » guéri le mieux et le plus vile : J'ai vu de tels ulcères dans » des états presque désespérésetquiprésentoient l'aspect le » plus hideux céder à celte application, soutenue par des » vésicatoires ou des cautères dans des parties oppo- » sées, etc. »
Il est extrêmement probable que les ulcères dont parle M. Reboulh, étaient des ulcères atoniques él des ulcères scorbutiques plutôt que de véritables cancers. Et dans ce cas, les observations de iM. Reboulh prouveroient que l'orpin brûlant est un très-bon médicament excitant, dans les maladies atoniques et scorbutiques, comme on le savoit déjà d'après les faits publiés dans la malière médicale de Geoffroi (loni. x).
Carotte. — Sultzer, premier médecin du duc de Saxe- Gotha, annonça en 1766 (2) que le cataplasme de pulpe de carotte étoit un remède curalif du cancer ulcéré ; il parloit du cancer du sein, il assuroit ne pas s'être trompé sur la nature de la maladie, et il avoît vu le cancer cicatrisé et guéri. Un grand nombre de médecins CvSsayèrent les applications de carotte contre les cancers ulcérés à base squirrheuse ; leurs malades ne guérirent point, de sorte que ce remède étoit presque abandonné. M. Bridauit, médecin à La Rochelle, commença à employer la carotte dans le traitement des maladies cancéreuses, au mois d'août 1766. Il
(1) Même séance, p. 42.
{"i) Journ. de médecine, t. xxxiv, janV. 1766, p. 68,
DES MALADIES CANCÉREUSES. 5o9
a continué à l'employer peudant [iliis de 35 ans, el il a publié le résultat de ses nombreuses observations en 1802 (i). Nous croyons devoir consigner ici un abrégé des princi* paux résultats qu'il a obtenus de recherches suivies avec opiniâtreté pendant de si longues années.
Les cancers ulcérés qui sont plats, mous , peu glanduleux, plus cutanés que profonds, nullement adhérens, sont ceux que l'on traite avec avantage et que l'on guérit souvent par les préparations de carotte. On guérit le plus facilement la plupart de ceux qui sont le résultat d'une éruption qui a quelque rapport avec les dartres. Ces préparations guérissent aussi fréquemment les indurations chroniques soit du sein, soit des glandes axillaires lorsqu'une affeciion dartreuse a déterminé ces engorgemens sympathiques qui font prendre à ces sortes de maladies darlreuses l'apparence d'un cancer du sein non ulcéré ou ulcéré. (Voyez les obs. V, VIII, XXXIV et XXXVII de M. Bridault, Traité de la carotte^ 2" partie, sect. i.)
Elles ne sont pas moins avantageuses contre les ulcérations cutanées cancéreuses ou cancériformes qui résistent opiniâtrement après la guérison d'une syphilis qui leur a donné naissance. (Lococit., obs. x)
Enfin, elles guérissent aussi les phlegmasies chroniques cancériformes produites par une Ciiuse externe ou même interne, quoique ces phlegmasies présentent les apparences des cancers du sein. (Loco cit., obs. ix, xii, xxii, xxv,