‹ Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent [electronic resource] (volume 2)Chapitre 48 sur 53 · DES A R T T C TT E A T T O N S.. ^7 I · texte numérisé non relu

DES A R T T C TT E A T T O N S.. ^7 I

Lorsque la maladie a été rebelle à tous les moyens que nous venons d’indiquer, il reste encore une dernière ressource ; c’est de donner issue au liquide épanché par une opération analogue à celle que l’on pratique dans les autres espèces d’iiydropisies. Cette opération n’est pas toujours couronnée de succès, et quelquefois elle est accompagnée d’accidens graves qui font périr le malade , ou qui conduisent à la nécessité de l’amputation du membre où sièee

J liydropisje.

On conçoit aisément pourquoi l’ouverture de la capsule synoviale n’est pas toujours accompagnée de succès , lorsqu’on réilécliit que pour guérir une liydropisie quelconque, il faut non-seulement évacuer le liquide qui la constitue , mais encore empêcher qu’il ne s’accumule de nouveau, soit en rétablissant ^équilibre entre l’exhalation et l’absorption de ce liquide , soit en elïaçant la cavité dans laquelle il s’épanchait , par l’adhérence des parois de cette cavité entr’elles , ou avec un organe qu’elles environnent. L’ouverture de la membrane capsulaire ne peut, en aucune manière , rétablir l’équilibre entre l’exhalation et l’absorption : aussi remarque-t-on que la ponction , dans ce cas , est promptement suivie du retour de l’épanchement. Cette opération ne peut procurer la guérison de la maladie , (|u’en produisant une inflammation à la suite de laquelle la membrane synoviale contracte des adhérences avec les parties auxquelles elle est naturollement contiguë. Mais c’est précisément ’ cette inflammation qui peut rendre l’ouverture de la capsule articulaire dangereuse. Si elle était parfaitement saine, et que l’hydropisie ne

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dépendît que de l’atonie des absorbans de cette ineinbrane, on pourrait peut-être, en y excitant un léger degré d’inflammation par le moyen d’une injection un peu active , guérir la maladie sans produire la suppuration , et en effaçant , en qi*elque sorte , la cavité articulaire. Mais presque toujours la membrane synoviale s’est épaissie par suite de l’inflammation qui a précédé l’épancliernent de la synovie , et ([ui en a été la cause j en sorte que cette membrane plus ou moins exposée à l’impression de l’air ^ suivant la grandeur de l’ouverture , s’enflamme ordinairement à un degré qui produit la suppuration. Dans ce cas , si la matière purulente est en petite quantité , et peut s’écouler librement par une ouverture d’une étendue médiocre ; si les surfaces articulaires ne sont pas altérées , le malade peut guérir avec une roideur plus ou moins grande de l’articulation. Dans le cas contraire , c’est-à-dire , lorsque la matière de la suppuration est si abondante , que pour lui donner issue et empêcher son croupissement , on est obligé de pratiquer de grandes ouvertures et de les multiplier , le malade 'est exposé aux accidens les plus graves , particulièrement lorsque le mal a porté ses ravages jusqu’aux cartilages et aux os. Le pus , qui n’avait d’abord aucune odeur, en prend bientôt une très-fetide et devient âcre : résorbé et porté dans le torrent de la circulation , ce liquide dépravé produit la fièvre lente , les^ sueurs , et le dévoiement colliquatif , ce qui nécessite l’amputation du inembr® ; dernière ressource que l’art possède pour sauver la vie du malade ; heureux lorsque l’étendue du vice local permet d’entreprendre cette opé-

DKS ARTICULLTIOKS. 470

ration , et que le malade n’est pas réduit à ce de^ré de dépérissement qui la rendrait inutile !

Puisque l’ouverture de la membrane où siège rii^dropisie articulaire, expose souvent le malade à des accidens si graves , il importe singulièrement , avant de l’entreprendre, d’examiner attentivement toutes les circonstances de la maladie , et d’après cet examen, de déterminer le cas où il paraîtrait plus avantageux d’abandonner cette affection à elle-même , et ceux où il convient de faire l’ouverture de la tumeur.

