XXIX, XXXI, XL
Il faut observer que dans tous ces cas un squîrrhe indolent n'avoit point précédé la maladie qui présentoit les apparences du cancer.
Les cataplasmes de carotte peuvent prévenir les autres espèces de cancers, mais ils ne les guérissent point.
(1) Traité sur la carotte, in-S». La Rochelle, 1802 (an x).
Les cancers ulcérés à base sguirr heuse , les glandes dures , sqairrhenses et indolentes , les tumeurs squirrheuses encore indolentes ou déjà douloureuses, ne doivent donc pas être combattus par l'usage externe de la carotte, non plus que les cancers du sein qui succèdent à un squirrhe indolent , quoique ces cancers soient peu étendus et bien mobiles. Le cataplasme de carotte nuiroit aussi dans le traitement des cancers volumineux inégaux, durs, resserrés et adhérens. Dans tous ces cas , l'exlirpation de la tumeur ou du squirrhe est le seul moyen que M. Bridauit juge convenable; il pense que l'application de la carotte, bien loin d'être avantageuse, occasionneroit de cruelles souffrances et hâteroit la mort.
La carotte est un excellent préservatif des tumeurs squirrheuses et cancéreuses. Employée en cataplasmes dès l'origine des tumeurs inflammatoires , des engorgemens gl.mduleux, lymphatiques, laiteux et autres, elle procure une prompte et parfaite résolution , ou bien une abondante et louable suppuration; elle prévient aussi la formation de duretés indolentes et squirrheuses. d'où naissent la plupart des cancers. La carotte préserve aussi des cancers qui proviennent d'engorgcmens inflammatoires spontanés, de même que de ceux qui sont la suite d'un abcès, d'un coup, d'une contusion , d'une compression, qui se seroient terminés par une suppuration partielle ou par une résolution incomplète.
Les engorgemens inflammatoires vasculeux et glanduleux, les abcès, les dépôts laiteux et autres, prennent souvent aussi, pendant leur période inflammatoire, un caractère cancéreux, surtout lorsqu'ils occupent les mamelles et que les parties malades ont été irritées par l'abus des corps gras, des remèdes stimulans, caustiques , incendiaires, résolutifs, répercussifs et dessicatifs; la carotte prévient cette liinesle terminaison. Elle détermine de vives douleurs, une
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suppuration abondante et réunie dîins un seul foyer. En continuant son usage tant qu'il y a des parties enflammées et dures qui n'ont point encore suppuré , on détermine un dégorgement complet qui est suivi d'une cicatrisation parfaite.
Lorsque, par l'effet d'un traitement mal entendu ou par quelque autre cause, il reste, à la suite d'une de ces plilegmasies chroniques ,^une dureté squirrbeuse surtout dans les mamelles, il ne faut pas en tenter la résolution , mais l'extirper avec l'instrument tranchant. Si on faisoit usage de l'application de la carotte, elle hâteroit l'ulcération cancéreuse.
On comprend, d'après tous ces détails , que le cataplasme de carotte ne doit être employé que contre les cancers cutanés , contre les maladies inflammatoires aiguës ou chroniques qui simulent le cancer, et contre les phlegmasies qui, par leur terminaison incomplète, pourroient devenir le principe d'une induration squirrheuse.
Pour se servir utilement du cataplasme de carotte, on choisit cette racine fraîche, lendre, et aussi roi^ge qu'il est possible. On la râpe crue, on la réduit eu pulpe, et on exprime la plus grande partie du suc.
Quant à l'apjjlication locale, elle exige quelques soins qu'il Cbt bon de connoître. On lave d'abord l'ulcération avec l'infusion, la décoction , ou le suc de carotle, selon qu'il est nécessaire d'occasionner peu ou beaucoup d'irritation. L'ulcéraiion étant lavée , on applique la pulpe un peu l^iède et privée d'une partie de son suc. On en remplit toutes les cavités et les anfracluosités de l'ulcère, parce qu'il faut que cette pulpe forme un cataplasme épais qui touche immédiatement toute la surface de l'ulcération. Le pansement doit être réitéré matin et soir, et à chaque fois toutes les parcelles du vieux cataplasme doivent être soigneusement enlevées.
