‹ Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent [electronic resource] (volume 2)Chapitre 43 sur 53 · DU PIED · texte numérisé non relu

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phôïtle ; que le premier de ces os s’est échappé presque totalement par une plaie large des.tégumens j et que les liganiens qui l’unissent aux; deux autres sont tellement déchirés, qu’il no tient plus que par quehpies faisceaux ligamenteux , le parti le plus sage est de faire l^sxtraction de cet os, en coupant avec le Instouri ou des ciseaux, les portions ligamenteuses par les-

3uelles il tient encore. Dans ce cas , l’astragale oit être considéré , en quelque sorte , comme un corps étranger , qui ne pourrait plus reprendre sa place , encore moins se réunir avec les autres parties du pied, et dont la présence serait une source d’accidens graves. Le moyen le plus siir de prévenir ces accidens , ou de les faire disparaître lorsqu’ils se sont déclarés, c’est d’ern- . porter cet os. Après l’ablation de l’astragale , le tibia se rapproche du calcanéum ; les parties molles qui environnent l’articulation éprouvent un relâchement qui appaise les douleurs et la tension inflammatoire. Le vide énorme qui résulte do cette extraction diminue protnptenient j les surfaces articulaires du tibia , du péroné et du calcanéum se couvrent bientôt de bourgeons charnus qui se réunissent ; les os de la jambe se soudent avec le calcanéum , et le malade guérit à la faveur de cotte soudure. A la vérité , les mouvemens du pied sont abolis , et le membre perd une partie de sa longueur, égale à la hauteur de l’astragale ; mais ces inconvéiiiens sont légers en comparaison des accidens sans nombre auxquels on exposerait le malad»^ en voulant conserver cet os.

Les avantages de l’extraction de l’astragale , dans le cas dont il est question , sont mis hors de doute par un grand nombre d’observa-

3pO DES LUXATIONS

lions. Fabrice rie Flildan (i) rapporte qu’un ministre ayant sauté d’une chaussée de trois pieds de haut , l’astragale fut totalement dé- })lacé , avec plaie extérieure j comme il ne tenait que ])ar (juekjues libres , le chirurgien l’enleva , et mit en usage tous les moyens propres à combattre les accidens , ce qu’il lit avec un tel succès , que le maladie guérit et put marcher sans bâton ; ce qui n’eut lieu pourtant qu’à la longue, et avec de grandes difficultés. M. Aubray (a) , alors chirurgien en 'chef en. survivance de i’Hôtel-Dieu de Caen , nous a conservé l’exemple d’une luxation du pied , avec fracture de l’astragale, dans laquelle ^ au neuvième jour de l’accident , après avoir fait sur les malléoles deg scarilica lions profondes et l’extraction de quelques esquilles du péroné , il fut fort étonné d’apercevoir l’astragale hors de sa ])lace , présentant sa poulie et faisant un angle droit avec le tibia : il se décida sur-lechamj) à débrider largement , avec toutes les ]mccautions qu’exigeait le voisinage des parties essentielles (jui entourent l’articulation , et isola , pour ainsi dire, cet os qui lui parut alors fracturé dans le milieu de l’apophyse antérieure <]ui l’anlt au scaphoïde. Ce débridement fut suivi d’une diminution notable des accidens. Jâeux jours après , M. Aubray enleva l’astragale en détruisant les adhérences capsulaires et ligamenteuses (|ui le retenaient encore. Le jour • sui vaut , la fièvre et l’engorgement diminuèrent considérablement j quelques fusées purulentes ,

{ I ) Cent. 2 , X)hs. 67. •

(aj Journal de Médecine, tome XXXVI , p. 35 1.

auxquelles on donna Jour par autant de contreouvertures , furent les seuls accidens qui traversèrent la cure qui fut complète au bout de trois mois, moyennant l’ankylose du 'pied j ce qui n’empêcha pas le malade de pouvoir marcher avec aisance et sans appui.

Nous avons entendu dire à Ferrand , chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu de Paris, qu’il avait fait avec succès l’extraction de l’astragale , à la suite d’une luxation du pied , compliquée de la sortie de cet os par une plaie de la peau , sur un officier invalide qui , après sa guérison , portait cet os dans sa poche , et le montrait comme une preuve de la gravité tle sa blessure.