Lorsque l’hydropisie articulaire est le résultat d’un vice rhumatismal 3 qu’elle est récente , peu volumineuse , indolente ; qu’elle ne gêne pas ou presque pas les rnouvemens de l’articulation , il est plus prudent de l’abandonner à elle -même , que de faire courir au malade les chances de l’opération.

Il faut la pratiquer, au contraire, dans les cas suivans ; 1 lorsque l’hydropisie articulaire est compliquée de la présence d’un corps étranger formé dans l’articulation : dans ce cas , la membrane synoviale a conservé son état naturel , et l’ouverture qu’on y pratique pour donner issue au corps étranger et à la synovie , se consolide comme une plaie simple , pourvu qu’on la réunisse immédiatement , et que le malade ne commette aucune imprudence. Cette assertion est fondée sur les observations que nous avons rapportées dans le chapitre précédent , et notamment sur celles de Paré et de Simson. 2.0 Lorsque la maladie est très-considérable , accompagnée de douleurs plus ou moins vives , et qu’elle empêche les mouvemens de l’articulation , soit qu’elle ait été pré-

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cédée cl’nne i’orte iüflainmation , ou qu’elle soit formée lentement , et sans cause connue» A la vérité , dans ce cas , comme nous venons de le dire , l’opération expose le malade à des accidens graves ; mais si on néglige de la pratiquer, le îi(juide séro-purulent (jui remplit l’articuiarion se déprave , les douleurs deviennent itisupyiortahlcs , la capsule s’altère et se rompt ; il se forme des fistules qui communiquent dans la jointure ; les cartilages se ramollissent j les os se carient et deviennent très-mobiles , par la distension des ligamens qui les unissent , et le malade succoml)e si le membre n’est amputé à temps.

L’ouvertTire de la capsule synoviale , lorsqu’on juge à propos de la faire , peut être praliquéeavec un trois quarts , ou avec un bistouri. S’il ne s’agissait que de faire sortir le liquide amassé , le trois-quarts serait préférable , parce ' qu’il est extrêmement rare que ce liquide soit assez épais et assez visqueux pour qu’il ne ])uisse pas sortir par la canule de cet instrument , et que la piqûre du trois-quarts ex])Ose moins l’interieur de l’articulation au contact de l’air , que rincision faite avec le bistouri ; mais il ne suffit pas seidement d’évacuer le liquide qui remplit l’articulation j il faut encore empêcher son accumulation ultérieure , en lui procurant une issue libre et permanente j ce qu’on n’obtiendrait pas d’une sim])le piqûre avec le trois-quarts, quise ferme toujours trop promptement.

Une incision est donc nécessaire dans la plupart des cas J mais elle doit être d’une étendue médiocre, et en la pratiquant on doit tendre la peau en sens contraire du trajet que le bistouri

BBS ARTICULATION». ^j5

doit parcourir , afin qu’après l’opération , cette membrane, en revenant sur elle-même , puisse couvrir l’ouverture laite à la capsule. L’incision sera faite sur un des côtés de l’articulation , dans l’endroit le plus saillant et le plus déclive. Lorsque le liquide est sorti , au lieu de réunir les bords de l’incision , comme cela se pratique dans l’opération parlacjuelle on extrait un corps étranger formé dans le genou , on la couvrira avec un plumasseau enduit de cérat ; ensuite on entourera la partie avec des compresses trempées dans une liqueur résolutive , et le tout sera maintenu avec un bandage roulé médiocrement serré.

Quoique la plaie n’ait pas été réunie , il arrive quelquefois qu’au bout de vingt-quatre heures ses bords sont agglutinés, et qu’on trouve presque autant de gonflement qu’avant l’opération : il convient alors de les écarter avec le bout d’une sonde, et même d’agrandir l’incision si elle est devenue trop étroite , pour donner issue au liquide qui s’est épanché depuis la

i première ouverture , et pour assurer la sortie de celui qui s’épanchera de nouveau dans l’ar- I ticulation : dans la même vue, on introduira I entre les bords de la plaie un peu de charpie ,

I ou une bandelette de linge effilée. Après l’opé- I ration , le malade sera mis à la diète la ]dus sé- ' vère., à l’usage des boissons délayantes , et on 1 lui fera observer le repos le plus absolu. Si le ! génou se tuméfie avec douleur , on ciura recours aux cataplasmes émolliens et anodins j s’il se forme un abcès dans un point quelconque de l’articulation , ce qui peut arriver lorsque l’inflammation qui résulte de l’opération acquiert un certain degré d’intensité, on en fera

