BEC-DE-LIÈVRE H
je pense, avec bon nombre île mes collègues, que la préférence doit être accordée aux fils d'argent. Ils me paraissent avoir à la fois beaucoup plus de résistance et moins de tendance à sectionner les tissus que les fils de soie, par exemple. La chose principale dans la suture, c'est d'embrasser dans Tanse du fil une épaisseur assez considérable de tissus, de façon à s'opposer à l'écartement des deux bords de la solution de continuité, qui tend toujours à se produire sous l'influence des cris et des efforts de l'enfant. Une autre précaution, non moins importante, c'est de comprendre dans l'anse du fil toute l'épaisseur de la lèvre, c'est-à-dire de faire passer l'aiguille immédiatement au devant de la face muqueuse. De cette manière, lorsque les deux extrémités du fil auront été nouées, l'artère coronaire se trouvera comprimée et oblitérée. Il convient, en effet, de ne pas perdre de vue que cette artère est située immédiatement au devant de la couche muqueuse; si l'anse de fil passait en avant d'elle, elle ne serait point oblitérée, et pourrait devenir la source d'une hémorragie dangereuse. Ceci n'est point une crainte vaine; j'ai vu, en effet, au début de mes études, un jeune enfant opéré d'un bec-de-lièvre, et chez lequel on avait fait une suture enchevillée, périr ainsi d'hémorragie. L'enfant fut trouvé mort dans son berceau le lendemain de l'opération ; le sang s'écoulant dans la cavité buccale avait été aspiré par succion, et l'enfant était mort d'hémorragie, sans qu'une seule goutte de sang se fût écoulée au dehors.
J'ai du reste l'habitude d'employer deux fils d'argent de grosseur différente. Pour le rapprochement des lambeaux, j'emploie un ou deux points de suture avec un fil d'argent fort; ensuite je maintiens les parties affrontées avec quelques fils d'argent plus minces; parfois même je place, sur le bord muqueux de la lèvre, un ou deux points de suture à la soie phéniquée fine. Quand la suture est terminée, l'hémorragie s'arrête d'elle-même. Il convient alors de procéder au pansement, et tout d'abord de débarrasser soigneusement la cavité buccale de tous les caillots qu'elle renferme, à l'aide d'un petit tampon de ouate monté sur une pince. Quant au pansement, celui qui me paraît le mieux réaliser les conditions nécessaires, c'est celui qu'on obtient à l'aide de petites bandelettes d'ouate qu'on enduit de coUodion en prenant largement point d'appui sur les joues. On maintient ainsi rapprochés les deux bords de la fente, en même temps qu'on protège la suture. Il faut recommander aux personnes qui prennent soin de l'enfant de
i:âO MALADIES DE LA FACE
veiller minutieusement à la propreté de la bouche, et, pour cela, il convient de la laver h Teau boriquéc chaque fois que Tenfant s'est alimenté. Une bonne hygiène contribue grandement au succès final ; il importe en effet que l'enfant ne souffre pas de coliques, qu'il .ne crie pas trop fréquemment, pour qu'on puisse espérer une solide réunion. Si toutes les conditions favorables sont réunies, rien ne presse pour l'enlèvement des fils. J'ai l'habitude de les laisser en place jusqu'au neuvième jour, et si même je pense qu'il y ait intérêt à soutenir encore pendant quelque temps la ligne de suture, je fais l'ablation des fils en deux temps, remettant l'enlèvement des derniers au onzième ou douzième jour. Toujours après l'ablation des fils, il est nécessaire de soutenir encore pendant quelques jours la lèvre au moyen des petites bandelettes collodionnées que nous avons précédemment décrites, pour éviter que, sous l'influence des cris de l'enfant, la ligne de suture ne se laisse trop distendre, ce qui nuit h la perfection du résultat.