‹ Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent [electronic resource] (volume 2)Chapitre 45 sur 53 · DES A RT I C IT L A T I O N S · texte numérisé non relu

DES A RT I C IT L A T I O N S

Plaies compliquées des Articulations,

Les plaies des articulations ne guérissent pas toujours aussi promptement et aussi facilement que nous venons de le dire. On n’en voit qiie trop , même parmi celles qui paraissent les plus légères et les plus simples , dans lesquelles il survient des accidens très-graves qui font périr les malades , ou qui conduisent à la nécessité de l’amputation j et dans les cas les moins fâcheux , lorsqu’après un temps toujours très* long, le malade parvient à guérir, ce n’est le plus souvent qu’à la faveur d’une ankylosé qui apporte une gêne plus ou moins grande dans les fonctions du membre.

Les plaies des articulations , comme celles de toutes les autres parties du corps, peuvent être compliquées , de la présence d’un corps étranger , d’hémorragie , de douleurs vives. , de paralysie , de convulsions , de tétanos , d’inflammation des parties molles , etc. Mais indépendamment de ces accidens qui sont communs à toutes les plaies, il en est de particuliers à celles des articulations, et qui dérivent de l’ouverture de la capsule et de la lésion des ligainens , des cartilages et des os. Ces complications , les seules dont il sera question ici , sont l’inflammation de la membrane synoviale , des ligamens , des cartilages et des os , la suppuration , la carie , etc. Nous allons examiner successivement les causes de ces accidens , leur marche , leur terminaison , et les moyens qui doivent être employés pour les combattre.

Si une personne qui a une plaie , même fort

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simple, d’une articulation , et qui payait d ailleurs jouir d’une bonne santé , ne garde pas le repos le plus parlait de la partie affectée , on. ne sera pas surpris de voir une inflammation plus ou moins intense de cette articulation se développer chez elle. Il en sera de même , s"’il existe dans le même individu une de ces dispositions cachées auxquelles on a donné les noms de vice humoral , d’état saburral des premières voies , etc.

Les mêmes accidens arrivent aussi chez un homme bien portant , qui garde un parfait repos , et qui ne commet aucune imprudence. Quelle peut être chez un pareil sujet la cause de ces accidens? On les a attribués tour-à*tour à la lésion des aponévroses et des tendons qui entourent les articulations , et qu’on regardait comme doués d’une grande sensibilité ; à la résistance des parties qui composent les articulations î à la dépravation de la synovie , qui acquiert par son séjour une putridité marquée j à l’impression de l’air sur l’intérieur de l’articulation , etc.

Si l’on considère que presque toutes les plaies des articulations , dont la réunion a été laite sur-le-champ , se sont consolidées comme des plaies simples , tandis que celles qui n’ont point été réunies , ou dont la réunion a été empêchée par une cause quelconque , ont le plus souvent été suivies des accidens les plus graves , on ne pourra s^empêcher de croire que ces accidens ont été occasionnés , par l’air dont le contact prolongé sur l’intérieur de l’articulation , a donné lieu à l’inflammation de la membrane synoviale, et à celle des cartilages et des paquets graisseux et celluleux , qu’on, trouve dans les articula-

lions , et qu’on a regardé comme des glandes synoviales. On sait , par expérience, qu’un des effets ordinaires de l’action de l’air sur les parties qui sont ordinairement à l’abri de son impression , et notamment sur les membranes séreuses , est de produire leur inflammation. Or, la membrane synoviale qui tapisse les articula- , tions , étant , comme l’expérience l’a appris , beaucoup plus susceptible des effets nuisibles de r impression de l’air que les autres membranes de la même espèce, on ne peut s’empêcher de regarder cette impression comme la cause prlnci[)ale des accidens inflammatoires dont les plaies des articulations sont fréqueniment accompagnées. Cette cause , qui est généralement admise aujourd’hui, ne peut pas être regardée comme la seule , puisque l’on a vu des ])laies de cette espèce , qui , à raison de leur étroitesse , de leur obliquité , ou parce qu’elles avaient été réunies immédiatement , n’avaient pas pu donner accès à l’air , être pourtant suivies de symptômes inflammatoires très-intenses 5 et d’autres dans lesquelles ces accidens se sont déclarés dès le lendemain de la blessure , et par conséquent avant que l’air ait pu exercer son influence sur la membrane synoviale. Il est prouvé pour nous que les lésions des cartilages et des os , l’application imprudente de la charpie, et sur-tout des médicamens âcres et irritans sur les surfaces articulaires mises à découvert , le tamponnement nécessaire pour arrêter une hémorragie fournie par des vaisseaux dont la situation ne permet pas de faire la ligature , la mauvaise disposition du ma lade , des écarts dans le régime , sont autan* de causes qui peuvent joindre leur