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roiivertnre par une incision d’une étendue convenable. Des injections d’eau d’orge miellée dans la cavité articulaire, sont presque toujours n écessaires, pour la déterger et entraîner la matière purulente qui séjourne dans les recoins de cette cavité. Lorsqu’on a été obligé de prati- (|uer plusieurs ouvertures , un séton peut être très-utile , et contribuer à la guérison radicale de la maladie , par l’irritation que sa présence excite nécessairement. On se conduit d’ailleurs, après l’opération , suivant que les circonstances le demandent.

Lorsqu’elle doit avoir une issue heureuse , les douleurs cessent, le gonflement se dissipe j la matière qui sort de la membrane synoviale est de jour en jour moins abondante , et seS qualités se rapprochent de celles d’une bonne suppuration. Les chairs des plaies deviennent Icrmes , grenues j les ouyertiires se cicatrisent, et le malade est guéri dans l’espace de plusieurs mois : il reste seulement dans le genou une roideur qui diminue avec le temps , mais qui ne se dissipe presque jamais entièrement.

Les observations suivantes l'ournissent des exemples d’hydropisie du genou , guérie par l’ouverture de la tumeur : elles serviront de complément utile à ce chapitre , et feront connaître quelques détails de cette maladie , dans lesquels l’ordre que nous suivons ne nous a pas permis d’entrer.

Obs. — Un jeune homme de 20 ans , d’un tempérament faible , se laissa tomber sur le genou droit , au moment où il entrait en convaJescence d’une longue maladie. La doubleur fut si vive , qu’il ne put se relever. Quel-

ques heures après cette chute , il survint un gonflenieiit considérable avec tension , rougeur et douleur ; la fièvre se déclara , et l'on appli- I qua pendant plusieurs jours sur cette région ,

I des cataplasmes émolliens qni calmèrent la dou- 1 leur. La capsule synoviale se remplit peu-à-peu I d’un fluide qui y fut bientôt sensible par la I fluctuation. On fit vers le vingt-cinquième jour I de la maladie , une incision à la partie latérale I du genou ; elle donna issue à environ huit à dix onces d’un fluide séreux , semblable à celui qu’on trouve dans presque toutes les hydropisies. L'articulation fut enveloppée de compresses trempées dans une liqueur résolutive , et le malade mis à la diète. Vingt-quatre heures après cette opération , les douleurs augmentèrent ; en levant l’appareil, on trouva presque autant de gonflement (fu’avant l’opération. On agrandit l’incision qui était devenue trop étroite; elle donna issue à un fluide de même nature

3ue le premier ; on introduisit entre les lèvres e la plaie un peu de charpie , et le malade fut tranquille pendant plusieurs jours. Alors il se manifesta vers la partie interne du genou , une nouvelle tumeur avec fluctuation ; elle fut ouverte , et il sortit de la capsule incisée une once ou deux d’une liqueur puriforme. On fit de» injections d’eau d’orge et de miel dans la cavité articulaire; les douleurs cessèrent , et le malade I fut heureusement guéri dans l’espace de deux à j trois mois. Il eut d’abord beaucoup de peine à ! fléchir et à étendre la jambe ; peu-à-peu il inarcha plus aisément , mais sans avoir jamais les Il mouvernens du genou aussi libres qu’avant la Il maladie (i).

(t) Lassus , Pathol. Cliinng., tom. I, p. 3i3.

Obs. II.^ — Un jeune homme de 28 ans, avait depuis environ un mois , sans cause connue , une hydropisie de l’articulation du genou , avec fluctuation très-sensible. Warner lit à la peau et à la capsule latéralement , une incision qui donna issue à quatorze onces d’un fluide épais , gélatineux et teint de sang. Quelques jours après il fut nécessaire d’agrandir la ])laie devenue trop étroite. Il se forma ensuite , du coté opposé , un abcès que l’on ouvrit. Le malade fut parfaitement guéri dans l’espace de trois mois (1).

