‹ Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent [electronic resource] (volume 2)Chapitre 28 sur 53 · DES OS DE L*^AVANT-BRAS ENTRE EUX · texte numérisé non relu

DES OS DE L*^AVANT-BRAS ENTRE EUX

tension de l’avant-bras. Dans la partie inférieure des os de l’avant-bras , la cavité sigmoïde du radius , et la tète du cubitus qu’elle reçoit , sont très-propres à favoriser la rotation du premier de ces os autour du second : mais , d’une part , l’extrémité inférieure du cubitus , dans sa forme sphéroïde , est réduite à de trèrpetites dimensions , et, de l’autre, l’extrémité correspondante du radius a un volume considérable ; ce qui fait que , tandis que le côté interne du bout inférieur de ce dernier os décrit un arc de cercle d’un très-petit diamètre , le côté externe qui entraîne le côté radiai de la main , exécute une révolution fort grande et proportionnéeà l’étendue transversale du carpe . Le centre de ce mouvement , par lequel le radius décrit une portion de cercle , est à l’apo-^ physe styloïde du cubitus , dont la base sert tle point d’attache au sommet du fi bro -cartilage inter-articulaire , véritable modérateur du mouvement dont il s’agit. Il suit d^là que i’angie que le radius doit nécessairement former avec le cubitus , dans ce mouvement , est très-aigu ; que la déviation latérale qu’il rend nécessaire de la part du radius est très-bornée , et par conséf|uent que le mouvement lui-même est très-facile , puisque l’os ne s’écarte presque pas de la direction de son axe dans l’état naturel j condition bien essentielle , et sans laquelle les iigamens supérieihrs auraient été violentés et auraient résisté à la pronation.

Mais pendant cette dernière attitude, le bord radial de la main étant tourné en devant et en dedans, l’extrémité radiale du carpe est séparée de la petite tête de l’humérus par un plus grand intervalle , puisque la ligue qui se me-

s3S DES LUXATIONS

«ure entre ces deux points est oblique; par là, le radius se trouve plus court que cette ligne, et soH extrémité supérieure presse moins sur la petite 'tête de l’humérus. Au contraire, dans la supination , la main reprenant une attitude dans laquelle sa face palmaire répond en devant, la ligne qui se mesure entre le côté radial du carpq et la petite tête de l’humérus est directe et plus courte, le radius est véritablement pressé par ses deux extrémités , et l’emboîtement entre cet os et l’huraerus est plus exact. Si une violence tendait à porter ce mouvement plus loin , l’ellort serait supporté par les os , et presque pas par les ligamens.

Nous ne parlerons pas de la corde ligamenteuse de Weitbrecht, comme d’un moyen d’union propre à favoriser la pronation et à borner la supination : ce ligament est trop foible pour mériter une grande attention sous ee rapport. Mais on ne peut se dispenser de remarquer l’angle que forment avec le radius, les muscles fléchisseurs des doigts , bien plus xiuvert que celui des extenseurs, et de comparer la disposition avantageuse du rond , et sur-tout du carré pronateurs, à celle du court supinateur, le seul muscle qui puisse s’opposer avec quelque avantage à l’excès de la pronatioii.

Enfin , c’est dans la pronation que nous exécutons les mouvemens qui Exigent le plus de force de la part de nos mains , et c’est aussi dans ce sens, que Eavant-bras est le plus exposé à éprouver des efforts considérables. Aussi n’estce guère que par des violences exercées dans -le sens de la pronation, que les os de l’avantbras peuvent éprouver des déplacemens.

DES OS DE l’avant-bras ENTRE EUX.

Article premier.

Des Luxations de l* extrémité supérieure du

Radius.

On connaît maintenant un assez ^rand nombre d’exemples de la luxation en arrière de l’extrémité supérieure du radius : nous Tavons observée nous-mêmes deux fois 5 mais on ne connaît pas d’observation bien authentique de la luxation de l’extrémité supérieure de cet os en devant ; il est facile de conclure , de ce que nous avons dit ci-dessus , que cette différence doit venir de la résistance des ligamens et des muscles, et sur-tout de la disposition des surfaces articulaires. Le mouvement de supination forcée qui serait nécessaire pour cela , est empêché par la petite tête de l’humérus , qui presse fortement alors sur le radius. Nous doutons que cette luxation puisse avoir lieu sans une complication de fracture ; et nous verrons plus bas que , dans quelques circonstances , l’articulation inférieure des os de l’avantbras a cédé , plutôt que la partie antérieure de l’articulation supérieure. On ne peut donc point , dans l’état présent de nos connaissances , admettre une luxation de l’extrémité supérieure du radius en devant.