Le célèbre Desault a pratiqué trois fois cette extirpation avec succès dans des cas semblables. L’un de ses trois malades (c’était une femme âgée d’environ 5o ans) mourut néanmoins, deux .mois après l’accident , des suites d’une fièvre d’hôpitâ-l. Chargé par Desault de faire la dissection du membre , je remarquai que le tibia était déjà soudé presqu’entièrement avec le calcanéum , et il n’y avait pas de doute que le sujet n’eût guéri à la faveur d’une ankylosé , s’il n’eût succombé à une maladie étrangère. Le même praticien avait vu réussir l’extraction de l’astragale dans la pratique d’autres chirurgiens.

On lit dans la Médecine éclairée par les Sciences physiques , etc. par Fourcroy (j) , une observation sur la luxation complète de l’astragale , et sur son extraction, par M. Laumo-

(\ ) Tome II , page 6o.

nier, chirurgien en chef’ du grand Hôpital de Rouen. Cette observation , dont nous allons donner l’extrait , avait été communiquée à la Société hoyale de Médecine.

Le 5 août 1790 , le nommé André Houdan fut renversé de derrière un carosse par une secousse violente; la jambe droite s’étant engagée entre les rais, la roue, en tournant, tordit rartlculation du ]>ied et luxa l’astragale en le séparant du tibia , du péroné , du scaphoïde et du calcanéum ; quinze jours après cet aeeident , et après plusieurs tentatives de réduction , le malade fut amené à l’hôpital de Rouen : M. Laumonicr trouva la face scaphdidienne tle l’astragale tournée du côté interne du pied , et sortant au-dessous de la malléole , entre les tendons du jainbier postérieur et du long fléchisseur , (pji avaient été déchirés en partie , et qui étaient en état de mortification. 11 s’écoidait un pus séreux et fétide de la plaie; la partie de l’astragale découverte était noire; la jambe et le pied étaient très- gonflés ; le malade pâle , un peu bou'ïi , était attaqué de fièvre lente. L’astragale ayant paru à M. Laumonier être un corps tout à-fait étranger, dont il convenait de faire l’extraction , elle fut faite le quatrième jour de l’entrée du malade à l’hôpital , et bientôt suivie d'une amélioration sensible. Ce|)endant le huitième jour j il y eut un dépôt qui s’étendait sur la malléole externe, le dessus du pied et le petit péronier. Une contre-ouverture fit cesser la fièvre qui s’était allumée tout-à-coup avec ce dépôt. Dès-lors tout alla de mieux en mieux, et à l’époque où M. Launionier communiqua l’observation à la Société Royale de Médecine , il avait l’espoir

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que son malade se servirait de son pied malgré la perte de l’astragale , et des tendons du jambier postérieur et du long fléchisseur des orteils.

On a imprimé à la suite de cette observation , une note sur un cas pareil commuiik|ué à la même Société par M. Mauduyt ; il est cjuestion dans cette note, d’un militaire âgé d’environ 3o ans , qui se blessa gravement au pied en sautant de dessus une muraille qui formait l’enceinte d’une ville; le délabrement était considérable ; un os avait percé les tégumens et sortait en partie en dehors. Le chirurgien qui fut appelé ne croyant pas pouvoir replacer cet os , acheva de le détacher , en coupant les ligamens qui étaient rompus en partie ; et toutes les brides qui le retenaient encore. La guérison fut longue et difficile , et le malade ne put marcher qu’au bout de dix huit mois, encore marchaitil lentement et en s’appuyant sur une canne. M. Mauduyt avait vu l’os qui était sorti du pied, et l’avait reconnu pour être l’astragale.

Enfin , M. Deniel a fait insérer dans le Recueil périodique de la Société de Médecine, rédigé par M. Sédillot (1) , une observation sur une luxation du pied gauche, avec sortie de . l’astragale par une plaie dans la région de la malléole externe ; l’auteur de cette observation, malgré l’opinion de deux de ses conifères qui voulaient que Lon pratiquât l’amputation , se décida à enlever l’astragale au huitième jour de l’accident , et au bout de trois mois et demi le sujet fut en état de marcher, à Laide d^’un bâton.

(1) Juillet 1812.