Obs. JII.^ — Un Rabl)in , âgé d’environ ans , vint consulter Sclilickiing , pour une tumeur considérable qu’il portait au genou droit, dans l’espérance qu’il le guérirait de cette maladie qui n’avait cessé de faire des progrès depuis huit ans , malgré tous les remèdes qu’il avait employés tant en Allemagne , qu’à Paris et à Londres , où il avait été traité dans les hôpitaux. Dans une dernière consultation , les médecins et les chirurgiens convoqués avaient désespéré de sauver ce malade , et l’avaient voué à la mort , regardant tout médicament comme inutile contre une maladie semblable. 'Après avoir pris conseil de cinq chirurgiens qui assistèrent à l’opération , Schlicliting se détermina à faire une incision sur la partie latérale de la rotule. Aussitôt on vit sortir une grande quantité d’une eau limpide qui, exposée à la chaleur du feu , prit une consistance glaireuse semblable à celle du blanc d’œuf. On

(1) Txansact. philos. , aoI. 49 > an». i755 , p. 45i.

tirade l’intérieur de l’articulation , quatre corps glanduleux de la grosseur d’une noix muscade. Coinaie l’incision qu’on avait j>ratiquée était très-grande , on s’assura , par la vue et le toucher , si les os de l’articulation étaient sains. Les ayant trouvés intacts , on en tira un bon augure pour la guérison. Le ligament capsulaire avait déjà été rompu en haut et en bas , long- temps avant l’opération , par la distension qu’il avait éprouvée de la part du liquide épanché. Les interstices des muscles , le tissu cellulaire étaient tellement infiltrés , (ju’on ])ouvait ’ ’ facilement faire pénétrer un stylet jusqu’au milieu , et sur les faces latérales et antérieure de la cuisse , entre les muscles extenseurs de la jambe. En bas et en arrière , le liquide avait aussi pénétré sous les muscles fléchisseurs de la jambe. Après avoir ainsi exploré la profondeur des sinuosités, on fit des incisions convenables , qui furent pansées avec des médicamens dessicatifs : il sortit tous les jours par ces inci-

Isions , une livre d’humeur gélatineuse. Cette humeur ne coula pas ie premier jour , à cause de sa consistance , car ce n’était autre chose qu’une lymphe qui se concrétait et se solidifiait par la chaleur.

i Le second jour de l’opération , il survint au I malade des accidens et une fièvre qui dura trois jours J on les comljattit par l’usage de l’eau froide , de la limonade , de l’opium , et le régime rafraîchissant Après ce temps , on vit s’élever du fond de la plaie une excroissance char- I nue qui débordait les lèvres de l’incision , les I tenait écartées, causait beaucoup de douleurs, et I s’opposait à ce que le liquide pût s’écouler avec I facilité. Oji y appliqua inutilement les escarro-

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tiques : on fut obligé d’employer la ligature. Bientôt on vit diminuer le volume de cette excroissance , et elle se raccornit au point qu’on eût dit qu’elle avait été soumise à l’action du feu. Enfin , par les efforts de la nature , aidés des injections composées de myrrhe et d’essence de térébenthine , l’excroissance tomba j on rapprocha les lèvres de la plaie , qu’on maintint en contact au moyen d’un emplâtre gommé , soutenu par un bandage. A cet appareil on en substitua un autre formé de plusieurs linges qui environnaient l’articulation , et par dessus on appliqua un bandage fortement serré ; celui-ci resta six jours complets ; pendant ce temps , la nature travailla si efficacement , qu’à la levée de l’appareil on trouva la plaie entièrement consolidée ; le reste de la cure s’obtint facilement au moyen des desséchans , des cicatrisans , et d’un bandage convenablement serré. Au bout de deux mois , à dater de l’opération , la cure fut complète j le malade se trouva débarrassé de toute incommodité , dans la possibilité d’exercer des mouvemens , et de se soutenir sur ce membre (i).

Obs. — Un nègre , âgé de 4d à 5o ans, d’un tempérament sec et sanguin, éprouvait, depuis quelque temps , une douleur au genou gauche. Il travailla jusqu’au moment où le gonflement de cette partie et l’augmentation de la douleur l’obligèrent de se rendre à l’hôpital j c’était au mois de mars 1785. A la première inspection , M. Gay , alors chirurgien au Cap ; reconnut que la tension occu]iait tout le genou.