La luxation en arrière , la seule qui ait été observée , est plus fréquente et plus facile chez les enfans que chez les adultes et les vieillards. Dans les premiers , la structure de l’articulation présente quelques particularités qui favorisent le déplacement : les ligamens , en général , oïit beaucoup moins de consistance j il en est dé

DES luxations

même des iilires leiidiiienses des muscles extenseurs (jui J à route mure e[)oque de la vie , aiigiiieiitent siiiguilèri-ineut la résistance du ligament latéral externe de Particulatioii du coude > par conséquent du ligament annulaire j mais sur-tout , la petite cavité sigmoïde du cubitus est moins étendue , le ligament annulaire Ibrme une plus grande {lortion de cercle autour de la tête du radins j il est plus long , et par conséquent , plus disposé à s’étendre^ et même * à se rompre Pour les mômes raisons , on observe dans les enlaiis , tpie des efïbrts , insuHisaiis pour donner lieu immédiatement à la luxation , parviennent , lorstp’ils sont fréquemment répétés , à produire peu-à-peu un certain alongenient dans les ligainens , à altérer plus ou moins les rapports naturels des os , et qu’ils finissent même par opérer un déplacement aussi étendu que dar s la luxation soudaine et immédiate.

Enfin il survient quelquefois, particulièrement chez les sujets scro])lmleux , des dépLacemens plus ou moins étendus , produits par l’altération des surliices articulaires ; déplacemens (jui doivent êlre rangés parmi les luxations tlont nous traiterons à l’occasion des tumeurs appelét'S lymphatiques des articula- , lions, et dont nous n’avoiis fait mention ici 'que pour avertir qu’on ne doit pas s’en laisser imposer par ce })henomône , en cas d’accident externe survenu pendant le cours de la maladie.

La luxation eu arrière de l'extrémité supérieure du radius , ne j)eut être que, complète : l’extrémité supérieure de cet os peut s’être .portée plus ou moins ioin derrière la ^letite tête

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de rhimiénis ; mais il faut alj-olmnent que tctte dernière éminence cesse d’être contenue dans la dépression de la tête du ratlius , pour que celle-ci soit véiitablement luxée. D’un autre coté , le point de la tête du radius correspondant à la ])ctite cavité si/^moïde du cubD tus , ne peut être logé en partie dans cette dernière cavité J il faut de toute nécessité qu’il l’abandonne entièrement, pour ne pas y retomber et reprendre sa position naturelle. Ces deux articulations peuvent dont être comparées , sous ce rapport , avec les articulations orbiculaires , où les luxations incomplètes sont impossibles.

On pourrait croire d’abord que la luxation lente et graduelle que nous avons dit survenir chez les enfans , serait une exception à cette règle générale ; mais si l’on y fait attention , on verra (]ue la luxation ne se fait pas peu-à-peu , mais seulement qu'elle se juépare par le relâchement successif des ligamens j que chaque fois que l’os s^el oigne un peu de sa situation naturelle pendant un effort de pronation , il y rentre aussitôt que l’effort cesse , et que la luxation ne survient que lorsque l’effort est suffisant pour amener l’extrémité su])érieure du radius derrière la petite tête de riiumérus, et alors le déplacement s’opère pour ne plus disparaître de lui-même. On n’a point vérifié si, dans ce cas, le ligament annulaire est rompu , ou seulement alongé. Mais clans celui où la luxation est l’effet immédiat d’une violence extérieure , il est incontestable (jue ce li* gainent doit être rompu j la seule lenclance du déplacement à se reproduire au moindre mouvement y en est une preuve suffisante.