En réfléchissant sur les observations que lions venons de citer , on voit , dans presque toutes, que l’extraction de l’astragale a été faite au bout d’iiii temps plus ou moins long , après les blessures , et au milieu des accidens qui étaient survenus j que cette extraction a été facile, peu douloureuse, et constamment suivie de la diminution des accidens ; enfin , que les malades ont guéri à la faveur de l’ankylose du pied, et qu’ils ont pu marcher avec facilité, d’abord avec le secours d’un bâton , ensuite sans aucun appui. On ne doit donc point hésiter à enlever l’astragale lorsqu’il se trouve dans les circonstances dont nous avons parlé plus liant , ce parti étant de beaucoup préférable à ramputatiüii , qui était autrefois regardée comme la seule ressource dans ce cas.

Dans les dlfïéreiïtes complications des luxa- ' dons latérales du pied , dont il vient d’être fait ïnention , après avoir opéré la réduction , et applifpié l’appareil propre à maintenir le pied dans sa rectitude naturelle , on doit avoir recours aux moyens anti-phlogistiques les plus énergkjues , pour combattre l’inflammation qui accompagne constamment ces luxations , et qui , malgré l’emploi de ces moyens , peut se terminer par gangrène ou par suppuration. Lorsque la gangrène survient, si elle est bornée à la peau , elle n’empêche pas le malade de guérir j mais si elle s’étend profondément jusqu’aux os , ses progrès sont quelquefois si rapides , que le malade succombe promptement. D’autres fois , la mortification s’arrête; la nature pose la ligne de démarcation entre le vif et le mort , et il reste alors la ressource de l’amputation.

Quand l’engorgement inflammatoire vient à

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sn])pnration , il so forme des abcès dont on doit faire l’ouverture aussitôt que la fluctuation est manifeste. Ces abcès occupent ordinairement les environs de l’articulation , et sont situés sous la peau. Dans quelques occasions, pourtant, iis se forment plus ou moins loin d’elle , et sont places profondément entre les muscles , comme on le voit dans l’observation de

Lamotte. Cette observation a pour objet une luxation du pied gauche , avec sortie de l’extrémité inférieure du tibia par une plaie aux tégumens , et fracture du péroné, à deux travers de doigt au-dessus de la malléole externe. Le pied était replié contre la partie externe et moyenne de la jambe. Lamotte réduisit cette luxation avec facilité. Il survint un gonflement inliammatoire très grand 3 il se forma trois abcès , dont le principal avait son siège entre les jumeaux et le solaire j un autre était placé à la partie interne supérieure de la jambe j et le troisième à la partie inférieure et externe de ce membre. Ces abcès retardèrent la guérison , qui ne lut complète qu’au bout de sept à huit mois.

Si une luxation du pied est compliquée de la sortie de l’extrémité inferieure du tibia par une j)laie de la peau j si une partie de cet os reste à nu , tantôt elle se couvre de bourgeons charnus sans exfbliation , tantôt ces bourgeons ne se montrent qu’après que la portion d’os découverte et nécrosée , est exfoliée. Mais lorsque toute la circonférence de l’os est dénudée et nécrosée dans une étendue plus ou moins considérable , si on en confiait la séparation à la nature , elle ne l’opérerait qu'’au bout d’un temps -très-long, et durant lequel le malade resterait

expo'é à des accidens qui pourraient le faire péiir. C’est pour prévenir ces accidens, et en intm? temps pouravancer la guérison , que dans un cas pareil , M. L'eschamps , chirurgien en chel'de l’hôpital de ia Charité , ;e détermina à pratiquer la résec tion tle l’exfrémite inferieure du tibia. L’observation de ce cas a été communiquée à la Société établie dans le sein de la Faculté de Médecine de Paris , cjui en a pui>lié l’extrait suivant dans son septième Bulletin , année 1811.