(1) Act. phys.-medic. , I^at. cur. , t. \III, p. 69.

notamment la partie antérieure j la chaleur tle la partie était médiocre. Il employa successivement les émoiliens , les résolutifs , les aromatiques , un vésicatoire et deux purgations. Tous ces moyens ayant été infructueux, M.Gay se détermina à ouvrir la tujiieurj il plongea un trois-quarts dans la partie latérale externe du genou , en le dirigeant transversalement et jus([ue sous la rotule. Ayant retiré le poinçon , il sortit par la canule un fluide blanchâtre , transparent, et mêlé de petits grumeaux de pareille couleur, qui ressemblaient assez à du blanc d’œuf à demi-cuit.

Avant de retirer la canule, M. Gay introduisit j)lusieursfois un stylet pour donner issue à une plus grande quantité de l’humeur épanchée , qu’il estima s’élever à huit onces ou huit onces et demie.

Le pansement consista en unegouttièrede bois de bambou renversée sur la petite plaie, et dans l’application d’un cataplasme fait avec lamie de pain et l’eau de Goulard , avec addition d’un, dixième de tafia. Le malade reposa la nuit suivante. Le gonflement et la douleur étaient diminués le lendemain j cependant, quoique l’intensité des accidens ne fut pas la même, M. Gay crut que toute l’humeur n’était pas • sortie 5 en conséquence, il agrandit l’ouverture faite par le trois-quarts , et lit une compression exacte de la partie intérieure vers l’extérieure.

ICe procédé fît sortir plusieurs grumeaux de la ^grosseur d’un pois ordinaire , qui parurent être formés par l’épaississement de la synovie. On ajouta au pansement précédent des injections faites avec l’eau de Goulard et un douzième I de tafia camphré.

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Tout était en bon état le sixième jour d« l’opération , il ne restait plus qu’un peu d’empâtement J il suintait par la plaie une humeur glutineuse que l’on jugea être de la synovie. Ne voyant plus sortir de grumeaux , on discontinua les injections. Le 1 1 , le suintement et l’empâtement étaient presque dissipés j la gouttière lut supprimée , et l’on appliqua sur la tumeur pour cataplasme la racine de manioc. Le 22.® , on lit des douches avec l’eau de mer } le 27.*^, le malade était presque guéri : il lut purgé le 82.® et le 36.® L’ulcère était alors entièrement cicatrisé j il ne restait plus que la faiblesse de la partie , qui disparut par les bains et les fumigations aromatiques , et enfin par les embrocations laites avec le tafia camphré (1).

Obs. V.^ — Une négresse , âgée de 36 à 87 ans , d’un tem]>érament bilieux et robuste , vint à l’hôpital du Cap , en avril 1789 , ayant le genou droit enflé et douloureux. M. Gay ( le même que l’auteur del’observation précédente), prescrivit un cataplasme fait avec la terre cimolée des couteliers et le vinaigre. La malade fut purgée , et sortit de l’hôpital pour aller reprendre ses occupations ordinaires.

• Cette négresse revint quelque temps après ; la douleur et le gonflement du genou avaient considérablement augmenté : on reconnut alors im épanchement dans l’article, et l’on plongea aussitôt un trois-quarts dans cette cavité. Il en sortit une matière transparente sans apparence

(i) Recueil périodique de la Société de Médecine , année 1797, t. II , p. 167.

de grumeaux j on fît des injections avec l’eau de Goulard , animée avec le tafia camphré , pour faciliter la sortie de l’humeur qui pouvait y être restée . La quantité de liquide évacué fut évaluée à sept ou huit onces.

Le 5.® jour, le gonflement avait entièrement cessé î il ne se faisait plus qu’un léger suintement par la petite ouverture. La malade sortit de l’hôpital vingt jours après l’opération. L’absence des grumeaux détermina l’auteur de cette observation à ne pas continuer les injections aussi long-temps que dans le cas précédent j il se crut également dispensé d’agrandir l’ouverture faite par le trois-quarts (i).

Dans les observations précédentes on a toujours vu l’ouverture de l’hydropisie articulaire suivie de succès j mais , comme nous l’avons avancé , il n’en est pas de même dans tous les cas. Nous devons à la vérité de faire voir par d’autres observations, que les suites de l’ouverture ne sont pas toujours aussi heureuses.

