‹ Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent [electronic resource] (volume 2)Chapitre 29 sur 53 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Des Luxations des Os de lu Main,

rs ou s traiterons dans ce Chapitre, i.° des Rixations de la main Ou du poignet ; 2.® de celles des os du carpe '5 3.° de celles des os da • métacarpe j 4*° eniiii de celles des doigts.

Article p r e jm i e ii.

Des Luxations du Poignet,

Les trois premiers os du carpe forment une convexité ohloiigue transversalement , inclinée eu arrière , et qui s’emboîte dans une cavité, creusée sur l’extrémité inférieure du radius. Quoique le euhitus paraisse contribuer à former cette cavité, il n’y a par lui-même aucune part , mais la face inférieure de la substanç.a ligamento-cartilagineuse , qui se porte transversalement du radius au cubitus, en se })laçant entre ce dernier et l’os pyramidal du carpe , forme la partie interne de cette cavité.

Cette articulation est affermie par une capsule , par deux ligamens latéraux , jjar deux bandes ligamenteuses, une antérieui-e et l’autre postérieure , et par les tendons des muscles destinés aux mouvemens de la main et des doigts. Ces tendons , rassemblés en faisceau sur les faces dorsale et palmaire de l’articulation, doivent opposer une grande résistance aux puis-

sances qui tendent à changer le rapport naturel des os qui la l’orinent 3 aussi reinarque-t-on que la main se luxe rarement , quoiqu’elle soit Irécjuemriient exposee à soutenir des efforts considérables.

Cependant des efforts violens peuvent surmonter la résistance des tendons et des ligamens , et produire la luxation de la main. Cette luxation peut avoir heu dans quatre sensdifférensj savoir , en arrière, en devant , en dedans et en dehors. Les luxations en arrière et en devant sont beaucoup plus fréquentes que les luxations en dedans et en dehors ; non -seulement parce que les surfaces articulaires ont beaucoiqi plus d’étendue transversalement que de devant en arrière, et que l’apophyse styloïde du radius et celle du cubitus peuvent s’opposer jusqu’à un certain point aux déplaceinens latéraux; mais encore parce que les efforts auxquels la main est exposée , tendent à la renverser dans le sens de la flexion ou de l’extension, et rarement dans celui de l’adduction ou de l’abduction. Par les memes raisons , les luxations en dedans et en dehors sont toujours inconqdèles , tandis que les luxations en arrière et en devant sont presque toujours complètes : je dis pT’esque toujours , car il arrive quelquelois que la convexité articulaire du carpe ne sort qu’en partie de la cavité du radius , et qu’alors la luxation en arrière , ou en devant est incomplète , comme je l’ai vu plusieurs fols.

Dans toutes ces luxations, les ligamens corrcspoiidans au côté vers lequel le déplacement a lieu , doivent nécessairement être rompus, et les tendons plus ou moins distendus suivant

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réteiiclue du déplacement : sans cette rupture les jiièces osseuses ne mamjueraiont pas de reprendre spontanément leur place naturelle , par la seule inclinaison des surfaces articulaires, et snr-tüut par l’élasticité des tendons, notamment dans la luxation en devant, qui est la plus fréquente.

Une chute sur la paume, ou sur le dos de la main , ou bien sur le côté radial ou cubital de la même partie , un effort exercé immédiatement et d’une manière inopinée sur cette partie du membre sjqiérieur , dans le sens de là flexion , de l’extension , de l’abduction ou de l’adduction , sont les causes ordinaires de la luxation.

Quel que soit le sens dans lequel la luxation a lieu, les mouvemens de la main ne peuvent plus s’exécuter j les mouvemens de rotation '•du radius sont impossibles , par les deplacemens qu’ils impriment à la mam , et que la luxation de cette dernière rend très-douloi reux. Mais chaque espèce de luxatiou présente en outre des phénomènes particuliers propres à la faire reconnaître, i.® Dans la luxation en devant , la main est fixée dans une extension proportionnée au degré du déplacement j les doigts sont plus ou moins fléchis j le carpe fait une saillie remarquable à la partie antérieure de l’articulation ; on reman[ue en arrière audessous de l’extrémité inferieure du raiiius , 'une dépression d’autant plus étroite , et ressemblant d’autant mieux à un pli transversal, que la main est plus renversée en arrière les tendons des muscles fléchisseurs sont dans une tension considérable et maiiiféste. 2.^ Dans la luxation en arrière, la main est fixée dans in 4. 17

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ilexiüD j les doigts sont étendus, ou peuvent l’elre sans elïbrt j le car])e lait une saillie à la partie postérieure de l’articulation j on reinar- ([ue une dépression ou une sorte de pli transversal au-dessous de l’extrémité inférieure de l’avant-bras et du côté de la face ])almaire ; les tendons des muscles extenseurs sont tendus et soulevés. 3." Dans la luxation du carpe en dehors , la main est fortement inclinée vers le côté cubital de l’avant-bras , et fixée dans l’adduction ; le côté externe du carpe est saillant au-dessous de l’extrémité inférieure du radius. 4.*^ Dans la luxation en dedans, la main est fortement inclinée sur le pouce , et le côté interne du carpe forme une saillie au-dessous de l’extrémité inférieure du cubitus.