ce Un homme de 82 ans, étant renversé sur

le côté gauche du corps , reçut sur la malléole 5î interne droite le choc d’une nièce de char- » pente très-volumineuse. Ce ne fut que le troi- » siè ne jour que M. Ueschamps fut appelé au îî secours de ce blessé; il reconnut une fracture >3 avec plaie au tiers inférieur du péroné. L’ar- >3 ticulationdu piedétaitcomplètement ouverte 33 dans sa partie antérieure. Le cartilage de la 33 poulie de l’astragale était à nu ; la malléole 33 in terne était séparée presque transversalement >3 du tibia. De plus, le péroné était fracturé avec 33 plaie vers son tiers inferieur. L’un des frag- 35 mens faisait saillie en dehors. Le pied était 33 renversé en dehors ; quoique l’engorgement 33 s’étendît vers le bas de la jambe , les douleurs 33 n’étaient pas très-l'ortes et le malade calme , 33 sans fièvre ; M. Deschamps sachant , par ex- 33 périence , que les capsules articulaires com- 33 plètement ouvertes donnent lieu à de inoin- >3 dres accidens que lorsqu’elles ne le sont qu’in- 33 complètement, crutdevoirtemporiseren cette 33 circonstance. A])rès avoir séparé la portion 33 fracturée tle la malléole , il laissa les parties 33 dans l’état où elles étaient . La plaie fut pansée

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>> métliocli(|uement , recouverte de cataplasmes

>> éînollieus^ changés deux fois le jour. Vin«t jours apres racculent et des pansemens bi^n oî suivis, la plaie étant en bon état, mais le « iii)ia excédant rariiculation de deux pouces >5 et demi, M. Deschamp>s en fit la résection « par (les procédés particuliers j puis il mit ” {)res(|u’en contact l’extrémité sciée de l’os >» avec la surface de l’astragale , ce qui permit >5 de replacer le pied en dedans dans sa situa- >5 tion iiaturelle. II maintint les parties en si- » tuation. Il ne survint aucun accident, et six mois après la plaie était tout-à-fait ci- 33 catrisee. La plaie (Je la fracture du péroné , » (font les fragmens étalent chevauchés , no » fut fermée (ju’un mois après. Le pied a pris J3 de la consistance. Le blessé porte une bot- 33 tine à semelle très- élevée pour soutenir son >3 pied , sur lequel il appuie et peut marcher. >» L ankylosé étant inévitableldans les cas d’extraction de l’astragale et de résection de l’extrémité inférieure du tibia , et fort à craindre dans tous les autres , on doit tenir le pied forman t un angle droit avec la jambe , pour favoriser l’exercice de ses fonctions ; car le pied est bien plus propre à la station et à la progression lorsqu’il est ankylosé à angle droit, que lorsqu’il est soudé avec la jambe dans toute antre direction. : Nous avons indiqué plus haut ce qu il convient de faire lorsque la luxation du pied est compliquée de celle de l’astragale sur le calcanéum et le scaplîoïde , que les ligamens qui Unissent ces os ensemble sont presqu entièrement détruits , et que l’astrcgale sort en grande partie par une plaie des teguniens. Nous allons exposer maintenant la conduite que 1 un doit

tenir lorsqu’il 11 ’y a pas de plaie à la peau. Dans ce cas, qui est un des plus einbarrassans , et peut-être aussi des plus graves , on doit tenter la réduction le ]3lus tôt possible ; mais ordinairement elle est trcs-difïicile et quelquefois même impossible. La difficulté ne vient pas , comme on l’a dit , de l’étranglement de la tête de l’os par l’ouverture trop étroite de la capsule ; mais bien de ce que l’astragale étant luxé en même temps sur le tibia et sur le scaphoïde , la puissance extensive ne porte point son action sur cet os , qui d’ailleurs ne donne presqu’aucune prise aux mains du chirurgien qui doivent le pousser dans sa place naturelle. On lit cependant dans les Œuvres Chirurgicales de Desault , que ce grand praticien n’ayant pu réduire une luxation de cette espèce , par le

λrocédé usité en pareil cas , et qu’attribuant 'inutilité de ses efforts à l’étroitesse de l’ouverture que la tête de l’astragale avait faite à la capsule articulaire en aljandonnant la cavité du scaphoïde , il se détermina à mettre l’os à découvert en incisant les téguniens , à diviser ensuite les ligamens dans une étendue convenable , et qu’alorsla luxation fut réduite avec facilité.

On trouve dans le JoLirnal de Chirurgie du même praticien , une autre observation de la double luxation de l’astragale sans plaie aux téguniens ; mais dans celle-ci , Desault opéra la réduction avec la plus grande facilité, et le malade fut guéri le trente-neuvième jour. Il est probable que dans ces deux cas la plupart des ligamens qui unissent l’astragale au calcanéum et au scaphoïde étaient déchirés, et que le premier de ces os jouissait d’une mobilité qui lui

permit d'ol)élr à la pression des doigts , et de rentrer dans sa place naturelle. Mais il peut arriver que l’astragale luxé en même temps sur le tibia , le calcanéum et le scaphoïde , soit tello ment enclavé entre ces os , qu’il ne jouisse d’aucune mobilité, et (pi’il soit par conséquent im^ possible de le réduire ; ce que J’ai vu dans le cas suivant.

