‹ Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent [electronic resource] (volume 2)Chapitre 21 sur 53 · DE LA CLAVICULE. 1Ô · texte numérisé non relu

DE LA CLAVICULE. 1Ô

cloit’porter l’épaule fortement en arrière, etqa© dans le second , on doit la porter en haut.

Tant que l’action des forces réductives continue , les os conservent leurs rapports naturels ; mais aussitôt qu’elle cesse, rexlrémité de la clavicule abandonne la cavité du sternum , et la luxation se reproduit. La permanence de l’effort qui a opéré la réduction est donc seule capable de prévenir la récidive de la luxation : delà , l’idée très-naturelle de mainttnir les os dans l’état où ils ont été mis par la réduction , au moyen de l’appareil de Desault pour la fracture de la clavicule. Cet appareil est trèsapproprié aux indications que cette luxation présente j mais il se relâche prom|)tement , en sorte que , quelque attention qu’on ait de le renouveler souvent , la clavicule se dérobe , pour ainsi dire , à son action , abandonne la cavité du sternum , et reste toujours plus saillante que celle du côté oppose. Cependant la douleur se dissipe , les iigamens déchirés se consolident, les inouvemens d’abord très-gênés et douloureux, deviennent bientôt plus faciles , s’exécutent sans douleur, et le membre ne tarde pas à recouvrer toute sa force et toute sa mobilité.

Quoique le bandage de Desault , pour la fracture de la clavicule , n’ait d’autre avantage , dans la luxation de l’extrémité interne de cet os , que de rendre la difformité un peu moindre , cependant il ne doit pas être négligé. Il est même essentiel , pour en assurer l’effet , de le renouveler fréquemment , et d’aj)pliquer sur l’extrémité interne de la clavicule des compresses épaisses, que l’on assujettit avec plusieurs tours de bande. L’usage de ce bandage

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doit être continué jusqu’au, temps où l’on juge que les ligameiis qui ont été déchirés sont consolidés J ce qui n’a guère lieu avant le quarantième ouïe cinquantième jour. Mais comme il doit rester nécessairement de la dilïormité , il est bon d’en prévenir le malade , afin qu’il n’attribue pas par la suite au chirurgien , ce qui est l’effet inévitable de la maladie.

• D’après ce que nous avons dit sur la manière de réduire luxation en devant de l’extrémité interne de la clavicule , et sur les moyens propres à la contenir , il est facile de voir combien peu sont méthodiques le procédé de réduction , conseillé par la plupart des auteurs , et qui consiste à porter les épaules en arrière , le bandage en 8 de chiffre , destiné à les maintenir dans cette position , et toutes les inventions modernes fondées sur les mêmes principes. Tous ces moyens agissant exactement comme la cause luxante , ne peuvent que favoriser le déplacement, et sont absolument incapables de produire aucun effet avantageux. On ne conçoit pas ce qui a pu abuser Brasdor , qui dit avoir vu une luxation en devant de l’extrémité interne de la clavicule , dont on opérait la réduction , au moyen de son corset pour la fracture de cet os.

Article II .

JDes Luxations de L’ extrémité humérale de La clavicuLe,

En considérant la fréquence et la violence des impulsions auxquelles l’épaule est exposée ,

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l’étendue , la figure et la direction des surfaces par lesquelles la clavicule et l’omoplate s’articulent entr’elles , on est porté à croire que ces os doivent s’abandonner facilement et se luxer fréquemment. Cependant , l’observation apprend que les luxations de l’extréiriité externe de la clavicule sont trcs-rares ; ce qui vient , sans doute , du nombre et de la force des ligamens qui unissent cet os avec l’omoplate , et sur-tout, de ce que ces deux os se meuvent toujours ensemble et dans le même sens , soit que l’épaule s’élève , qu’elle s’abaisse^ qu’elle soit portée en devant ou en arrière.

La plupart des auteurs ont admis deux espèces de luxations de l’extrémité, externe de la clavicule , l’une en haut ou en dessus , et l'autre en bas ou en dessous. J. L. Petit dit que , quoiqu’il ait vu plus rarement la luxation en bas^, il lui semble qu’elle devrait arriver plus souvent que la luxation en haut. Il nous semble , au contraire , que l’obliquité des surfaces articulaires , et le point d’appui que la base de l’apophyse coracoïde présente à la clavicule , doivent rendre la luxation en bas extrêmement difficile, ou pour mieux dire , absolument impossible. En cela le raisonnement est parfaite^ ment d’accord avec l’expérience : un grand nombre de faits atteste la possibilité et l’existence de la luxation en haut , et l’on ne pourrait pas en citer un seul bien avéré, en preuve de la luxation en bas.

