II. — BECDE-LIËVRE
Toutes les fentes dont la coalescence doit donner naissance massif facial peuvent persister et devenir Torigine du vice de c^ formation auquel, par une analogie grossière, on a donné le né:^^ de bec-de-lièvre. On désigne ainsi une fente congénitale portant * plus ordinairement sur la lèvre supérieure.
Il est, du reste, un grand nombre de subdivisions à établir daî cette étude, suivant que le bec-de-lièvre est unique ou doubV simple ou compliqué, suivant qu'il porte sur tel ou tel point Torifice buccal.
Anatomie pathologique. — 1** Bec-de-lièvre simple. — Le cas W plus fréquent, c'est celui dans lequel la fissure occupe la lèvre sup<
Pig. '10. — Boc-do-lièvre double et incomplet do la lèvre supérieure ; la fente no pénètre pas dans
la narine (Kirmisson).
rieure, à gauche de la ligne médiane. On en a donné comme raison ce fait que la soudure des différentes parties constituantes se ferait plus tôt à droite qu'à gauche. Ce qui est beaucoup plus intéressant à étudier que le côté sur lequel porte la difformité, c'est Taspect extérieur de la fissure. 11 est des cas en effet où cette fissure très limitée occupe seulement le bord libre de la lèvre; elle est réduite à une simple encoche du bord labial. Habituellement elle est plus étendue; mais deux cas sont possibles : ou bien la fente ne communique pas avec la narine correspondante, ou bien cette communication existe. Cette distinction est de la plus haute importance au point de vue du [)ronostic et du traitement. Dans les cas, en effet, 011 la fissure de la lèvre ne pénètre pas jusque dans la narine, cette dernière est bien conformée. Au contraire, si la fente communiciue librement avec Torifice nasal, la narine est déplissée pour ainsi dire, elle est étalée sur la joue. 11 en résulte une difformité beaucoup [dus choquante, et aussi beaucoup plus difficile à réparer.
BEC-DE-LIEVRB
La fente labiale est plus ou moins large, suivant les cas; elle affecte habituellement la forme d'un V dont la pointe est tournée en haut; des deux bords qui la limitent, Texterne est d'ordinaire moins élevé que l'interne, attiré qu'il est en dehors par les muscles de la commissure labiale.
Telle est la forme à laquelle on donne le nom de bec-de-lièvre unilatéral simple. On dit que le bec-de-lièvre est compliqué, lors-
Pig. 11. — Bcc-dc-lièvro unilatéral gauche de la lôvro supérieure pénétrant jusque dans la
narine; déplisscment de Tailo du nez (Kirmisson).
qu'à la fente du bord labial se joint une fissure portant sur le bord alvéolaire, sur la voûte et le voile du palais.
2* Bec-de-lièvre compuqué. — Dans les cas les moins prononcés, il existe une simple encoche du bord alvéolaire; le plus souvent, c'est une fente véritable. Mais on aurait une bien fausse idée du bec-de-lièvre compliqué, si l'on s'imaginait que tout se borne à une solution de continuité du bord alvéolaire. Ce qui donne au bec-de-lièvre compliqué son caractère si fâcheux, c'est que les deux saillies osseuses qui limitent la fente du rebord alvéolaire, sont bien loin d'appartenir à des courbes de même rayon. Toute la partie interne, celle qui supporte les dents incisives, possède un rayon de courbure beaucoup plus grand ; elle déborde de beaucoup en avant la lèvre externe de la fente osseuse. Celle-ci est, au contraire, en retrait, notablement atrophiée; et non seulement les deux lèvres de la fente alvéolaire n'appartiennent pas à des courbures du même rayon; mais très souvent encore, elles sont obliques l'une par rapport à l'autre. C'est ainsi, par exemple, que la moitié externe est souvent oblique en bas et en dehors, tandis
que la moitié interne est horizontale, ou mâme présente une obf •*' quité en sens inverse, Tos intermaxillaire se dirigeant en haut C^' en dehors. Lors de l'éruption des dents incisives, celles-ci vienne» * alors pointer en haut et en avant. Ces diverses dispositions dt— * côté du rchord alvéolaire viennent encore singulièrement compli- — ' quer la réparation.
Pour permettre de bien se rendre compte de la disposition sur laquelle nous insistons ici, j'ai fait reproduire une pièce de ma collection sur laquelle on voit hicn que la moitié du hord alvéolaire répondant à la fente labiale est atrophiée par rapport à la moitié du câté opposé. Elle est en même temps très on rciraît par rapport au côté sain, et appartient à une courbe d'un plus court ravon (Voy. fig. 42).