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action à celle de l’air , pour produire ci[es acr cideiis iiillammatoires dans les plaies des anir culations : peut-clre meme , dans certains cas , CCS accidens dépendent-ils uniquement de l’une on de plusieurs de ces causes j c’est au moins ce qup Ton ]>eut croire ])our les plaies mentionnées en dernier lieu , dont il est difïicile d’attribuer les accidens au contact de l’air.

L’inflammation qui survient aux plaies des articulations se manifeste ordinairement au cinquième ou sixième jour, et quelquefois au second ou au troisième ÿ elle s’annonce par une douleur profonde plus ou moins vive , et qui est toujours considérablement augmentée par le plus léger mouvement j l’article se gpnfle j devient plus chaud j le tissu cellulaire s’inllltre , la peau est tendue , luisante , mais ne présente ordinairement aucune rougeur ; les lèvres de la plaie se tuméfient , deviennent pâles , blafardes , et il en suinte un pus séreux, ténu ;; la lièvre s’allume j la figure se colore , devient j)lus animée , plus chaude j la respiration esJ. accélérée; la langue sèche ; la soif très -intense ; et quelquefois le délire survient. L’engorgement inflammatoire s’étend souvent à tout le membre , qui devient quelquefois dans ce cas énormément tumélié.

Cependant la suppuration s’établit, et l’ariicu la ti on est abreuvée de pus ; il se forme des abcès sous la peau et entre les muscles , dans des endroits plus ou moins éloignés de la jointure ; les ligamens articulaires se relâchent , les os deviennent très-mobiles , et si on leur fait exécuter des mouvemens , on sent une espèce de crépitation qui est l’indice certain de l’altération des surfaces articulaires ; l’infiltration pu-

rulente gagne et s’étend quelqueibis jusqu’au tronc 'j le malade en proie aux plus vives souffrances ne peut goûter un instant de repos , et la mort vient mettre fin à cette scène de douleurs au bout d’un temps ])lus ou moins long , suivant la grandeur de l’articulation , sa proximité du tronc , et l’intensité des accidens. Si le malade résiste à ces premiers accidens par la force de sa constitution, l’abondance et la continuité de la suppuration l’épuisent , les traits de la figure s’altèrent, la fièvre hectique le mine insensiblement, le dévoiement et les sueurs collnpiatives surviennent, et.il périt dans le marasme , à moins qu’on ne prévienne cette fatale terminaison par une amjmtation pratiquée à temps , lorsque l’étendue du désordre local le permet.

Dans quelques cas favorables où les efforts de la nature , secondés convenablement yiar les soins de l’art , triomphent de la maladie , les vives douleurs que le malade ressentait dans l’articulation et dans tout le membre , diminuent peu-à-peu et cessent entièrement avec le temps J la suppuration devient moins abondante et de meilleure qualité ; le malade recouvre le sommeil et l’appétit J la fièvre lente, le dévoiement , tes sueurs colli(j natives disparaissent ; l’infillration du membre se dissipe graduellement ; la suppuration se tarit , les ulcères se cicatrisent : enfin les surfaces articulaires se soudent en totalité ou en partie, et le malade en est quitte pour une ankylosé.

Le pronostic des plaies des articulations compliquées d’inflammation ne peut être que fâcheux J il l’est plus ou moins en raison de la grandeur- de l’articulation , de l’étendue de

ay..

la plaie qui peut être bornée à la capsule > ou s’étendre jusqu’aux cartilages et aux os j de la disposition particulière du malade , de l’intensité des accidens , etc. C’est en ayant égard à toutes ces circonstances , que l’on parviendra à distinguer les cas où le malade doit succomber aux accidens ; ceux où l’amputation du membre est le seul moyen de lui sauver la vie j enfin ceux où l’on peut espérer la guérison avec ou sans ankylosé. Toutefois on ne doit prononcer sur la terminaison probable de la maladie qu’avec la plus grande circonspection j car on a vu des plaies de cette espèce , qui semblaient devoir faire périr le malade , se terminer heureusement , tandis que d’autres dont on soupçonnait à peine le danger, ont eu une terminaison funeste.