4« iC

On a des exemples de la luxation dont il s’agit, produite par une chute sur la main , surprise dans un état de pronation forcée. Des trois cas recueillis par Duverney , les deux premiers sont de cette espèce j mais la cause la plus Ifécjuente de cette luxation est un grand mouvement de

f>ronation , produit directement par une vioence extérieure.

Cette cause est très-familière chez les enfans que l’on conduit par la main dès qu’ils ])euverit faire quelques pas , et lorsque leurs mouvemens sont encore trop mal assurés pour ii’être pas exposés à des chutes fréquentes. Pour leur faire franchir un pas difficile , pour les élever sur les bras , dans les jeux par lesquels on les amuse, c’est toujours par la main qu’on les saisit , et , le plus souvent , en la portant brusquement dans le sens delà pronation. Aussi est-ce toujours là la cause de cette luxation chez eux, aussi bien que celle de ce relâchement successif des ligamens , qui finit par le déplacement permanent du radius.

Dans le moment où la luxation du radius en arrière a lieu , il survient une douleur vive que le malade rapporte à l’articulation j l’avantbras est fléchi , et la main demeure fixe dans la pronation la supination ne peut être opérée , ni par l’action, des muscles , ni par une force extérieure , et cha(jue effort tendant à produire cet effet , est accompagné d’une augmentation considérable de la douleur ; la main et les doigts sont tenus dans un état de flexion médiocre ; enfin, l’extrémité supérieure du radius forme une saillie manifeste derrière la petite tête de l’humérus. Dans un enfant de douze ans , fdrf maigre , sur lequel j’ai observé cette luxation,

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la tête du radius , en se portant en arrière , avait parcouru un si grand espace , et soulevé la peau avec tant de force , qac cette membrane portait des marques évidentes de la distension qu’elle avait éprouvée.

Dans les enfans chez lesquels des efforts répétés de pronation ont préparé la luxation , mais ne l’ont pas encore opérée , on s’aperçoit qu’elle est à craindre, en considérant le rciachement manifeste de l’articulation , la saillie plus considérable que forme la tête du radius, pendant (|ue l’on fait exécuter le mouvement de pronation , et sur-tout le léger engorgement douhmreux des parties molles qui entourent l’articulation. Dans ce cas, les enfaiis se refusent à l’examen , à raison des douleurs f^u’ou leur cause j ils poussent des cris aigus , soit qu^on leur fasse exécuter les mouvemens de pronation et de supination , soit qu’on leur fasse exécuter ceux d’extension et de flexion de l’avant-bras, mais sur-tout quand on presse l’articulation elle-même. Si on leur présenté du bonbon , ils le prennent avec la main du côté sain , et si on les force à le prendre avec celle du côté malade , et qu’ils veuillent le porter à leur bouche , ils fléchissent la main et ils inclinent la tête le plus qui leur est possible , en sorte qu’ils portent cette partie vers la main, plutôt qu’ils ne portent celle-ci vers la tête. Pendant le sommeil , s'il leur arrive de mouvoir l’avant-bras malade , ils se réveillent en jetant des cris. Cependant la luxation n’existe point encore , et on peut la prévenir en éloignant la cause qui a distendu les ligamens , en. entourant l’articulation avec des compresses et un bandage roulé , trempés dans une liqueur

résolutive , et eu soiilcnant le membre au' moyen d’une écliarpe. Mais si la cause continue d’agir , le ligament annulaire s’alonge de plus en plus , se rompt même ^ et la tête du radius abandonne entièrement la petite cavité sigmoïde du cubitus. Alors la luxation existe réellement , et on la reconnaît aux signes dont nous avons parlé plus haut.

Cette luxation n’est jamais accompagnée d’accidens graves ; mais lorsqu’elle n’est point, réduite , les mouvemens de pronation et de supination sont extrêmement gênés , et la main est beaucoup moins propre à remplir les fonctions pour lesquelles elle est destinée.

