DES OS DL' RASSI N
déplacement n’est point , à proprement parler, une luxation , puisque cet os se rétablit dans sa situation naturelle aussitôt que la cause qui l’en a lait sortir cesse d’agir j et si ces mouvemens pouvaient être portés assez loin pour que les ligamens fussent rompus , et pour qu’il survînt un changement de rapport dans les surfaces articulaires , les noms de reirversement et d’enfoncement conviendraient mieux à ces dérangemens du coccyx, que ceux de luxations en dehors ou en dedans qu’on leur a donnés.
Mais quelles sont les causes capables de produire ces déplacemens ? L’énorme dilatation que le passage de la tête de l’enfant exige de la part de la vulve et du périnée , dans l’accouchement , a long-temps fait croire aux accoucheurs que le coccyx devait y contribuer en se laissant déjeter en arrière , par un mouvement forcé qui équivaudrait à une entorse , et qui pourrait aller jusqu’à entraîner le déplacement , si le bassin était rétréci : on regardait même comme .dépendantes de la soudure prématurée de cet os avec le sommet du sacrum , la lenteur et la difficulté de certains accoucheinens , pour la terminaison desquels on donnait le précepte d’opérer à dessein la luxation du coccyx , en le portant fortement en arrière, au moyen d’un doigt introduit dans l’intestin rectum. Mais depuis ({u’on a appliqué l’observation exacte et ngoureuse à l’étude des accouchemens , on a constaté qu’à moins de difformité , le diamètre antéro-postérieur du détroit inférieur du bassin , est assez grand pour admettre la tête d’un enfant à terme , et naturellement conformé j que la rétrocession du coccyx ^t toujours très-bornée > et n’est jamais
ï5o DE l’ÉCARTEMETv T
rigoureusement nécessaire dans l’état naturel , pour que l’accouchement s’accomplisse j que î’ankylose de cet os , et des pièces qui le composent, ne peut jamais, dans ce cas, retarder notablement raccoucliement , comme le prouvent deux observations recueillies par Smellie, d’une femme âgée de plus de quarante ans, et d’xine autre de trente- trois ^ lesquelles accouchèrent avec facilité , quoique les pièces du coccyx fussent entièrement soudées entr’elles et avec le sacrum; enfin que, dans aucun cas, il ne peut être utile ou nécessaire d’opérer à dessein un déplacement du coccyx pour favoriser raccoucliement.
Néanmoins , on ne peut pas nier que dans les cas rares ou ^ par l’effet de quelques difformités , comme un prolongement vicieux de la symphyse des os ]>ubis aux dépens de la hauteur de l’arcade de ces os , une courbure contre nature et extraordinaire du sacrum , qui rétrécit considérablement le diamètre antéroj)OStérieur du détroit inferieur , le passage de la tète de l’enfant , sur-tout si elle est fort volumineuse , ne puisse donner lieu à un mouvement fort étendu du coccyx en arrière , qui peut entraîner des tiraillcmens et quelqu’altération des ligamens de son articulation , et des parties molles environnantes : mais il n’en peut jamais résulter un déplacement permanent , et un véritable changement de rapports entre les surfaces articulaires. Dans les cas dont il s’agit , les femmes éprouvent , après raccoucliement , des douleurs au bas de la région sacrée, qui augmentent par les mouvemens , par la toux , réteriiuement , etc. ; qui empechent les malades de se tenir assises , et
»ES OS DU bassin; î5i
les forcent à rester couchées sur le dos , mais qui se dissipent promptement , sans autre secours que le repos. Les topiques seraient inutiles et incommodes , et les manœuvres que * les auteurs ont enseigpées pour réduire cette prétendue luxation , seraient plus propres à déterminer une inflammation , qu’à faire cesser de si légers accidens.