Dans le traitement de ces plaies , l’objet qu’on doit se proposer est de modérer l’inflammation , afin de prévenir la suppuration , et lorsque celle-ci a lieu , de donner issue au pus , d’en empêcher le croupissement , et de combattre les effets qui résultent de son passage dans le torrent de la circulation. La saignée plus ou moins répétée , suivant l’âge du malade , ses forces , son tempérament et l’intensité des accidens i les boissons rafraîchissantes; les anodins et même les opiacés , lorsque la douleur est excessive ; les lavemens , une diète sévère , la situation, convenable de la partie et son plus parfait repos , les cataplasmes émoi liens et anodins , sont les moyens dont on doit faire usage pour modérer rinllanunation et la réduire à un degré qui en permette la résolution. Malgré l’emploi le plus méthodique de ces moyens , il arrive souvent que rinllainmation , au lieu de

se résoudre , se termine par suppuration , et qu’il se forme un ou plusieurs abcès. Dans ce cas , aussitôt que la fluctuation est manifeste , on doit donner issue au pus , en pratiquant toutes les incisions nécessaires , et en leur donnant une étendue proportionnée au volume de l’abcès. Lorsque la plaie intéresse une articulation qui , par le volume et la disposition des surfaces osseuses qui la composent , et par détendue de la capsule qui l’environne , est capable de contenir une grande quantité de pus, les incisions doivent s’étendre jusqu’à la capsule articulaire qui doit être elle-même incisée , de manière que le pus contenu dans l’articulation puisse sortir librement, ou qu’il puisse être entraîné par des injections. La considération des inconvéniens auxquels on expose le malade en facilitant l’accès de l’air , ne doit pas l’emporter sur celle des accidens plus graves encore , qui résulteraient du séjour du pus dans l’articulation , et de sa dépravation , si on ne lui préparait un écoulement facile , en donnant aux incisions toute l’étendue nécessaire.

Les praticiens ne sont pas d’accord sur la grandeur des incisions nécessaires pour vider les dépôts qui communiquent dans les articulations. J. L. Petit recommande de les faire d^Line certaine étendue : « 11 faut , dit-il , nouas seulement ouvrir, mais encore faire de grands des ouvertures qui communiquent les unes » avec les autres , afin qu’il n’y ait aucune paras tie,.ni aucun recoin de la jointure, qui ne as puisse être nettoyé par les injections , et qui as ne se vide avec facilité par les ouvertures. SS Je sais , ajoute-t-il , que quelquefois les os sa s’altèrent , et qu’on est obligé de les faire

» exfolier , mais on ne doit pas en accuser les » incisions. C’est bien moins l’impression de l’air que le séjour du pus qui , dans ce cas ,

53 cause l’altération des os ; ainsi , ce qu’on pejit 55 faire de mieux pour l’éviter, c’est d’ouvrir 55 de bonne heure , de donner de la pente aux 55 matières par une situation convenable , et de 55 nettoyer la jointure au moyen des injections. David pense , au contraire , qu’il ne faut passe presser d’ouvrir les dépôts qui communiquent dans les articulations , et que , lorsqu’on juge l’évacuation du pus qu’ils contiennent absolunieut indispensable , il ne faut la procurer (pi’avec le trois- (juarts; il dit qu’il n’a jamais eu à se louer de grandes incisions que Petit recommande dans certains cas, pour vider les dé])ôts articulaires.

Des conseils opposés , donnés par des praticiiis si recommandables , sont bien propres à jeter les jeunes chirurgiens dans l’incertitude 5 mais avec un peu de réflexion il sera facile , je pense , de distinguer les cas où les grandes incisions conviennent, d’avec ceux où il faut se borner à une simple ponction. Ainsi, lorsqu’un abcès formé dans une articulation , a été le résultat immédiat de l’inflammation survenue à une plaie dans laquelle la capsule articulaire a été intéressée, ou à Ig. suite d’une violente contusion de l’articulation , d’une fracture comminutive par un coup de feu , ou par toute autre cause , on doit l’ouvrir aussitôt que la fluctuation est manifeste , et donner aux incisions une étendue suffisante pour que le pus puisse s’écouler librement , ou être entraîné par les injections , comme nous venons de l’exposer tout à l’heure. Dans ce cas , le croupisse-

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ment du pus dans l’articulation serait bientôt suivi de sa dépravation , de l’altération des cartilages et des os , de la lièvre lente , et de tous les antres symptômes lâcheux qui ont lieu en pareille circonstance. Le seul moyen de prévenir ces accidens , et de les faire cesser lorsqu’ils sont déjà survenus , c’est d’empêcher le séjour du pus dans l’articulation , en pratiquant les incisions nécessaires, et en lavant , pour ainsi dire , l’articulation au moyen des injections. A la vérité, les incisions multipliées et fort étendues favorisent l’accès -de l’air dans l’articulation 5 mais lorsque, l’altération des cartilages et des os n’a point précédé la formation de l’abcès, le contact de l’air est moins nuisible que ne le seraient le croupissement et la dépravation du pus.