Pour procéder à la réduction de cette luxation , le malade sera assis sur une chaise 3 le membre sera soutenu à la hauteur convenable , par deux aides, dont l’un saisira la main, et l’autre la partie inférieure du bras. Le chirurgien, situé au côté externe du membre malade , placera les quatre derniers doigts de l’une de ses mains sur le pli du coude , et le pouce sur la partie postérieure de la tête du radius , déplacée et saillante, et il embrassera le poignet avec l’autre main. Les choses ainsi disposées, l’opérateur doit , de concert avec l’aide chargé de la main du malade, ramener l’avant -bras dans le sens de la su]iination et dans l’extension , tandis qu’avec le ])ouce placé sur la partie postérieure de ia tête du radius , il s’efforce de repousser cette éminence en devant sous la petite tête de l’humérus , et de la faire rentrer dans la petite cavité sigmoïde du cubi-u.--. La disparition subite Ce ia saillie que for an it la tête du radius , i,meh{uetois un bruit ma’ ’jeste qui accompagne ce phénomène , le retour de

DTS OS DK L’AV \^T RP. AS li.CTiAJ.' ÜTJX. 2^3

î’avarit-bras à la supination , la possibilité de l’étendre et de le llechir librement ^ sont des signes certains que la luxation est réduite.

Dès que la réduction est opérée, le malade recouvre la faculté d’exécuter les mouvemens de pronation et de supination ; les enfans se servent même volontiers de leur membre l’instant d’après, si l’on excite leur curiosité ou leur gourmandise. Mais c’est une imprudence de pousser jusques-là les preuves du succès que i’on a obtenu : il ne faut pas oublier que dans un mouvement de pronation , le déplacement peut d’autant plus facilement se reproduire , que le ligament annulaire est rompu ou fort alongé , etrpie les surfaces articulaires ont trèspeu d’étendue

Pour prévenir la récidive du déplacement , et laisser à la nature le temps de réparer dans le repos le désordre que l’articulation a souffert, il faut s’opposer au mouvement de pronation. Dans cette vue , après avoir placé l’avant- bras dans la flexion, et la main clans une légère supination , on entoure l’articulation avec des compresses longuettes cpie l’on soutient avec nn bandage roulé , médiocrement serré j ensuite on place le membre dans une écbarpe , et l’on met sur la partie antérieure de l’avantbras et de la main , un rouleau de linge ou un paillasson de balle d’avoine , afin de prévenir le mouvement de pronation qui pourrait renouveler le déplacement. Si les parties molles sont engorgées , tendues ou douloureuses , on einployera les cataplasmes cmolliens et anodiins , et aussitôt que l’engorgement sera dissipé, on aura recours aux résolutifs. Lorsque le radius a une tendance marcpuée à so déplacer de nou-

^46 DES LUXATIOXS

veau , comme je l’ai vu sur un enfant de sept aiis,<|ui s était fait la luxation dont il s’agit, en tombant d’une petite voiture traÎJiée par d’autres cnfans , on place une attelle de bois le long delà partie postérieure de cet os , et on l’assujettit avec quel([ues tours de bande.

Ayuès le vingtièiue ou le vingt-cinquième jour, temps au bout duquel ordinairement l’articulation est raffermie , il faut rendre au memljre sa liberté, en supprimant l’appareil , et travailler au rétablissement des mouvemens , en les faisant exercer avec la prudence convenable.

Dans le cas où l’on s’aperçoit , chez les enfans , que l’articulation a été relâchée , et qu’il y a du danger pour une luxation prochaine, après s’être assuré qu’il n’existe aucune probabilité de l’altération des surfaces articulaires , par un vice interne , on doit , comme nous l’avons dit plus haut , s’empresser de défendre expressément aux personnes chargées du soin de l’enfant, de ne jamais lui forcer l’avant-bras dans la pronation , en le tirant par la main ; interdire toute espèce d’efïbrt , et même de mouvement de la part du bras; faire assujettir, s’il le faut , le membre auprès du corps du petit malade, et calmer l’inflammation ou l’irritation s’il y en a , par l’usage des topiques érnolliens ; s’il n’y a pas d’engorgement inflammatoire , ou bien quand ifost dissipé , la suppression de la cause et le repos suffisent pour que la nature affermisse i’articulatioii relâchée.

DES Oâ DE l’ayant-bras ENTRE EUX. 247

Article II .

Des Luxations de V extrémité inféî'ieure du

Cubitus.