Dans presque tous les faits connus de luxation en haut de l’extrémité humérale de la clavicule , le déplacement a eu lieu à l’occasion d’une chute sur le moignon de l’épaule. Mais quel est le mécanisme de ce déplacement ? Voici

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celui qui nous paraît le plus probable. Lorsqu’un houiine tombe sur le moignon de l’épaule , le poids du corps pèse sur cette partie , et l’omoplate qui se trouve entre ce poids et la résistance du sol , est abaissée d’une manière violente et soudaine. Dans cet instant , si un instinct machinal détermine la contraction des muscles de l’épaule , l’action du tra])èze sera nulle pour l’omoplate retenue par le sol j mais elle s’exercera fortement sur la clavicule , que ce muscle entraînera en haut, avec d’autant plus d’énergie, «[ue le levier ([u’elle représente, a son j)oint d’appui du côté interne , et par conse(jueiit dans un lieu très-éloigné de l’endroit où agit la puissance. La luxation dont il s’agit est donc l’efFut de deux puissances , dont l’une agit sur l’omoplate et la pousse en bas, et l’ au tre sur la cia vicule qu’elle entraîne en haut. IVlais ces puissances ne peuvent produire le déplacement qu’au tant qu^elles agissent avec assez de force pour rompre les ligainens qui entourent l’articuladon , et même une partie de ceux qui unissent la clavicule à l’apophyse coracoïde. il faut aussi c[u’elles agissent simultanément J car si elles agissaient séparément, comme cette articula tion est très- serrée , et que les deux os qui la forment se meuvent toujours ensemble , le mouvement imprimé à l’un d’eux , se,r rait communiqué à l’autre, et ils ne pourraient se séparer.

Les parties molles qui couvrent l’articulation ont si [)eu d’épaisseur, qu’il est très-facile de connaître la luxation dont il s’agit : une saillie plus ou moins considérable , sensible à la vue et au toucher, formée par l’extrémité humérale de la clavicule qui dépasse le niveau de

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l’acromion j la facilité avec laquelle on fait disparaître cette saillie en tirant l’épaule en dehors et en poussant le bras en haut , pendant qu’on presse sur l’extrémité de la clavicule j tine douleur plus ou moins forte , qui est augmeiitée par tons les mouvemens du bras , et sur-tout par celui d’élévation qu’elle rend très- difficile j tels sont les signes qui caractérisent cette luxation. Le plus remarquable de tous est la saillie formée par l’extrémité humérale de la clavicule. Cependant il est bon de faire observer que cette saillie peut être Feffet d’une conformation particulière , ou le résultat d’un déj)lacernent que la clavicule aurait éprouvé anciennement, et qu’alors elle pourrait en imposer. Mais on évitera facilement toute méprise , en comparant les épaules, et en questionnant le malade; car si la saillie n’a lieu que d’un côté , et si l’on apprend du malade qu’il n’a jamais été exposé à l’action d’aucune cause capable de produire le déplacement de la clavicule , et que cette saillie n’avait point lieu avant la chute qu’il vient de faire , il ne restera aucun doute sur l’existence de la luxation.

Les signes qui caractérisent cette luxation sont si évidens , qu’il faudrait être bien peu attentif pour la méconnaître , et la prendre pour une autre maladie. Cependant J. L. Petit dit qu’elle fut prise un jour pour une fracture de la clavicule , et les auteurs les plus anciens attestent qn’elle a été prise souvent pour la luxation de l’humérus. Hipprocrate parle de cette méprise dans son traité jirtîcuLis. Il dit que plusieurs médecins de sa connaissance, assez liabiles gens d’ailleurs , sont tombés dans cette erreur , et qu’ils n’ont cessé de fatiguer louis

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malades, par des extensions inutiles , que lorsqu’ils ont désespéré du succès de leurs tentatives. Galien a été lui-même le sujet d’une pareille méprise (i), « J’ai expérimenté , dit-il , et 55 senti sur moi-même , que la clavicule luxée 55 peut se courber (ou se rapprocher de l’acro- 35 mion) : car , lorsque le bandage la compri- 35 mait fortement , elle descendait très-bas. J’ai 35 soutenu quarante jours la gêne de ce ban- 33 dage, mars aussi le rapprochement a été tel ,