Les avantages de cette méthode sont constatés par un assez grand nombre de faits consignés dans les écrits des praticiens, et que notre Jiratique particulière nous a mis à même de confirmer dans plusieurs occasions.

Mais lorsque les abcès qui communiquent dans les articulations , sont le résultat consécutif de la carie des surfaces articulaires à la suite d’une contusion , ou de l’action d’un vice interne sur cette partie , comme dans la luxation S{)ontanéedu fémur, dans les tumeurs blanches des articulations , etc. , on ne doit pas se presser de les ouvrir , et lorsqu’on y est forcé , pour faire cesser les dbuleurs qui tourmentent les malades, ou pour en prévenir l’ouverture spontanée, qui ordinairement s’agrandit beaucoup , on doit se contenter d’une vSÎmple ponction , avec un bistouri à laine étroite ou avec le troisquarts. Dans ce cas, la présence du pus dans

l’articulation ne peut avoir aucun inconvénient , tandis que son évacuation subite est promptement suivie de son altération. Ce liquide , qui n’avait d’abord aucune odeur , ni aucune (jualité malfaisante , devient bientôt fé- , tide , séreux , âcre et irritant, après l’ouverture de l’abcès ; sa résorption cause les phénomènes accoutumés sur le système de l’économie , et la mort arrive d’autant plus promptement , qu’on a ouvert les abcès par des incisions plus grandes.

Après avoir ouvert convenablement les abcès causés par l’inflammation dont une plaie d’articulation est compliquée , on doit s’attacher à prévenir le croupissement du pus , en donnant à la partie une situation qui favorise l’écoulement des matières, en faisant des injections avec de l’eau d’orge et le miel rosat, et en exerçant une compression modérée , si la douleur le permet. A l’époque de la maladie où rinflammation a cessé , on doit se désister de la méthode antiphlogistique , pour la remplacer par un traitement tonique et fortifiant. Ainsi , on donnera à l’intérieur les amers , sur-tout le quinquina ; on accordera des aliinens succulens et de facile digestion , du vin vieux en quantité médiocre , mais qu’on augmentera par degré , pour soutenir les forces du malade et prévenir l’épuiseiment qui pourrait résulter de l’abondance de la suppuration. A l’extérieur , on remplacera les cataplasmes émolliens par des fomentations toniques et fortifiantes , telles qu’une décoction de quinquina , animée d’eau-de-vie , etc. ; s’il se forme de nouveaux abcès, on en fera l’ouverture , et on multipliera les panseméns en raison de l’abondance de la suppuration.

Lorsque la maladie doit avoir une terminaison heureuse par- l’emploi des moyens qee nous venons d’indiquer , tous les symptômes qui s’étaient développés diminuent par degrés, et cessent enfin enliérement j l’appétit revient, augmente de jour en jour ; les digestions se font bien, et les forces se rétablissent. I.;i suppuration , d’abord très- abondante , diminue chaque jour , et devient de meilleure qualité. L’articulation , quelquefois très-mobile par le relâchement des ligamens et des autres parties molles qui l’environnent, se raffermit^ il se fait quelquefois des exfoliations de portions d’os cariées ; des bourgeons charnus se développent ordinairement sur chacune des surfaces articulaires , et contractent une union que le phosphate calcaire, qui se secrète alors dans la partie , vient consolider.

Lorsqu’on a continué trop Ion g- temps l’usage des cataplasmes émolliens, quelquefois même lorsqu’on y a renoncé de bonne heure , il survient un engorgement pâteux très-considérable de tout le membre, qui s’oppose au dégorgement des plaies, et en retarde singulièrement la guérison. Rien ne convient mieux pour remédier à cet engorgement , qu’une compression exercée sur toute la longueur du membre , au. moyen d’une bande roulée , serrée médiocrement , et qu’on a soin de réappliquer chaejue fois qu’elle est relâchée ; mais on ne doit employer ce moyen qu’autant c|ue la douleur est dissipée , et qu’il n’y a plus à craindre qu’il se forme de nouveaux abcès.