Nous désignons par ce nom les déplacemens que les auteurs ont nommés luxations de l’extrémité inférieure du radius. Quoujue dans la production de ces luxations , le radius exécute presque seul le mouvement duquel résulte le déplacement , comme cet os présente une excavation dans laquelle est reçue une éminence du cubitus en forme de tête , et que c’est la sortie de cette dernière qui constitue la maladie ; comme d’ailleurs cette même tête du cubitus forme une saillie manifeste sous les tégumens , et que ce phénomène de là maladie est le plus sensible , nous préférons une dénomination qui fixe l’attention sur le signe le plus frappant , et qui d’ailleurs est plus conforme aux préceptes généraux que nous avons établis.

Desault est le premier qui ait parlé de cette maladie , et qüi en ait constaté l’existence par l’observation. Depuis lui , les faits se sont multipliés , et cette espèce de déplacement , que l’Académie royale de Chirurgie traita de chimère , lorsque le premier exemple lui en fut communiqué, est aujourd’hui hors de contestation. Il existe de bonnes raisons fondées sur l’observation et sur l’inspection anatomique , pour admettre deux espèces de cette luxation f dans l’une , le cubitus s’échappe de la cavité sigmoïde du radius , en se portant en arrière j dans l’autre , c’est par la partie anté-

2,48 DES EUXATIONS

rieure de l’articula don , que s'opère le déplacement.

Les luxations de l’extrémité inférieure du cubitus sont beaucoup plus rares que celles de l'extrémité supérieure du radius : il est probable que la laxité de l’articulation inférieure, l’extrême facilité avec laquelle le poignet suit les mouvemens du radius , le peu de part f{ue le cubitus prend aux mouvemens de la main , et sur- tout la solidité et l’étendue du fibro-cartilage inter-articulaire et le mécanisme de sa résistance, sont les causes de cette différence.

La luxation de l’extrémité inférieure du cubitus en arrière est la plus fréquente ; celle en devant est assez rare , pour que nous n’en puissions citer qu’un exemple qui nous soit propre.

Parmi les cadavres qui furent apportés dans l’amphithéâtre de Desault , en 177^, ce célèbre professeur en trouva un , sur le compte duquel il ne put obtenir aucun renseigiieiuent , mais qid présentait un exemple évident de la luxation de l’extrémité inférieure du cubitus en devant. On remarqTKiit devant la partie inférieure de l’avant-bras une éminence dure , et une dépression du coté opposé. Cet état contre-nature fit disséquer la partie avec soin : la main était œdeinatiée ; les tendons des fléchisseurs poussés en dehors étalent adhérons entr’eux et avec la peau j une substance celluleuse remplissait la cavité sigmoïde du rayon , et tenait lieu du cartilage qui l’encroûte natur,elleraent ; le ligament inter-artictdaire , qui est entre le cubitus et l’os pyramidal, ne toi:chait presque plus à la tête du cubitus , et avait suivi le radius en arrière. La tête du cubitus , située au-devant de la cavité sigmoïde du rayon,

DES OS DE l’avant-bras ENTRE EUX.

reposait sur un os sésamoïde , auquel elle était attachée par un ligament capsulaire. Ce fait prouve, sans réplique, que la luxation de l’extrémité inférieure du cubitus en devant est possible, et que, pour qu’elle ait lieu , aussi bien que celle en arrière , il n’est pas nécessaire qu’il y ait en môme temps luxation du poignet sur le radius , comme (juelques praticiens l’ont prétendu j enfin , que cette luxation peut nuire, non-seulement aux mouvemens de la main , mais encore à ceux de l’avant-bras , et pour d’autres raisons que le changement des rapports des surfaces articulaires.

