II. — SPINA-BIFIDA
On donne le nom de spina-bifida ou hydrorachis à un vice de conformation caractérisé par une fissure des arcs vertébraux, à travers laquelle font hernie la moelle et ses enveloppes, accompagnées d'une quantité variable de liquide.
Sans doute les deux expressions ne sont pas synonymes; le mot spina-bifida désigne la fissure vertébrale, tandis qu'on nomme hydrorachis la collection liquide qui se forme entre les deux lèvres de la fente rachidienne; mais ces deux particularités anatomiques, fissure des vertèbres et collection de liquide, coexistent si souvent
qu'on emploie indiflëremment l'un pour l'autre les mots hydrorachis et spina-biflda.
Anatomie pathologique. — Nous laisserons <Ie côté les fissures étendues h toute la colonne vertébrale, de même que les spinabifida des régions antérieure et latérale des vertèbres. Incompatibles avec l'existence, ces variétés n'appartiennent qu'à la tératologrie. Le seul spina-bifida intéressant pour le chirurgien, c'est celui qui siège sur la partie postéritîure du rachis.
Les régions le plus souvent atteintes sont les régions dorsolombaire et lombo-sacrée, et la région cervicale. Les vertèbres dorsales moyennes sont rarement intéressées. Ordinairement unique, le spina-bifida peut atteindre simultanément deux points du rachis; ce sont alors les régions cervicale et lombaire qui sont le siège de l'affection.
Le volume de la tumeur est excessivement variable; hiihituellement petite, elle peut devenir énorme dans certains cas. Broca a montré à la Société de chirurgie un malade de quarante-trois ans, chez lequel la tumeur mesurait 62 centimètres de circonférence et descendait jusqu'aux talons, en entraînant le corps en arrière.
La tumeur est sessile ou pédiculée; mais les tumeurs pédiculées sont très rares; c'est surtout à la région cervicale que se rencontre cette variété.
Quant à la forme, elle est généralement arrondie, parfois légèrement aplatie ; quelquefois elle a la forme d'un ovale à grand axe vertical. Il est fréquent de rencontrer à la surface du spina-bifida des bosselures de volume inégal, tenant à la présence de cloisons incomplètes dans l'intérieur de la poche.
La |)eau qui recouvre la tumeur présente des caractères extrêmement variés; parfois elle est mince, atrophiée, d'aspect séreux; ({uelquefois même elle est rompue dès le moment de la naissance ou dans les jours suivants. D'autres fois, elle est épaisse, rougeàtre, vascularisée, présentant, à la périphérie de la tumeur, un développement de poils. Quelquefois elle participe en même temps aux d(»ux variétés précédentes, c'est-à-dire qu'elle est épaisse et vascularisée à la périphérie, tandis ({u-'au centre du spina-bifida, elle est mince et transparente.
Dans un cas «le spina-bifida lombaire, présenté à la Société anatomique par M. Béringier, les altérations de la peau au niveau de la tumeur ont été de la part de M. Chambard l'objet d'un
SPINA-BIFIDA y
examen histologiquc. L'auteur conclut : « Les altéralions dé la peau au niveau de celte tumeur consistent en une hypcrtroiiliie tlu tissu conjonctif dermique, avec disparition du tissu cellulo-aiiipeux sous-cntané et atrophie des follicules pileux et des glandes suiioripares. On retrouve cependant encore quelques vestiges de ces dernières'. » Ainsi donc cette paroi mince, blanchiltre et trans-
parente, qui recouvre au centre le spina-biflda, et qu'on a quel- <|uefois prise pour la dure-mère, vu ses caractères extérieurs, n'est, comme le montre l'examen histologique, que la peau elle-même atrophiée. Sur cette couche IdanchiUre, d'aspect cicatriciel, on voit quelquefois des Ilots de peau saine; parfois même de véritables bourgeons charnus rosés et suppurants. C'est ce qui existait sur un enfant de notre service porteur d'un spina-bifida
iO MALADIES CONGÉNITALES DU HACHIS
lombaire, et ce fut cette circonstance qui nous conduisit à pratiquer chez lui Texcision de la tumeur.
Au-dessous de la peau, le tissu cellulaire est parfois nettement reconnaissable ; d'autres fois, il est atrophié, et Ton rencontre la paroi du sac formée par Tarachnoïde et la pie-mère. Sous le nom de spina-bi/ida mjjxomateux, Matthews Duncan a publié un cas intéressant * : Un jeune enfant était né avec une grosse tumeur, du volume d'une tôte de fœtus, siégeant à la région lombaire. Cette tumeur sessile s'échappait par une fissure du rachis. La peau, sur certains points, était bleuâtre, translucide. 11 n'y avait pas de fluctuation bien nette; on tenta la ponction, qui fournit seulement quelques gouttes de liquide. Duncan pratiqua alors une incision suivie de compression, qui donna issue à une notable quantité de sérosité. Pendant cette incision, on put voir que le tissu de la tumeur était gélatineux, comme myxomateux. Le liquide ne tarda pas k se reproduire, et Ton dut faire une excision partielle. Le petit malade étant mort de broncho-pneumonie, on put constater, à Tautopsie, que la dure-mère faisait légèrement hernie en dehors de la cavité rachidienne ; mais la grande masse de la tumeur était située extérieurement aux méninges, et composée de tissu muqueux, interposé entre la peau et les enveloppes de la moelle. De notre côté, nous avons eu l'occasion d'observer un cas de même ordre, chez un petit garçon de trois mois, dont l'observation a été présentée par nous à l'Académie de médecine, et a été l'objet d'un rapport de la part de M. Berger ^ Cet enfant portait à la région lombaire un spina-bifida avec ses caractères classiques; c'était l'aspect d'une tomate avec dépressions et bosselures, à tel point que la mère, pour en expliquer la présence, avait imaginé une histoire d'envie de tomates pendant sa grossesse. Sous l'influence de la pression, la tumeur se flétrissait; mais il n'y avait pas de réduction complète; aucun trouble n'existait du côté du système nerveux. Je fis l'extirpation de cette tumeur, et fus frappé de la voir presque entièrement constituée par un tissu conjonctif œdématié, d'apparence myxomateuse, qui, à chaque coup de bistouri, laissait suinter du liquide. Il n'y avait à l'intérieur qu'une petite cavité insignifiante. Ce qu'il y a de particulier dans ce cas, c'est que, malgré l'absence de tous symptômes nerveux, malgré