35 que ceux qui ont vu les deux os séparés d’un 33 intervalle de trois doigts , sont ravis d’admi- 35 ration , et que ceux qui ne les ont pas vus 35 dans cet état , croient à peine qu’ils aient été 35 luxés. Il arriva cependant par l’effet de la 35 compression du bandage , que l’épaule et le 33 bras manquèrent de nourriture , et tombè- »5 rent presque dans un entier amaigrissement j 35 néanmoins je parvins en assez peu de temps , 3» au moyen d’un seul bandage , à leur rendre 33 l’embonpoint. L’enfance etVadolescence sont 35 plus favorables à la réunion de ces os , que 33 l’âge adulte j et j’avais trente-cinq ans quand 33 je me fis cette luxation , en m’exerçant à la 35 lutte. Je fus le seul de mon âge parmi ceux 33 qui éprouvèrent cet accident , qui guérit par- 33 faitement, parce que les autres ne voulurent 33 pas soutenir le degré de compression néces- 33 saire : moi-même j’éprouvais dans la partie 33 malade , un sentiment de froid qui obligeait 35 à l’arroser nuit et jour d’huile chaude. Comme 33 c’était dans la canicule , j’étais couché nu 33 sur un cuir , qui versait l’huile dans une 33 cruche placée au pied du lit , d’où on la

(i) In. lib, Hipp, 5 de Articulis comment. , i , IN.® 6a.

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s> transportait dans un pot , qui ne bougeait w d’auprès du feu , et on la reprenait pour la 35 verser de nouveau sur mon épaule. A peine 33 discontinuait- on un instant ces douches , j3 qu’aussitôt les muscles du couse distendaient» 33 et montraient évidemment que la moindre 33 négligence de la part de ceux qui in’arro- >3 saient aurait amené les convulsions... Il faut 33 pourtant avouer qu’il y avait quelque chose 33 d’extraordinaire dans ma luxation. Le maître 33 qui présidait aux exercices , considérant la 33 figure de la partie , crut que le bras était 33 luxé » et que la tête de l’humérus était sous 33 l’aisselle. 11 lit en conséquence des extensions 33 et des contre-extensions très-bien ménagées; y> mais moi , voyant que ses tentatives étaient 33 inutiles , je pensai qu’il avait péché dans la 33 conformation , et j’appelai d^autres person- 33 nés pour Faider à étendre l’humérus , tandis 33 qu’on tirait aussi dans le sens contraire. Pen - 33 dantque cela s’exécutait , moi-même je por- 33 tai tous mes doigts entre les côtes et la tête 33 de l’os que je croyais descendue , pour la sou- 33 lever et la porter dans sa cavité ; mais n’y 33 trouvant rien que de naturel , j’avertis ceux 33 qui tiraient avec le maître , qu’il n’y avait 33 pas de déplacement , et les priai de cesser 33 leurs efforts. Cependant ils les continuaient , 33 et je crois qu’ils m’auraient déchiré les mus- 33 clés, comme il est arrivé à d’autres , si une 33 personne de ma connaissance, survenant par 33 bonheur , ne leur eût assuré que ce n’était 33 pas par faiblesse que je les priais de cesser 33 leurs extensions. Echappé de leurs mains , et 33 certain que la clavicule était luxée , je me fis 33 arroser d’huile dans la palestre même, et j’y

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demeurai jusqu’à ce qu’on m’eût apporté les 35 clioses nécessaires à i’appareil et au panse- 33 ment. 3>

L’observation de Galien est moins remarquable par la méprise du maître de la palestre , qui n’était pas très-versé , sans doute, dans la connaissance des maladies des os , que par l’écartement énorme des pièces osseuses, et par la promptitude et l’exactitude de la guérison qui ne fut accompagnée d’aucune dilïbrmité. On conçoit difficilement, en effet, comment les os ont pu s’écarter de trois doigts : on sait que, dans cette luxation , la face inférieure de l’extrémité humérale de la clavicule est appuyée sur la face supérieure de l’acromion , et que la saillie qu’elle forme est toujours proportionnée à son épaisseur. Quant à laguérisort. , comment se persuader qu’elle a été parfaite au bout de quarante jours , et qu’il n’est resté absolument aucune trace de la maladie, lorsqu’il est démontré par l’expérience , que quelque attention qu’on apporte dans le traitement, il reste toujours une difformité plus ou moins grande. Ces considérations ne sont-elles pas propres à faire naître des doutes sur la nature de l’accident arrivé à Galien ? Quoi qu’il en soit, il est certain que la luxation en haut de l’extrémité externe de la clavicule a été prise souvent pour la luxation de l’humérus. Ce qui peut donner lieu à cette méprise , c’est la dépression que l’on remarque au-dessous de la saillie formée par l’extrémité de la clavicule , et qui peut être confondue avec celle qui a lieix au-dessous de l’acromion dans la luxation de l’humérus. Mais la moindre attention suffit pour faire distinguer ces deux cas j d’ailleurs , dans la lu xa-

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