B ES OS DE LA MAIN
Article IV.
Des Luxations des Doigts.
La première phalange de chaque doigt s’articule par arthrodie avec la tôle de l’os du métacarpe correspondant. Cette articulation est environnée par une capsule , et alTenuic sur les côtés par des ligamens latéraux : le tendon du muscle extenseur la forlilie en arrière, ceux des fléchisseurs en avant, et ceux des interosseux et des lombricaux sur les côtés. L’articulation de la première phalange du pouce est de plus fortifiée par les muscles court abducteur , opposant , court fléchisseur et adducteur de ce doigt. Celle du petit doigt est fortifiée aussi par le muscle court fléchisseur et par l’abducteur. L’articulation des premières phalanges permet des mouvemens de flexion , d’extension , d’abduction, d’adduction, et meme de légers mouvemens circulaires. La flexion est beaucoup plus étendue que l’extension. La première phalange du petit doigt se fléchit beaucoup plus que celle des autres doigts. Lq. flexion de celle du pouce est extrêmement bornée.
La première phalange de tous les doigts est susceptible de se luxer; mais celle du pouce se luxe plus fréquemment que celle des autres doigts; sans doute parce que ce doigt est beaucoup plus exposé que les autres à l’action des causes capables de produire le déplacenient. Les premières phalanges peuvent se luxer en arrière, en devant et sur les côtés. La disposition de la tête des os du métacarpe rend la
luxation en devant, sinon absolument impossible, au moins extrêmement difficile. En eflet, cette éminence se prolonge tellement en avants (]ue la première phalange peut exécuter un gnuid mouvement de flexion , sans que la cavité articulaire de sa base cesse d’être en contact avec cette même éminence. Cette disposition est si marquée dans le quatrième os du ijiétacarpe, et sur-tout dans le cimjuième, (jue la flexion du doigt annulaire et du petit doigt est arrêtée par la résistance de la paume de la main , avant qu’elle soit portée au ])olnt nécessaire pour que la luxation ait lieu , en sorte que cette luxation est absolument impossible. Dans les trois autres os du métacarpe , et particulièrement dans le premier , la tête se prolongeant moins en avant , la flexion de la première phalange est moins grande ; et si ce moument est porté à un très- haut degré , par une violence extérieure , la luxation en devant pourra avoir lieu ; mais on conçoit aisément combien cette luxation doit être rare et difficile.
Le point d’appui que les doigts se prêtent mutuellement , et la fon:e des llgamens latéraux , rendent les luxations latérales en dehors ou en dedans , extrêmement dllïiciles , pour no pas dire absolument impossibles.
La luxation en arrière est la plus facile et celle qu’on observe le plus communément. Elle peut arriver à tous les doigts; mais le pouce est celui où elle a lieu le plu.s ordinairement. Dans certains sujets la première phalange de ce doigt a une telle disposition à se luxer en arrière, qu’ils peuvent à volonté , par la seule contraction des muscles , produire cette luxation et la
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réduire ensuite. Nous avons eu occasion d'exa muter le pouce de plusieurs personnes nu etamnt dans ce cas, et il nous serait dillicilè de dire s. cette disposition de sa première uha lange a se déplacer en arrière , tenait au relâchement des ligameus , ou à une conformation particulière des surfaces articulaires
ndepend imment d’aucune disposition particulière favorable à son déplacement , la nrl miere phalange du pouce se luxe en arrière lorsque ce doigt est forcé dans l’extension na^une violence extérieure ; alors la base de cette phalange glisse de devant en arrière sur la tête du premier os du métacarpe, et passe derrière cette éminence en déchirant le ligament capsulaire et distendant les tendons des muscles extenseurs : les hgamens latéraux éprouvent un changement de direction ; mais ils se prêtent 3.11 cl6pl3CGin0Dt S3ns SG clGcliirGr,
Les signes de cette luxation sont si évidens qu il est presque impossible de la méconnaître : la première phalange est renversée du côté de extension , au point de former un angle ores que droit avec le premier os du mètacmpe , la tete de cet os forme une tumeur remarq^uâble a la partie anterieure de l’articulation ; la der mère phalange est fléchie par le tiraillement du tendon du muscle long fléchisseur , et il est impossib e de 1 étendre , comme aussi de fléchir la prcmiGre.
Cette luxation est très-fhcile à réduire lors quelle est récente ; mais elle devient promptement irréductible quand elle est méconnue et abandonnée à elle-même. J'ai tenté inutilement de la réduire au bout de dix jours, sur un nerruquier ne Saint-Cloud qui fut reçu à l’IiônitaJ
de la Charité. Desault nous racontait dans^ses leçons , qu’étant encore jeune et à peine initié dans la ])ratiqtie de la chirurgie , il avait vu un épicier de la place Maubert qui s’était luxé la première phalange du pouce en arriéré , dans une chute sur la main : l’accident existai^ depuis douze ou quinze jours, lorsque Desault lut consulté. Ce chirurgien , devenu si célèbre depuis, n’ayant pas ]:>u réduire cette luxation par le procédé ordinaire , proposa d’inciser 'derrière l’extrémité de la phalange , et d’introduire un levier à la faveur de cette incision , dans le dessein de ]X)usser la phalange avec force, en la culbutant, en (juelque sorte , pour a conduire dans sa ]>lace naturelle. Le malade effrayé de cette proposition , ne voulut ]>oint se soumettre à l’opération , et resta avec sa luxation. La difficulté de la réduction vint sans doute du peu de prise que le pouce fournit à la puissance contre-extensive, et de la résistance que lui opposent les muscles très-forts qui environnent l’articulation.