Unhomme âgé de o6ans, d’une petite stature, mais fort et vigoureux , toinl^e de cheval ; son pied reste engagé dans l’étrier, pendant que le cheval continue de galoper j l’astragale éprouve la double luxation dont il est ici question. Cet os était renversé en dedans sur le tibia , et sa tête , qui avait abandonné le scaphoïde en sortant par la partie Interne supérieure de la cavité de cet os , formait au-dessous de la peau une tumeur très-remarquable. Le malade fut apporté à la Charité presque immédiatement après son accident. Je tentai aussitôt la réduction de cette double luxation , mais tous mes efforts furent inutiles ; l’astragale était inébranlable dans sa position vicieuse , et ne cédait en aucune manière à la pression que j’exerçais sur lui , tandis que des aides vigoureux faisaient l’extension et la contre-extension. Le malade ne souffrant (jue très-pca , et n’éprouvant d^ailleurs aucun autre accident , je me déterminai à abandonner cette luxation à ellemême et à attendre l’événement, espérant que si je parvenais à prévenir l’inflammation , l’astragale se souderait, en quelque sorte , avec les os entre lesquels il était enclavé , et que le malade pourrait guérir et se servir de son pied, quoique difforme et contourné en dehors. Ce parti me parut préférable à celui de l’amputa-

4oO DES LUXATIONS

tioii et à celui d’inciser la peau et les lîgamens ^ parce que dans l’état de fixité où se trouvait l’astragale , cette incision n’aurait pas rendu la réduction possible, et me faisait craindre d’ailleurs les accidens graves qui résultent ordinairement de l’exposition des surfaces articulaires et des membranes synoviales au contact de l’air. La partie fut enveloppée d’un cataplasme émollient , et le membre placé dans un appareil de fracture médiocrement serré ; le malade fut mis à la diète , aux boissons rafraîchissantes , et saigné trois fois en vingtquatre heures. H ne survint que très-peu degonflemejit; les douleurs furent jnédiocres , et jusqu’au dix-huitième jour on aurait ])u espérer une terminaison heureuse ; mais à cette époque la peau qui couvrait la tumeur formée par la tête de l’astragale commença à rougir, ce qui eut également lieu derrière la malléole externe ; bientôt njirès, il se développa dans ces deux endroits une escarre gangreneuse j la chute de celle qui corresjiondaitàlatôte de l’astragale laissa le cartilage qui revêteette éminence àiiu , déjà jaune*ct altéré. L’ulcère résultant de la chute de cette escarre fournissait une humeur visqueuse , jaunâtre , que l’on ne pouvait méconnaître })ourde la synovie dépravée. Au bout d’un mois environ , les douleurs devinrent extrêmement vives, la srqipuration très-abondante et de mauvaise nature. La fièvre lente survint j le malade dépérissait rapidement. L’amputation parut alors le seul moyen de lui sauver la vie; elle fut pratiquée et eut un plein succès. L’examen anatomujue de la partie fit voir la double luxation de l’astragale , et les surfaces articulaires de cet os cariées, ainsi que celles du tibia et du péroné.

DU PIED, /^ol

En attendant qu’un nombre suffisant d’observations bien faites permette de tracer d’une manière sûre et invariable la conduite que l’on doit tenir dans l’espèce de double luxation de l’astragale dont nous venons de parler , ou peut inférer de celles qui viennent d’être citees, 1.0 que dans cette luxation, lorsque les ligainens qui unissent l’astragale au scaphoïde et au calcanéum sont presqu’entièrement déchirés, et que le premier de ces os jouit d’une mobilité qui lui permet d’obeir à la pression des doigts, on peut opérer la réduction par le procédé ordinaire; 2.0 que dans le même cas, si la réduction est impossible par ce procédé , on peut la rendre praticable en incisant , à l’imitation de Desault , la peau qui recouvre la tête de l’astragale et les ligamens qui l’unissent au scaphoïde ; 3.o enfin , que dans le cas où l’astragale est tellement enclavé entre les os de la jambe , le calcanéum et le scaphoïde , qu’il n’obeit en aucune manière à la pression des doigts , on doit renoncer au projet de réduire la luxation, employer les moyens les plus propres à prévenir l’inflammation , et prendre ensuite consécutivement le parti qui sera indiqué par les circonstances de la maladie.

