‹ Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent [electronic resource] (volume 2)Chapitre 4 sur 53 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

■ Des Luxations en sénéral.

On entend par luxation , un changement permanent et plus ou moins étendu dans les rapports naturels des surfaces articulaires des os , survenu à l’occasion de quelque violence extérieure , ou par l’effet de quelque altération organique. Nous émettrons dans ce chapitre des considérations communes à toutes les luxations , et applicables à chacune en particulier : ainsi nous examinerons d’abord sous un point de vue général , les différences ^ les causes , les effets , les signes , le pronostic et le traitement des luxations.

' Les connaissances anatomiques sont d’une grande importance pour l’étude des maladies chirurgicales ; mais on peut dire que de toutes les branches de la chirurgie , celle qui a pour objet les luxations , est celle où les lumières fournies par l’anatomie sont le plus indispensables : il est impossible de faire un pas et de concevoir la première idée sur la manière xi’agir des causes de déplacement , sur le sens •dans lequel une luxation a lieu , sur les signes qui la caractérisent, et sur les indications curatives qu’elle présente , sans connaître , de la manière la plus positive , la structure des parties , et'sur-tout les dispositions et les rapports des surfaces articulaires, le nombre, la force et La situation des ligamens , la disposition et des rapports des muscles qui entourent Tarticu*

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lation luxée , et même les vaisseaux et les nerfs qui l’avoisinent.

Article premier.

Des dijférences des Luxations.

Les luxations présentent eiitr’elles un grand nombre de différences; on peut les rapporter à cinq chefs principaux ; i.° à l’espèce d’articulation luxée ; 2.® au sens dans lequel le déplacement a lieu ; 3.® à l’étendue de ce même déplacement ; 4*° ^.u temps qui s’est écoulé depuis que la maladie existe ; 5.® et aux circonstances accidentelles qui raccompagnent. Nous allons examiner successivement ces différences.

1.® Quelque solides que soient les moyens par lesquels la nature a assujetti les pièces osseuses qui composent le squelette humain , l’imagination conçoit la possibilité de l’altération de leur continuité par une force suffisante, et par conséquent le changement de rapport dans les surfaces articulaires. Mais si l’on réflécliit attentivement à la prodigieuse variété des surfaces par lesquelles les os s’articulent entr’eux ; si l’on considère que l’étendue et le nombre des mouvemens dont jouissent les diverses parties d’un membre , ou chacun des os qui le composent , sont en raison inverse du ♦nombre de ces mêmes os et de leur grandeur ; si l’on réfléchit qu’à mesure que les os se multiplient dans un membre , les surfaces par lesquelles ils s’articulent entr’eux deviennent plus étendues , plus compliquées ,, et les moyena -il’union plus nombreux et plus intimes , ^on

ENGÉNÉRAL, IJ

yerra qu’il en est dont le déplacement est absolument impossible, et d’au res dont les rapports art’culaires ne peuvent être altérés que très-difficilement, et par des forces énormes, bien plus proj)res à les fracturer (ju’à les déplacer.'L’observation apprend, en effet, que les luxations sont absolumeiu impossibles dans la plus grande partie de l’étemlue de la colonne vertébrale , dont les pièces sont articulées au moyen de surfaces étendues , nombreuses , variées dans leur forme et dans leur direction , et assujetties par des moyens d’union nombreux , puissans , élastiques , et ne permettant que très-peu de mouvement. L’observation f'rouve également (|ne des efforts énormes suffisent à peine pour altérer la solidité des articulations des os du bassin , genre de lésion dans lacjuelle, à moins de fracture simultanée, les os peuvent être plus ou moins désunis, mais non luxés, et bien mieux désignée par la dénomination de diduction que par celle de luxat'on. On peut donc dire , sans craindre d’être démenti par l’expérience , que les luxations sont impossibles dans les articulations à surfaces continues.

Dans les articulations à surfaces contiguës , l’étendue et la variété des mouvemens donnent la mesure de la facilité des déplacemens ; ainsi dans les os courts du car|)e et sur - tout du tarse , dans l’extrémité carpienne ou tarsienne des os du métacarpe ou du métatarse , où des surfaces planes , étendues , sont réunies par des ligamens nombreux et forts , et dont (juel(juesùns sont inter-articulaires j dans ces articulations , dis-je , désignées sous le nom d’a;throdies , qui tiennent de la nature de celles à

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surfaces continues , et qui ne permettent que des mouveiiiens obscurs , les luxations sont très-rares, et ne peuvent être produites que

