‹ Traite des maladies chirurgicales d'origine congenitaleChapitre 114 sur 158 · IV. — LUXATIONS CONGÉNITALES DE L'ÉPAULE · texte numérisé non relu

IV. — LUXATIONS CONGÉNITALES DE L'ÉPAULE

Les luxations congénitales de Tépaulesonl d'une rareté extrême. La plupart des cas qui ont été donnés comme tels appartiennent en réalité aux luxations paralytiques, ou sont la conséquence de traumatismes produits au moment de Taccouchement. Cependant, si Ton accepte les faits publiés comme d'origine congénitale, il y aurait lieu d'en admettre trois variétés :

a. Luxation socs-coracoïdienne. — Comme exemple de cette variété, on peut citer le fait étudié anatomiquement par Smith. Il s'agit d'une malade de vingt-neuf ans, présentant une double luxation congénitale des épaules. Chez elle, le moignon de l'épaule était aplati, Tacromion faisait une saillie très apparente, la tête humérale était située au-dessous de l'apophyse coracoïde. Le €Oude était écarté du corps, mais pouvait en être aisément rapproché.

L'examen anatomique démontra que, du côté gauche, il existait à peine une trace de la cavité glénoïde normale ; à droite, on trouvait seulement le bord externe de cette cavité. Sur le bord postérieur de l'apophyse coracoïde, en partie sur la paroi thoracique, en partie sur le bord axillaire de l'omoplate, se voyait une cavité de nouvelle formation. La capsule articulaire enveloppait complètement la néarthrose . Ammon a décrit un cas semblable chez un homme de cinquante ans, et Melicher chez un enfant de trois jours.

é. Luxation en haut (sus-acromiale). — J. Guérin a décrit deux cas de luxation congénitale en haut, l'un chez un garçon de treize ans, l'autre chez un fœtus présentant en même temps d'autres malformations. Il y avait subluxation de la tête humérale en haut et en dehors ; l'acromion et l'apophyse coracoïde étaient également repoussés par en haut.

c. Luxation en arrière (sous-acromiale et sous-épineuse). — Smith a décrit une luxation congénitale chez une femme de quarantedeux ans, dont la tête humérale était située au-dessous et en arrière de l'acromion, formant là, sous la peau, une saillie arrondie. A l'autopsie, on ne trouva aucune trace de la cavité articulaire normale ; sur le bord externe du col de l'omoplate, il

s'était développé une cavité de nouvelle formation. Kûster a décrit une luxation bilatérale congénitale de la tête humérale en arrière, chez un enfant d*un an.

C'est encore aux luxations en arrière de la variété sous-épineuse que se rapportent les deux faits récemment publiés par Scudder*, et qui présentent ceci de particulier qu'ils ont été observés chez deux enfants d'une même famille.

Nous-même nous avons eu l'occasion d'observer une luxation congénitale de l'épaule droite, de la variété sous-acromiale, chez une jeune fille de quatorze ans. Chez elle, le membre en totalité était atrophié et plus court que celui du côté opposé, les mouvements de l'épaule et, en particulier, les mouvements d'élévation, étaient très incomplets.

V. — MALFORMATIONS CONGÉNITALES DE L'OMOPLATE REFOULEMENT DE L'OMOPLATE PAR EN HAUT

Il s'agit ici d'une singulière malformation encore bien peu connue, et consistant dans le refoulement de l'omoplate par en haut, avec ou sans exostose, au niveau de l'angle supérieur et interne. C'est Sprengel qui, pour la première fois, en 1891, attira l'attention sur ce sujet, dans un mémoire où il rapportait 4 observations personnelles 2. Depuis lors, quelques faits nouveaux ont été publiés, et aujourd'hui nous pouvons compter 11 exemples de cette curieuse malformation. A part les trois cas qui nous sont personnels et que nous avons fait connaître dans la Revue d'Orthopédie^, tous les faits publiés jusqu'ici appartiennent à la littérature allemande. On en trouvera Ténumération dans un travail de Wolffheim* paru en 1896, et dans lequel l'auteur donne une observation inédite, empruntée à la pratique de Karewski.

