‹ Traite des maladies chirurgicales d'origine congenitaleChapitre 16 sur 158 · Leriche, Congrès français de chir.j · texte numérisé non relu

Leriche, Congrès français de chir.j

tumeur, (les troubles physiologiques qu'elle détermine, cl enfin de l'état général de l'enfant.

Comme exemple d'intervention, nous citerons le cas suivant qui s'est présenté à nous dans notre service des Enfants-Assistés, et

où nous avons dû intervenir, vu la rupture d'une poche énorme, descendant jusqu'aux talons.

Le 23 îivril 1896, on présente à notre consultation une petite fille, née trenlc-six heures auparavant et portant à la région périnéale postérieure une énorme tumeur congénitale, refoutant en avant l'anus qui est en même temps surélevé. Etalée sous la forme d'un gâteau aplati, pendant entre les membres inférieurs, elle arrive au niveau des malléoles tîbialcs. Cette forme aplatie est due

à la rupture de la poche qui s'est produite au moment de la naissance, en donnant issue à une grande quantité de liquide sanguinolent. La rupture s'est faite au point culminant de la tumeur, au niveau d'une large plaque qui tranche sur les parties voisines par sa minceur et sa coloration blanchâtre. Elle a pour ainsi dire Taspect des enveloppes fœtales; au pourtour de cette plaque mince se voient de grosses marbrures olivâtres, ayant l'apparence de veines oblitérées par des caillots

Séance tenante, je procède à l'extirpation de cette tumeur. Je commence par fendre avec des ciseaux la partie amincie de la poche, de manière à me rendre compte de sa constitution intérieure. Je mets ainsi à nu l'intérieur de la cavité qui présente une coloration rouge violacé, ressemblant à celle du placenta avec, de place en place, <les points d'apparence blanchâtre, cicatricielle. Elle remonte, avec ces caractères, jusqu'à la pointe du coccyx, et, là même, on sent un lobule dur, situé au devant de la pointe de cet os. Sur la partie postérieure de la poche, il existe une végétation appendue dans son intérieur. La sonde cannelée ne pénètre pas dans une dépression en cul-de-sac qui existe k gauche du lobule dont nous avons signalé l'existence. Cette bosselure elle-même est manifestement fluctuante ; c'est évidemment un kyste qui se prolonge dans la cavité pelvienne. Après avoir fait ces constatations, nous nous mettons en devoir d'extirper la tumeur. Une incision courbe, à convexité supérieure, est faite en avant, à deux centimètres environ en arrière de l'anus; je décolle. ainsi la tumeur de la paroi rectale postérieure. Il y a là de grosses veines qui sont immédiatement saisies avec des pinces. Cette dissection étant conduite le plus haut possible, je contourne avec le doigt ou avec la sonde cannelée les parties latérales de la tumeur, la dissociant d'avec son enveloppe cutanée, de façon à lui constituer un pédicule. Celui-ci est adhérent à la pointe du coccyx. On sent alors manifestement que la bosselure dont nous avions signalé l'existence est un kyste pénétrant dans la cavité pelvienne. Du reste, pendant la dissection, ce kyste se rompt, et laisse écouler un liquide limpide. Quelques brides fibreuses et musculaires qui tiennent encore sur les parties latérales sont sectionnées, et la tumeur est enlevée en totalité avec la pointe du coccyx, à laquelle elle adhère. Réunion de la peau sur la ligne médiane, suivant Taxe antéro-postérieur du corps, à l'aide de sutures au crin de Florence, avec interposition d'un drain dans l'angle postérieur de la plaie.

Pendant les jours suivants, nous avons revu à plusieurs reprises rette enfant, qui s'est normalement développée ; malheureusement les matières fécales s'écoulant d'une façon incessante sur la lig-ne de sutures, la désunion s'est produite dans la presque totalité de la plaie. Cependant, à la partie moyenne, la cicatrisation a été obtenue sous la forme d'un pont cutané, qui a beaucoup aidé à la guérison définitive. Celle-ci était complète le 2 juin. La cicatrice affecte la forme de plis radiés profonds, qui rayonnent a partir de la pointe du coccyx vers la région périnéale. L'anus, qui était refoulé en avant par le volume de la tumeur, est sensiblement revenu à sa place normale, attiré en arrière par le tissu cicatriciel.

Comme on le voit, dans ce cas particulier, nous avons eu la main forcée par la rupture de celte énorme poche, qui exposait l'enfant à tous les dangers de la septicémie. Dans d'autres circonstances, il sera préférable de différer l'opération jusqu'à ce que l'enfant présente une résistance plus grande; en un mot, dans chaque fait particulier, on tiendra compte à la fois et des circonstances anatomiques et de l'état général du malade. Mais il n'est pas douteux que, grâce aux progrès de la chirurgie contemporaine, on n'arrive à sauver un très grand nombre de ces enfants, qui semblaient autrefois condamnés à une mort fatale.

IV. — INFUNDIBULUM PA R A-COCC YGJEN ET FISTULES PARA-COCCYGI EN NES

Il convient de rapprocher du spina-bifida et des tumeurs congénitales de la région sacro-coccygienne certains vices de conformation siégeant, soit au niveau du coccyx, soit au niveau du sacrum, et qu'on désigne sous le nom AHnfundibulum para-coccygien et fistules para-coccygiennes. Bien que ces vices de conformation aient été signalés depuis un certain temps, c'est surtout dans ces dernières années qu'ils ont attiré l'attention des chirurgiens. Déjà, en 1867, Kiihn (de Strasbourg), dans une lettre à la Société de chirurgie, signalait l'existence de ces infundibula. En 1874, M. Desprès y faisait également allusion, à propos d'un kyste paracoccygien ; mais ce sont surtout les travaux récents de MM. Féré * et

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