Comme l’ankylose est presque inévitable , on doit donner de bonne heure à la partie , la position dans laquelle elle pourra le mieux s’ac-

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quitter des fonctions qui lui sont liabituelles. Ainsi , si c’est au coude , on tiendra l’avantbras liéclii à l’angle droit ; si c’est au genou , la jambe sera étendue j et si la maladie est à l’articulation du pied , celui-ci sei^ placé de manière a ce qu’il forme un angle droit avec la jambe. Ce précepte est de la plus grande importance , non-seulement dans le cas dont il s’agit ici , mais encore dans tous ceux oii l’ankylose d’une articulation est à craindre.

Lorsque la marche des plaies des articulations compliquées d’inflammation tend à faire périr le sujet , ce qu’on reconnaît aux accidens décrits plus haut , l’amputation devient l’imitjue ressource pour prévenir cette terminaison. On s’autoriserait en vain , pour éluder ce recours , d’un petit nombre d’exemples de malades qui ont guéri en conservant leur meml)re , quoi(ju’ils eussent éprouvé des accidens qui semblaient devoir les conduire à une mort certaine. Ces exemples ne peuvent être regardés que comme dos exce])tions heureuses à la règle générale , et ne l’inlirment pas. On peut leur o])poser un plus grand nombre d’ob- Servations , dans lesquelles on a vu les malades succomber à la violence et à la continuité des accidens , parce qu’ils se sont refusés à l’amputation , ou parce que cette opération ne leur a pas été proposée.

Nous allons terminer ce chapitre par quelfjues observations propres à confirmer ce qite nous venons de dire sur les plaies des articulations compliquées d’accidens inflammatoires.

Première Ob:ervation. — Un maître d’armes , âgé de 29 au i , eut l’articulation de la première

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plialaiige du pouce avec le premier os du métacarpe ouverte dans l’étendue de six lignes, par un coup de pointe de sabre. Il lava sa plaie avec un mélangé d’eau , d’eau -de-vie , et de muriate de soude. Quatre jours se passèrent sans aucun phénomène remarquable : 'à cette époque , une pression exercée par un corps dur sur la paume de la main, fut suivie d’une hémorragie et d’une douleur vive dans le lieu de la blessure : un léger gonflement qui existait déjà s’accrut, la fievre survint. Ces accidens décidèrent le malade à venir à la Charité. Je reconnus la maladie de l’articulation , et l’altération des surfaces articulaires, à un bruit particulier qui se faisait entendre lorsqu’on imprimait au pouce des mouvemens latéraux pendant qu’on fixait le premier os du métacarpe. Malgré l’emploi des moyens propres à calmer rinflammation , il se forma un abcès entre le premier et le second os du métacarpe, un autre sur le dos de la main, et un troisième à l’avantbras^ ces abcès furent ouverts successivement ; l’engorgement et la fièvre disparurent j la sujipuration diminua peu-à-})eu ; les plaies se cicatrisèrent, et le malade guérit ayant le pouce ankylosé.

11.'^ Obs. — Un menuisier se donna un coup de hache sur le genou , et se divisa la rotule de bas en haut dans toute son épaisseur , en deux parties. On pratiqua la suture entrecoupée , pour tenir les deux fragrnens rapprochés ; il survint un gonflement énorme, et la mortification était imminente. On appela M. Gelée, qui pratiqua des incisions pour débrider les parties j mais remarquant que les deux portions de la

rotule, par leur écartement, augmentaient 1 etrangleinent , il retrancha la plus petite, et fit ensuite usage des émolliens unis aux résolutifs; alors le gonflement diminua ; la plam se cicatrisa malgré une suppuration de mauvaise nature^ et le malade guérit à la faveur^d’une ankylosé du genou (1).

