DU PIED
il est prouvé par des observations beaucoup plus nombreuses , que des luxations latérales du pied, qui , à cause du délabrement énorme des parties molles , de la fracture du péroné, ou du tibia , ou bien encore de la sortie d’une portion osseuse à travers la peau , semblaient devoir produire les accidens les plus graves et faire périr les malades, ont eu une terminaison heureuse. Il est donc évident qu’ici, en suivant les préceptes donnés par J. L. Petit ^ on amputerait souvent, sans nécessité , un membre dont la conservation' est encore possible. '
Les luxations latérales du pied , compliquées de celle de l’astragale sur le calcanéum et le scaphoïde, et de la sortie du premier de ces os par une plaie des tégumens , sembleraient devoir produire les accidens les plus formidables et conduire à la nécessité de l’amputation j cependant oii connaît un assez grafid noinbre d’exemples de ces luxations , dans lesquelles on a enlevé l’astragale , et dont les malades sont guéris. Il semble même , comme nous le’ dirons par la suite , que l’extraction de cet os soit une circonstance propre à prévenir l’engorgemerit inflammatoire , ou à le diminuer lorsqu’il est déjà survenu.
Les luxations latérales du pied doivent être réduites le plus promptement possible , sans, quoi il survient un gonflement inflammatoire qui rend ler.r réduction douloureuse et difficile. Pour opérer cette réduction , on fait coucher le malade, un aide embrasse la partie inférieure de la jambe £fvec ses deux mains pour faire la contre- extension j un autre aide, vigou-i reux et intelligent, saisit le pied avec ses deux mains pour faire l’extension. Au défaut d^uù
aide siirriiitelligeiice diKjuel on puisse compter, le chirurgien s’emparera lui-même du pied pour faire l’extension ; les aides étant disposés comme il vient d’être dit , il leur ordonne d’agir j celui qui est chargé de la contre-extension doit la faire suivant la direction même de la jambe, tandis que celui qui fait l’extension agira d’abord sur le pied suivant la direction que le déplacement lui a donnée , et ensuite lorsqu’il s’apercevra que les ligamens et les tendons cèdent , il lui imprimera un mouvement en sens contraire de celui qui a eu lieu pendant le déplacement. Cette manœuvre suffit ordinairement pour opérer la réduction j si elle était insuffisante , le chirurgien seconderait les efforts de l’aide qui est cliargé de l’extension , en, agissant différemment selon l’espèce de luxa-: tion. Si le pied- est luxé en dehors , le chirurgien embrasse le bas de la jambe près des malléoles , avec une main , le pouce étant situé audessus de la malléole externe , et dans le même temps qu’il pousse le bas du nieiribre en dedans, il tourne la plante du pied en dehors. II. se conduit d’une manière opposée pour la luxation en dedans.
Quand la luxation est réduite , . on entoure l’articulation avec des compresses longuettes , imbibées d’une lûpieur résolutive , que l’on soutient au moyen d’une bande roulée, disposée circulairement autour de l’articulation et en 8 de chiffre , en passant alternativement la bande de dessus le pied sous la plante , et de la plante, sur le pied , jusqu a ce qu’elle soit toute employée -, on place ensuite des paillassons de balle d’avoine et des attelles dè bois sur les côtés du membre, et on los fixe avêc des liefis , çQinme
clans la fracture de la jambe , afin de maintenir le pied dans sa rectitude naturelle.
Dans toutes les luxations latérales du pied , même les plus simples , on doit craindre le développement de i’iidiammation , et l’on doit s’attacher à la prévenir. Dans cette vue, on pratupie des saignées plus ou moins répétées , suivant l’âge et les forces du malade j on prescrit une diete sévère , des boissons délayantes et raifaîchissantes. S’il ne survient ni douleur, ni engorgement , on continue l’usage des fbinen talions résolutives; on renouvelle l’appareil tous les cinq ou six jours; et aussitôt que l’état des parties le permet , on commence à faire exécuter de légers mouvemens au pied pour prévenir la roicleur de l’articulation. S’il survient du gonflement et de la douleur, on insiste sur les saignées; on applique des sangsues autour de l’articulation , et l’on substitue les cataplasmes émolliens et anodins aux fomentations résolutives , pour revenir à ces dernières lorsque l’engorgement est dissipé. On ne doit permettre au malade de se lever et de marcher que quand les ligamens distendus , ou déchirés , sont consolidés ou rafïèrmis , ce qui n’a lieu > ordinairement , qu’au bout d’un mois ou six semaines. Nous pourrions rapporter ici , à l’appui de ces assertions , plusieurs observations de luxations latérales du pied où la marche de la maladie a eu Heu comme nous venons de le dire; mais les détails de ces laits, en alongcant ce chapitre , n’apprendraient que ce qui est à la connaissance de tous les praticiens.
Lorsque ces luxations sont compliquées de la diastasedes os de la jambe , on doit exercer sur l’extrémité inlérieure de ces os une corti-
pression assez Ibrte pour les tenir pressés contre l’autre, et la continuer pendant tout le temps nécessaire à la consolidation des li£|,ainens déchirés.