Un point qui a été longuement discuté dans ces dernières années, c'est celui du siège exact occupé par la fissure du bord alvéolaire. Depuis les travaux de Gœtlie, connniu'.s par les recherehes de Costc, on a admis que, dans le hec-dc-lièvrc, la fissure du bord alvéolaire passe entre l'incisive latérale et la canine, c'est-à-<lire entre l'os incisif et le maxillaire sun-Bii[rani«inpnt |.n^ Il .i^-s .ourbur..» périPur. Au Contraire, Albrccht esl venu soutenir, en 1819', que l'os incisif, au lieu d'être simple, est double de chaque côté ; c'est entre les deux os incisifs interne et externe que sièg( la fissure anormale dans le liec-de-l lèvre. Par là. se trouvcnl expliqués les faits exceptionnels signalés par bon nombre d'auteurs dans lesquels la fente passe outre l'incisive médiane et l'incisive latérale, qu'on a a|ipi'léc encore incisive précaninc. Loin d'être IVxcepfiou, CCS faits seraient au contraire la règle. La théorie d'AIbriîcht a été énei^iquenioiit combatluo on Allemagne |)ar ïh, Kœlliker' (de Leipzig), vérifiée et adoptée en France parM. A. Broca*.
Fig. «. - Voàt dr boc^lc-li^v volt bipD Knr
1. Allir.T-lil, Ai-cli. filF klia. riiir., 1B«3, t. XXXI. p. 2i'. ■i. Kri-llikir, Acii-s rie l'Ac. rie» t>al<ii-ali>lei rff Halle. IKSi, l. XLII, p. 327, :\. Dr<ic.i, l'ult. Sur. aiiiiL, lnU, p. 3:i0; liST, p- 3'jj, 325 et 38j. — Annale* d* gynfcol; lnsl, t. XXXVIII, p. St.
BEC-DE-LIÈVUE 97
Voici comment s'exprime ce dernier dans le Traité de chirurgie : € Si, à mes 58 pièces personnelles, je joins les 52 de Th. Kœlliker, adversaire pourtant de la doctrine nouvelle, je trouve que Fincisive précanine borde 72 fois sur 100 la fissure, que 21 pièces sont insuffisantes ou indifférentes, que 7 fois seulement Tincisive précanine est absente, la fissure passant enlre une deuxième incisive et la canine '. v
Depuis huit ans que nous sommes chirurgien des Enfants- Assistés, nous civons étudié soigneusement à ce point de vue toutes les pièces de bec-de-lièvre compliqué que nous avons eues entre les mains. Ces pièces sont au nombre de 20. Or, sur 14 d'entre elles, le résultat de la dissection du bord alvéolaire a été favorable à la théorie d'Albrecht, c'est-à-dire que, dans ces 14 cas, nous avons trouvé que la fente passait entre deux incisives. D'un côté, il y avait six follicules dentaires, dont deux molaires, une canine et trois incisives; du côté opposé, quatre follicules dentaires, dont deux molaires, une canine et une incisive. I/examen des faits que nous avons pu étudier, nous fait donc nous ranger à la théorie d'Albrecht. Ce qui rend très difficile l'appréciation des faits en pareil cas, c'est l'existence fréquente des anomalies. Ainsi, par exemple, il est vrai que, dans les 14 faits auxquels nous venons de faire allusion, il existait, sur une des lèvres de la fente, une précanine; mais, dans deux de ces cas, les follicules dentaires étaient au nombre de 11, il v en avait 7 d'un côté, et 4 seulement du côté opposé ; il y avait là une incisive surnuméraire. On pourrait dès lors se demander quelle est celle do ces incisives que l'on doit considérer comme la dent surnuméraire; et, suivant la solution que l'on donnerait à cette question, regarder la [ûèco comme favorable, ou, au contraire, opposée à la théorie d'Albrecht. Inversement, il est des cas où le nombre des follicules dentaires est inférieur à la normale; par exemple, sur l'une de nos pièces (n* 10), il existait seulement 8 follicules dentaires, dont 5 à droite de la fente, représentant 2 molaires, 1 canine et 2 incisives, et 3 à gauche, répondant à 2 molaires et 1 canine. A côté de ces faits douteux, il en est deux qui sont contraires à la théorie d'Albrecht, en ce que, des 10 follicules dentaires, 7 sont disposés d'un côté de la fente, et 3 seulement du côté opposé. Dans ces faits, en un mot, la fissure passe entre l'incisive latérale et la canine.