A. Broca, Bull, de la Soc, anat., 1887, p. 395 cl
BEC-DE-LIÈVRB 103
4** Fissure médiane de la lèvre inférieure. — Les faits de cet ordre sont extrêmement rares, au point même qu'ils ont pu être niés; aujourd*hui cependant ils sont bien établis par les observations de Nicati, Bouisson, Couronné, Lannelongue, etc.
Tantôt il existe une simple encoche du bord alvéolaire, tantôt une fente qui occupe la lèvre inférieure dans toute sa hauteur, et qui parfois même se continue avec un sillon cicatriciel occupant toute la hauteur du cou. La bifidité de la lèvre inférieure peut se compliquer de bifidité du maxillaire inférieur.
On a vu parfois, en coïncidence avec un bec-de-lièvre, une lésion singulière consistant en la présence, sur le bord libre de la lèvre inférieure, de petits pertuis muqueux disposés de chaque côté de la ligne médiane. Des faits de cette nature ont été signalés par Demarquay, Murray, Richet et M. Lannclongue.
5* Bec-de-uèvre acATRiciEL. — On a désigné sous ce nom des cas dans lesquels la réunion entre les bourgeons constituants de la lèvre supérieure se fait sous la forme d'une cicatrice saillante, comme celle à laquelle donnerait naissance une plaie accidentelle ou une opération de bec-de-lièvre. Trois fois, nous avons eu Toccasion de rencontrer une semblable lésion; la première fois, chez un jeune homme de dix-sept ans que nous avons opéré en 1888 à THôtel-Dieu pour une pérityphlite suppurée; chez lui, il existait, sur la partie latérale gauche de la lèvre supérieure, une cicatrice verticale nettement visible. La grand'mère maternelle de ce jeune homme possédait la même cicatrice congénitale. Nous avons observé le second exemple chez un petit gai*çon de sept ans ; chez lui la cicatrice, siégeant également sur la moitié gauche de la lèvre, était moins visible que dans le cas précédent. Le père de cet enfant, étant devenu veuf et s'étant remarié, a eu une petite fille atteinte de bec-de-lièvre compliqué de la lèvre supérieure.
Le troisième exemple de cette malformation, nous Tavons rencontré chez un petit gan;on de sept mois, qui nous était présenté pour un double pied bot talus valgus congénital. Il existe chez cet enfant, du côté gauche, une très légère déformation de la lèvre supérieure et de la narine. On dirait qu'il a été opéré d'un bec-de-lièvre unilatéral gauche avec un résultat satisfaisant. Il existe là une surface légèrement déprimée, un peu rosée, représentant assez bien un tissu de cicatrice, et surtout un étalement de la narine gauche. Quand on examine le bord alvéolaire, on y voit manifestement une fissure siégeant du côté gauche, en regard
de la cicatrice labiale, fissure à peine marquée, mais dont le bord droit appartient à une circonférence plus grande que le bord gauche. Il existe en môme temps une bifidité de la luette.
Pathogrénie. — Il résulte des détails dans lesquels nous sommes entrés à propos de Tanatomie pathologique, que la grande cause pathogénique du bec-de-lièvre, c'est Tarrôt de développement, amenant la persistance de fissures qui, à Tétat normal, n'ont pendant la vie embryonnaire qu'une durée passagère. Mais sous quelle influence survient cet arrêt de développement, c'est ce qu'il est le plus souvent impossible de préciser. On a vu des cas dans lesquels on a pu mettre la persistance de la fente sur le compte d'un néoplasme concomitant. Ainsi, dans un cas, M. Fernet a vu une tumeur congénitale de là langue coïncidant avec une fissure palatine * ; M. Lannelongue a observé un cas semblable *. Le même auteur a vu un angiome de la gencive, en face d'un bec-de-lièvre. On peut se demander si, dans ces cas, ce n'est pas à la présence de la tumeur qu'est due la persistance de la fissure labiale ou palatine.
Une autre cause dont le rôle ne saurait être mis en doute, c'est l'existence de brides amniotiques; parfois même ces brides peuvent creuser des sillons, déterminer des fissures qui ne répondent nullement aux fissures normales, et qui doivent en être distinguées.
L'importance des brides amniotiques dans la production du becde-lièvre a été rappelée dernièrement encore par un auteur allemand, Fronhôfer '. Il s'appuie sur la coïncidence fréquente entre les malformations du pavillon de l'oreille et celles de la mâchoire supérieure; d'après lui, les petits mamelons existant souvent au devant du pavillon de l'oreille doivent être considérés comme les restes de brides amniotiques. Mais nous ferons observer que la structure de ces petits fibrochondromes préauriculaires est bien complexe pour qu'on puisse y voir la trace de simples brides amniotiques; d'autre part, leur coïncidence avec le bec-de-lièvre est loin d'être assez fréquente pour qu'on puisse étayer sur cette circonstance une théorie pathogénique.
Néanmoins l'opinion qui fait jouer un très grand rôle, dans la