La réduction de cette luxation s’opère de la manière suivante : un aide retient la main en agissant sur la partie inférieure de Tavaiit-bras qu’il embrasse avec ses deux mains ; un autre aide vigoureux saisit le pouce et fait l’extension ; lorsque le chirurgien s’aperçoit que la phalange luxée cède et obéit à la puissance extensive ,’ il presse avec ses deux pouces sur la base de la phalange, et la pousse en devant et en bas, pendant que l’aide qui fait l’extension porte cette phalange du côté de la flexiüîi. Quand la réduction est difïiçile , on ]dace un laq sur le pouce , afin de donner plus de prise à la puissance extensive , et de pou-
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voir la proportionner à la résistance des muscles , en faisant agir plusieurs aides sur le iaq.
Lorsque la luxation est réduite , ou entoure rarticulatioii avec des compresses longuettes imbibées d'une liqueur résolutive , et dont les extrémités se croisent en arrière ; ensuite on fait un bandage en manière de spica, avec une bande roulee , et on soutient la main avec une écharpe. S’il survient du gonflement et de la douleur , on aura recours aux cataplasmes émolliens , et lorsque ces accidens seront dissipés , on reprendra l’usage des'résolutif's.
La luxation en devant et les luxations latérales en dehors ou en dedans de la première phalange des doigts , sont très-difficiles et par conséquent très-rares , comme nous l’avons dit plus haut. Si çes luxations avaient lieu, il serait si aisé de les connaître, de les réduire et de les maintenir réduites , que nous croyons pouvoir nous dispenser d’entrer dans aucun, détail à ce sujet.
L’articulation ginglymoïde de la seconde et de la troisième phalangesdes doigts, est entourée par une capsule très-mince , et fortifiée sur lès côtés , par deux ligamens latéraux , en arrière , par le tendon du muscle extenseur , et en devant par ceux des fléchisseurs. Ces phalanges, dont les mouvomens sont bornés à la flexion et à l’extension , peuvent se luxer en arrière, en devant et sur les cotés. La luxation en arrière est la plus facile et la plus commune: les luxations sur les côtés sont très-difficiles ^ à raison de la force des ligarAéns latéraux , et de la grande étendue transversale des surfaces articulaires : la luxation en devant paraît impossible dans les secondes phalanges , à cause
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de la direction des condyles de l’extréraité inferieure des premières phalanges y lesquels sont tellement prolongés en devant , que la flexion de la seconde phalange ne peut jamais être portée assez loin pour que cette phalange cesse d’être en rapport avec la première. Beaucoup moins prolongés en devant , les condyles de la seconde phalange ne permettent pas à la troisième une flexion aussi grande , et la luxation en devant de celle-ci n’est pas absolument impossible.
Il n’y a rien de particulier à dire sur les causes des luxations de la seconde et de la troisième phalanges , telles que les chutes , les coups , les efforts , enfin les contorsions que les doigts pris ou engagés entre des corps solides peuvent éprouver.
L’articulation de ces phalanges n’étant recouverte que par la ]Deau et les tendons des muscles fléchisseurs et extenseurs , leurs luxations sont très-faciles à connaîire. Dans la luxation en arrière , la seule que nous ayons eu occasion d’observer , la phalange luxée est renversée du côté de l’extension , et forme avec celle qui lui est supérieure , un angle plus ou moins ouvert. Lorsque c’est la seconde phalange qui est luxee , la troisième est fléchie par l’alongement du tendon du muscle fléchisseur profond, et il est impossible de l’étendre, comme aussi de fléchir la seconde.
. -Cette luxation est très-facile à réduire lorsqu’elle est récente : mais si elle était ancienne , il est probable que la réduction en serait difficile, et peut-être même impossible. Pour o| érer cette reducti-)!! , la main étant fixée par un aide qui etnbrasse le poignet , le chiruraien
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saisit la phalange luxée , la tire fortement à lui , et lorsqu'il remarque qu’elle cède et se dégage y il la ramène à sa rectitude naturelle , en. l’inclinant du côté de la flexion. Si l’on ne réussit pas de cette manière , un aide saisira le doigt ! pour faire l’extension ; en même temps le chirurgien agira avec ses pouces sur la base de la phal ange mxée et la poussera en devant, tandis que l’aide qui fait l’extension inclinera la. phalange vers la flexion. Quand la luxation est réduite , on la contient en entourant le doigt avec des compresses longuettes trempées dans une liqueur résolutive , et que ron soutient avec un bandage roulé.
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