DU TIBIA ET DU PÉRONÉ
glissé , la jambe se trouva engagée entre deux chevilles et fut portée en dedans par le mouvement rétrograde de la roue, tandis que le poids du corps entraîna la cuisse en sens contraire.
Le diagnostic des luxations du tibia est des plus iaciles. La difformité du genou eslt si grande et si apparente , qu’elle sufïit seule pour faire reconnaître la maladie ; mais cette difformité, ainsi que les autres phénomène^ de la luxation , offre des différences suivant son espèce.
Dans celle en arrière, la jambe est fléchie à angle très-aigu, et ne peut pas être étendue; les condyles du fémur ,*et la rotule fortement appliquée dans leur intervalle , forment une tumeur arrondie qui termine la cuisse , et au-' dessous de laquelle on remarque un enfoncement on l’on peut sentir le ligament de la rotule alongé et tendu : le creux du jarret est rempli par l’extrémité supérieure du tibia qui forme une tumeur remarquable à la partie inférieure et postérieure de la cuisse.
La luxation en devant ne pouvant avoir lieu sans un délabrement énorme des ligamens , et des autres parties molles qui entourent l’articulation , on conçoit que les signes de son existence seront particulièrement une grande mobilité de l’articulation et le changement des rapports du tibia avec le fémur ; circonstances qui rendent très-facile le diagnostic de cette espèce.
Les luxations latérales en dedans et en dehors se reconnaissent aux slgiïes suivans : dans celle en dedans , l’extrémité supérieure du tibia forme une tumeur au-dessous de la tubérbsité' du condyle interne du fémur, et l’on remarque 4. ;24
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un enfoncement sous le condyle externe du même os. Le contraire a lieu dans la luxation incomplète en dehors. Lorsque le tibia est luxé complètement en dedans ou en dehors , les signes de la maladie sont encore plus sensibles j dans ce dernier cas , la difformité du genou est si grande , que la seule inspection de la partie suffit pour faire reconnaître la luxation , lors même qu’il est survenu un gonflement considérable. Dans les luxations incomplètes, la rotule n’éprouve presque aucun déplacement; son axe vertical est seulement oblique de dehors en dedans et de haut en bas , dans la luxation en dedans , et de dedans «n dehors et de haut en bas , dans la luxation en dehors. Mais dans celles qui sont complètes , la rotule est ellemême luxée, de manière que dans l?i luxation en dehors , sa cavité articulaire interne est placée devant le condyle externe du fémur , tandis que sa cavité articulaire externe est audelà de ce condyle et sans appui ; il en est de môme , mais en sens inverse , dans la luxation complète en dedans.
Presque tous les auteurs s’accordent à dire que les luxations du tibia sont très-dangereuses; que celles qui sont complètes doivent presque toujours conduire à la nécessité d’amputer^ la cuisse ; et que la chance la plus heureuse , lorsqu’on n’est pas réduit à cette extrémité , c’est que le malade guérisse avec une ankylosé, laquelle même arrive souvent dans les luxations incomplètes. On conçoit aisément les raisons d’un prognostic aussi fâcheux , lorsqu’on réfléchit sur la solidité de l’articulation , et sur la violence de l’effort nécessaire pour opérer le déplacement du tibia ; cette
nu TIBIA ET DU PÉRONÉ. ’ijt'
Violence doit être telle ^ qu’il serait peut-être’ plus exact de dire que ralïectioii qui en résulte est plutôt un déchirement de l’articulation , qu’ une luxation. On a cependant des ëxemples de luxations du tibia , même complètes , dont la terminaison a été heureuse. Le malade qui' fait le sujet de l’observation de Lamotte , dont nous venons de parler, n’éprouva aucun accident et fut en état , au bout de cinq semaines , de reprendre son travail ordinaire. Celui auquel Heister dit avoir réduit une luxation complète en arrière , guérit radicalement aussi. Dans la luxation incomplète en dedans , que nous avons eu occasion d’observer, le malade fut en état de marcher et de travailler au bout de trois semaines. ‘
La réduction des luxations du tibia présente rarement des difficultés. Pour l’opérer, de quelque côté que cet os soit luxé , on s’y prend de la manière suivante t un aide embrasse la partie inférieure de la jambe avec ses deux mains pour faire l’extension j un autre saisit la partie inférieure de la cuisse pour faire la contre-extension l’extension doit être faite suivant la direction que le déplacement a imprimée à la jambe : loisqu’elle est suffisante, le chirurgien, qui doit être situé aü côté externé dù membre , opère la réduction en embrassant les condylés' du fémur d’une main, l’extrémité supérieure du tibia de l’autre, et en les poussant en sens contraire. En rentrant dans sa situation naturelle, le tibia entraîne la rotule qui se trouve' replacée en même ternps. On reconnaît que la luxation est réduite au bruit qui se fait enten-' dre au moment où les os reprennent leurs rapports naturels, à la bonne conformation du
nou, et à la possibilité de fléchir et d’étendrô la jambe.
Pour maintenir la luxation réduite et en prévenir la récidive , on entoure le genou avec des compresses imbibées d’une liqueur résolutive, que l’on assujettit avec un bandage roulé médiocrement serré, ce qui suffit pour contenir l’articulation dont les os ont peu de tendance au déplacement , à cause de l’étendue des surfaces articulaires ; mais si cette tendance avait lieu , comme je l’ai vu une fois dans la luxation, incomplète en dedans, il faudrait employer des attelles et des paillassons de balle d’avoine comme dans la fracture de la cuisse, et exercer même une compression convenable sur l’extrémité supérieure du tibia du côté de la luxation.
Un objet essentiel dans le traitement des luxations du tibia , c’est de prévenir les acci dens, et de les combattre lorsqu’ils sont survenus. Les saignées répétées, une diète sévère, les boissons délayantes et rafraîchissantes, sont les moyens généraux qui conviennent pour prévenir l’inflammation de l’articulation , et pour la combattre lorsqu’elle existe. Les applications locales dans les premiers moniens , doivent * consister en résolutifs et en répercussifs , qui diminueront l’alïluence des humeurs , et préviendront ou du moins modéreront l’engorgement inflammatoire j et en. cataplasmes émoiliens’, lors(jue cet engorgement est prononcé. , Si rinflammation est médiocre , elle se termine ordinairement par résolution j lorsqu’elle est intense, elle peut être suivie de la suppuration, et même de la gangrène. Dans le cas de suppuration , on doit pratiquer de bonne heure les incisions nécessaires pour prévenir le croupis-