En général, les luxations du poignet sont irès-fâcheuses , à cause du déchirement des ligamens , de la distension des tendons, et des autres parties molles qui environnent l’articulation j d’où résultent presque inévitablement une douleur extraordinaire , le gonflement , l’inflammation , des é[)anchemens de matière glaireuse on synoviale dans les gaines des tendons, et (pielquelois même des abcès. D’ailleurs , la cure de ces luxations est toujours fort longue : il reste souvent une gêne considérable dans les mouveniens , et quelquefois même une aubylose. On ne sera point surpris des accidens fâcheux qui accompagnent ces luxations , si l’on l’ait attention à la violence de l’effort nécessaire pour rompre les ligamens qui affermissent l’ariiculation , et pour surmonter la résistance des tendons qui la recouvrent et la fortifient. On conçoit que la gravité de la maladie doit augmenter eu raison de l’étendue du dé-

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sordre que les parties molles ont éprouvé, de la mauvaise disposition du blessé , et de la manière peu méthodique dont il aura été traité. Alors il survient quelquefois un gonflement inflammatoire énorme dont on ne peut arrêter les progrès , et qui se termine par la gangrène ", ou par une suppuration excessive qui conduit à la nécessité de l’amputation ; ou , si l’on peut conserver le membre sans compromettre la vie du malade, les os s’altèrent, la carie entretient long-temps des fistules, la main se soude avec l’a van t- bras, et ses mou vemens sont entièrement abolis. Cependant toutes les luxations du poignet avec déchirement considérable des ligamens et des autres parties molles , ne sont pas accompagnées d’accidens aussi graves. M. Tliomassin (i) nous a conservé l’histoire d’un enfant de six ans qui s’était luxé complètement le poignet de la main gauche en tombant de cheval. L’extrémité inférieure du radius avait percé les tégumens à la face interne du poignet , entre l’artère radiale et la masse formée par la réunion des tendons des muscles fléchisseurs du. poignet et des doigts , et débordait de la longueur d’un travers de doigt ; le cubitus était demeuré sous les muscles , et s’avançait jusques sous l’os crochu. Une luxation aussi grave eut une issue heureuse; l’enfant dut sa guérison aux soins éclairés de M. Thomassin ; et , ce qu’il y a de très-remarquable , c’est (|u’il pouvait exécuter les mouvemens du poignet avec autant de liberté qu’avant sa blessure. La seule difformité qui lui resta fut un gonflement

(i) Jouroal de ^lédeciue , tonje AXXIX.

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assez apparent de l’os , mais qui ne gênait en rien les moiivemens.

Les luxations du poignet se réduisent avec assez de l’acilité , lorsqu’elles sont incomplètes J mais lors([u’elles sont conqjlètes , et surtout lorsqu’il est survenu un gonflement inflammatoire très-grand , leur réduction est difficile et souvent même impossible. Dans ce cas , il y aurait même beaucoup d’inconvéniens à l’entreprendre ; des tentatives de réduction faites imprudemment ne manqueraient pas d’aggraver la maladie , en ajoutant à l’irritatio)i qui existe déjà. On doit donc alors combattre l’engorgement inflammatoire , par les moyens anti-phlogistiques les plus puissans ^ et lorsqu’il est dissipé , ou considérablement diminué , on procède à la réduction si elle est encore possible.

Pour opérer la réduction de ces luxations , on s’y prend de la manière suivante. Le malade étant assis , un aide fort et vigoureux embrasse la ])artie supérieure de l’avant - bras avec ses deux mains j un autre aide encore plus fort et plus intelligent embrasse le métacarpe le plus j)rès du carpe qu’il est possible. Ils tirent d’abord avec douceur, puis en augmentant les forces |>ar degrés jusqu’à ce que l’extension soit suffisante. La réduction s’opère quelquefois par cette seule manœuvre; mais le plussouvent il est nécessaire de faire des mouvemens pour la faciliter. Dans ce cas , aussitôt que le cliirurgieii s’aperçoit que le poignet cède à l’extension , et qu’il s’éloigne de l’avant- bras , il pousse avec ses deux mains la convexité du carpe’ du côté opposé à la luxation ; en même temps il re- ' commande à l’aide chargé de faiie l’extension ,

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d’imprimer à la main un mouvement en sens contraire de celui qui a eu lieu pendant le déplacement.

Lorsque la luxation est réduite, ce que l’on connaît à la bonne conrormation de la partie , et à la facilité des inouvemens de la main , on entoure l’articulation avec des compresses longuettes, trempées dans une liqueur résolutive et on les assujettit avec un bandage roulé médiocrement serré. Cet appareil simj)le suffit

f)our contenir les luxations latéralc's; mais dans es luxations en devant et en arrière , le carpe conserve ordinairement une tendance si grande à se déplacer de nouveau , que l’on est obligé y. pour le contenir, de placer sur deux ccanipresses longuettes , deux attelles de bois , l’une antérieurement , l’autre jiostérieurement , comme dans la fracture de l’avant-bras, et de les assujettir avec une bande roulée. Hippocrate, à qui cette tendance du carpe à se déplacer de nouveau n’a point échappé , et qui recommande l’usage des attelles , veut qu’elles s’étendent jusqu’aux doigts j qu’on lève plus souvent l’appareil qu’aux fractures , et qu’on y fasse de plus fréquentes fomentations. Nous avons eu occasion plusieurs fois de nous convaincre de l’excellence de ce précepte, et notamment sur un jeune hommede dix-huit à vingt ans qui s’était luxé le poignet en arrière, en tombant sur le dos de la main : les os du carpe avaient une telle disposition à sortir de la cavité du radius, qu’il fallut exercer une compression assez forte pour les retenir dans leur place naturelle.

Il n’y a peut-être point de luxations dans lesquelles les moyens généraux et particuliers propres à prévenir lesaccidens y soient plus néces-

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