C’est toujours ]>ar un mouvement forcé de pronation ou de supination , déterminé par l’action immédiate d'’une violence extérieure aj)pliquée à l’avant-bras ou à la main , que l’une ou l’autre de ces luxations est produite. Desault a publié l’histoire d’une blanchisseuse qui eut une luxation de l’extrémité inférieure du cubitus en arrière , par la pronation violente et brusque , dans laquelle son poignet fut entraîné , par un drap qu’elle exprimait , en le tordant avec une autre personne. Nous donnerons , à la fin de cet article , l’histoire d’une femme qui éprouva une luxation du même os en devant , par un effort violent de supination dans lequel son avant-bras fut entraîné , par une personne qui la poussait hors d’un café. Lorsque les mouvemens de pronation et de supination sont forcés , le ligament capsulaire qui entoure l’articulation de >' la tête du cubitus avec la cavité sigmoïde du radius , est plus ou moins tendu , et exposé à se rompre j il est probable que la laxitc de ce ligament ne lui permettrait pas de faire une

s5o DES LUXATIONS

longue résistance , si le mouvement n’étaît horné par le ligament triangulaire qui va du radius au cubitus. Pour que la luxation ait lieu , il faut que ce ligament s’alonge assez pour passer derrière la tête du cubitus ; peutetre mêjne que , dans les sujets chez lesquels cette éminence est plus grosse qu’à l’ordinaire , le déplacement ne yiourrait s’efïéctuer sans la déchirure de ce même ligament. Au moins est- il presque certain que ce moyen d’union est celui qui oppose la plus grande résistance aux efforts qui tendent à opérer les déplacement. Il est très-probable aussi que les muscles pronateurs s’opj)osent efficacement à l’action de la cause , quand elle agit de manière à produire la luxation en devant.

Cependant il existe quelques faits qui prouvent que la luxation de l’extrémité inferieure cîu cubitus en arrière , peut avoir lieu à l’occasion d’une chute sur le poignet. Il faut convenir que cette cause est de nature à agir moins efficacement que celles que nous venons d’examiner ; il faut même admettre que , dans ce cas , quelque circonstance particulière dans la manière dont le poignet a supporté le poids du corps, a dû favoriser le déplacement.

. Les signes de ces deux espèces de luxations sont faciles à saisir. Dans la luxation en arrière , l’avant-bras et la main sont dans une pronation forcée, et les deux os, manifestement croisés, forment entr’eux un angle très-aigu; la partie inférieure de l’avant-bras est beaucoup plus étroite que dans l’état naturel ; l’avant- bras , la main et les doigts, sont maintenus dans un état de flexion iné-

DES O» DE l’avant-bras ENTRE EUX. x5l

diocre, mais fixe; les tendons des muscles fléchisseurs des doigts , rassemblés en un seul faisceau et comme entassés , sont déplacés en • dedans et f'ormetJt une saillie sensible sur le côté cvdntal du radius; l’extrémité inférieure de cet os semble former une saillie au-dessus du niveau du poignet , mais c’est une apparence fausse, qui provient du changement de -rapport du radius avec le cubitus; mais ce qui n’est point une illusion, et ce qui frappe 'au ])remier coup-d’œil , c’est la saillie manifeste que la partie inférieure du cubitus forme audessus du dos de la main. Dans la luxation en devant , on observe de même le croisement des os de l’avant-bras, la flexion de cette partie et celle des doigts , et l’étroitesse de la

f)artie inférieure du membre; l’avant-bras et a main sont fixés dans la supination ; la saillæ du cubitus se fait sentir en devant, et les tendons des muscles fléchisseurs sont repoussés en dehors ; la partie inférieure du cubitus , au lieu d’être parallèle à celle du radius , comme dans l’état naturel , est oblique du haut en bas, de dedans en dehors et de derrière en devant. Dans l’un et dans l’autre cas , il y a une douleur vive qui part de, l’articulation pour se répandre dans tout l’avant-bras, et

moindre effort pour ramei embre à

uiu'î position opposée à celle dans laquelle il se trouve.

On a vu par l’observation de Desault , ce que devient une luxation de cette espèce, lorsqu’elle est livrée à elle-même et qu’elle n’a été ni reconnue, ni réduite; il n’y a aticun changement favorable à espérer, et les mouvemens

on l’augmente beaucoup

fait le

(le pronatioii et de supination sont perdus sans retour, comme ceux de la main et des doigts restent plus ou moins gênés.