Les coups f les chutes sur le coccyx peuvent l’enfoncer , en distendant plus ou moins les ligamens qui l’attachent au sacrum j mais cet enfoncement n’est jamais porté au point d,e changer les rapports naturels de ces os , et aussitôt que la cause qui la produit cesse d’agir , l’élasticité des parties rétablit le coccyx clans sa situation naturelle. Mais il est un autre point de vue sous lequel cet accident doit intéresser le praticien j c’est la contusion des parties molles , l’inflammation qui peut enrésulter , etc. Ces consécjuences d’une chute sur le siège méritent d’autant plus d’attention , que le lieu de la contusion est garni d’une grande quantité de tissu cellulaire dans lequel la suppuration s’établit facilement. J. L.. Petit rapporte plusieurs exemples d’accidens graves survenus à la suite de semblables chutes , à des femmes qu’une pudeur mal-entendue avait privées des secours que leur état exigeait.
Dans les cas de cette nature’, quoique la contusion n’ait pas laissé de traces Apparentes , et qu’il ne paraisse pas d’ecchymoses sous la peau , il survient vis-à-vis le sommet du sacrum une douleur plus ou moins vive , (jui s’étend dans toute la région sacrée , quelquefois même vers les lombes et les cuisses , augmentant à l’occasion de tous les efforts , et sur-tout quand
î52 de l’écarteîm entt
la malade va à la garde-robe , accompagnée de pesanteur vers le rectum , et quelquefois meine de dysurie. Tantôt la douleur diminue au bout de quelques jours , se dissipe ensuite graduellement j tantôt , au contraire , elle devient pulsative , et présage ainsi un foyer de suppuration plus ou moins vaste à l’ouverture duquel on trouve quelquefois l’intestin rectum isolé , ou même dénudé , ou quel(|ues pièces du coccyx nécrosées , etc.
On sent combien les manœuvres que la plupart des auteurs décrivent comme propres à réduire la prétendue luxation en devant du coccyx seraient nuisibles , non- seulement dans l’état inflammatoire que nous venons d’indiquer , mais encore durant les suites les plus simples de la contusion qui peut lui donner lieu. Toutes les indications se réduisent à combattre l’irritation , et à prévenir l’inflammation. Le repos absolu est ici de la plus grande nécessité ; et lors même que l’état inflammatoire a été combattu avec succès , ou lorsqu’il a été prévenu , mais qu’il reste encore des douleurs , si l’on permet aux malades de quitter le lit , on ne doit leur permettre d’être assis que sur un bourrelet circulaire , ou sur un siège ouvert dans son fond , pour éviter toute coiiipression douloureuse.
On doit user de topiques relâchans , émolliens y anodins , sous toutes les formes : nous avons eu de nombreuses occasions de constater , en pareil cas , les heureux effets des linimens dans lesquels on fait entrer l’opium à forte dose , et des fomentations avec une forte décoction de têtes de pavots , de feuilles de niorelle et de jusquiame , employés de bonne
DES OS DU BASSIN. l53
heure ; ces moyens ont souvent calmé un violente irritation , et prévenu rinflaininatlon et la suppuration qui aurait pu en être la conséquence. Nous ne nous étendrons pas davantage maintenant sur ce sujet , qui sera traité plus amplement à l’occasion des abcès à la marge de l’anus.
Dans toutes les maladies où les malades restent long-temps couchés sur le dos^ et sur- tout dans celles où les forces vitales sont considérablement affaiblies , l’ulcération ou la mortification des parties molles qui recouvrent le point correspondant à l’articulation sacro - coccygienne, peut aller jusqu’à détruire les ligamens de cette articulation , et même jusqu’à produire la nécrose d’une ou de plusieurs pièces du coccyx. Nous avons vu , dans une circonstance semblable , la première pièce de cet os presque eiTtièremerit désarticulée d’avec le sacrum , et considérablement enfoncée en devant. Mais , dans la suite., cet os fut ramené à sa situation naturelle, et assujetti de nouveau par les progrès de la cicatrisation. On sent que cette espèce d’altération dans les rapports naturels nô doit pas être comptée panai les luxations , et que ce serait tout confondre que de lui donner ce nom.