Obs. — Un malade avait une hydropisie dans l’articulation du genou , avec fluctuation sensible j on donna un coup de lancette dans le côté interne de la tumeur : il en sortit près d’une livre d’eau. On pensa la plaie avec un peu de charpie et un petit emplâtre j puis on couvrit toute l’articulation avec des aromatiques et des stimulans ; on lit prendre aussi au malade quelques purgatifs et des hydragogues. Nonobstant toutes ces précautions , l’eau commença à s’épancher au bout de quelques semaines. Un autre chirurgien fit à la partie

• (j) Ibid. , p. ïôç.

externe du genou une grande incision cjui pe-^ jiétrait dans rarticulaLioii : il s’ensuivit une douleur violente, accompagnée d’une forte lièvre, et d’une grande inllainniation rpd se termina par une suppuration abondante. 11 Int obligé de couper le membre pour sauver la vie du malade, c|ui manqua périr encore de lièvre lente (i).

Obs. — François-Jérôme II... , âgé de 44 ans, entra à l’hôpital do la Charité le 24 août 1812 , ))our y. être traité d’une hydropisie de l’articulation du genou gauche, qu’il portait dej)uis quinze mois. La tumeur était molle , indolente , sans changement de couleur à la ])eau , avec Iluctuatioii très-sensible, bornée inférieurement et sur les côtés par les attaches du ligament capsulaire , s’étendant supérieurement jusqu’au tiers moyen de la cuisse , un peu plus du côté interne que de l’externe , où elle était moins saillante aussi : la rotule poussée en devant et éloignée des condyles du fémur par le liquide épanché, parcourait un certain espace avant de rencontrer ces éminences , lorsqu’on la comprimait de devant en arrière ; les mouvemens de la jambe étaient libres et s’exécutaient sans douleur.

Cette tumeur s’était développée lentement sans cause connue. Dès son invasion , on lui avait o[)posé différens moyens insignihans j ensuite on appliqua sur le genou plusieurs vésicatoires qui n’apportèrent aucun changement dans son volume.

(Quoique je fusse presque convaincu de l’iin-

(2) Essai sur l’Hj dio|iisie , par Monio le fils , p. 244.

des articulations. 485

possibilité de résoudre la synovie épanchée et de la nécessité de lui donner issue par une ouverture faite à la capsule, néanmoins, avar. t d’en venir à l’opération , je tentai l’application de divers résolutifs , et celle de plusieurs vésicatoires volans. Malgré ces moyens , la tumeur continua à faire des progrès , ce qui me détermina à l’ouvrir.

' Le 27 septembre, un trois-quarts, de grosseur ordinaire*, fut plongé un peu obliquement de bas en haut , et de deliors en dedans , à la parr . tie inférieure et externe de la tumeur. Il sortit parlacanuléde l’instrument environ seize onces d’im fluide jaunâtre et très-visqueux. La petite plaie fut couverte d’un emplâtre de diachylon gommé , et le genou fortement comprimé jiar uiî bandage roulé.

i Cependant la synovie recommença à s’épancher dans l’articulation , et la fluctuation se fit bientôt sentira travers le liandage. Le 28 octobre , la tumeur était aussi volumineuse qu’avant l’opération. Une seconde ponction fut faite, et donna issue à dix-sept onces d’un fluide semblable à celui qui avait été évacué ])ar la première. Quelques jours après , il y avait un nouvel épanchement assez considérable. Dans cet état le malade sortit de l’hôpital pour se mettre entre les mains d’un cl-arlatan (jui lui j)romettait de le guéi'ir. Celui-ci lit une nouvelle ponction à l’endroit meme où la dernière avait été faite, et laissa la canule du trois-ejuarts dans la tumeur. L’irritation produite par cette canule et par l’action de l’air, dont. cet instrument favorisait l’entrée dans l’articulation , fut bientôt suivie de l’inflammation de la membrane synoviale j le genou se gonfla prodigieu-