Pour opérer la réduction , il faut faire cesser la pression du cubitus sur le radius, avant d’agir dans le sens propre à ramener les parties dans leur état naturel. Potir cela , le malade étant assis, et le membre étant soutenu par deux aides , comme dans le cas de luxation de l’extrémité supérieure du radius , l’opérateur , situé au côté externe du membre , embrasse sa partie inférieure avec les deux mains , de manière que Tune soit placée du cc)té du cubitus, et l’autre vers le radius, que les deux pouces soient appuyés dans l’intervalle des deux os , du côté vers lequel le cubitus s’est porté en se déplaçant , et que les quatre derniers doigts soient rassemblés sur le point correspondant de la face opposée de l’avant-bras. Les choses ainsi disposées , l’opérateur fait un effort en sens contraire avec chacune de ses deux mains , comme pour éloigner les deux os l’un de l’autre ; et lorsqu’il s’aperçoit de quelques progrès , il ordonne à l’aide qui tient la main de la porter dans le sens de la supination , s’il s’agit de la luxation en arrière ; dans celui de la pronation , si c’est une luxation en devant , tandis que lui-même seconde ce mouvement, en poussant la tête du cubitus avec ses deux pouces, en sens inverse du mouvement qu’elle æ dû exécuter en se déplaçant. On ne réduit pas ces luxations avec autant de facilité que celle de l’extrémité supérieure du radius : on est obligé souvent de réitérer les tentatives.

Le rétablissement des mouvemens naturels de

DES OS DE I.’aVaNT-BRAS ENTRE EUX. 253

Tavant-hras et de la main , la disparition de la difformité, la diminution de la douleur et le Lruit que l’on entend au moment où. les rapports naturels des os se rétablissent, prouvent que la réduction est laite.

La tendance du cubitus à se déplacer de nouveau, si elle est marquée, nécessite les précautions que nous avons indiquées, en parlant de la luxation de l’extrémité supérieure du radius. Les os seront donc maintenus par <les compresses épaisses, par un bandage roulé, et s’il le faut, par une attelle placée le long du cubitus, et qui doit s’étendre jusques sur la main.

Nous terminerons cet article par l’histoire que nous avons promise , d’un cas de luxa*tion de l’extrémité inférieure du cubitus en devant , que noüs avons eu occasion d’observer.

En 1791 , une femme d’une constitution assez forte , quoique maigre , étant prise de vin , regardait deux personnes qui jouaient aux da^ mes, dans un calé, rue du Four Saint-Germain. Elle veut donner des avis aux joueurs , qui l’invitent à se taire : elle n’en tient aucun compte , et continue ses propos. L’un des joueurs , homme fort et vigoureux , impatienté , se lève , la saisit violemment par la main droite , et veut la pousser hors de la salle. Dans ce mouvement , la main et l’avantbras furent portés brusquement dans la supination. Aussitôt la femme éprouve une douleur des plus aiguës , et s’écrie qu’on lui brise le poignet. La clouleur , la difformité et l’impossibilité d’exécuter les mou vemens ordinaires, font craindre qu’elle ne soit gravement blés-

a54 DES LUXATIONS

sée. Je fus appelé sur-le-champ. La malade se plaignait d’une douleur très-vive , l’avant-bras était fléchi , et la main fixée dans une forte supination j le moindre effort dans le sens de la pronation causait les douleurs les plus aiguës , la tête du cubitus formait une saillie très-sensible antérieurement j ce dernier os , loin d’être parallèle au radius , formait avec lui un angle très-aigu et croisait sa direction , en se portant en bas , en devant et en dehors. Tous ces symptômes ne me laissèrent aucun doute sur la luxation en devant de l’extrémité inférieure du cubitus. Je la réduisis par le procédé indiqué ci-dessus j mais ce ne fut qu’à la quatrième tentative que j’en vins à bout. J’entourai la partie dejcorapresses trempées dan§ de l’eau-de-vie affaiblie , et je les maintins par quelques tours de bande. Le lendemain ayant levé cet appareil, et m’étant aperçu que l’os avait dé la tendance à se déplacer de nouveau , je garnis les faces dorsale et palmaire de l’avant - bras , de compresses longuettes épaisses, que j’assujettis par un bandage roulé. J’ejitietins ce nouvel appareil pendant quinze jours, au bout desquels je pus le supprimer et ]jerinetlre à la malade de faire usage de son membie, mais avec ménagement. La guérison fut complète.

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