Î)ar des efforts considérables. Dans les articuations ginglyrnoïdes , où les surfaces sont étendues et les mouvemens Ijornés à deux sens alternatifs , quoique bien marqués , les luxations sont moins difficiles que dans les précédentes ; mais elles sont assez rares , et les surfaces articulaires , altérées seulement dans leurs rapports naturels , sont rarement déplacées au point d’avoir perdu tout contact entr’elles. Mais dans les articulations orbiculaires , qui jouissent de la plus grande étendue et de la plus grande liberté possibles de mouvemens , les déplacemens sont très-fréquens. Il est cependant encore , dans ces dernières articulations , des nuances qui font varier la fréquence respective de leurs déplacemens : ainsi , ils sont assez rares dans celle de la cuisse avec le bassin , où une tête sphérique est reçue dans une cavité de même forme , profonde et proportionnée , entourée d’uii bourrelet fibro-cartilagineux élevé , élastique , assujettie par un ligament inter-articulaire court et puissant , enveloppée d’une capsule fibreuse , épaisse p consistante. Dans l’articulation du grand os du carpe avec le scaphoide et le semi -lunaire , où une tête sphéroïde , reçue dans une cavité analogue , est assujettie par des ligainens trèspuissans , sur-tout vers la paume de la main j dans l’articulation de l’astragale avec le scaphoïde , où , quoiqu’on trouve une tête assez étendue reçue dans une cavité superficielle , les parties sont assujetties par des ligarnens extrêmement forts et par des muscles nom-

breux , sur-tout vers la plante du pied où la. plus grand solidité était nécessaire , les luxations sont extrêmement rares. Mais dans l’articulation du bras avec l’épaule , où une portion de sphère régulière et assez étendue est pour ainsi dire, appuyée seulement sur une excavation superficielle et disproportionnée, où les surfaces , entourées d’une capsule mince et lâche , jouissent de la plus grande latitude possible de mouvemens , et ne sont , pour ainsi dire, liées ensemble que par les muscles voisins , lesluxations sont extrêmement fréquentes. Cette articulation en fournit à elle seule un plus grand nombre d’exemples que toutes les autres ensemble.

2.° Dans les articulations connues sous le nom d’arthrodies , où les mouvemens sont peu étendus et bornés à un léger glissement , les déplacemens ne peuvent guère avoir lieu que dans le sens même des mouvemens possibles dans l’ordre naturel : ainsi , dans les os du carpe et du tarse , le déplacement ne peut guère se faire que de la face palmaire , ou de la face plantaire vers le dos de la main ou du pied. Il y a cependant quelques exceptions , dont la raison n’est pas facile à comprendre ; ainsi on a vu l’astragale retourné complètement sur lui-même , autour de son axe antéropostérieur.

Dans les articulations ginglymoïdes , la luxation ne peut avoir lieu que vers les extrémités de deux diamètres , dont l’un serait parallèle au sens des mouvemens possibles dans l’ordre naturel , et l’autre croiserait le premier à angle droit : ainsi , dans l’articulation du genou , la

n E,S LUXATIONS

luxation peut avoir lieu en avant , en arrière, en dedans et en dehors.

On croirait au premier aspect , que la tète d’un os articulé par énarthrose peut s’échapper par autant de points que l’on peut supposer de rayons à la cavité qui la renfénne mais la consistance differente des divers points de la capsule , quelques éminences osseuses placées dans les environs de l’articulation , la distribution des muscles qui l’entourent , rinclinaisoii des surfaces sur lesquelles l’os luxé vient s’appuyer , l’étendue plus bornée de certains mouvemens , sont autant de raisons qui limitent le nombre des points par lesquels la tête de l’os peut s’échapper de la cavité dans latjuelle elle .est contenue , et par conséquent les divers sens selon lesquels les luxations peuvent avoir lieu. Ainsi Ton n’a jusqu’à présent bien constaté par .l’observation, que (juatre espèces de luxations de la cuisse (i) j on ne connaît guère encore bien évidemment que deux espèces de luxations du bras , le tronc s’opposant le plus souvent à un mouvement assez étendu du bras en devant , pour(|uela tête de l’humérus puisse s’échapper par la partie externe de la cavité glénoïcle ,

■ (i) Quand nous traiterons des luxations qui intéressent

cette articulation , nous atnons occasion de remarquer que quelques faits sembleraient propres ù faire croire qu’il existe un plus grand nombre d^espèces de ces luxations ^ mais nous observerons aussi que l’erreur vient de ce que l’on n’a pas assez considéré les déplacemens consécutifs dont les os déjà luxés sont susceptibles. Du reste , le nombre des espèces atixquelles sont réduites les luxations du fémur, tient peut-être plus au sens des.niouveinens principaux du membre , qu’à toute autre chose.

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