Les luxations du pied en devant et en arrière sont beaucoup plus difficiles et plus rares que les latérales. La luxation en devant est moins fréquente que celle en arrière. On trouve la raison de cette différence dans la disposition même de la poulie articulaire de l’astragale ; fortement inclinée en arrière , et beaucoup plus prolongée de ce côté qu’en devant , cette pou« lie ne cesse pas de correspondre à la cavité articulaire de l’extrémité inférieure du tibia ,

dans la plus «rande extension du pied ; mou- Yeinent absoluineiit nécessaire pour que la luxation en devant puisse arriver. Dans la flexion de cette partie , au contraire , elle ^ abandonne plus promptement la cavité du tibia , pour passer derrière elle , si le mouvement est forcé et subit ; ajoutez à cela que les circonstances dans lesquelles la luxation en arrière peut avoir lieu , se rencontrent beaucoup plus fréquemment que celles qui sont nécessaires a la luxation en devant. ^

Dans le déplacement en arriéré , la poulie articulaire de l’astragale se trouve derrière l’extrémité inférieure du tiliia , laquelle appuie sur le col et la tête de l’astragale. Dans la luxation en devant , l’extrémité inférieure du tibia se place derrière la poulie articulaire de Fastragale , et correspond à la partie postérieure de la lace supérieure du calcanéum. Dans l’une et dans l’autre , le ligament capsulaire est rompu , et les ligamcns latéraux sont déchirés en partie ou en totalité , suivant le degré du déplacement.

On dit communément que la luxation en arrière arrive dans une Ibrte flexion du pied ; pourtant , si l’on fait attention que dans ce mouvement , le bord antérieur de la cavité articulaire du tibia rencontre le col de l’astragale avant que le centre de la poulie articu- Cilre de ce dernier ait dépassé , en arrière , la> cavitédu premier, on s’apercevra que la flexion du pied , ou celle de la jambe sur le pied , ne peut jamais être portée assez loin pour produire la luxation de l’astragale en arrière ; elle ne peut guères arriver que dans une chute sur les pieds , ou dans un saut , lorsque les pieds étant

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fortement étendus , leur plante , au lieu de porter sur une surface plane , et de ne toucher cette surface ,que par sa partie antérieure , porte , au contraire ^ sur un plan incliné et appuie dans toute- son étendue sur ce plan. Dans cette circonstance , si le poids du corps se porte beaucoup plus sur un pied cpie sur l’autre , et que le tronc , la cuisse et la jambe gardent une rectitude qui rapporte la ligne de gravité des parties supérieures sur la poiuie articulaire de l’astragale , le tibia , dont l’axe est alors fort oblique par rapport à cette poulie , pourra glisser en bas et en devant , et l’abandonner entièrement. C’est de cette manière que se fit la seule luxation de l’astragale en arrière que j’ai eu occasion d’observer , et dont je parlerai plus bas.

La luxation en devant ne peut avoir lieu que dans une extension forcée et subite de la jambe sur le pied , lorsque celui-ci étant engagé et retenu par un obstacle quelconque , on tombe à la renverse : circonstance qui , on le conçoit bien, doit se rencontrer très-rarement j aussi les Auteurs , à ma connaissance, n’en rapportent-ils aucun exemple.

L’impossibilité de fléchir et d’étendre le pied est un signe commun à la luxation en arrière et à celle en devant. Dans la première , il y a un raccourcissement sensible de la portion du pied comprise entre le bas de la jambe et l’extrémité des orteils J le talon est plus long, plus saillant et plus éloigné des malléoles, que dans l’état naturel. Dans la dernière , la partie du pied comprise entre la jambe et l’extrémité des orteils , est alongée j le talon est raccourci et rapproché des malléoles j la distance entre le