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S'il est nécessaire que le cataplasme soit moins irritant, on lave la plaie avec l'infusion de carotte, et on fait bouillir la pulpe clans du l:iit écrémé. On suspend aussi quelquefois Tapplicalion du cataplasme de carotte sur les tumeurs noo ulcérées trop douloureuses. On les recouvre avec du linge fin imbibé de suc de carotte ; mais aussilôt qu'il est possible, il convient de laver les parties malades avec le suc de carotte, et d'appliquer sur la maîad^locale le cataplasme de pulpe de carotte privée d'une partie de son suc.
Ce traitement local peut déterminer de vives douleurs; il occasionne souvent des éruplions inflammatoires accompagnées d'un suintement séreux et cuisant. Mais cela n'est pas toujours nuisible puisqu'on a fiéquemment l'intention d'irriter puissammeni, surtout lorsqu'il s'agit de déterminer une suppuration abondante et long-temps soutenua.
On donne aussi fréquemment la carotte à l'intérieur sousdiverses formes : 1° en nourriture; 2" en extrait; 3*^ en suc; 4'^ en tisane; 5° en sirop. Mais ces moyens internes n'agissent d'une manière avanlageuse qu'autant que la maladie est de rature à céder au traitement exierne ailministré en même temps. L'usage du traitement externe a même guéri plusieurs malades qui n'ont pas fait usage du même traitement à l'intérieur.
Telle est, en abrégé, la doctrine de M. Bridault sur l'administration de la carotte contre les maladies cancéreuses. Comme il a précisé radministratioii de ce médicament, il sera facile de répéter ses essais. Ce remède seroit d*autant plus précieux contre les cancers culanés, qu'on pourroit en faire usage dans bien des cas où la maladie est tellement étendue qu'on ne peut plus la combattre par l'application de l'arsenic ni par l'exlirpalîon à l'aide de l'instrument tranchant. La carotte, d'après les observations de M. BridauU, guérit aussi fréquemment les maladies darlreuses et diverses maladies lymphatiques.
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Nous pensons qu'il sera utile de consigner ici deux des guérisons obtenues par Tapplication de la piilps de carotte. On aura une idée encore plus exacte des maladies dans lesquelles ce médicament peut être avantageux, et du temps nécessaire pour leur guérison.
Cancer ulcéré au nez (i). — Madame Dufa, née Arbouin, âgée de soixante ans, s'aperçut en 1772 d'un boulon sur le côlé droit du nez, qui devint douloureux , s'ulcéra, et s'étendit peu à peu sur l'aile droite du nez.
On employa inutilement toute sorte de remèdes. A mesure qu'on vouloit, à l'aide des caustiques^ détruire quelques bords durs et calleux de l'ulcère, et s'opposer aux progrès du cancer, il s'étendait de lîautre côlé et faisoit de nouveaux ravages. Il éloit accompagné de vives douleurs, d'inflammation, et d'un suintement séreux, putride et corrosif. Divers chirurgiens et plusieurs possesseurs de secrets infaillibles la traitèrent successivement. Leurs médicamens contribuèrent à augmenter les douleurs, ils grandirent et irritèrent l'ulcère chancreux.
Au bout d'un certain temps, l'ulcération s'étendoit depuis la partie inférieure des os du nez jusqu'aux deux tiers du cartilage, et elle descendoit jusqu'au bas de la même aile vers la joue. Cet ulcère, s'agrandissant insensiblement, s'étendit du côlé droit presque jusqu'au bout du nez, il gagna de l'autre côté, et il finit par mettre ti découvert une partie des cartilages et des os propres du nez.
Tel étoit l'état de la malade plus de six ans après le commencement de cette maladie, lorsque M. Bridault fut appelé au mois d'avril 1778. Il prescrivit la décoction, le suo et le cataplasme de carotte à l'exiérieur, et il ordonna l'usage interne de la tisane et de l'extrait de cette plante, et quelques purgatifs doux répétés de temps en temps.
(1) Bridault, Traité sur la carotte^ p. 155 et 403.