Les luxations latérales du pied compliquéevS de la fracture de l’extrémité inférieure du péroné , méritent une attention toute particulière. Lorsque la fracture est méconnue , soit faute de recherches suffisantes pour la reconnaître , ou parce que l’engorgejnent inflaiiimatolre qui est survenu a empêcué de la découvrir , si on réduit la luxation sans maintenir ensuite le pied sur les côtés , il s’ensuit qu’abandonné à lui-même, et l’astragale n’étant plus retenu par la malléole externe , le pied est entraîné en dehors par ractioii des muscles ; la luxation se reproduit insensiblement j et si l'on s’aperçoit trop tard de ce déplacement consécutif, il devient impossible d’y remédier, et le malade reste estropié. On conçoit , en effet , que dans cet état du pied , la ligne de direction du poids du corps ne tombant plus perpendiculairement sur la face supérieure de l’astragale , et cet os n’étant plus retenu solidement en dehors par la malléole externe , comme nous venons de le dire, le malade ne peut marcher qu’avec la plus grande difficulté et en faisant usage d’im moyen mécanique propre à soutenir le pied sur les côtés. La déviation lente et graduelle de l’astragale, dans le cas dont nous ])arlons, est accompagnée quekpiefois d’un autre accident très-grave ; je veux dire , de l’inflammation , de l’ulcération et même de la mortification de la peau , dans l’endroit oii elle est soulevée et tendue ]>ar la tumeur que la poulie articulaire de l’astragale forme au-dessous de la malléole
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interne. Si l’ulcération péuèlre jusqu’à l’arliculation , l’action de l’air sur les surfaces articulaires et sur la iiieinhrane synoviale, peut donner lieu à des accluens qui entraînent la perte du membre , ou même celle du sujet.
Pour prévenir les accidens qui peuvent résulter de la complication do la luxation du pied avec la fracture de rextrémité inférieure du péroné , on se conduira de la manière suivante : après avoir réduit lu luxatioji , on maintiendra le ])ied dans sa rectitude naturelle , en disposant sur les côtés du membre deux attelles , dont l’externe s’étendra au-delà de la plante du pied , tandis que l’interne ne dépassera pas la malléole : on donnera au remplissaoe , dans l’endroit qui correspond au bord externe du pied, une épaisseur telle que la com])ression de l’attelle soit plus forte dans cet cndroit-là que partout ailleurs. On peut, pour concourir au même but , se servir d’une bandelette dont on pose le milieu sur le bord exierne du pied , et dont les extrémités , conduites l’une sur le dos et l’autre sous la plante de cette ]>artie , sont fixées ensemble avec des épingles sur la partie interne de l’appareil. Si le gonflement inflammatoire s’opposait d’abord à l’emploi de ces moyens , et qu’il durât assez de temps pour faire craindre qu’après sa disparition , le péroné fût fixé dans une mauvaise position , ce qui le rendrait par la suite incapable de servir de borne et d’appui à l’astragale , il faudrait en
Ïmévenir les parens du malade , ou le malade ui-même , afin qu’on n’imputat pas au chirurgien , ce qui dépendrait de la nature même de la maladie.
Si les luxations dont nous traitons sont coin-
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pli(juées de la rupture de la pluj>art des lîgalueiis , de celle des tendons et de la peau , de la sortie de l’astragale , ou de l’extrémite inférieure du tihia par une plaie des téc,urnens , on doit examiner si le désordre est tel que l’amputation du mendore soit la seule ressource pour sauver la vie du malade , ou si l’on peut , sans com])romettre l’existence du sujet, tenter la conservation du memijre : ce cas est un de ceux où les plus grandes lumières , jointes à une expérience -consommée , suffisent à peine pour décider le -parti le plus convenable qu’il y ait à prendre. Lorsqu’après avoir mûrement examiné et pesé toutes les circonstances de la maladie , le chirurgien juge que la perte du membre est inévitable et que l’amputation est le seul moyen de conserver le malade , il doit la prati([uer surle-cliamp. Si l’on différait l’opération, le développement des accidens la rendrait presque toujours inutile , et le malade y succomberait. Voici les règles à suivre dans le cas où l’on juge la consservation du membre possible.
Lorsque l’astragale est sorti par la plaie des tégumens , et qu’il est comme étranglé par l’ouverture qui lui donne passage , de façon qu’il est impossible de le replacer , on doit agrandir l’ouverture par une incision , et lui donner une étendue suffisante pour rendre facile le replacement de l’os. On doit tenir la meme coiulvdte lorsque c’est l'extrémité inférieure du tibia qui se montre au dehors j et que l’ouverture des tégumens n’est pas assez grande j)our lui perniettre de rentrer dans sa place naturelle.
Lors(jue la luxation du pied est accompagnée di^ celle de l’astragale sur le calcanéum et le sca-