j^o4 DES LUXATIONS

tendon d’achiile et la partie inferieure de la jambe est moindre que dans l’état naturel. Les signes de ces luxations sont si évidens, qu’une méprise à leur égard est bien difficile 5 cependant en voici un exemple : Un homme tomba sur les pieds , d’environ deux mètres de haut j poids du corps ayant porté plus particulièrement sur le droit, dont la plante rencontra un plan incliné sur lequel elle appuya dans toute son étendue , l’extrémité inlérieure du tibia glissa de haut en bas et de derrière en devant , sur la poulie articulaire de l’astragale, de sorte qne cet os fut luxé en arrière. La maladie fut prise pour une en torse et traitée en conséquence. Je ne vis le malade qu’un mois après l’accident, époque ou la réduction était impossible 5 je me contentai d’ordonner les moyens propres à favoriser la résolution de l’engorgement qui existait encore J les mouvernens de flexion et d’extension du pied furent presqu’entièrement abolis , et la marche se fit , par la suite , comme chez les personnes dont le pied est ankylosé avec la jambe.

Les luxations du pied en arrière et en devant sont moins fâcheuses, en général, que les latérales , et présentent rarement les complications plus ou moins graves qui accompagnent fréquemment ces dernières. Lorsqu’elles ne sont pas réduites , le membre n’est pas absolument impropre à l’exercice de ses fonctions j il s’en acquitte seulement avec plus ou moins de difficulté.

Pour réduire les luxations en devant et en arrière , on fait faire l’extension et la contreextension , comme dans les latérales , et lorsque le chirurgien juge les extensions suffisantes, s’il

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s^agit delà luxation en arrière, il pousse le pied en devant avec une main placée sur le talon , tandis qu’avec l’autre il embrasse le bas de la jambe et la pousse en arrière ; si la luxation est en devant , il pousse le pied en arrière , et le bas de la jambe en devant.

On reconnaît que la luxation est réduite , dans ces deux espèces , à la bonne conformation de la partie , et sur-tout à la possibilité de fléchir et d’étendre le pied. Pour la maintenir réduite , prévenir les accidens et les combattre 3 lorsqu’ils sont survenus , on a recours aux mêmes moyens que dans les luxations latérales.

Nous avons vu précédemment que l’astragale luxé en dedans ou en dehors sur le tibia , peut l’être en même temps sur le scaphoïde et le calcanéum. Indépendamment de cette espèce de déplacement , l’astragale peut se luxer sur le scaphoïde en conservant ses rapports naturels avec les os de la jambe et le calcanéum. Pour que cette luxation ait lieu , du moins à un certain degré , il faut que le cuboïde soit luxé en même temps sur le calcanéum. J. L. Petit dit avoir vu deux fois cette luxation : dans les deux cas , elle avait été causée par l’engagement du pied sous la barre de fer qui fait le pont du ruisseau des portes cochères. On doit regretter que ce grand ])raticien ait passé sous silence les phénomènes de cette luxation et le procédé qu’il a employé pour la réduire- Il se contente de dire que cette maladie se connaît par la seule difformité , qui indique où les os se sont logés \ il ajoute ^ en parlant du prognostic , que cette luxation €St sujette à bien moins d’accidens que celle du pied , mais que

4o6 DES LUXATIONS DU PIED.

la réduction en est plus difficile , parce qu’on a moins de prise pour faire les extensions. J’ai eu occasion de voir une luxation incomplète de la tête de l’astragale en haut et en dedans f sur un homme qui avait fait une chûte de cheval ; le gonflement inflammatoire q^ui survint , était si considérable, qu’il rn’empecha de. reconnaître ce déplacement dans les premiers jours J et lorsque je pus en juger par la tumeur légère que formait la tête de l’astragale , il fut impossible de remettre cette éminence dans sa place naturelle. Les mouvemens du pied furent gênés pendant long- temps, parce que l’articu^ îation tibio- tarsienne avait souffert une entorse considérable j mais ils se rétablirent par la suite, et il ne resta qu’une légère difformité.

Les articulations des autres os du métatarse sont trop serrées, et ces os trop peu mobiles j pour qu’ils puissent se luxer. Le peu de prise que les phalanges des orteils donnent aux puissances extérieures , et les chaussures dans lesquelles les pieds sont renfermés , rendent la luxation de ces phalanges très -difficile et par conséquent très-rare. Au demeurant, tout ce que nous avons dit de la luxation des phalanges des doigts, s’applique à celle des phalanges des orteils : c’est pourquoi nous y renvoyons le le lecur.

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