1. Scudder, Deux cas de luxation congénitale de Tépaule, Archives of Pediatrics^ 1890, VII, p. ^60.

2. Sprengel, Die angeborene Verschiebung des Schulterblaltes nach oben; Archiv fur klin. Chirur., WAV Band, 3* Heft, p. 545.

3. Kirmisson, De quelques malformations congénitales de l'omoplate; ileuMe d'Orthopédie, {"' septembre 1893, p. 343, et 1" septembre 1897.

4. Ludwig WollTheim, Ueber den angeborenen Hochstand des Schulterblatls; Zeitschrift fur Orthop. Chirur., 4» Band, 2" et 3" Heft, 1896. p. 196.

MALFOItMATlONS CÛMJENITALES DE L'OMOPLATE

Nous ne croyons pouvoir micax faire, pour donner une iili^u exacte de la malformation dont nous tentons d'esiiuisst^r ici l'Iâstoiro encore bien incomplète, que de rapporter tout d'abord nos trois obsei-valions personnelles.

Obs. I. — Il s'afrit d'une petite fille de onze ans et demi, qui s'est présentée â notri; consultation des Enfants-Assistés, le 16 jan-

vier 1890. Cette enfant a toujours été bien portante ; elle a commence'^ à marcher à Tàge de quinze mois, et elle n'a jamais présenté de déformations rachitiques des membres. Vers Not'l, la mère est toinbéi! malade ; l'enfant a dû la remplacer dans le ménage, et s'est fatiguée plus que ije coutume. C'est à partir do ce moment que la mère a commencé à s'apercevoir que l'épaule droite de sa fille était remontée au-tlcssus de la gauche et faisait, en arrière, une saillie plus considérable que celle du côté opposé.

En effet, quand nous examinons Tenfant, nous constatons que l'angle inférieur de Tomoplate droite est à 3 centimètres au-dessus de celui du côté gauche. Il est en même temps plus écarté de la ligne des apophyses épineuses; Técartement mesure 3 centimètres à gauche, 5 centimètres à droite. On voit, sur la figure ci-jointe, que la ligne allant de la nuque au moignon de Tépaule est plus élevée et moins excavée à droite qu'à gauche. Si Ton prend entre les doigts les parties molles de la région sus-claviculaire, on constate que le bord supérieur ou cervical de l'omoplate fait par en haut, dans l'épaisseur du trapèze, une saillie beaucoup plus manifeste que d'habitude ; il est très rapproché de l'épine de l'omoplate, de sorte que la fosse sus-épineuse paraît très peu développée. Dans son mouvement de propulsion par en haut, le bord supérieur de l'omoplate s'est tellement rapproché de la clavicule qu'on a peine à insinuer les doigts entre les deux, et quand on cherche à le faire pour se rendre compte de la configuration exacte des parties, on ne tarde pas à déterminer de la douleur et des contractures musculaires qui rendent très difficile à apprécier la déformation.

En même temps que cette différence de niveau des deux omoplates, nous constatons chez cette enfant une légère courbure sigmoïde du rachis ; la colonne vertébrale décrit, dans la région cervico-dorsale, une petite courbe dont la convexité est tournée à droite, tandis que, dans la partie inférieure de la région dorsale, il existe une courbure en sens inverse, c'est-à-dire à convexité gauche. Les contours du thorax présentent un centimètre de plus à droite qu'à gauche. Les mouvements d'élévation du bras droit jusqu'à la verticale sont douloureux et ne peuvent être exécutés complètement.

Pendant près d'un an, cette jeune fille a suivi à notre consultation un traitement orthopédique, consistant surtout dans la suspension et dans les exercices du bras gauche. La scoliose n'a eu aucune tendance à s'aggraver; Tinégalité entre les deux moitiés du thorax a diminué; Técartement de l'angle inférieur de l'omoplate gauche par rapport à la ligne des apophyses épineuses mesurait, à la fin du traitement, 4 centimètres, tandis qu'on trouvait à droite 5 centimètres d'écartement; mais nous n'avons rien gagné sous le rapport de la différence de niveau en hauteur; l'omoplate droite est toujours demeurée à 3 centimètres au-dessus de la gauche.

Page 1