‹ Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent [electronic resource] (volume 2)Chapitre 37 sur 53 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Des Luxatioris du Tibia et du Péroné.

■La grande étendue des surfaces au moyen desquelles le tibia et le fémur s’articulent entr’eux , le nombre et la force des ligainens qui unissent ces os , donnent à rartlculalioii du genou une solidité très-grande , qui est encore •augmentée par les tendons nombreux et trèsforts qui l’environnent. Malgré la solidité de cet appareil articulaire^ le tibia est susceptible •de se déplacer j et de même que tous les os dont l’articulation est un ginglyme angulaire, il peut se luxer dans quatre sens dilFérens j savoir, en arrière , en devant , en dedans et en dehors. Ces luxations peuvent être complètes ou incomplètes. Les premières sont extrêmement rares, parce que la surface des condyles du fémur est d’une si grande étendue , que pour que le tibia l’abandonnât entièrement , il faudrait que les ligamens , les tendons , et toutes les autres parties molles fussent énormément déchirés , ce qui ne pourrait arriver qu’autant que la puissance qui produit la luxation , agirait uvec une force extrême 3 circonstance qui a lieu très-rarement.

• La disposition des condyles du fémur est telle , que , dans le plus grand mouvement de flexion de la jambe , les cavités articulaires de l’extrémité .supérieure du tibia ne cessent d’être en rapport avec eux. Cette circonstance jointe à la résistance du ligament de la rotule ,

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de cet os lui-même , et du tendon des muscles extenseurs de la Jamije , rend la luxation dii tibia en arrière , sinon impossible , au moins exlrêinement ditïicile; et dans le cas où cette luxation aurait lieu , elle serait toujours incomplète : une luxation complète dans ce sens , nous paraît absolument imjiossible. Cependant Heister dit avoir réduit une luxation complète de cet os en arrière , à un homme gras et robuste ; il est à regretter que ce praticien ne soit pas entré dans assez de details à ce sujet; il dit seulement (ju’il n’est résulté de cette luxation d’autre accident qu’une tumeur, et de ladoideur dans le genou, (jui persisièrent pendant quelfjues semaines et se dissipèrent par Fusage de foTnentationsetd’epithèrnesrésolutiis ; le malade guérit radicalement. Mais si cetie luxation par une violence extérieure paraît peu probable , il n’en est y)as de même du déplacement dans ce seTJS , par l’action d’une cause interne qui agirait d’une manière lente et graduée. On voit quelquefois, dans les tumeurs blanches ou lym- ])ha tiques du genou , la rétraction des muscles fléchisseurs de la jarnl)e , jointe à la déformation des condyles du fémur, donner lieu à ce déplacement , mais il doit être alors considéré , moins comme une luxation que comme nue circonstance particulière d’une maladie extrêmement grave, et qui nécessite presque toujours l’amputation de la cuisse.

La luxation en devant est la plus difficile de toutes. Pour qu’elle arrivât , il faudrait que les ligamens latéraux , les ligamens croisés , et le ligament oblique ou postérieur, qui tous sont disposés de manière à empêcher la trop grande extension de 1^ jambe , fussent déchirés ,'et quç

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les muscles jumeaux , le poplité , et les tendons des extenseurs de la jambe , éprouvassent en iiiêine temps un alongeinent excessif, et peutêtre meme une rupture partielle.

Les luxations latérales en dedans et en dehors sont plus faciles et plus fréquentes que les autres ; mais elles sont presque toujours incom-^ plètes , à raison de la grande étendue qu’offrent transversalement les surfaces articulaires , étendue qui ne permettrait pas au tibia d’abandonner en tièrement les condyles du fémur sans la rupture des ligameiis croisés et des latéraux , lesquels ont une force qui les met dans le cas de résister à de grands efforts sans se déchirer. Dans les luxations latérales complètes , les surfaces articulaires du tibia cessent d’être en rapport avec les condyles du fémur , et le premier de ces os dépasse entièrement le second en dedans ou en dehors , suivant le côté du déplacement. Dans les incomplètes , au contraire, le déplacement a lieu à des degrés différens : tantôt l’une ou l’autre des cavités articulaires du tibia ne dépasse le condyle correspondant du fémur que de quelques lignes, et le tubercule qui sépare ces deux cavités se trouve encore logé dans l’intervalle des deux condyles : tantôt l’une de ces cavités abandonne le condyle correspondant , tandis q ue l’autre se porte au-dessous de ce condyle , qui est dépassé pat le tubercule qui sépare les deux cavités du tibia. Par exemple , dans la luxation en dedans , la cavité externe du tibia se trouve au-dessouâ du condyle interne du fémur j et dans la luxation en dehors , la cavité interne du premier de ces 03 se trouve au •• dessous du condyle externe du dernier.

De quelque côté que le tibia se luxe , il entraîne toujours la rotule, qui éprouve ainsi un déplacement plus ou moins considérable , suivant le degré de déplacement du tibia.

Pour qu’une violence extérieure produise une luxation quelconque du tibia, il faut qu’elle agisse en poussant cet os dans un sens , pendant que le fémur est retenu , ou (ju’il est poussé dans un sens contraire. La 402.^ ol)servation de Lamotte nous offre i’exem[)le d’une luxation complète du tibia en dehors, qui eut lieu suivant le premier mécanisme* « Un manœuvre fut accablé sous un monceau de terre qui lui tomba sur le corps et le couvrit depuis les épaules jusqu’aux pieds , mais beaucoup plus depuis la ceinture jusqu’en bas , que depuis la ceinture en haut , et plus sur la cuisse et la jambe du côté gauche , que sur celles du côté droit , étant couché sur le dos , les jambes et les cuisses écartées. La cuisse et la jambe du côté droit s’étant heureusement trouvées sur un terrain plein et uni , ne souffrirent qu’une forte contusion , tandis que le terrain s’étant trouvé plus élevé jusqu’à l’extremité de la cuisse gauche, d’environ trois à quatre pouces , la jambe porta à faux , et la pesanteur du fardeau , plus considérable dans cette partie qu’en tout le reste du corps , donna lieu à la luxation du tibia. » Nous avons vu une luxation incomplète en dedans, qui eut lieu suivant le second mode , c’est-à-dire , que le fémur, au lieu d’être retenu, fut entraîné en sens contraire. L’homme qui en fut le sujet, faisait tourner la roue d’une grue , en mettant alternativement les pieds sur les chevilles dont un des côtés de cette ï-one est garni. Le pied droit lui ayant

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