‹ Traite des maladies chirurgicales d'origine congenitaleChapitre 51 sur 158 · MALFORMATIONS DE L'ŒSOPHAGE ET DE LA TRACHÉE · texte numérisé non relu

MALFORMATIONS DE L'ŒSOPHAGE ET DE LA TRACHÉE

bout inférieur de l'œsophage et le conduit aérien' Toutefois, il est des faits, tels que celui de Ogle, cité par Holmes, dans lesquels les portions supérieure et inférieure de l'œsophage communiquaient indirectement entre elles, à travers la trachée. Ogle pense même qu'un peu de lait ingéré a pu arriver par cette voie jusqu'à l'estomac. Néanmoins, l'enfant ne survécut que quatre jours.

Parfois, avons-nous dit, Timperforation de l'œsophage coïncide avec d'autres malformations. Axon * rapporte le fait d'une petite fille, née à terme, le 30 décembre 1896, et présentant une double absence des pouces et des radius. Bientôt la mère remarqua que, lorsque l'enfant voulait téter, tout le lait ressortait par le nez; elle mourut d'inanition le treizième jour. A Tautopsie, on trouva que l'œsophage se terminait en un cul-de-sac profond de deux centimètres environ. Sa partie inférieure ou stomacale s'ouvrait dans la trachée au niveau de sa bifurcation. L'estomac et les intestins étaient absolumeilt vides. La cloison interventriculaire était perforée à sa partie supérieure.

Mais où la coïncidence avec d'autres malformations prend une importance toute particulière, c'est quand l'oblitération de l'œsophage coïncide avec une imperforation de l'anus, comme cela existait dans le cas suivant de M. Polaillon '. On est exposé en effet à mettre sur le compte de l'imperforation anale tous les phénomènes observés, et celle-ci une fois supprimée par une opération convenable, on est tenté de porter un pronostic favorable, tandis que l'enfant succombe à la malformation de l'œsophage concomitante. C'est ce qui arriva dans le cas de M. Polaillon : Il s'agit d'un enfant bien portant en apparence, présentant une absence congénitale des deux radius, des deux pouces et des deux index, avec mains botes, et, en outre, une imperforation anale se traduisant par les symptômes habituels de cette malformation. Ce ne fut qu'après résection du coccyx et une incision très profonde que l'on pénétra dans l'ampoule rectale. Il en sortit, non pas du méconium liquide, mais bien des boulettes arrondies, analogues à des excréments de lapin. Bien que l'anus artificiel restât perméable, les vomissements continuèrent après chaque tétée. La mort survint lé second jour. A l'autopsie, on découvrit que la cause

i. Axon, Arrêt de développement congénital de Tœsophage, The Lancet, 20 février 1897, p. 519.

2. Polaillon, Anus imperforé, in Bull, et Mém. delà Soc.de chit\, 14 juillet 1875, p. 97

de la mort résidait dans une malformation de Tœsophage. Ce conduit faisait suite au pharynx, mais il se terminait en cul-de-sac, à deux centimètres au-dessous de son origine. La tracliée, normalement développée, présentait au-dessus de sa bifurcation, un orifice conduisant par un cahal, qui n'était autre que le bout inférieur de Fœsophage, dans rintérieur de l'estomac. L'opération du côté de Fanus faisait communiquer largement Tampoule rectale avec l'incision périnéale. Il existait en outre un étroit orifice mettant en communication la face antérieure du rectum avec le canal urétral profond, un peu en avant du col vésical. Dans les parties supérieures de l'intestin, il y avait encore un peu de méconium liquide.

Ce qui, dans un cas de cette ûature, doit inspirer des réserves au sujet du pronostic, c'est la multiplicité môme des vices de conformation.

Dans les cas ordinaires, le diagnostic se fait par cette circonstance que l'enfant rejette immédiatement le lait par régurgitation, et non pas par des vomissements qui surviennent au bout d'un temps plus ou moins long et d'une manière irrégulière, comme dans l'occlusion intestinale. On peut du reste encore vérifier le diagnostic par le cathétérisme de l'œsophage fait avec précaution.

Un pareil vice de conformation semble jiresque au-dessus des ressources do la chirurgie. A propos d'un cas observé par lui, M. Tarnier * examinant les chances d'intervention, ne reconnaît que deux opérations possibles, l'œsophagotomie et la gastrotomie. Il rejette l'œsophagolomie à cause de la difficulté de cette opération à un âge aussi tondre, et aussi parce que l'oblitération siège généralement au-dessous de la région cervicale, au niveau de la bifurcation de la trachée. Quant à la gastrotomie, tout en la considérant comme la seule opération rationnelle, M. Tarnier n'ose pas la conseiller, à cause du grand volume du foie et du peu de développement de l'estomac en pareil cas. Dans l'état actuel de la chirurgie, c'est évidemment à la gastrostomie qu'il faudrait s'adresser, si l'on se décidait k intervenir, sans se dissimuler le peu de chances de succès d'une pareille intervention.

Rétrécissement congénital de rœsophage. — De l'oblitération complète de l'œsophage, il faut rapprocher les rétrécissements congénitaux de ce conduit.

1. Tarnier, Bull, de VAcad. de méd, de Paris, t. XXXI, p. 884, Paris, 1866, et Union médic, 2' série, t. XXXI, p. 126, Paris, 1860.

Page 1