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sernent , la lièvre s’alluma , et les douleurs devinrent atroces. La canule lut retirée au bout de quel(|ues jours , et on la remplaça par une bougie eiuplastique , qui remplissait exactement l’ouverture faite parle trois-quarts. On eut recours aux cataplasmes émolliens , qui améliorèrent un peu l’état du genou. Lorsqu’on retirait la !)Ougie , il s’écoulait par l’ouv<erture , qui était devenue listuleuse , une grande quantité d’une matière sanieuse noirâtre. Le cliarlatan ne s'’en tint pas aux moyens dont nous venons de parler 5 il employa aussi des remèdes internes , avec lesquels ils prétendait guérir toutes les hydropisies. Le maladepritneuf bouteilles d’une tisane sudorifique qui procura des sueurs excessives. AHaibli par ses sueurs , par la fièvre lente , par la grande quantité de matière sanieuse qui sortait chaque jour de la tumeur, et par le dévoiement colliquatif, cet homme réduit à l’état de marasme , regrettait encore que ses facultés pécuniaires entièrement épuisées , ne lui permissent plus de contiuuer à prendre les remèdes du charlatan qui avait capté sa confiance , en lui promettant de le guérir. 11 revint à l’hôpital de la Charité le 7 décembre , et voici quel était alors son état ; la fièvre lente et des sueurs nocturnes ne le quittaient pas , non plus qu’un dévoiement colliquatif j les forces étaient épuisées , la figure était émaciée et décomposée , l’appétit nul, la chalemr du genou plus grande que dans l’état naturel ; le tibia avait une mobilité très-considérable dans le sens traversai; on sentait une crépitation produite par les frottemens de cet os sur le fémur : la rotule était déjetée en dehors; la tumeur s’étendait jusqu’à la partie supérieure

DÉS A RT ICULATIONS. 4^7

de la cuisse î une humeur sanieuse sortait en iet par l’ouverture, qui était restée fistuleusp', lorsque le malade fléchissait la jambe et qu’il comprimait la tumeur avec ses mains.

L’étendue du vice local, et l’état général du malade ne permettant pas d’avoir recours à l’amputation , je crus qu’il ne fallait entreprendre aucune opération. La mobilité de la jambe devenant de plus en plus grande , le membre fut placé dans un appareil à fractures ; on lit dans l’articulation des injections avec de l’eau d’orge et du miel rosat , et l’on prescrivit à l’intérieur une décoction de quinquina. Cependant les forces du malade diminuèrent de jour en jour J le dévoiement qui avait cessé pendant quelque temps , reparut avec plus de force. Les extrémités inférieures s’infiltrèrent ; la matière sanieuse qui sortait par l’ouverture fistuleiise devint excessivement fétide, et H..... mourut le 9 janvier i8i3.

Ouverture du corps. La jambe jouissait d’une , si grande mobilité dans tous les sens , qu’elle ne

f)araissait tenir à la cuisse que par la peau et es tendons qui passent sur l’articulation. Le tissu cellulaire sous-cutané de tout le membre était infiltré. Au moment où rinstrument pénétra dans la cavité de la tumeur , il sortit une grande quantité d’une humeur sanieuse trèsfétide .Cet te cavité était divisée en deux parties,, une inférieure , et l’autre supérieure. La première , beaucoup plus graTide , était formée

f)ar le ligament capsulaire distendu , et se proongeait jusqu’au tiers moyen de la cuisse \ elle communiquait avec la cavité supérieure par une ouverture située à sa partie supérieure interne 5 sa partie inférieure interne communia

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quait avec un foyer situé entre les muscles Jumeaux et le soléaire , et qui s’étendait jusqu’à la partie moyenne de la jamiïe. La seconde cavité était située derrière le muscle triceps crural , et se prolongeait jusfju’auprès de l’arcade crurale. La surlace de ces deux cavités était d’une couleur noirâtre- Le cartilage qui recouvre les condyles du fémur était détruit , et les surfaces de ces éminences cariées : la face interne de cet os était déjiudée dans une grande étendue. L’extrémité supérieure du tibia était cariée, ainsi que la rotule. Les ligamens croisés et les latéraux étaient presque entièrement détruits. La membrane synoviale épaissie s’enlevait par lambeaux.

Les faits de cette espèce sont rares ; mais il est à croire qu’ils le seraient beaucoup moins, si les ])raticiens mettaient à publier l’histoire des opérations et des maladies dont l’issue est malheureuse , le même empressement qu’ils apportent à faire connaître celles qui ont été suivies d’un heureux succès. Les premières ne sont pas moins utiles que les secondes.

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