III.^ Obs. — Un jeune homme de 22 ans reçut, en se battant en duel, un coup de sabre f|ui ouvrit l’articulation de l’humérus avec l’omoplate. L’extrémité scapulaire de la clavicule , le deltoïde , et une portion du grand pectoral furent divisés. Le malade fut apporté a la Charité , immédiatement après l’accident. Je réunis la plaie en élevant le bras le plus possible , et en le maintenant dans cette position , au moyen d’oreillers placés dessous , et d^un bandage convenable. Ce jeune homme n’éprouva aucun accident jusqu’au troisième jour ; déjà j’augurais bien des suites de cette blessure , lorsqu’il survint une hémorragie qui me força de lever l’appareil ; le vaisseau qui la fournissait étant situé trop profondément pour être découvert et lié , je fus forcé de recourir au tamponnement. Des accidens inflammatoires ne tardèrent pas à se manifester , la fièvre s’alluma, il se forma des abcès considérables qui nécessitèrent plusieurs incisions , et le malade succomba au bout de quatre semaines. A l’examen du corps , je trouvai l’articulation ouverte dans une grande étendue, contenant beaucoup de pus , et ayant ses cartilages altérés.

(0 Journal de INIédecine militaire, t. IV, p. 5o8.

IV, Obs. — En 1790 , on amena à l’iiopital de la Charité, un homme qui venait d’être blessé au poignet droit, d’un coup de sabre j le côté externe de l’articulation de la main était ouvert dans une assez grande étendue. Un des religieux qui dirigeaient alors cet hôpital , au lieu de réunir la plaie , la remplit de charpie. Un gonllement énorme s’empara de l’avantbras et du bras , la gangrène survint et termina la vie du malade.

V,^ Obs. — Un jeune homme de 18 ans, reçut en 1800 un coup de sabre sur la partie externe inférieure du bras gauche. L’instrument agit obliquement de haut en bas , de derrière en devant , et fit une plaie de la longueur de deux pouces et demi , qui s’étendait jusque dans l’articulation du coude , et qui intéressait assez profondément le condyle externe de l’humérus. La réunion ne fut pas faite sur-le-champ 5 on ne la pratiqua que le deuxième jour, époque à laquelle le malade entra à la Charité 5 le troisième, il y eut des douleurs vives, et la nuit lut agitée; le quatrième, la tuméfaction des bords de la plaie me détermina à substituer aux bandelettes agglutinatives un cataplasme émoiliens ; le cinquième jour, la fièvre se manifesta ; il s’écoula de la plaie un liquide visqueux abondant que je ne pus méconnaître pour de la synovie. En pressant légèrement sur les côtés de l’articulation , je fis sortir une grande quantité de pus. Les jours suivans, les symptômes s’aggravèrent ; les traits de la face s’altérèrent ; il se forma un abcès près de l’angle inférieur de la plaie ; le gonflement gagna tout le membre ; les douleurs devinrent excessives , êX, la mort ne fut prévenue que par l’amputa-

4’>0 DüS ti.Al£S 1JI.S AUTICULA TiO?rS.

tion du membre , qui eut le plus grand succès. A l’examen aiiat jmlque de la plaie articulaire, je trouvai (jue ses bords formaient un bourre^let infiltré de lymphe 3 les parties molles enviroimantes étaient abreuvées de pus, l’articulation était pleine d’une sanie fetidej la tubérosité externe del’liumerus ne tenait plus qu’aux parties molles ; l’extrémité du radius coinmen- <^ait à s’altérer, et les cartilages étaient presque entièrement détruits.

Obs, — En 1801 , on apporta à la Charité un jeune homme qui avait reçu un coup de sabre au côté externe et antérieur du genou ; la rotule divisée dans toute son épaisseur, permettait de voir les surfaces articulaires du fémur. Je rapprochai exactement les lèvres de la plaie , mais le gonflement qui survint me fit perdre tout espoir d’une prompte cicatrisation : je suspendis l’usage des bandelettes agglutinatives 3 les saignées copieuses , les boissons rafraîchissantes , la diète la plus sévère et les cata])Iasmes érnolliens furent mis en usage 3 malgré ces moyens, la tuméfaction inflammatoire se propagea vers la cuisse et la jambe 3 la lièvre se déclara 3 la douleur devint intense 3 un grand abcès se forma entre le fémur et le triceps crural. Les jours suivans , les symptômes s’exaspérèrent 3 le gonflement s’étendit jusqu^au tronc, et le malade mourut. A l’examen du membre , j’observai que la rotule était divisée obliquement de dehors en dedans et de liant en bas dans toute son épaisseur 3 l’articulation était remplie de pus, et les cartilages désorganisés dans différens points. Je trouvai divers abcès situés profondément dans f’éjjaisseur de la cuisse et de la jambe. ;

ï>i:S CORPS ÉTRANGERS , CtC.

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